Les pronoms possessifs absolus ont les formes snivantes
Possessifs individuels. Possessifs collectifs.
Singulier. Pluriel. Singulier. Pluriel.
1^*" p. le mien, la mienne les miens, les miennes le [la) nôtre les nôtres
!2« 0 le tien, la tienne les tiens, les tiennes le fia] vôtre les vôtres
8« " le sien, la sienne les siens, les siennes le [taj leur les leurs
Les pronoms possessifs absolus forment leur féminin et leur pluriel conformément à la régie générale, wioi, tien, sien, eu doublant au féminin la consonne finale u (§ 75). Dans les pronoms collectifs, Tarticle seul varie pour les deux genres.
Dans le mien, l'article le ne se rapporte pas à tnien, mais au substantif sous-entendu : le mien cheval. Tout au contraire de l'usage moderne, les pronoms possessifs jnien, tien, sien, etc., étaient suivis, au moyen âge, du nom de l'objet possédé ; on disait le mien frère, la mienne terre, un tien vassal, etc. Cette règle disparut au XIV siècle; il nous eu reste quelques traces dans les expressions ml mien cousin, le tien propre, etc.
Mien, tien, sien, dérivent d(!s amiennes foimes du pei'Sonn(d >in, ti, si auxquelles on a joint le suflixe en ou ien = lat. anus. Les pronoms absolus le nôtre, le vôtre, ont conservé, à la place du s étymologique (nostrum, vostrurn), l'accent circonflexe maïquant l'allongement de la voyelle o, qui est tonique; dans les pronoms conjoints pour notre, votre, au contraire, la voyelle o est devemie brève, parce qu'elle a perdu l'accent tonique et c'est la raison pour laquelle on a supprimé le circonllexe.
\. he^ pro)ioin^ démonstratifs désignent les personnes ou les choses en les montrant pour ainsi dire du doigt : Cet enfant est bon. Ceci est bon.
Ces })ronoms sont cet et celui, qui distinguent le genre, et ccj qui est neutre. Il y a en outre même et tel.
2(K; l'IlOiN'OMS 1>ÉM0NSTRATIFS § 8<S
Les piouoms démonstratifs étaient en latin : liic, celui-ci (près de moi); iste, celui-là (près de toi, près de vous); ille. celui-là (là-bas, ailleurs que près de moi ou de toi); is, lui, elle, le (celui de rjui on a déjà parlé, ou qui est maintenant déteriiiiiié par l'addition de qui, qui); il y avait en outre idem, le même, et ipse, tout à fait lui-même. Les pronoms français ce/ui, cet et ce dérivent de ille, iste et hoc, renforcés de ecce (voilà). Ecce-ille donna icil ou icel, puis cil ou cet; de même ecce-iste devint d'abord icist ou icest, puis cist ou cest; enlin ecce-hoc &e transforma en iço, ço, ceo. Ces pionoms étaient indillV'remment adjectifs ou substantifs, comme en latin où le pronom ille, p. ex., signifiait à la ibis cet et celui-là. Cest servait à indiquer les objets les plus rapproi'hés : en cest nostre pays (R. d.:' Garin), et cet les objets les plus éloit^nés ; Si veit venir celé gent paieuur (Ch. de Roland). Cal list rornanz, et cist dist fables (Méon, iV. Recueil, 1, 15^2). Ils avaient pour régime cestui et icelui ou celui, formés comme autrui de autre. Aujourd'bui nous n'avons plus qu'une forme adjective, (pii est cet, féminin cette, pluriel ces. remplaçant cest, et pour préciser l'éloignement ou le rapprochement de l'objet, nous sommes obligés de nous servir des adverbes là ou ci. Cel ne s'emploie plus que substantivement sous la forme de celui an masculin, celle (eccilla) au féminin et ceux (eccillos) au pluriel. Celui était encoie adjectif du temps de Marot : celluy dieu. Cestui devint cettui, qui s'est perdu dans la langue moderne; on le trouve encore dans La Fontaine : Cettui Richard était juge dans Pise. La forme icelui, icelle, a pei'sisté dans quelques termes de procédure : Trois procureurs, dont icelui Citron a déchiré la robe (Rac). De ma cause et des faits renfermés en icelle. (Rac). Quant à iço ou ço, c'est aujourd'hui le neutre ce (c'est vrai', qu'il ne faut pas confondre avec le masculin ce pour cet (ce livre} Les pronoms substantifs celui et ce s'unissent, comme l'adjectif cet, aux particules ci (ici) et là : celuici (qui remplace le mot perdu cestui) et celui-là; ceci et cela.
2. Cet est pronom adjectif; il est toujours conjoint et atone. Il a les formes suivantes :
Sing. F'iur.
Masculin cet, ce }
Féminin cette n
On met cet devant les noms masculins commençaat par une voyelle, et ce devant les noms masculins commençant par une consonne ; cet arbre, cet Jiabit; ce craf/on. ce harnais.
Pour exprimer d'une manière précise l'éloignement ou le rapprochement de la personne ou de la chose dont on parle, on fait suivre le nom des deux adverbes ci (ici) ou là qui ont l'accent tonique : cet homme-ci, cette feitime-lk,
3. Celui ne s'emploie plus aujourd'hui que comme pronom substantif et il a toujours l'accent tonique : Le lion est celui de tous les animaux qui a le plus de courage. Il a les formes suivantes :
Singulier. Pluriel.
Masculin celui ceux
Féminin celle celles
Le pronom celui peut aussi indiquer un rapport de proximité ou d'éloig-nement par l'addition de ci et là : Il faut bien se garder de confondre celle-là arec celui-ci (Mol.)
§ 88 PEONOMS DÉMOXSTRATIF.S 207
Singulier. Fluriel.
Masculin celui-ci, celui-là ceux-ci, ceux-là
Féminin celle-ci, celle-là celles-ci, celles-là
4. Le neutre ce est aussi prunoin substantif, mais il est toujours atone : Voies avez fort, c'est érideiit. C'a e'té la cause de bien des maux. Ç'« toujours été ainsi.
Ce se joint à ci et là et donne les pronoms substantifs ceci et eela, qui ont Taccent tonique : 2Ian;/ez ceci, cela est niaurais.
Dans le langage familier, au lieu de cela, on se sert quelquefois de la forme abrégée m qu'il ne faut pas confondre avec l'adverbe de lieu cà : Donnez-moi ça.
Dans la forme interi-ogative, on trouve ce ci et ce là séparés : Qu'est-ce ci donc? (Lti F.). Qu'est-ce laque je voia? (LaV.). CJu'esl-ce ci? (Mol.;. Quelle friponne est-ce là? (Mol.). Quel ^naraud est-ce ci? (Rognard). L'Académie écrit avec un trait d'union : QM'esf-ce-ci? (Ju'est-ce-\kl Quel discoxtrs est-ce-lkl (juelles gens sont-ce-lkl et sans trait d'union : Sont-ce là nos gens? Est-ce là ce que i-ous m'aviez promis? Au lieu de 7w"esi-ce-c( on dit plus ordinairement, selon l'Académie : Qu'est ceci ou C)u'esl-ce que ceci. On trouve encore dans Molière : Qu'est-ce ceci? [Médecin malgré lui, 1, 2).
5. Même est un pronom adjectif de nature démonstrative; il est des deux g-enres et fait mêmes au pluriel : Les mêmes causes produisent les mêmes effets. Lui-nnème me l'(( dit.
Même dérive de semet composé avec le superlatif de ipse : semetipsissimus {tout à fait le même), contracté en metipsimus pour nietipsissimus, devenu dans le vieux français médisme, puis ineame et meïsme, dans le tranchais moderne »ies»te et onlin même {Ù'it;/., E.W. l, '210). Même avec l'article jrépond •au latin idem : le même fiotnme, et sans article, au latin ipse : le roi même, )/ioi-même.
6. Tel est aussi un pronom adjectif de nature démonstrative. Il a la flexion de l'adjectif : tel, telle, tels, telles : Une telle couiluite vous fait lumneur.
Tel est le latin talis et correspond à quel, en latin qualis.
7. On rattache aux pronoms démonstratifs les adverbes ici €t lày en et ij, lors, alors, ainsi, tant, qui marquent le lieu, le temps, la manière et la quantité ou l'intensité, et qu'on peut considérer comme des adverbes démonstratifs : }^otre livre est ici (près de moi ou à cc4te place). Venez-vous de là? Oui, j'en riens. X\dlez pas là, il y fait trop chaud. J'étais alors en roi/af/e. Ainsi va le monde. Cette maison coiîte tant.
Les mots Ici et là se contractent avec la S*" personne du singulier de l'impératif du verbe ro/V dans les expressions voici, c'est-à-dire vois ici, et vodà, c'est-à-dire w/.s là: Enfin, me voilà meille (La F. X, 2). L'habile fourbe que voilà (Mol.), lié bien, ne voilà ^;«.s- l'étourdie! (Td.). Les sentiments humains, mon frère., que voilà (Id.).
Est-ce assez ? dites-moi; n'y suis-je point encore?
— Nenni. — M'g voici donc? — Point du tout. — M'y voilà? (La V. 1, 3).
L'n8 PR0.\O3!.S TXTE1{R0(;aTIF,S § 89
Dans ramieimo langue, on séparait les deux mots, et on plaç^ait iinniédiateinent après l'impératif le pi'onom représentant la peisonne ou la chose que l'on voulait indiquer; au XVI« sièele, Rabelais dit encore : Votj me là prest à boire (pour me voilà prêt). Le sens propre et primitif de voir se montre ti'és bien dans l'expression voici venir, condamnée par Voltaiie, quoiqu'elle soit très correcte.