‹ Cours de langue française (volume 3)Chapitre 140 sur 427 · C. Verbes impersonnels · texte numérisé non relu

C. Verbes impersonnels

§ ys

1. Les verbes, tant transitifs qu'intransitifs, expriment une action qui se rapporte à l'une des trois personnes du discours ; c'est pourquoi ils sont dits verhes personnel.

2. Aux verbes intrausitifs ou neutres se rattachent les verbes impersonnels. On appelle de ce nom les verbes qui expriment une action que l'on se représente sans un sujet déterminé ; mais, comme en grammaire tout verbe doit avoir un sujet, les verbes impersonnels sont précédés du pronom neutre //, qui figure dans la proposition comme sujet purement grammatical : Il neige, il tonne. Ces verbes ne s'emploient qu'à la troisième personne du singulier.

Le pronom neutre ou impersonnel il, qui vient du latin illud (cela), doit être distingué du pronom personnel il, de ille (celui-là), qui remplace un sujet déterminé.

3. Il n'y a proprement de verbes impersonnels que ceux qui, comme pleuvoir, neiger, etc., expriment des phénomènes de la nature. Ces verbes essentiellement impersonnels ne s'emploient que dans la forme active et ne peuvent pas avoir de complément; le nombre en est assez restreint : il pleut, il neige, il tonne, il grêle, il gèle, il dégèle^ il bruine, il grésille, il éclaire; il faut y joindre les expressions impersonnelles telles que : iJ fait des éclairs, il se fait nuit.

Le verbe /"ailoir ne s'emploie également qu'à la 3« personne du singulier; mais falloir n'est, par son origine, qu'une forme accessoire de faillir, qui est un verbe pei'sonnel, et d'ailleurs, par le sens, il se rattache aux verhes accidentellement impersonnels.

4. Quelques verbes personnels prennent accidentellement la forme impersonnelle; ils sont toujours suivis d'un véritable sujet, qu'on nomme sujet logique, pour le distinguer du sujet grammatical, qui est exprimé par le pronom neutre il ou ce. Ces verbes accidentellement impersonnels prennent les trois voix et s'emploient surtout pour mettre en relief le sujet logique : Il arri'va un malheur. Il en sortait une fumée noire et épaisse (Fén.). Il vaut mieux que cela soif ainsi (Ac). Il w 'importait 7 </^' cous fussiez présent (Ac). Il est écrit que rien ne me réussira. Il s'est commis un grand crime. C'est dommage qu'il parte.

Certains verhes impersonnels peuvent aussi s'employer connue verhes (>orsonnels : Le prédicateur tonne contre les ivro(/nes. Les honneurs pleuvant souvent sur des gens médiocres. Les coups de fusil y pleuvent. Dieu fait luire son soleil sur les bons et sur les mauvais, et pleut sur le champ du juste coynme sur celui du pécheur (IJoss.). Les verhes pleuvoir et neiger peuvent même avoir un objet à l'accusatif : Il plut du sang (La F. VII, <>). Il neige des feuilles tV. Hugo).

2] s verbî:s abstraits § 06

D. Verbes abstraits.

1. Ou divise encore les verbes eu concrets et abstraits, selou qu'ils expriment une idée d'action, comme courir, ou un simple rapport de la proposition, comme être dans : Dieu est bon, et ((roir dans : // a parlé.

2. Tous les verbes, même être, sont de leur nature et primitivement des mots d'idée qui expriment d'une manière complète le prédicat (Dieu est). Ils sont donc concrets et renferment la double notion de l'attribut adjectif et de la copule (je lis =^je suis lisant) ; c'est pourquoi on les appelle aussi verbes adjectifs.

Les verbes concrets se divisent comme tels en cinq espèces différentes, qui se distinguent les unes des autres, ainsi qu'on vient de le voir, soit par le caractère de l'action ou de l'aiïirmation, soit par la nature du sujet : les verbes actifs ou transitifs, les verbes j^assifs, les verbes neutres ou intransitifs et les verbes impersonnels.

3. Les verbes abstraits ont une signification abstraite et très générale qui est déterminée par un adjectif ou un substantif qui suit, quelquefois même par un autre verbe, de telle sorte que les deux idées se confondent et que les deux mots ne forment qu'une seule expression, qui est appelée verbale, parce qu'elle équivaut à un verbe : Il devient vieux = il vieillit.

4. Parmi les verbes abstraits, on distingue en premier lieu le verbe être, qui est toujours suivi d'un adjectif ou d'un substantif i)rédicatif, comme dans : Je suis bon. Tu es un homme, ou d'une expression prédicative, comme dans : Il est en joie. Nous sommes en deuil. Cela est de rigueur. Ce livre est à vous (Ac). — Être est le verbe intransitif par excellence.

Le verbe être s'emploie quelquefois absolument, c'est-à-dire sans attribut prédicatif ; il a alors la valeur d'un verbe concret et exprime à lui seul le prédicat : Dieu est = existe.

5. Les verbes devenir et rendre sont suivis d'un adjectif, qui s'accorde en genre et en nombre avec le substantif auquel il attribue une qualité.

Devenir est intransitif comme être et exprime une transformation du sujet : La moisson devient mûre = elle mûrit. Il devient vieux = il vieillit.

liendre est transitif et indique une transformation de Vobjet, opérée par le sujet : Cet événement me rend triste = w 'attriste (§ 93).

§ 96 VERBES ABST1{AITS 219

6. Le verbe avoir est im verbe esseutiellemeiit trausitif, qui exprime une sorte de possession générale et indéterminée. Il se dit aussi des affections de l'âme qu'on ne possède pas réellement, mais que l'on s'imagine posséder en soi, parce qu'on les ressent : avoir de Vamour^ avoir de la haine. En pareil cas, le nom qui sert d'objet au verbe avoir est le plus souvent exprimé sans article : J'ai faim, tu as soif. Il en est de même pour plusieui'S autres verbes généraux, tels que jwendre, faire., rendre., perdre., etc. L'article supprimé est ordinairement Tarticle partitif : avoir pitié = avoir de la pitié, quelquefois l'article défini : perdre connaissance = perdre la connaissance., ou l'article indéfini : rendre service = rendre un service (v. la svntaxe, cli. XVI).

C'est à cette constiiutioii quil faut rapporter les tonnes composées de nos verbes /ai trouvé, nous avions labouré, j'aurai fini, où nous regardons l'action passée exprimée par le paiiicipe comme l'tant. ayant été ou devant être en notre possession (i).

7. Le verbe faire est employé comme verbe abstrait quand il est placé devant un infinitif pour lui donner le sens factitif, de telle sorte qu'avec faire tous les verbes neutres ou iutransitifs deviennent actifs ou transitifs (§ 93) : Je le ferai partir. Faisnous faire à souper (Muss,). En pareil cas le verbe faire forme avec son infinitif une expression inséparable. Il en est de même du verbe laisser, qui exprime une permission, parce que, dans ce cas, le sujet permet toujours l'action exprimée par le verbe : Je le laisserai partir.

Le verbe faire est très souvent employé comme verbe général à la place de tout autre verbe, comme dans l'interrogation : Qae faites- vous? {J'écris, je dessine, je lis, etc.), ou dans une proposition subordonnée pour éviter la répétition du verbe de la principale : Je le traiterai comme j'ai fait tno)i frère (Corn.). Il datise mieux qu'il n'a jamais fait (Ac).

8. Les verbes y^o?/i;o/r, savoir, devoir, falloir (impersonnel) et vouloir s'emploient aussi comme verbes abstraits, quand ils sont suivis d'un iufinitif : ./r peux lire. Je sais lire. Je dois lire. Il me faut lire. Je veux ///•e. L'es verbes sont aussi appelés auxiliaires de mode; ils expriment soit la possibilité, soit la nécessité réelle, morale ou logique.

Pouvoir marque : 1° une i^ssUjiUté réelle, qui a sa raison dans la nature des choses : L'oiseau peut voler. On ne peut pas lire dans Vobscurité ; 2" une possihdité morale (permission), surtout quand elle dépend de la volonté de celui qui parle : Chacun

(1) En espagnol le verbe haber n'a pour ainsi dire plus d'existence indépendante et ne s'emploie que comme auxiliaire. Chabancau. p. 3.

220 ])E LA CON.TUGAISOX § 97

peut riiyre comme U l'entend. Tu peux patiir (je le permets) ; 3* une possibilité logique : // peut Hre malade. Vous pouvez avoir raison.

Savoir marque une j)ossihillté réelle, qui a sa raison dans la capacité morale (acquise par le travail) du sujet : Il sait lire (car il a appris à lire), diiférent de : Il peut lire (car il n'est pas aveugle).

Devoir exprime : 1'' une nécessité réelle : Je dois mourir (car je suis mortel); 2° une nécessité morale qui découle d'une loi générale ou seulement de la volonté d'autrui : On doit dire la vérités Quand doit-î7 venir? 3° une nécessité logique : La campagne doit être belle maintenant.

L'impersonnel falloir marque, comme devoir, une nécessité réelle ou morale : Il faut mourir. Il faut dire la vérité.

Vouloir marque : 1" une nécessité morale, qui dépend de la volonté du sujet : Je le veux voir; Il veut que je patie; 2" une nécessitélogique, afîii'mée par le sujet: // veut toujours avoir raison.

9. Les verbes être, avoir, suivis du participe passé, et aller et venir, suivis de l'infinitif, sont des verbes auxiliaires de temps qui complètent la flexion en formant la conjugaison composée : Le rossignol a chanté. Mon ami est parti. Je vais lui écrire. Je viens de lui écrire(v. § 102).

10. Quand les verbes fcdre, laisser, falloir, pouvoir, savoir, devoir, vouloir, avoir, (dler, venir, etc.^ ne sont pas conjugués avec un infinitif ou un participe, ils cessent d'être verbes abstraits et rentrent dans la catégorie des verbes ordinaires ou verbes concrets, qui expriment une action déterminée : Elle fait un bonnet. Je vous laisse. Il me faut un livre. Je sais ma leçmu ./'ai un livre. Je viens de Paris. Je vais à Berlin.

AHicle II. — De la conjugaison.

Le verbe a, comme tous les mots variables, deux parties distinctes : le radical, qui exprime l'action et ne varie pas en général, et la terminaison, qui marque les rapports contenus dans l'affirmation, la personne et le nombre du sujet, le mode et le temps de l'action. On appelle conjugaison l'ensemble des formes qui servent à marquer ces différents rapports.

Le temps et le mode appartiennent en propre au verbe ; quant aux rapports Ae personne e\. de nombre, le verbe les exprime par la

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