‹ Cours de langue française (volume 3)Chapitre 144 sur 427 · Actif · texte numérisé non relu

Actif

2. Les verbes de la voix active expriment par des formes simples les temps imparfaits et par des formes composées ou surcomposées les temps parfaits ou accomplis.

Dans les formes composées, comme fai trouvé, tu as écouté, nous avons labouré, ayez fait, etc., le premier mot est pour l'ordinaire l'un des temps simples du verbe f/mr; mais ccvoir ne signifie plus posséder, comme lorsqu'il est seul : il n'est là que pour marquer un rapport de temps, et on l'appelle verbe auxiliaire, parce qu'il sert en effet d'aide pour la conjugaison (§ 96). Le second mot est le verbe même, mais dans la forme particulière qu'on appelle participe passé. Les temps composés (c'est ainsi qu'on appelle ordinairement les formes de la conjugaison composée) sont donc formés de deux mots, de l'auxiliaire et du participe passé.

Outre le verbe avoir, nous employons encore, comme auxiliaire de temps, le verbe intransitif être.

Dans les verbes qui se conjuguent avec avoir, outre les formes composées ordinaires, on emploie encore quelquefois des fem2)s surcomposés, qui sont formés du participe passé joint à un temps parfciit de l'auxiliaire. On fait usage de ces formes pour marquer une chose entièrement achevée avant une autre : Dès quefsii eu uni, je suis pjarti.

Le français a hérité du latin les formes simples suivantes de la voix active : le présent de l'indicatif, l'imparfait et le parfait, qui est devenu notre prétérit; le présent de l'impératif, mais seulement le singulier, la forme pour le pluriel étant empruntée au présent de l'indicatif; le présent du subjonctif, le plus-queparfait du même mode, qui a pris la place de l'imparfait ; le présent de l'infinitif; le participe présent et le gérondif, qui ont aujourd'hui la même forme en ant (§ loi). Les supins latins manquent; leurs fonctions ont été prises en général par l'infinitif. Toutes les autres formes de la conjugaison ont disparu («)

(\) On ne trouve des exemples du plus-que-parfait de l'indicatif latin que dans les poèmes du X' et XI' siècle, et cela est très remarquable, avec la signification temporelle du prétérit. Mais cette forme fut promptement délaissée ; il en existe des restes dans les patois (V. Cliabaneau,p. 14).

-§ 102 COXJUGAISOX SIMPI.K OU COMPOSÉK :>2."i

et ont été remplacées eu Irançais par la périphrase, à laquelle servit le veibe habere, qu'on joignit soit au participe, soit aussi à Finlinitif du verbe à conjuguer.

a) Pour exprimer plusieurs temps du passé (temps parfaits) on employa habere uni au participe passif', et ainsi j'aichanté, par exemple (c'est-à-dire habeo cantatiunj, prit la place de cantavi] habere se dépouilla de sa signitication individuelle et servit comme auxiliaire à désigner les rapports subjectifs (personnels) de l'action exprimée par le verbe au participe. Outre l'action du verbe, le participe n'a plus été chargé que d'exprimer en général le passé, dont l'auxiliaire a encore eu pour fonction de marquer la détermination précise et graduée : j'ai ,

j'avais, j eus chanté. On sait que cette périphrase n'était pas inconnue au latin: on lit, par exemple, dans Cicéron, habeo perspectum, habeo cognitum, satis dictuhi habeo, et avec l'adjonction d'un régime habeo absolutum epos, bellum diis indictani habuit, tout à fait ou à peu près synonymes de po'spe.rf, cognovi, dixi, absolvi, indixit. Du Cange donne des exemples du bas latin, s. v. habere, comme postquam eam sponsatam habuit. Ici le verbe auxiliaire apparaît déjà clairement dans son passage à la signitication aljstraite, mais il possède encore sa force active, il exige que le régime soit à l'accusatif, et cette construction n'a pas encoi'e disparu en italien et en français.

b) C'est encore le verbe habere qu'on emploie pour la périphrase ilu futur. Conformément à la formule du passé, on aurait pu choisir le futur du participe passif: habeo cantandwn alique)n, «j'ai à chanter quelqu'un, » aurait été aussi bien en di'oit d'exprimer l'idée: «je chanterai quelqu'un. » !\Iais la syntaxe latine «Ile-même offrait ici im expédient plus piatique dans l'inlinitif uni à habere; cette construction, connue aussi du grec, était peut-être plus familière à la langue populaire qu'à la langue écrite. La formule habeo audire revient exactement à habeo audiendum ou habeo quod audiam, «j'ai à entendre, je dois entendre » ; mais on sent combien « avoir à entendre » est près de « vouloir entendre » et <( devoir entendre ». .Au point de vue de la forme, on n'a ici que le renouvellement d'un procédé qu'on remarque souvent dans l'histoire des langues : le verbe auxiliaire, après êti'e devenu un simple mot formel, s'agglutina peu à peu comme un suffixe avec l'infinitif et finit par former un seul coips, qui, sous les dehors d'un temps simple, remplaça le futur latin, produit en partie par une constiuction semblable [ama-bo de ama-fuio, c'est-à-dire aimer -serai); car je chanterai n'est pas autre chose que la réunion de chanter ai. Le plus ancien exemple de cette formation se trouve dans le plus ancien texte roman, ]eii Serments de 8i>2 : salvarai, prindrai. — Au moyen de la même méthode on créa ensuite avec habebam un second temps, qui, poui- le sens, répond à peu près à l'imparfait du subjonctif latin. Cette combinaison se fondit aussi en une tbrme unique, bien qu'un peu moins reconnaissable : chanler-ais (pour chanler-avaisj (').

Les verbes aller et venir, suivis de l'infinitif, s'emploient aussi connue auxiliaires de temps, pour exprimer, l'un un futur très prochain, et l'autre un passé très rapproché du présent : Je vais écrire. Je viens de /inir (^ iHi). Mais ces formes n'entrent pas dans la conjugaison pi'opremenl dite.

3. La conjugaison active renferme onze formes simples, dont trois (l'infinitif, le participe présent et le participe passé) sont impermnnelles., et les autres personnelles.

Les formes personnelles du verbe ont des terminaisons qui

(1) Diez, II, 105 et s. En espagnol et en provençal les detix (■It-nKMils du l'iitur- et du conditionnel peuvent être transposés, jamais en français, quuiiiu'oii trouve un t'uturà régime intercalé dans le fi-a^inent du poème sur Alexandre d'Albéric de Besançon (XI" s.): Contar vos eij pley-ieyroment, vers qui a la physionomie plus provençale qi^ie française. <Chabaneau, p. 33).

Ayku, Grammaire compnr^e 15

Page 1