LA FLEXION DES MOTS
raise n'a pas de formes de flexion ou de mots particulier^;, sont marqués par la cousfnufion, c'est-à-dire par l'arrangement des mots : César raluquif roittnée. ParJez-wus allemand? Les rapports ne seraient plus les mêmes, si l'on disait : Pompée vainquit César. Vous parlez aUemand.
Cette distinction dos mots d'idée et des mots de nipport. n"ost pas nouvelle. Elle répond à la distinction des mo{<, pleins et des mots vides qni dominait l'ancienne grammaire. Ainsi Port-Royal distingne les mots qui signifient les objets des pensées (c'est-à-dire nos mots d'idée) et ceux ([ui marquent la forme et la manière de nos pensées (c'est-à-dire nos mots de rapport). Mais il range dans la première classe les noms, les articles, les pronoms, les participes, les prépositions et les adverbes, et dans la seconde classe les verbe»;, les conjonctions et les interjections. Or, comme le faisait déjà lemarquer, dans le dernier siècle, le grammairien Dnmarsais, l'article et la préposition appartiennent à la seconde classe (Encyclopédie, v» Article). Les verbes sont tous des mots d'idée, sauf la copule être et les auxiliaires de temps ou de mode. — Les mots de rapport ont aussi été appelés mots grammaticaux (G. de llumboldt), mois formels (F. Becker), mots métaplujsiqneu (E. Renan), etc.
4. La flexion s'opère eu français au moyen de finales que l'on appelle terminaisons ou désinences.
Les désinences, dit Max iluller, ne sont ni des excroissances prodniics par une végétation intime du langage ni des signes de conveiUion inventés pour modifier le sens des mots : la grammaire comparée démontre qu'elles ont été originairement des mots indéjjendants qui se sont altérés avec le temps et .se sont agglutinés à la Ihi des mots auxquels ils étaient juxtaposés. Ainsi les Unminaisons verbales ont été primitivement des pronoms ajoutés à la lin du vc)-be ('). »
5. On appelle radical la partie du mot qui reste invariable et qui est modifiée par les terminaisons. Ainsi naiss est le radical de naiss-ons, naiss-ais, naiss-e, imiss-ant, etc.
Il faut distinguer le radical de la racine. On appelle de ce dernier nom tout ce qui, dans une langue ou famille de langues, ne peut se réduire à une l'orme plus simple ou plus primitive. On distingue deux espèces de racines : les racines verbales, attributives ou prédicatives et les racines pronominales ou démonstratives. Les racines verbales sont celles qui marquent une action ou une )nanière d'èlre de la façon la plus indéterminée, c'est-à-dire en dehors de toute indication de temps, de lien, de personne ou de nombi-e. Les racines démonstratives sont celles qui indiquent simplement l'existence dans certaines limites plus ou moins définies de temps et d'espace. Dans les langues indo-européennes aucune racine attributive ne peut à elle seule former un mot. 11 y a, par exemple, en latin la racine litc, brillei'. Pour avoir un substantif comme lumière, il fallait ajouter une racine pronominale qui déterminât le sujet général auquel était attribuée la qualité marquée par la racine, .\insi, par l'addition de l'élément ])ronominal s, noiis avons le mot latin luc-s, lumière, littéralement brillant-là. Intioduisons-y un pronom personnel, et nous avons le verbe luc-e-s, brillant-tu, tu brilles. Ajoutons d'autres dérivés pronominaux et nous obtenons les adjectifs Utcidus, luculentus, lucerna, etc. (-).
G. On distingue deux sortes de flexion, savoir :
(1) V. au ctiapitre du v^rbe la formation du futur et du conditionnel.
(2) Max MuUei-. Lerons sur la science du langage, 348.
10 IXTRODUCTIOX § o
a) La -flexion nominale, ou flexion des substantifs, des adjectifs et des pronoms. Elle marque le nonibre, et, dans certains cas, le genre.
b) La -flexion rerhcde, ou conjugaison. Cette flexion marque le mode et le temps du verbe, le nombre et Va personne du sujet.
Beaucoup de langues, comme le latin ou l'allemand, expriment par les fermiiiaisons des noms, appelées cas, les rapports qui sont marqués en français par les prépositions ou par la place des mots. On appelle di'clinaUon, dans ces langues, lensemble de tous les cas, tant au singulier qu'au pluriel, dans l'ordre établi par l'u-^age.
Quoique notre langue uait pas, à proprement parler, de déclinaisons, du inoins dans les substantifs, il peut être utile et ((uelquefois même nécessaire de se servir des noms des cas pour désigner en français certains rapports grammaticaux. Nous n'hésiterons donc pas à dire quelquefois le nominalif pour le sujet de la proposition, et l'accusatif pour l'objet qui est joint au verbe sans le secours d'une prépositiim. Nous emploierons encore bien plus souvent les dénominations de datif et de génitif pouv distinguer les rapports marqués par les pi'épositions à et de.
7. Au point de A^ue de la flexion, on divise les mots en trois classes, savoir :
a) Le verhe, que Ton conjugue;
b) Le nom (substantif, adjectif, article, nom de nombre et pronom), que l'on décline;
c) Les particules ou mots invariables (adverbe, préposition et conjonction), qui n'ont pas de flexion.
Cette division des mots en trois grandes classes, qui remonte à une haute antiquité, a été adoptée par Port-Royal et exprimée de la manière la plus précise : «Ces huit espèces de mots, dit-il, en parlant de celles que reconnaissaient les grammairiens grecs, peuvent élre réduites à trois, le nom, le verbe et les particules indéclinables, car l'article et les pronoms sont des noms, aussi îiien que les participes ('). »
8. Les langues possèdent d'autant plus de mots grammaticaux qu'elles sont moins riches en flexions. Les mots qui, en français, servent à marquer les rapports de la proposition sont les suivants :
a) Jj^s pronoms;
b) Les 7ioms de nombre;
c) Certains verbes, comme le verbe être et les verbes dits auxiliaires;
d) Les adverbes qui ne sont pas formés d'adjectifs, les^^r^^ositions et les conjonctions.
JJartide, qui manque à beaucoup de langues, est aussi un mot de rapport, mais qui ne remplace aucune flexion perdue.
Les mots de rappoi't ont été formés de racines pronominales ou démons-
Ci) Nouvelle méthode pour étudier la langue grecque, liv. Il, cli. 1.
§ 4: Ï:A. FORXATIOX DES IIOT.S 11
fraijves ou bien, comme la préposition c}tez (du latin casci; maison), ils ont oti'originairement des mots d"idée.
9. Les formes et les mots graramaticaux constituent ce qu'on poiUTait appeler la trame du discours. L'étude de ces formes et de ces mots est proprement l'objet de la grammaire, tandis que la connaissance des mots d'idée — des vocables — est plutôt du ressort des dictionnaires et des autres recueils ou traités lexicologiques.
D'autre part, les formes et les mots grammaticaux n'existent dans chaque langue qu'en nombre restreint et limité ; il n'en est pas de même des mots d'idée, qui sont le véritable magasin du langage, magasin qui peut sans cesse s'accroître, soit par voie de (^éri ration, au moyen de suffixes : la poire, le poir-i>/', soit par voie de composition : affaiblir = ad et faible, licou = lie-cou, basse-cour, etc.
Enfin les mots de rapport, comme les formes grammaticales, n'ont point de sens en dehors de la proposition, tandis que les mots didée sont significatifs par eux-mêmes. Si, par ex., on dit fleuve, ce mot éveille aussitôt dans notre esprit Timage d'une chose ; le mot cet, au contraire, ne dit rien en dehors de la proposition, parce qu'il exprime un simple rapport et qu'un rapport suppose toujours deux termes.
b. La foiDuttiox des mots.
1. La formation des mots s'opère de deux manières, par la ilcrivation et par la composition.
2. Au point de vue de la dériadion, les mots se divisent en primitifs et dérivés.
Un mot dérivé est un mot formé d'un autre mot, appelé primitif, au moj^en de certaines terminaisons qu'on nomme siiffisces; ainsi du verbe mentir est dérivé le substantif ;//f;//eur, qui est formé par le sufiixe cur et qui signifie celui qui a Thabitude de mentir.
On distingue deux sortes de dérivation, savoir :
a) La dérivation nomincde, ou formation des substantifs et des adjectifs.
h) La dérivation verbale, ou formation des verbes.
Les substantifs et les adjectifs se forment de toute espèce de mots : les verbes se forment de substantifs et d'adjectifs, quelquefois de verbes.
11 faut Liien distinguer les suflixes dos terminaisons de llexion. Les suffixes modifient la signification même du mot primitif; ainsi l'idée d'action marquée
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par le veibe héviler devient une idée de personne dans Yhéritiet' (■= celui qui héi'ite), et une idée de chose dans Vhéritage (= ce que l'on hérite). Les terminaisons de flexion se bornent à imiiquer les rapports de la proposition; ainsi, ]^av excmplo, dans j'héritais, vous hrrltcre:, etc., l'idée reste la même, c'est toujours une idée d'action, mais il y a un changement dans la personne, le temps on le mode, et c'est t'e cliangeuieut qui est marqué par la flexion du verbe.
3. Au poiut (le vue de la composition, les mots se divisent en ^simples et conqw.sés.
Les mots composés sont formés par la réunion de'mots sim-
es, soit primitifs, soit dérivés.
Il faut distinguer dans les mots composés ceux dont les parties composantes ne sont plus distinctes, comme gendarme^ et ceux dont les parties sont encore distinctes, quoique souvent réunies par le signe appelé trait cT union, comme chef-cVœnvre, ver à soie.
Les mots composés sont surtout formés de substantifs, d'adjectifs ou de verbes, par le moyen de préfixes.
On appelle préfixe la particule (préposition ou ïtdverbe), séparable ou inséparable , qui s'ajoute devant le mot simple, pour en modifier le sens, comme in dans inonder.
De la syntaxe.