DE LA DÉRIVATION EN GÉNÉRAL
Les suflixes français sont presque tous d'origine latine. Or, on distingue deux espèces de suffixes en latin ; les suffixes accentués, comme avins dans primàrius, et les suffixes inaccentués, comme icus, ddus porticus.
1» Les suffixes latins accentues se sont conservés en français comme des formes vivantes et productives, et la langue les a employés à foi-mcr des dérivés nouveaux en les ajoutant à des mots qui ne les avaient point en latin, par ex. Iniissier. Ces suffixes ont souvent en français une double foi'me, l'une ancienne et populaire, l'autre moderne et savante (^'21); ainsi le suffixe latin arius a donné le suffixe ier de formation populaire dans premier, et le suffixe aire de formation savante dans primaire.
2» Les suffixes latins non accentués s'éteignent tous en français, comme iciis dans porticus, qui a donné porche. Ces suffixes sont naturellement incapables de servir à la création <ie nouveaux dérivés; mais ils peuvent devenir productifs dans les mots de formation savante, par un déplacement de l'accent, par ex. portique.
3, La dérivation s'appelle nominale ou i-erbale, selon i^u'elle forme, soit des Hotn.-^ (substantit's ou adjectifs), soit des verbes.
a) Les substantifs et les adjectifs dérivés se tirent de substantifs, de verbes ou d'adjectifs au moyen de suffixes: cr/v.sier de cerise, passaige de iwss^'r, bonté de bon ; mais la dérivation peut aussi avoir lieu sans le secours de ces terminaisons, comme dans cri de crier : c'est ce qu'on appelle dérivation impropre.
Il y a beaucoup de noms dérivés dont les primitifs n'existent pas en français, par ex. aubier, ceoickur, mercier, mental., répertoire, transitif, rulgaire, etc. Quelquefois aussi le primitif est un vieux mot français hors d'usage depuis longtemps, ou encore usité de nos jours, mais modifié dans sa forme. Ainsi (joupillo)!, dérivé du vieux français (joupiL renard, est venu au sens actuel, parce que les premiers g'oupillons ont été assimilés à une queue de renard. Le mot cZ/f/j^e/, chapeau, a donné chapelet, autrefois petite coitfure qui consistait ordinairement en une couronne de fleurs (§ 9). En revanche, il y a beaucoup de mots stériles qui ne peuvent pas avoir de dérivés, par ex. joli ne fait \)'àHJolie.^se ou. Jolitt', mais il a un composé enjoliver.
h) Les verbes dérivés sont formés de noms (substantifs ou adjectifs), soit par la simiile addition des terminaisons de flexion, comme ferrer de fer, (/randir de ;/ran(l, soit au moyen de suffixes propres, comme iscr dann fertiliser de. fertile. Quelques verbes dérivés, en petit nombre, ont une base verbale, et ceux-là sont toujours formés au moyeu de suffixes, comme asser dans /7-;v/sser.