C. DIMINUTIFS
1. Les diminutifs substantifs sont des noms de personnes ou d'animaux ou des noms de choses concrètes. Ils sont formés au moyen des suffixes diminutifs el = eau et eUe., et, ot, oie., ide, cule^ aille., ille., as ou asse. and; d'autres suffixes peuvent aussi s'emploj^er pour marquer la diminution, comme in, ou et ard (§ 146). Quelques-uns de ces suffixes forment aussi des adjectifs; mais les diminutifs adjectifs sont peu nombreux.
2. Les vrais suffixes diminutifs sont au nombre de trois : el = eau, gf, ot. Mais ces suffixes ne marquent pas toujours la diminution, ce qui est surtout le cas pour ot.
eau, fém. elle (de l'ancien el), forme :
a) Des noms de personnes ou d'animaux en eau, qui ont rarement des correspondants féminins en elle : cailleteau, chevreau, faisandeau, lionceau, louceteau, lapereau, perdreau, pourceau, tyranneau ; imstoureau tt pastourelle, autrefois tourtereau et tourterelle (tourtereau est le diminutif de tourterelle qui a remplacé toutire).
h) Des noms de choses, savoir : 1" beaucoup de noms masculins dont un certain nombre ont perdu leur force diminutive : \mveau. cer\eau, écritw«, faisand<?«?<, fournm^^ ])nmeau, trousseau, tr-àmeau (de traîne, § 142), etc.; 2° quelques noms féminins : cerYelle, prunelle, tourelle.
Ce suffixe est renforcé par ç dans c-eau, c-elle : damoismM, damoisf//(', auj. demoiselle, jouyenceau, jouvencelle; f-àisceau, monceau, oiseau, vaisseau, vaisselle, vermisseau/.
Le diminutif lat. ellus a d'abord donné la forme el (d'où le féni. elle), qui réparait dans les mots dérivés ; ainsi martel-er vient de martel (conservé dans Charles Martel) et non de la forme moderne marteau.
et, fém. ette, marque la diminution, mais sans y ajouter aucune idée de dépréciation. C'est un suffixe très fécond qui forme :
a) Des noms d'animaux : ^ignelet, cochée et coquet (anciennement petit coq, d'où le sens de l'adjectif eoqwt, proprement vain comme un coq), garçonnet, pouh^/; c&.uuette, c\\e\rette, fi\- \ette, i^oulette, etc.
b) Des noms de choses : archr^^, banque/, bosquet et bouquet, pour bousque/ (de bois), chêne/ (anc. chiennet), chevet, poigne/, saclie/, charre//e, hmette, tnhlette.
c) Des adjectifs : aigre/, douille/ (du v. Ir. douille, mou, tendre), pauvre/.
32fi DIMINUTIFS § 149
Il y a un certain nombre de diminutifs doubles dans lesquels et^ efte, est renforcé par le suffixe diminutif el = eau ; hourrelet, corselet, g-àntelet, osselet, roitelet; côtelette, tartelette; — Mgrelet, m&igrelet, rondelet, yerdelet, etc. Mais cervelet, ciselet, mantelet, oiselet, bandelette, sont, du moins pour le sens, les diminutifs simples des mots cerveau, ciseau, manteau, oiseau, bandeau, dans lesquels eau a perdu sa force diminutive. — Dans boulet, le sufftxe et paraît avoir un sens augmentatif.
ot, fém. otte, est peu fécond et n'a conservé la force diminutive que dans quelques mots, qui, à l'exception de lino^, linotte (§ 75), sont tous des noms de choses : bacliof, ballot, billot; chariot, cuissof, culot, goulot, îloi^; culotte, menotte. — Ot ne forme que les adjectifs suivants : hellot, pâlo^, vieillof.
Le latin populaire possédait un suffixe diminutif Utus qui a pris en roman les formes atlus, eltus, itlus, uttus ; ainsi en français louvat (qui se trouve encore dans la Fontaine), pauvret, petit, pâlot. De ces quatre formes et et ot seuls sont restés dans la langue actuelle.
3. Les suffixes suivants sont d'origine latine; oie, nie, cule ne se présentent que dans des diminutifs de formation savante ; aille et elle expriment la collection, la diminution ou l'augmentation, le plus souvent avec une idée de dépréciation.
oie sert à former des diminutifs savants du genre féminin : aréole, artériole, bestiole, banderole, cabriole, carriole, casserole, féverole, foliole, gloriole, rougeole, etc.
Dans les mots de formation populaire, le suffixe latin oliis fe-olus, i-olusj est devenu en français euil, eul, ol, dans chevreuil, écureuil, filleul, glaïeul, linceul, ligneul, rossignol, tilleul; le sens diminutif de ces mots a tout à fait disparu.
ule est un suffixe savant qui forme des noms diminutifs masculins ou féminins selon le genre du nom qui leur sert de base : un globule est un petit globe, une glandule est une petite glande.
Le suffixe ule vient du latin iilus, ulum et ula : module de modulus, pendule de pendulus, ovule (de ovmn, œuf); capmle de capsula, cellule de cellula [cella, chambre), virgule de 7'irgula (virga, baguette). La formation populaire a donné les mots peuple de populus, sangle de cingulum, table de tabula, tuile de tegula, seille de situla, dans lesquels le sens diminutif a entièrement disparu. Ce snflixe ne forme que deux adjectifs, qui n'expriment point la diminution : crédule (cf. croyable), ridicule (cf. 7nsibleJ.
cule est un suffixe savant qui forme de la même manière des noms diminutifs masculins ou féminins selon le genre du nom qui leur sert de base : un animalcule est un petit animal, la pellicule est une petite peau.
Le suffixe cule, m. et f., vient âeculus, culum et cula : corpuscule decorpusculum (corpus, corps), opuscule (opus, ouvrage), clavicule (clavis, clé), follicule Ifolium, fcuilie), radicule (radix, racine), renoncule (plante dont la racine imite une petite grenouille, en lat. ranaj, vésicule fvesica, vessie).
§ 149 DIMIXUTIFS 327
Le suffixe cule précédé des voyelles «, e, i, u^ a (§ 26), donné les désinences françaises suivantes qui ont complètement perdu leur sens diminutif;
1. ail, m., aille^ f. : poitrail^ portail, vantail., anc. ventail. Ce suffixe est resté productif, il exprime quelque chose d'instrumental et forme des noms masculins en ail: attirail., épouvantail^ éventail., gouvernail., miipiraiJj travail (du v. fr. traver) et quelques noms féminins en aille : tenaille (instrument pour tenir)., sonnaille, trouvaille (chose trouvée).
2. eil, il, m., eille, ille, f. : orteil, soleil, sommeil; péril, abeille, oreille, bouteille, corbeille, corneille; cheville, (joupille, lentille.
3. ouil, m., ouille, f. : fenouil, genou, pou et verrou, qui ont perdu la finale //. grenouille.
aille forme des collectifs le plus souvent dépréciatifs, et tous féminins : imûqnaille, hYonssailles (de brosse, anc. buisson), futaille (de fût), ferraille, grenaille, marmaille, muraille, rocaille, valetrt///f'.
Aille forme aussi des dérivés à base verbale : mangeaille, semailles, tenaille, trouvaille, volaille.
Ce suffixe a pour origine un pluriel neutre latin en alia, ilia fbiliaj, qui a donné l'idée de collectivité : volaille de volatilia, pluriel de l'adjectif volatilis; V. fr. aumaille, de anUnalia. 11 y a quelques noms masculins en ail: bétail, anc. bestaille. de beslialia, vitrail.
ille est orig-inairement diminutif : chen///e (litt. petite chienne), f-àncille, point///e; de là son emploi dans les formations nouvelles au sens spécial de collection de menues choses : charm///f, plant de petits charmes, ormille, ramilles. Tous ces mots sont féminins.
Le suffixe ille vient du latin icula ou ecula.
4. Il y a enfin trois suffixes, as, être et aud qui expriment en général la collection ou la diminution avec une idée de dépréciation.
as ou asse a. en g'énéral, une sig-nification collective, augmentative ou dépréciative : a) masc, peu nombreux : coutelas, cervektt, plâtras; b) fém. besticrsse, bécasse, cognasse, culasse, cuirasse, paperasse; populaee, villaee. Il y a quelques noms à base verbale : crevo^-.se, lavasse, liasse. — Les adjectifs bonasse, hommusse, molasse, sont les seuls en asse.
Ce suflixe vient du lalin aceus. On doit y rattaclier les terminaisons ac/ie, èche, iche, oche. uche, dans les substantifs suivants: bravache, tnordache, rondache; /la>nmcche; caniche (chien), levriche (lièvre), pnuliche; caboc/ie (capul, lî'le), épinoche, filoche, mailloche, sacoche, taloc/ie (v. fr. taler, meurtrir) ; capeluche, >nerUtche, peluche, perruche.
âtre désigne une ressemblance incomplète avec l'idée du
328 DÉRIVATION VEEBALE § 150
primitif, aussi a-t-il généralement une valeur péjorative : écolâtre., parâtre^ masc. ; marâtre^ fém. Comme adjectif, cUre marque (Vabord la diminution : bleuâtre^ un peu hleii^ noirâtre^ puis la dépréciation : doucea//-e, fola^>-g.
Ce siiftîxe vient du latin aster, astnim.
aud forme des noms masculins de personnes et d'animaux dont la plupart ont une signification déprécia tive : badai«/, conrtaKd., nigaud, rihaud; crap«/<f/, levrff/<f, ^ditaud (propr. chien à grosses pattes). Aud, suffixe adjectif, est dépréciatif comme <Âtre: fmaud, \ou\'û.aud, 'i^-àlaud, xioiYaud, salig«MfZ.
.1 M-:/ vient d'un suffixe germanique [waldj et a d'abord servi à former des noms propres, comme Fermid, Regnault, etc.
Article III. — Dérivation verbale.
1 . La plupart des verbes dérivés sont formés par la simple addition de la terminaison verbale er ou />■ au nom (substantif ou adjectit) piùmitif : border de bord, mûrir de mûr, ou dérivé : marteler de marteau.
2. Les verbes dérivés de substantifs sont presque tous terminés en er : aliment^/-, flottrr, ga.zer, puiser (de j^uis, ancienne forme de puits), tapissa;-, toussa/-, courroucer, camper, ranger, choquer, joncher, sucer, arbore/-, ferrer, émaille/-, vacciner, tâtonner, baigner, affamer, corner, balaye/-, etc.
Ces verbes sont formés de substantifs qui désignent Tobjet de l'action exprimée, surtout l'objet passif (complément direct) ou l'instrument ; ils expriment donc à la fois l'action et son objet : alimenter, fournir des aliments; affamer, causer la faim; arborer, élever droit comme un arbre; baigner, mettre dans le bain ; bala>jer, nettoyer avec un balai, etc.
3. Les verbes dérivés d'adjectifs ont en général un sens caus((tif ou factitif, c'est-à-dire qu'ils expriment une action faite pour donner à la personne ou à la chose la qualité marquée par le primitif. Ils se terminent en er, comme sécher, ou en ir, comme mûrir, agrandir.
a) Ceux en er sont actifs avec le sens causatif et er signifie rendre, faire, comme sécher dans : Le vent sèche (rend sec) le linge; toutefois ils peuvent s'employer comme verbes neutres dans le sens de devenir : Les feuilles sèchent (deviennent sèches) sur les arbres avant de tomber.
b) Les verbes dérivés en ir sont beaucoup plus nombreux et