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B. ADJECTIFS DÉRIVÉS

\. Les adjectifs tirés de verbes sont formés à l'aide des suffixes if, ile, ahïe, ace, ond et ide.

2. if, féminin ive, forme un grand nombre d'adjectifs dont le sens est actif et exprime la faculté de faire : hâtif, qui se hâte ; pens//", oÏÏeuaif, oppress//", tard//", etc.

Ce suffixe appartient essentiellement à la formation savante et se joint le plus souvent, non pas au radical verbal, mais au radical des participes passés latins, comme actif, exclus//", impérat//", sédatif, etc. Les mots suivants ont le sens passif :

adoptif, qui est adopté; captifs qui est pris; portafif^ qui peut être porté.

Il y a quelques substantifs masculins en if et féminins eu ive : baillif, aujourd'liui bailli, celui qui administre (v, fr. baillir. ■de bail, § 26, d'où bailler, donner), motif, ce qui meut, vomitif; locomotive, tentative.

Le suffixe if vient du latin ivus, qui .ivait le môme sens : apérilif, de aperitivus, de aperire, ouvrir; auditif (audire, entendre), nrgatif (negare, nier;, putatif (putare, penser, estimer), vindicatif [vindicare, tirer vengeance), naif et natif, de nativus : sel natif, sel qui a la force de naître seul et sans être fabriqué; discours naïf, c"esf-à-dij'e qui a la faculté de naître sans les efforts de la culture.

3. ile. Ce suffixe, qui est devenu improductif, indique la possibilité passive, rarement active: docile, fragile; agile, fertile.

Ile est formé du latin Uis, avec avancement de l'accent : docile (de docere, enseigner), propre à être enseigné, dêlébile (delere effacer), facile (facere, faire), fertile (ferre, produire), fragile ffrangere, rompre), habile (habere, avoii), nubile (nubere, se marier), apte à être marié, reptile (de reptum, supin de re;jo, ramper), textile ftextian. supin de texere, tisser), utile (utor. uli, user;, versatile fversare. tourner), etc. On a l'adjectif volatil, e, et le substantif i'o/atile. Il y a quelques mots de formation populaire où l'accent n'a pas été déplacé: douille' d'où douillet de ductilis (ductile est moderne), faible de flebilis, frêle de fragilis, grêle de gracilis. humble de humilis (§ 26).

4. able forme un nombre considérable d'adjectifs dont la base est le radical verbal ; il indique une possibilité passive, quand le verbe est actif: faisable, (pii peut être fait, et une possibilité active, quand le verbe est neutre : valable, qui peut valoir; a.imable, agréable, ipérissable, etc. Il se joint aussi à des substantifs : charitable, de charité. Eemarqnez qu'on écrit avec un r : communicahle, explicable, praticable, etc., et avec qu : attaquable, critiquable, immanquable, remarquable, etc. (§ 114.)

Il 3' a quekiues mots en ible qui ne sont pas formés du radical verbal, mais du supin latin : fusible, qui peut être fondu, risible. qui peut faire rire; cependant nuisible est bien de formation française et est tiré dii-ectenient du radical verbal au participe présent : nuis-a»^, nuis-/è/^.

Il faut joindi-e ici les adjectifs eu uble. qui ont aussi un sens passif, comme soluble, d'où dissoJnble, i>ulissoluble.

Parmi les adjectifs en able, quelques-uns se disent particulièrement des personnes, et quelques autres s'emploient seulement en parlant des choses. Ils se joipneut oéuérnlement aux noms (pli peuvent tijmrer comme comidéments directs des veibes dont ces adjectifs dérivent ; ainsi l'on dira très bien: un homme estimable, nn événement déjjlorable, parce que l'on dit estimer nv Jiomme, déplorer nu événement: mais c'est mal s'exprimer

AVEU, Gramniairc conriHiriie. 21

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que (le dire une persoîine contestable^ un enfant pardonnable^ parce qu'on ne dit pas contester une personne^ pardonner un enfant.

Le snlTixe a-ble (ible, uble) vient du latin b-ilis, qui avait le même sens : aimable (le amabilis, coupable fculpare, ^ccu^er). flexible (flectere, plier), sol- I able et soluble (solvere, séparer, payer). Dès les origines de la langue, la llexion du participe présent des verbes en er fut attribuée aux verbes des autres conjugaisons (§ 108). Or cette action que la i^^ conjugaison en français a exercée sur les autres au participe présent, elle l'a exercée également dans la dérivation. Le latin dit am-a-bilis, fl-e-bilis, vis-ï-bilis, aud-l-bilis, vol-u-bilis, en ajoutant le suffixe bilis au thème du verbe ou du participe terminé en a, e. "i, i, u. De ces diverses terminaisons, la langue populaire, dés les premiers temps (VP à Vllli^ siècle), n'a retenu que la première, a-bilis; ebilis, ibilis. filent pla(;e à abilis, et c'est ainsi que Ion trouve, dès le début du XII* siècle, credable, d'où plus tard croyable, desfeadable, pendable, vendable, faisable, convenable, prenable, abolissable et autres mots en issable, connaissable, etc. On peut exprimer le fait en disant que, par suite de la transformation de bilis en abiUs, le suffixe able s'adjoint au thème du participe présent des verbes, c'est-à-dire qu'on remplace la terminaison ant par la terminaison able, quelle que soit la conjugaison : aim-ant, nim-able; ûniss-ant, iiniis-able; recev-ant, vecev-able; pren-ant, pren-able. Les dérivés en ible sont de formation savante. Les dérivés en ible sont formés sur les types latins, le suffixe s'ajoutant an thème du participe présent ou du participe passé: tangible, tangi-bilis* de tancj-entem, destructible, destructi-bilis* de destruct-us. Le suffixe populaire able ne se joint qu'au thème du participe présent ('). La forme bile est rare : mobile de mobilis = movibilis (de movere, mouvoir^ ; indélébile (delere, détruire). Mobile, qui peut être mu, s'emploie aussi substantivement avec le sens actif: le mobile, ce qui meut (cf. le motif).

5. Il y a encore quelques suffixes adjectifs dérivés du latin, mais qui sont improductifs, parce qu'ils sont incapables de servir à la création de mots nouveaux. Ce sont :

ace, signifiant qui possède à un haut degré une qualité spéciale : efficace, fugace^ loquace^ rcqjcice, tenace^ vivace^ vorace.

ond, bond, qui a le sens d'abondant : vagabond, qui abonde à vaguer, à errer, furibond, qui abonde en fureur.

ide, comme dans rigide, qui manifeste de la rigueur, timide, qui montre de la crainte.

.1 ce vient du latin ax : vorace de vorax (vorare, dévorer); bond, tiebundus, a: furibond de furibundus [furere, être en fureur); et ide, de idus : fluide de flnidus [fhœre. couler).

1. Les adjectifs tirés de substantifs sont formés à Taide des sufftxes al et ique, qui expriment que l'idée du radical convient à la chose dont on parle ; eux, é et u, lent, qui marquent la possession, souvent avec l'idée d'abondance ou de plénitude; —

(1^ Darmsteter, De la Crnation de mots nouveaux, 76, 192.

esque^ être, finie, ime,ième. D'autres suffixes déjà étudiés servent aussi à former des adjectifs : eur (§ 144), ier, aire^ ain, ien, in et on (§ 146).

2. al, féminin ale^ et el, féminin elle^ ne sont que les deux formes diiférentes d'un même suifixe; quelques mots ont deux dérivés, l'un en a?, Fautre en el, comme originrt/ et origine/. Les adjectifs ainsi terminés expriment que l'idée de leur radical convient à la chose dont on parle, par exemple brutal, dans un homme brutal, qui tient de la brute. Ces adjectifs ne font point connaître ce qu'est la chose en elle-même, mais ils la déterminent par l'idée de conformité poiu- le lieu (centrrt/), le temps (accidenté'/^, le rang (royal), la forme (monumental), la fin ou destination (therma/). Ce sufiixe a aussi formé quelques noms : journt*/, signa/.

Une troisième forme improductive de ce sufiixe est // ou ile : civ//, seryile.

Ce suffixe, sous ses trois formes al, el, il, vient du latin âlis, élis, tlis, qui avait le même sens : loyal et légal de legalis (formé de lex, loi), réel de realis (àe res, chose), cordial (cor, cordis, cœur), guttural fguttur, gosier), lacrytnal (lacrijma, larme), local [locus, lieu), mental (mens, mentis, esprit), oral (os, oris, bouche), rural (rus, ruris, campagne), cruel de crudelis, rationnel (ratio, raison), visuel (visus, vue), civil de cifilis (ciris, ciioyen). puéril (ptier, enfinit), viril (vir, homme), fébrile ffehris, fièvre), juvénile (jui enis, jeune homme), hostile (hovtis, ennemi), sénile (senex, vieillard), servile (servus, esclave). Il va quelques noms masculins en il : chenil (de canile, lieu où l'on i-enferme les c/n'e/is^', fenil (de foenile, lieu où l'on serre le foin), fournil (de four I.

3. ique indique, comme al, un rapport entre l'idée du sujet et celle qui est représentée par le radical de l'adjectif, mais il s'en distingue en ce qu'il marque la conformité pour la nature, l'essence, l'ensemble des propriétés intrinsèques : aristocratique, qui appartient à V aristocratie; philosophique, qui a trait à \-à j)hilosophie; co\érique, classique, clvàri\a.r ique, féerique, idolktrique, ipoètique, romantique, etc.

La forme ficque répond à la désinence fier des verbes (v. § 150) et exprime l'idée de produire ou de faire : ])a:Cifique, honorifique.

Le suffixe ique a été formé du latin ïcus avec déplacement de l'accent ; civique de civicus (de civis, citoyen), générique (genus, generis, genre), rustique (rus, campagne). Il faut y raUacher la forme iaque: démoniaque, maniaque, syriaque. Alicus a donné atigue, qui sert même aux formations nouvelles : aquatique de aquaticus, fanatique de fanaticus, lunatique de lunalicus, systématique, hanséatique, etc ; dans les mots anciens aticus s'est transformé régulièrement en âge: sauvage de sili'aticus, volage de volaticus, et cette forme est devenue un suffixe très productif pour les noms de choses (§ IWJ.IG).

4. eux, fém. cuse, marque la possession et, le plus souvent, la plénitude de possession, c'est-à-dire l'abondance de la qualité exprimée par l'adjectif qu'il sert à former, comme épineux^

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qui a des épines; fangeux, plein de fange-, ennuyeux, Myreux (cf. iéhrile), facéti^?/^;, gr-àcieux, iwécieux, soiici^Wvr, soyeux.

Il y a quelques substantifs féminins en euse: dormeuse, sorte de fauteuil oii Ton peut s'étendre pour dormir, pondeuse, poule qui pond, rouleuse, chenille qui roule les feuilles, veilleuse, petite lampe, etc. Forme accessoire: oiix, fém. ouse : jaloux, et ose: morose. Substantifs : pelouse, ventouse.

Ce suffixe vient du latin osus, osa, osum, qui avait le même sens : odieux de odiosus fodhim, haine).

5. é, fém. ée, marque simplement la possession : ailé, qui a des ailes, écervek', effréné'', éclievek', fortun»^', fourche, insensé, lettre, ongle, perle', sensé, veine', etc.

Ce suffixe vient du latin alus ; étoile de stellatus. Les mots de formation savante ont at : dJlicat de delicatus, ingrat de ingratus.

6. u, fém. ite, marque, comme eux, la possession, le plus souvent avec ridée de plénitude : barbu, qui a de la barbe; charnu, rempli de r/^a/r ; chevel?/, cossw, fourchw, goulu (de goule, ancienne forme pour gueule), gren?^, têtw.

Ce suffixe vient de ulus. qui, comme atus, marquait la possession.

7. lent a le même sens que oud et ne se présente que dans quelques mots : fécideut, opulent, pestUent, succulent, violent.

Lent vient du latin lentus : opulent de opulentus (opes, richesses).

8. esque exprime la manière, la ressemblance, l'origine : diXdihescpue, barbaresg-He, clievaleres5'?/e, pittoresgwe.

Ce suffixe est emprunte à l'italien esco et a été formé du latin iscus. Il a souvent un sens dfipiéciatif et marque quelque chose de Ijizarre, d'étrange pour la forme ou la grandeur, que ce soit un agrément ou un défaut dans le sujet : gigantesque, pédantesque, tudesque, soldatesque, etc.

0. être est un suflâxe improductif qui ne se présente que dans un seul mot de formation populaire : champéfré'.

La tonne savante de ce suffixe est este et estre, du latin estis, ester, estris : agreste, céleste; équestre, pédestre, terrestre, alpestre.

10. time est un suffixe qui n'existe que dans quelques adjectifs : légitime (cf. légal), maritime (cf. marin).

11. ime sert à former quelques substantifs appartenant à la nomenclature décimale : centime, décime.

Ce suffixe est la terminaison latine inuis, a. utn, destinée à marquer le superlatif.

12. ième s'ajoute aux noms de nombre cardinaux pour former des adjectifs d'ordre : dixième, centième, etc. (§ 83).

Le suffixe ième, ancien français iesme, ime, est formé du latin esimus, a.

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