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Si(j>nfîcafion des préfixes

5. Les particules employées à la composition sont des adverbes ou des prépositions :

a) Les adverbes, qui sout tous séparables, à l'exception de in et de més^ sont des adverbes de qualité, mal, bien, de quantité, bis, demi, de négation, in, non, etc.

b) IjQ^ prépositions emploj^ées comme préfixes, les unes séparables, les autres inséparables, -peuvent avoir la valeur de prépositions ou d'adverbes; ainsi contre est adverbe dans contredire et préposition dans cojiXrepmson.

2, Emploi des préfixes.

6. Les particules se combinent comme préfixes avec les radicaux en donnant naissance à des verbes ou à des 7io?ns (substantifs ou adjectifs).

a) Les pi-éfixes forment des verbes en se joignant : 1" En qualité d'adverbes, à des verbes pour en modifier la signification: prendre, surprendre; balancer, conir e-balancer. 2° En qualité de prépositions, à des substantifs ou à des adjectifs avec adjonction d'un suffixe verbal (er, ir) : courage, en-courag-er'., froid, re-froid-ir. Ces sortes de composés reçoivent le nom de jiarasgnfitéfiques verbaux, parce qu'ils sont formés synthétiquement, tout d'un jet. par l'union simultanée du préfixe et du suffixe au radical.

« Dans les composés parasynthétiques formés de substantifs, le suffixe donne l'idée verbale de mettre, rendre, faire, si le composé est un verbe actif; de être, venir, si c'est un verbe neutre, et le )iré(ixe précnse C(!lte idée en indiquant le rapport de ce verbe avec le substantif : enterrer, déterrer s'analyseront donc mettre (= er) en- ou hors de i— dé-) terre; atterrir, verbe neutre, sera venir (= ir) à (= ad. at-) terre, et atterrer, verbe actif, ytiettre (= er) à (= ad, at-) terre. La particule dans ces composés est donc préposition et non adverbe; elle s'adjoint à wn substantif qui lui sert de complément, et ce composé reç^^oit, avec la terminaison verbale du suffixe, runifé de forme et d'idée. Il en est de même des parasynthétiques formés dadjectifs : enricliir est mettre en riche, en l'état

(1) V. Darmsteter, l. c, p. 73 et s.

de riche; déniaiser est mettre hors de niais, de l'état de niais. Cette analyse montre que les composés formés d'adjectifs ont la valeur de verbes factitifs. Cependant la plupart d'entre eux, surtout les verbes en ir, ont une tendance à devenir neutres, c'est-.\-dire qu'ils s'emploient absolument ; ainsi abêtir est aussi bien rendre que devenir bête. <■ (Darmsteter)

b) Les préfixes forment des substantifs et des adjectifs en se joignant :

1° En f\vm\\i% (['adverbes on da préjMsitioiis. à des substantifs on à des adjectifs : hien-être, Tna.alheurei(Xy déloi/al., avantscène; acompte, contre-poison, en-fête, "parterre.

2° En qnalité de prépositions, à des substantifs ou à des adjectifs avec adjonction d'un suffixe nominal : fable, en-taUement; bas, s,ou-basse-menX\ mer, SQUS-niar-in. Ces composés sont des parasiptfhéfiiptes nominaux dont le nombre est assez restreint.

B. Composition avec des prépositions.

§ ISn

1. Ab (abs devant c et /, et a devant m et v) marque une idée d'êloignement, de séparation : arengle (de ab-ocidus, sans yeux), avorter (abortare dans Yarron, fréquentatif de aboriri) ; plusieurs verbes de formation populaire ont vu reparaître le b qu'ignorait la vieille langue : al)sondre, abstenir. Forme savante : afxliqner, abhorrer, abolir, aljsorber, absurde, etc.

2. Ad ajoute au radical une idée de rapprochement, c'està-dire de direction vers un lieu et, au sens figuré, vers un but déterminé. Ad restait invariable en latin devant les voj^elles et les consonnes faibles d, b, h,j, v, m; devant les autres consonnes il y avait assimilation du d et ad devenait ar, al, an, ac, afi, at, ap, af, as. Cette particule entre dans la composition d'un très grand nombre de mots de formation populaire. Dans la plupart de ces mots le désir de faire reparaître l'étymologie ramène, soit sous la forme de d. soit sous celle de consonne assimilée, la seconde lettre de ad, qui n'est véritablement à sa place que dans les mots empruntés directement au latin, de telle sorte qu'à peu d'exceptions près (par ex. avertir de adverfere) la forme actuelle du préfixe est la même dans les mots populaires que dans les mots savants : adjuger, admettre, arriver, alléger, annoncer, accourir, acquérir (cq = qq), aggraver (v. fr. agrever), (dfeindre, apprendre, affable, asseoir, etc.; — adopter, addition, adhérer, adjectif, adverbe, admirer, arroger, alléguer, allaiter (allactare), antnder, accumuler, acquitter, agglomérer, atténuer, appliquer, (tffiger. assimiler, etc.

A est la forme française de ad. Cette préposition séparable sert à former des mots nouveaux qui sont :

a) Des verbes^ pour la plupart factitifs. Devant s, f, f et r, le d se retrouve sous la forme de consonne assimilée : assouplir, attabler, affoler, accomhr, excepté rafraîchir, acagnarder, acoquiner, racornir. Devant^) l'usage hésite entre les deux formes a et ap : aixiiser, apercevoir, apitoyer, apilanir, ajjlafir, aposter, ajMrer, rapatrier, rapetasser, rapetisser, rapiécer et appareiller^, appo' rier, apparenter, appauvrir^ appesantir , appointer, apprêter, a^yprofondir, apjprovisionyier . Devant les autres consonnes on trouve toujours a : abaisser (de bas), ajourner, achever, agrandir, avilir, amortir, anoblir, aliter, etc., excepté allonger.

b) Quelques substantifs dans la composition desquels à entre comme préposition : abandon, acompte, adieu, ados, afin, aguet, aloi, amont, aplomb, atout, aval (à vau -l'eau, adv.), avenir, averse (à rose, adv.}, à-coup, à-propos (à pyfopos, adv,). Avec assimilation du (/ .• affaire, affût, appât, appui. Il 3^ a un seul adjectif composé avec a : adroit.

3. Anté, et parfois anti (qu'il ne faut pas confondre avec le préfixe anti dérivé du grec), signifie avant et sert à former des noms. Cette particule se retrouve dans antan (ante aniium), ancêtre (antecessor), où an joue le même rôle que son dérivé avant dans avant-coureur. Aîné (ante-natus) est d'une formation postérieure, puisque rmte j est déjà devenu ains (ains-né au XII® siècle, (ùs-né au XV®). De même que le latin vulgaire, pour opposer l'aîné au cadet, disait ante-natus et post-natus, l'ancien français opposait Vains-né âu puis-né on moins-né (minus natus) : Li ains nés est Gerins, Et li mains nés ot a non Hernaudin (Garin, II, 217). Forme savante: antécédent, antépénultième. Composés nouveaux : antédiluvien, antéhistorique, anticJmmbre, antidate.

4. Circon, du latin circum, autour, n'existe que dans des mots d'origine savante, dont quelques-uns sont des emprunts directs : circoncire, circonférence, circondance, circonscrire, mots anciens dans la langue; circonvenir, circonvolution, circuit; — dont d'autres sont créés sur des tj'-pes latins : circumpolaire, circumnavigation ; circonvoisin.

5. Cis, en deçà, s'oppose à trans ou ultra, au delà : cisalpin.

6. Contra, en face de, vis-à-vis de, exprime une idée d'opposition, d'action ou d'effet contraire. Les composés anciens sont rares et tous de formation savante : contradicteur, confradictimi, contradictoire, contravention, controverse.

Contre, la forme française de ce suiïixe, a pris une grande

AYEU, Grammaire cori'parèe. 22

extension, ('ette préposition séparable marque l'opposition (contredire), quelquefois la juxtaposition (contre-allée) ou la subordination (contremaître), et elle sert à former des verbes : contredire^ contresigner, contrecarrer, contrefaire, contremander, contrcniarquer, contrevenir, contre-hcdancer, contre-houter, contrecalquer, contre-dér/ager, confre-hâcher, contre-jyeser, contre-tirer ; — et des noms : contrebande, contrepoids, contrôle (contre-rôle), contrebasse, contredanse, contrefort, contremaître, contremarche,^ contrepoint, contrescarpe, contreseing, contrevallation, contre-ordre, haute-contre (pour co}dre-hante), contre-allée, contre-mine et beaucoup d'autres avec le trait d'union, où contre est adverbe; contrepoison, contresens, contretemps, cotdrevent, contre-approches, contre-haut, contre-latte, contre-poil, à contre-cœur, contre-révolutionnaire, etc., où contre est préposition.

7. Cum, avec {con, corn, col, cor; co devant une voyelle ou A), marque une idée de réunion, d'assemblage, quelquefois d'augmentation. Cum, qui est une des prépositions latines les plus riches, n'a guère de vie dans notre langue. Disparu en tant que préposition, il est de peu d'usage dans la formation des composés populaires; en revanche il est très fréquent dans la composition savante. Composés anciens de formation populaire : concasser, concevoir, concourir, condamner, conduire, confesser, confier, confire, conflit, conseil, consentir, convertir, commeticer, commettre, commuer, coudre (consuere), conter et compter (computare), correspondre, coucher (collocare), couvrir (cooperire), cailler (coagulare), etc. Composés savants : concentrer, conception, concilier, condition, confirmer, contracter, comparer, compassion^ collège, collision, collusion, colloquer, corrélatif, corriger, coercition, cohérent, etc.

Dans les composés nouveaux, con (com), préfixe français inséparable, reste toujours invariable : a) verbes : confronter, controuver, contourner, comhcdtre, coordonner, coexister, etc.; h) substantifs : concitoyen, confrère, compère, commère, où con est adverbe. Avec des substantifs ou des adjectifs, ce préfixe tend à prendre de l'extension et à devenir populaire sous la forme co : coétat, coéternel, codébiteur, cohéritier, copartageant, copropriétaire, coreligionnaire, etc.

On a com au lieu de co dans combustible (corn-b-ustihle, du lat. burere, hustwn, pour urere, uslxim, brûler), comestible [edere, eslum, manger).

8. De, en latin, indique éloignement d'un lieu à un autre (spécialement, mouvement de haut en bas), et par suite, au figuré, cessation, privation. Ce préfixe se présente le plus souvent sous la forme dé (des devant s) qu'il n'est pas toujours facile de distinguer de dé = dis : demander, demeurer (demorari),

§ 1.".8 COMPOSITION AVEC DES PRÉPOSITIOXS ;î89

degréj dédier (dedicare), déduire^ défendre, délirrer, dessiner (designare). Forme savante en dé: décéder, déaqjiter, décerner^ décider, décliner, déclarer^ défection., définir., dégrader., déguster^ déléguer., détoner., désigner, etc.

9. Dis (dis devant c, q, p, t, s, quelquefois devant J, dif devant f et di partout ailleurs), marquant le plus souvent séparation, division et quelquefois négation, privation, aboutit aux mêmes significations que de : de là la confusion qui s'établit entre les deux particules à l'avantage de dis. Composés anciens : discourir, disjoindre, disjMs, dissoudre, distraire, etc. Forme savante : discorde, disjonction, dispersion, dissimuler, diriger, diligent, diminuer, digérer, dirertir, diffamer, difficile, etc.

^ On trouve aussi dé dans la composition ancienne : dépenser à côté de dispenser (dispensare), déluge (diluvium).

Dés, particule inséparable, est la forme moderne de dis, dont la finale s disparaît devant une consonne, excepté devant s ; a) verbes : débander, dégarnir, déjeuner, détonner, dessiller (de cil), dessécher, désarmer, désorienter, etc.; b) noms: défaveur, déhanché, déloyal, démesuré, désordre, désagréable, etc. On trouve aussi la forme dis dans la composition moderne : disconvenir, discontinuer, disparaître, disloquer, disposer, disgrâce, etc. On a décréditer et discréditer, le premier de formation populaire et le second de formation savante.

Dé^, en raison de la précision plus grande de sa signification, a supplanté de, qui est plus faible; aussi défaire a été formé, non pas de r/rficere. mais de ^îs-facere, v. fr. (/«'s-faire (§ 152). On doit donc admettre que les mots nouveaux en dé sont tous formés de dis, lors même qu'ils ont des formes latines correspondantes en de. C(}mine débaucher, déborder, décamper, déchoir, dévoiler, dcrhiffrer. décroître, dédaigner, désespérer^ défalquer, défiler, déguerinr, déjeter, délaisser, démentir, dénuder, déprécier, etc.

10. Ex, hors de, indique l'extraction, le mouvement du dedans au di^liors. la privation; il se rapprodie donc de de et de dis. Kn latin on mettait ex devant c. q, t, p, s, */ devant /"et e devant les auti«es consonnes. Le plus souvent la langue a remidacéepar ex {% 153). Composés anciens de formation populaire : exaucer, excroissance, exhalaison, exhausser, e.rpédier, exftloiter, exprès, exquis, cctraire, essorer, essuyer, effrayer, effréné, éclairer, éclore, écorcer, écorcher, écouler, élire, émettre (emittere). émondrc (eniolereK rjxini-htr, épandre, éjiouvantcr, érailler, éteindre, étrange, éveiller (exvigilare), etc. Forme savante : excéder, exception, exciter, excursion, exhumer, exiger, éduquer, éjaculer, élégant, éliminer, éluder, énnmérer, etc.

Ex ne s'emploie pas isolément en français ; mais cette particule se présente comme mot distinct dans quelques noms composés, où elle se prend adverbialement dans le sens de l'archaïque ci-cleraut pour désigner ce qu'une personne a été auparavant : ex-député, ex-préfet, etc. Ce procédé a pénétré assez profondément dans la langue pour devenir organique.

Ex était devenu es dans l'ancien français : estraire (extraliere), escuser (excusare), espandre (expandere), esmaïer, esmoïer, d'où emol (de l'ancien haut allemand magan, pouvoir, proprement: perdre toute force).

La forme moderne est é (ef devant f et es devant s) : a) verbes : ébahir, éharher, écarter, édaircir, écosser, éclieveler, écrémer, écourter, écrouler, édenter, égoutter, élargir, émerveiller, émousser, épater, épointer, épotisseter, étrécir, éventer, évider, effacer, effaroucher, effleurer, effondrer, essouffler, etc. ; — h) substantifs : écharde (charde, du latin carduus, chardon), échantillon (v. fr. cant, du latin canthîis, coin) ; — c) adjectifs : écervelé, ébauché, éhonté), éploré.

11. Extra, hors de, ne se composait pas en latin avec les verbes; il a cependant donné les composés savants extravaguer, extravaser. Il y a quelques adjectifs composés au moj^en de ce préfixe : extraordinaire, extrajudiciaire, etc.

12. Fors, hors, du latin foras, foris, hors, dehors (§ 137), particule séparable, inconnue en latin comme préfixe, ne forme que quelques mots, savoir : a) des verbes, en qualité d'adverbe : forclore, forfaire, forjeter, forlancer, farligner, fourvoyer ; hormis, préposition; — b) des noms, en qualité de préposition : forcené (pour for-sené), fanbourg (v. fr. forbourg, de forisburgus, qui est situé en dehors du bourg); hors-cV œuvre.

13. In (im, il et ir) signifie dans, le contraire de ex, et exprime une idée de mouvement du dehors en dedans ou l'idée factitive. Ce préfixe sous la forme en (em) se trouve en tête de quelques verbes français d'ancienne formation reproduisant des verbes latins en in : enceindre (incingere), enclore, encourir (incurrere), enduire, enflammer, enfler (inflare), enseigner, encan (in quantum), empêcher (inpactare), emplir (implere), empiloyer (implicare). empreindre (imprimere). Les verbes latins en in entrés dans la lang'ue française sous l'influence savante conservent la forme latine : iticliner, incursion, induire, infecter, impliquer, implorer, imprimer, illustre, irruption, etc. Formations nouvelles avec in : infiltrer, intimider, inonder, imboire, introniser; avec la valeur de la préposition fi'ançaise en : in-folio, in-quarto, in-octavo (mots latins); in-huit, in-douze, in-dix-huit (mots français).

§ 153 COMPOSITION AVEC DES PRÉPOSITIONS o41

En, comme préposition sëparable appliquée à des mots français sans précédent latin, forme un très grand nombre de composés, savoii': a) des verbes, surtout des factitifs: enchaîner^ encaver, enfermer, engraisser, enjoindre^ enjoUcer, enivrer^ enrôler, entêter, enterrer, emballer, emboîte)-, empailler, etc.; enchérir, endormir, endurcir, enhardir, ennoblir, enrichir, embellir, etc. ; b) des noms dans lesquels en se présente comme préposition et non comme adverbe : embonpoint, encaisse, enchère, enclos, endos, endroit, enfin, enjeu, entoiir, entrain, entrait, entrave, en-cas, en-tête.

14. Inde, qui a remplacé de bonne heure dans le latin populaire ex eo, ex illo, etc., est devenu le pronom personnel en (§ 86), V. fr. ent, end \ qui correspond au pronom relatif doïvt (lat. unde), comme y (ibi) à où (ubi).

En (= inde) se trouve dans les verbes enfuir, enlecer, entraîner, s'envoler, emmener, emporter, où en signifie de cela et indique la sortie d'un lieu: enlever, lever hors d'un endroit; emmener, mener hors d'un lieu. Il se présente d'ailleurs comme adverbe indépendant : s en aller, s'en retourner, s'en venir.

•15. In ter, au milieu de, ne se trouve que dans les composés de formation savante : intercaler, intercéder, intercepter, interdire, intéresser, interpeller, interrompre, intervenir, intervertir, etc. ; inteUiyent.

Entre, formé de inter, se joint :

aj Aux verbes comme adverbe pour créer: 1° des verbes transitifs dans lesquels entre signifie pur le milieu : entrecouper, entrelacer, entremêler, entrelarder, entreposer (dans entreprendre et etvtretenir l'idée primitive de entre a disparu) ; d'où l'idée de réciprocité exprimée par les verbes dits réciproques : s'entr aider, s'entr'aimer, s'entremettre, s'cnfre-nuire. etc. — 2** de verbes transitifs dans lesquels entre signifie à demi : entrevoir, entr ouvrir, entr'ouïr, entre-bâiller, entre-luire.

h) Aux substantifs et aux adjectifs comme adverbe : entrepas, entretaille, entrelacs, entre-temp)S, entre-fin, entre-larye, ou comme préposition : entr acte, entrefilet, entregent, entremets, entrecôte, entrefaite, entrepont, entresol, entretoile, entretoise, entre-colonne, entre-deux, entre-ligne, entre-nœud, entre-voie, etc.

La particule latine inter sert à des fomiations nouvelles et joue le même rôle que le français entre en combinaison avec des noms et des adjectifs : intercostal, i)iterosseux, inter musculaire, inter natiomd, intertropical, etc.

(1) La forme end existe encore dans les patois du Hainaut (end-allcrj et de la Gruyère (end-ilar).

16. Intra, en dedans de: infrhisèque (ô.e intrinsecus, formé de' iufm et ^enis), intrados, qui s'oppose à extrados^ intra-muros.

17. Intro, dedans, dans l'intérieur, ne se trouve que dans les mots transmis par le latin : iidroduire, infrowission.

18. Ob (oc, op, of), au-devant, n'existe que dans quelques mots passés en français par la voie populaire : obéir (obedire), occire (occidere), ôfer (obstare)^ omettre^ oublier (oblitare). Formation savante : objecter., obliger^ observation, obsession, obtenir, occasio)) (de ob et cadere, tomber devant), occidte, opposer, poser en face et par suite, contre; office, offenser; ostentation (de ostendere pour obs-tendere, tenir devant); osciller (oscillari pour obscillari, mouvoir devant).

19. Per, à travers, exprime le moyen, le passage à travers. Par dans les mots de formation populaire : parcourir, parfaire, parjurer, parvenir. Per dans les composés d'origine savante : percevoir, jyermettre, perplexe, j)ersévérer, persécuter, etc. ; — persifler (mot créé à la'fin du XVIII" siècle).

Par, dérivé de jj^r, ne forme que quelques verbes, où il est adverbe : parfumer, pardonner, parsemer, et des locutions adverbiales, où il est préposition : parmi, parfois, partout, par-dessus, par devant, par dedajis, par terre, etc. Ces locutions peuvent devenir des substantifs : un pKirdessus, un pjarterre.

La vieille langue employait volontiers para marquer le plus haut degré d'intensité, comme dans parachever, et cette paitieule était alors séparable, ce qui est encore le cas dans l'expression c'est -par trop fort, phrase qui correspond à c'est tiop par fort.

20. Post, après, ne se trouve dans la langue populaire que sous la forme p>ui^ ^t ne donne qu'un composé : puhié, v. fr. pmisné (du latin post-natus). Composés savants : postdater, postface, p)ostpcjser.

21. Pré, du latin j^me, avant, le contraire &^ post, n'existe, en dehors des mots d'origine savante, que dans les composés latins transformés par la voie populaire : prêcher (praedicare), prêter (praestare), prévoir (praevidere), préséance {\)V'à%îi\à%\\iin). Forme savante en pré : précéder, in-écipiter (de caput, tête), préférer, préluder, prématuré, prépondérant, p>rescrire, présider, pressentir, etc. Formations nouvelles : prédisposer (de prae et disposer), prédominer, préexister, préopiner, présupposer, préliminaire, etc.

22. Prêter, du latin praeter, outre^ par devant, n'existe que dans les trois mots suivants d'origine savante : prétérit (àei^raeter et ire, a.\\er), jn'éférition, pjrétermission.

23. Pro, (levant, en avant, est devenu pour dans les composés populaires (§ 152) : poursuivre, d'où poursuite, pourvoir.,

■d'où ponrmi, 'pourvoyeur, portraire^ d'où portrait^ pourpader (ne s'emploie plus que substaiitivemeut),|J0?//7^r/.s^ (de l'ancieii verbe pourprendre) ; dans pourfem/re et pourpmnf (de l'ancien verbe pourpoindre^ piquer, broder), il y a confusion de sens avec per; la plupart des autres mots en pou7' ou por de la composition ancienne sont revenus à la forme latine pro : promener, promesse, promettre, profit, profil (v, fr. jwfirp'l. de pourfilerj. Forme savante : procéder, procréer, jjrocurer, prodige, produire, proéminent, profaner, professer, progression, prohiber, prolixe, promouvoir, pronom, etc.

Pour, formé de pro, s'emploie encore plus rarement comme préfixe ; comme par, il est adverbe dans les verbes : pourchasser, pourfendre, pourlécher, et préposition dans les substantifs : pourboire, pomiotir, pour-cent.

24. Re ou ré donne l'idée d'un espace parcouru de nouveau, soit dans le même sens, soit dans le sens inverse. Ce préfixe a donc une double signification : 1 " il marque une action faite de nouveau ou une seconde fois : redire, refaire ; c'est le sens itératif, auquel se raTtachent l'idée d'aug-mentation, retenir, et celle de restauration ou de rétablissement d'un état antérieur, regagner ; 2" il désig-ne l'action faite en sens contraire, dans une direction opposée à une direction première, ou se produisant en arrière et par suite à l'écart, c'est-à-dire une idée de rétrog^radation, recider, repousser, réagir, ou de réaction, récrier ; c'est le sens adversatif.

La composition ancienne est en re (res devant s), quelquefois en ré, dans les mots de formation populaire : recevoir, reprendre, ressentir, ressembler, réduire, répondre, résonner, résoudre; les mots savants ont tous ré : réciter, réparer, réfuter, restituer, réitérer, réintégrer, et red dans rédiger, rédimer, rédempteur, rédemption. Dans les formations modernes, le e s'élide ordinairement devant a (ad), en (in) et é (ex) et en général devant tout verbe commençant par^; rattacher, rempdir, rendormir, réchauffer, récurer ; mais ré se présente souvent devant a (ad) : réajourner, réassigner, devant é (ex) : réel ire, et toujours devant iti : réinstaller, réimpn-imer. ainsi que devant o et u : réorganiser, réussir (excepté rouvrir). Devant les consonnes, quand le préfixe signifie la répétition ou le retour, les mots nouveaux ont toujours re: rebâtir, rechercher, redéfaire, regagner, rehausser, reculer, refluer, regorger; r&i devant 8; ressaisir, excepté dans resonner; on obtient ainsi des doubles formes en ?t et ré qui présentent une différence de sens : recréer et récréer, reformer et réformer, repartir et répartir, resonner et résonner. Mais on trouve avec le même sens recueillir et rérolte. refuge et réfugier, religion et

irréligion^ religieux et irréligieux^ reviser et réviseur^ révision (réviseur, revision A.Q,.), recevoir et réception^ [retenir et râention, rouvrir et réouverture.

Les substantifs avec re sont assez rares : rechef {([-àn?< derechef), rebord, rechute, recoin, redan, reflux; ré dans rébarbatif, adjectif.

Dans tous les mots nouveaux qu'elle crée, la langue commune ou écrite conserve à re sa signification pleine et entière de répétition ; mais le peuple donne souvent à cette particule un sens explétif et la prépose à un grand nombre de verbes ou de nirns que la langue littéraire emploie sous la forme simple; c'est ainsi qu'il dit remonter pour monter : Ma montre n'est pas remontée; ramasser pour amasser: Je suis tombé dans la rue et le monde s'est ramassé autour de moi, etc. De là ces nombreux composés en re ou r' qui tinissent par mettre hors d'usage et abolir les simples. Ainsi mercier a déjà disparu devant remercier, encontrer devant rencontrer, aldntir, devant ralentir, éjouir devant réjouir ; et de nos jours rapetisser, reinp'.ir et répandre prennent peu à peu la place de apetisser, emplir et épandre : rapetisser un manteau, remplir ses caves de vin, répandre de l'eau par terre (Ac. ^)

25. Rétro, en arrière, en retour, ne se présente que dans les mots savants : rétroagir, rétrocéder et rétrograder, avec les dérivés nouveaux: rétroactif, rétroaction, rétrocession, rétrogradation, rétrograde.

Le composé populaire ad-refro a donné la préposition française arrière, qui remplace rétro comme préfixe (v. plus bas, n" 36).

26. Se, à l'écart, particule inséparable en latin, n'existe que dans les mots latins qui ont passé en français par la voie populaire : séduire, (seducere, conduire séparément ou hors du devoir), sîir (securus), sevrer (separare), ou savante: sécession, secret, sélection, séparer, etc.

27. Sub (suc, sug, siip, suf), sous, dessous, marque une idée d'infériorité. Les mots de formation populaire ont sou (souf devant f), su, se : sourire, souvenir (subvenire), souffler, souffrir (suiferre); sujet (le dérivé subjectif est un mot savant), secourir (siicciiYvere), secouer (de succutare, forme secondaire Aesucctdere), semondre, séjourner (v. fr, sojourner, de subdiurnare). Forme savante : subir, subjuguer, suborner, subséc^uent, substance, subsister, succéder, suggérer, supposer, suffire, etc. ; et les mots nouveaux : subordonner, subdiviser, subalterne, etc.

Les composés modernes sont tous faits avec sous = subfus (v. n° 30). Mais sub s'emploie dans le langage didactique pom* exprimer soit la position eu dessous, quand il est préposition : subalpin, qui est situé sous les Alpes, soit une espèce de diminutif ou d'approximatif, quand il est adverbe : suhaigu, presque aigu.

(1) V. Agnel, De l'influen^ieda langage populaire sur la forme de la langue française.

28. Subter, sous, au-dessous de, ne se présente que dans un seul mot : subterfuge.

29. Sous, du latin subtus, en dessous, a remplacé sub comme préfixe et forme :

a) Des verbes où cette particule se joint comme adverbe au mot simple par un trait d'union : sous-affenuet\ sous-amender^ sous-Ioue/\ ou sans trait d'union, et alors sous devient sou : soulevet'j souligner^ soumettre, soupeser, sourire, soutirer, soudiviser ou sous-diciser excepté dans soustraire, soussigner.

b) Des substantifs et des adjectifs en qualité d'adverbe, comme dans sougarde ou sous-garde, sous-bail, sous-maître, sousaide, sous-ordre, sous-azotate, sons-classe, ou de préposition : smicoupe, soupente, sougorge ou sous-gorge, soupied ou sous-pied, sousbarbe, sous-œuvre, sous-sol.

Sous forme des parasyntliétiques nominaux qui appartiennent à la langue savante, quoiqu'ils ne soient pas incompatibles avec la langue populaire ; ils consistent dans la combinaison de la préposition avec un adjectif: sous-lacustre, sons- cutané, sousmarin, sous-maxillaire, etc.

30. Super, sur, au-dessus, devient sur dans la langue populaire : surabonder, survenir, surface, sourcil (de supercilium). Les mots savants ont super : superficie, superfiu, superstition, superfin, supjerposer, etc.

Sur, préposition dérivée de super, se combine : 1° avec des verbes comme adverbe : surmonter, survendre; 2° avec des substantifs comme adverbe : surpoids, sur-arbitre, ou comme préposition : suros, surplus, surplis, surfout ; 3° avec des adjectifs comme préposition : surhumain, surnaturel.

31. Sus, du latin susum pour sursuni, en liant, se trouve dans quelques mots de formation populaire : soupirer (suspirare), soutenir (sustenire). ou savante: susciter, susjjcndre.

Sus s'emploie aujourd'hui dans la composition de plusieurs mots en qualité d'adverbe signifiant ci-dessus : susdit, susmentionné, susnommé, etc. ; ou de préposition dans les composés techniques sus-bande, sus-bec, sus-pied. De nos jours la langue savante a utilisé cette deniière formation en créant des parasynthétiques analogues à ceux que donne sous, c'est-à-dire où sus est préposition : sus-carpien, sus-maxillaire, sus-nasal, suspubien, etc.

32. Trans, au travers de, au delà de, exprime le passage jusqu'à un terme. Dans la composition ancienne, très, tra : trépasser (transpassare), trébucher, tréfiler (transfilare). tressaillir

(traussalire ), traduire (traducere). Forme savante (fran devant ^•): frcniscêNdaiit^ fnoiscrlre, f)-aiisf('rer,(Vo\\tra)isferf, transpgurer ^ frafisfonncr, fransii/er, transit, translation , transparent; — composés nouveaux : transpercer, transept, transvaser, transborder, etc.

Très ne s'emploie plus que préposé à des adjectifs pour marquer l'aug'mentation : très grand.

On voit que Tadverbe très est un préfixe séparé de la composition : très grand pour trèsgrand ; de là le trait d'union dont l'emploi était autrefois général, mais n'est plus admis aujourd'hui par l'Académie.

33. Ultra, au delà, se trouve dans les composés populaires sous la forme outre: outrepasser, d'où outrepasse, oidrecuidant et outrecuidance (du v, fr. outrecuider). Il }' a un seul composé savant : ultramontain. Toutefois ultra tend à devenir populaire dans la composition moderne pour signifier, comme adverbe, une personne exagérée dans ses opinions : ultra-royaliste.

Outre, préposition française, se trouve dans quelques noms en qualité de préposition : outremer (couleur)^ outre-mer (voj^age d'), oidre-Rhin.

34. (3n peut classer en trois catégories les suflîxes que nous venons d'étudier.

a) Les uns. et c'est le plus grand nombre, sont des prépositions latines, qui ne s'emploient en français que dans la composition des mots comme particules inséparables. Ils sont en général improductifs, sauf cum, dis, ex et re, qui ont une double forme, l'une latine et l'autre française, cette dernière servant de préférence aux formations nouvelles.

b) Il y a ensuite des préfixes qui ont une double forme, l'une latine, qui est toujours insépai-able, et l'autre française, qui est une préposition séparahle, mais qui s'incorpore aux mots simples sans trait d'union, sauf quelques exceptions; ainsi «rf, préposition latine, et à, prépositi(m française qui devient a quand il y a fusion des deux mots : s,djoindre, aliter, k-propos; in et en, per et par, pjro et 2mir, idtra et outre.

c) Quelques prépositions ont également deux formes, l'une Vài'me. tiinséparable, qui n'a servi qu'à peu de mots, et l'autre française et séparable, qui a donné au contraire beaucoup de composés, dont les uns se présentent à l'état de mots simples, taudis que les autres ont le trait d'union. Ces sufiixes sont contra et contre, inter et entre, stib et sous (de subtus), super et sur. trans et très.

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