‹ Cours de langue française (volume 3)Chapitre 33 sur 427 · DR I/AC'C'ENT TOXIQUE § IH · texte numérisé non relu

DR I/AC'C'ENT TOXIQUE § IH

3. La syllabe finale peut être muette ou sonore. Elle est imieffr, lorsqu'elle est formée du r muet précédé d'une consonne simple ou composée : ap-^^^, v.eY-cle. Elle est sonore^ quand elle est formée d'une vo3'elle sonore (simple ou composée), qui est quelquefois suivie d'un e muet : al-/a, x-àh-seav , xà\-Iée, tortne.

La syllabe finale sonore est le plus souvent terminée par une consonne simple, qui peut être précédée d'un r ou d'un n (m) : hiver, rat, clumd, loup, port, froment, champ.

4. C'est d'après ces principes qu'il faut si/Uaher, c'est-à-dire décomposer les mots eu syllabes. La régie générale est qu'une syllabe ne peut commencer que par une vo)'elle ou une consonne simple ou composée. Ainsi : ré-el, é-ther, por-che, si-gne, n<j-naf, ral-lon, pail-h', ap-te, isth-me, lec-teur, es-poir^ dis-trict, iiyp-se, s)p)}-pJio})te, foiir-fioii^ etc. Cependant y se joint toujours à la première syllabe . contrairement à l'étymologie : p>aij-san, moy-en.

De l'accent tonique.

1. L'accent tonique (il serait mieux de dire, le t^mps fort) consiste dans V intensité et non dans Vêlé rat ion de la voix, c'està-dire dans Vamplitude et non dans le nombre des vibrations ('). Si le mot est polysjilabe, il a toujours une sj'llabe dominante qui en est comme le centre et autour de laquelle les autres viennent se g-rouper; c'est cette syllabe qui %%t accentuée^ c'està-dire prononcée avec plus de force que les autres, et on l'appelle tonique par opposition aux autres sjilabes inaccentuées, qu'on nomme (dones.

2. En français, l'accent tombe sur la dernière syllabe du mot, excepté quand ce mot est terminé par une syllabe muette, dans quel cas la sjilabe finale, n'ayant pas de son sensible, ne peut porter l'accent; celui-ci recule donc sur la syllabe précédente, qui est la dernière sonore, bien qu'elle soit en réalité l'avant-dernière du mot. L'accent relève donc toujours en français la dernière syllabe sonore du mot (^). Ainsi, dans la phrase suivante, l'accent tombe sur les syllabes rai, lef et sin : J'écrira,! une lettre à mon eonsin. Si le mot ne renferme qu'une syllabe, cette syllabe est nécessairement tonique.

(1) A. Darmsteter, Revue cvUique ,\ii~M. II, lO'i.

(2) Voir la note 2 à la fin fin voliimi'.

^ IS DE l'accent tonique 35

Il révSulte de cette loi de Facceut qu'un mot ne peut jamais se terminer par deux syllabes muettes consécutives ; c'est pourquoi 2Jese>' f?iit je 2^èse, et non i)SiS je j^ese.

Dans les polysyllabes , la prononciation établit une sorte d'équilibre entre la syllabe accentuée, où la voix appuie sur la roî/elle, et la sijJlabe initiale, où domine la consonne. C'est pour- (pioi il faut admettre que les mots de plus de deux syllabes ont, outre l'accent principal, un accent secondaire ou accent (Vapjmi, qui, dans la règle, frappe la syllabe initiale.

La syllabe finale accentuée est toujours terminée étymologiquement par une consonne; mais cette consonne ne se fait pas toujours entendre dans la pronf»nciation, et elle a même été retranchée dans un grand nombre de mots : après e, qui prend alors l'accent aigu, comme dans blé, autrefois bled (bas latin bladum, abladnm), bonté x^^yiiY bontet (de bonitatem); — après /, comme dans fini pour finit (de finitm); — après v. rertu pour rertut (de rirtutem).

La syllabe finale atone est toujours terminée par un e muet, qui peut être suivi d'un signe de flexion : rose, poHe, ferme, corne, maître, ils aiment; ce c muet final remplace le plus souvent un a latin atone, comme rose de rosa.

■*- 3, Les mots de rapport, comme les articles, les prépositions, les conjonctions, les noms de nombre, certains pronoms, ne peuvent pas avoir en général l'accent tonique ; dans le parler, ces mots s'appuient sur les mots accentués et ne fout qu'un avec eux. Ainsi dans la phrase citée plus haut : .T écrirai— une iQitre — à mon cousin^ il y a trois accents, de sorte que pour l'oreille il n'y a ATaiment que trois mots.

Toutefois les mots atones eux-mêmes peuvent, dans certains cas, être accentués. Ainsi, dans la forme interrogative du verbe, on applique la règle de l'accent tonique comme si le pronom ne formait qu'un mot avec le verbe auquel il est joint par un trait d'union : dans partir&i-jc, l'accent tombe donc sur l'avant -dernière syllabe rai, parce que la dernière Je est muette, et dans trarailles-t\x^ mord-il, sur la dernière, soit sur le pronom tu ou il; c'est pour la même raison que la syllabe finale de je travaille, qui est muette, devient sonore, avec l'accent aigu, dans travadlé-je.

4. La voyelle accentuée prend souvent un son plein, qui est représenté par une combinaison de voyelles. La dérivation ramène la voyelle simple et primitive en déplaçant l'accent tonique ; ainsi :

86 DE LA QUANTITÉ § Id

ai devient a : faim, fa.mme ; dzir, d&rfé; ei » e : peine, péniUf; frein, effréné;

0, ou ; meuble, mobilier ; saveur, savourer ;

ou : œuvre, ounrage; bœuf, bouvier;

0, e : fOi.*;, vocal; ?oi, léf/aJ ;

e, i : ciel, céleste; vierge, virginal,

eu

(eu

le

De la quantité.

1. La quantité des voyelles consiste dans la durée ou tenue de la voix (^). D'après leur quantité, les voyelles se distinguent en brèves et longues. Les voyelles brèves sont envisagées comme les plus anciennes, comme les voyelles primitives; mais elles deviennent longues dès qu'elles prennent un plus grand développement sans passer à un plus haut degré d'articulation. Ainsi, à proprement parler, la seule dilférence qui existe entre les voyelles brèves et les voyelles longues, c'est que rélêment matériel, c'est-à-dire la voix, est plus développé dans ces dernières.

La voyelle longue est ordinairement considérée comme la double d'une brève. L'unité de longueur s'appelle temps. On dit alors que la brève vaut un temps et que la longue en vaut deux. Les syllabes douteuses sont celles qui se prennent tour à tour comme brèves et comme longues.

En français, la quantité des syllabes dépend surtout de l'accent tonique : en général la syllabe ne peut être longue que si elle est accentuée, et nous ne regardons pas comme longue à l'oreille une syllabe qui ne porte pas l'accent ; ainsi la première syllabe de pâté, têtu, dîner, hôtel, brûler, est brève, quoique surmontée d'un accent circonflexe.

Il résulte de là les règles suivantes.

2. Jj avant-dernière syllabe d'un mot ou pénultième, quand elle a l'accent tonique, c'est-à-dire qu'elle est suivie d'une syllabe muette, est le plus souvent longue; c'est ce qui a surtout lieu :

a) Quand la voyelle accentuée est une voyelle combinée,

(1)« Il faudi-ait distinguer les différences de timbre des voyelles de leur qaantiU; : le a de pâte n'est pas le «long(?)depaffe; ces deux adifierententre eux non seulement par la durée mais iiar le timbre ; ce sont deux voyelles diflërentes, telles que le uouvurl (patte) pourrait être long (les méridionaux disent avec a ouvert long ce n'est pas vrai) et le a fermé ip(Hé:=putv) peut êti'e bref (par ex. dans pas : ce n'est pas vrai). De même pour touteslesautresvoyelles.ï A. Darmsteter, Beoue critique. 1876, II, 104. V. aussi Lecoultre, Gott. 'jel. Anz. 1883, p. 1.01.

§ 19 DE LA QUANTITÉ ^d7

une voyelle nasale ou la diphtongue oi : foule, heure, paut^re, reine, haine, pom.pe, ^;oire.

b) Quand la syllabe finale muette commence par une spirante faible (s, j, v) ou une liquide : rose, iige, cvive, zone, barba.re.

Mais la pénultième accentuée est en général brève, lorsqu'elle est en position, c'est-à-dire suivie de deux consonnes dont la première termine la syllabe tonique ; c'est le cas en particulier :

1° Quand la syllabe est terminée par un r ou .s- sonore suivi d'une consonne différente : ba,rbe, herbe, ordre, infirme, il hurle, astre, peste, 'piste, poste, buste ; la perte du 8 dans beaucoup de mots où cette consonne a fini par ne plus se prononcer, a déterminé l'allongement de la voyelle précédente, allongement que l'orthographe actuelle indique au moyen de l'accent circonflexe, comme dans : pède, fête, épitre, côte, bûche, au lieu de paste, feste, épistre, coste, busche.

2*" Quand la voyelle tonique est suivie d'une consonne redoublée autre que /• ; patte, nappe, renne, ville, rosse, pomme, étoffe, bulle; les exceptions ne sont pas rares, surtout devant ss : lasse, fosse.

Quand les consonnes sont doublées, et que ce uest pas par raison d'étynioiogie, c'est presque toujours pour indiquer que la syllabe est brève. Les consonnes qui se redoublent le plus ordinairennent pour cette raison, sont l, n, s, t, et le redoublement a surtout lieu après les voyelles a, e, o, très rarement après i, u, et seulement dans quelques mots (sauf pour s) après une voyelle composée, comme ai, ei, au. o%i, eu, oi.

3. La syllabe finale accentuée est en général brè"N^e : soldat^ bonté., objet, aimer, habit, j^ot, bon, pu, bout, peut; c'est presque toujours le cas quand la syllabe finale se termine par une consonne sonore autre que r : sac, travail, sec, fil, sol, .suc, ^ouc, .seul.

La syllabe finale tonique suivie d'un e muet est toujour longue -.pensée, vie, vue, joue, joie,

4. Les syllabes atones, c'est-à-dire qui ne sont pas accentuées, sont brèves de leur natiu'e : régulier, arroser, récréer, faisan, autel, p)oisson.

Cette règle s'applique à toute syllabe atone, quelle que soit la forme de la voyelle, et c'est à tort que beaucoup prouonceut autant, auberge, automne, aurore, causer, en allongeant la voyelle au = 0.

C'est ce qui explique pourquoi les voyelles pénultièmes longues deviennent brèves dès qu'elles ne sont plus toniques, c'est-à-dire dès que la dernière syllabe cesse d'être muette;

38 LES LOIS DE l'altération PHONÉTIQUE § 20

comparez il lone et louet-, foule et foMler, ruse et msé., claif et édB.iref,Joie et Jo//eiix, ferre et erreur^ bûche et htichei-^poniix' et pompier, etc.

11 eu est (le même si la disposition des mots dans la phrase fait disparaître ou affaiblit l'accent d'une pénultième tonique : elle cesse aussitôt d'être longue; comparez le nôtre et notre père, dans une heure et une heure entière, un homme brQ.ve et tm hraLve homme, il pèse et pèse-t-il?

La présence lie ("accent circonllexe ne cliange pas cette loi, car ce signe n'iii- (li(|ue la longueur de la voyelle que lians la syllabe qui a l'accent tonique; comp. pâte et pâté, tète et têtu, fête et fêter, côte et côté, bûche et bûcher; et l'on a vu que la pénultième tonique est le plus souvent longue sans avoir l'accent circontlexe, comme dans date, père, tige, zone, ruse, etc.

On peut citer comme exceptions à la règle les cas où la quantité est le seul moyen de distinguer à l'oreille deux mots homographes, c'est-à-dire deux mots qui s'écrivent de la même manière, comme rnkiiii et ma.titi, bÀiller et bailler, tâcher et tacher, pêcher et pécher.

Page 1