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Chapitre II Les sons représentés par les lettres

Section I. — Les lettres latines Arficle f — Les lois de l'altération phonétique.

1. Les sous de la langue ne se modifient jamais au hasard, et l'on peut ramener à un certain nombre de lois les changements qu'ils subissent. Ainsi, daus le passage du latin aux langues romanes modernes et en particulier au français, on constate leur tendance générale à la simplification et une disposition naturelle à éviter l'effort que nécessite l'émission de certains sons ; c'est ce qu'on a appelé le principe de la moindre action ('). Ce besoin d'une plus grande commodité daus la prononciation produit ratfaiblissement général des lettres latines, par ex. le 7> latin s'adoucit en v : .m\)a sèoe; l'affaiblissement devient tel, en certains cas, que la lettre latine disparaît entièrement : augnsfiis aoîit.

Comme la langue française est, entre les idiomes romans, celui qui est à la plus grande distance géographique du latin, c'est aussi celui qui, daus la façon des mots, s'éloigne le plus de la forme latine (^). Mais, (juelles que soient les modifica-

(1) V. Baudi'y. Grammaire co}iip'irée Ou sanscrit, da grec et du latin, § 75.

(2) V. Littré, Hist., II, 55.

§ 2<t LES LOIS DE l'altération PHONÉTIQUE 39

tious qui atteigueut le mot latin dans sou passage au français, il conserve ses parties essentielles, qui sont la syllabe accentuée ou tonique et la lettre initiale du mot.

a) La sjdlabe accentuée en latin subsiste donc en français et de plus elle conserve Taccent tonique originel ; mais comme cet accent frappe la coijelle et non pas la consonne, c'est la voyelle qui persiste et se développe même en un son plus plein, tandis que la consonne médiale, c'est-à-dire placée entre deux voyelles, si c'est une muette ou la spiraute r, se dégrade, c'està-dire descend d'un degré l'échelle des articulations (la forte passe à la faible, et la muette à la spirante) ou tombe complètement : acidus ai^/u, raitid/is cliereu , dotare douer.

b) La partie essentielle de la syllabe initiale est la consonne et non \)R^ lavoj^elle; maison ne peut appuyer sur la consonne sans appuyer sur la voj^elle ; c'est pourquoi la syllabe initiale se maintient en général très ferme, mais souvent avec une modification de la voyelle : captivai cliétif.

2. Quelle que soit la transformation que subisse une lettre, cette transformation ne s'(jpère que lentement et ne fait jamais (pi'un pas à la fois. Une lettre ne change pas d"im seul coup d'ordre, de degré ou de famille ; elle ne peut réaliser en une fois qu'un seid de ces changements : c'est cette règle qu'on a appelée principe de transition. Ainsi le latin anima n'est point venu brusquement au français moderne âme, il a passé par les formes successives anime au X'"*^ siècle, (o/eme au XI""", a/ime au XIII™^

C'est au moyen de ces intermédiaires qu'on peut faire l'histoire d'un mot et remonter à sa véritable origine, ainsi qu'au sens primitif : on ne doute plus que déluré indique celui qui ne se laisse plus tromper, ([uand on a sous les yeux Tancieune forme deleiirré (§ 0).

3. Dans le passage du latin au français, le sort des lettres dépend, soit de leur nature même, soit du contact de certains sons, lorsque ce contact produit un choc de voyelles (hiatus) ou de consonnes contraire à Teuphonie.

Si les lettres latines ne se conservent pas intactes, elles peuvent subir trois sortes de modifications :

1" Tantôt la lettre latine se maintient, mais en s'altérant ou en se fondant en un son d'une autre nature.

2" Tantôt la lettre latine disparaît entièrement, soit qu'elle manque d'appui ou qu'elle soit incompatible avec une autre lettre.

3** Tantôt les deux lettres voisines se maintiennent l'une et

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