ACCORD AVEC LE COMPLÉMENT DIRPXT
l'accusatif comme complément direct: J'ai vu la mort de près, et Je Vai vue horrible (Volt.). Cet homme (jVEarlborougli) qui n'a Jamais assiégé de ville qu'il n'ait prise, ni donné de bataille qu'il n'ait gagnée, était, à Saint-James, un adroit couiiisan, dans le parlement, un ehef de parti, dans les pays étrangers, le plus habile négociateur de son sikle (Id.). On a troublé cette nation dans ses fêtes; on Va blessée dans ses mœurs, contrariée da7is ses habitudes (Chat.).
On doit remarquer que le verbe avoir et le participe passé qui le suit peuvent être tout à fait indépendants l'un de l'autre ; avoir alors n'est pas auxiliaire, mais verbe transitif, et le participe s'accorde avec le complément direct de oroi»' auquel il se rapporte comme attribut qualilicatif: Cette lettre, je Vai eue écrite de la main même du roi (Bon.). Nous avons, réunies et classées par ordre chronologique, deux cents Isttres inédites de Voltaire (Voitt-yin). C.omp. Nous avons réuni et classé detcr cents lettres de Voltaire.
a) L'accusatif suit ou est sous-entendu : // a rendu des services à son imys. Il lui a rendu des services. Ils ont trompé les soins d'un père infortuné (Rac). Bidon a fondé sur la côte d'Afrique la superbe ville de Carthage{Fén.). Les Arcadiens et les Lydiens ont négligé les sciences et cultivé les arts (Bartli.). Nos imprudents a'/eu,r léotit vaincu que pour lui (Volt.).
Et rose, elle a vécu ce que vivent les roses, L'espace d'un matin (Malh.).
b) L'accusatif précède. Dans l'ancienne langue le nom à l'accusatif pouvait se placer immédiatement avant le participe, et l'on trouve encore dans les écrivains classiques du XVIP siècle beaucoup de phrases comme celle-ci : J'ai maints chapitres vtis (La F. II, 2). Mais aujourd'hui le complément direct se met immédiatement avant Tauxiliaire avoir, non pas quand ce complément est un substantif, comme dans ces vers de Malherbe :
Leur camp, qui la Durance avait pres(]uc tarie
De bataillons épais.
Entendant sa constance, eut peur de sa furie.
Et demanda la paix.
Cette construction poétique est, en effet, très rare. et. d'après l'usage, le complément direct ne précède le verbe que lorsqu'il est exprimé : *
1" Par un pronom personnel conjoint, un i)rouom iuterrog'atif ou relatif (v. § 257) : Jusqu'ici l'on ne m'^/ crue en rien (La F. I, 8). Les rents nous auraient-Us exaucés rette nuit'-f (Rac.) Il les a trempées, .-vs nudns cruelles, duus le mng de SicJu'e, mari de Didon, sa sa'ur (Fén.). Mais que t'a-t-il dit à foreilleY (La F. V, 20) Je souffre tous les maux que J'ai faits denait Troie (Rac).
Toutes les dignités que tu m'as demandées,
Je te les ai, sur l'heure et sans peine, accordées (Corn.).
2° Par un substantif, mais seulement quand il est précédé du pronom interrogatif quel ou qu'il est employé comme génitif après coinhieiK cpie mis pour comUoi^ et autant (§ 252) : Quels services m'a-t-il rendus? Combien (que) de services i/ m\t rendus ! Autant de combats // a livrés, autant de victoires // « remportées. Quelle guerre inteMi ne avonsnous allumée? (Eac) Quels courages Vénus na-t-elle ims domptés! (Id.)
Le verbe être veut être suivi d'un adjectif ou d'un mot de nature adjective ; le verbe avoir, au contraii'e. comme verbe de possession, est transitif (§ 96) et ne peut avoir pour régime qu'un substantif ou un mot de nature substantive. Ainsi, construit avec être ou avec un nom, le participe l'emplit la fonction d'attribut prédicatif ou déterminatif, il est réellement participe, c'est-à-dire adjectif variable : la lettre est lue, une lettre lue, ils sont venua; mais, avec avoir, le participe passé cesse d'être participe et a le sens d'un infinitif passé, c'est-à-dire d'un nom abstrait qui est le véritable régime direct d'auoir; /ai ?«(= j'ai la lecture), fai chanté, j'ai joué. Mais si le verbe avoir a déjà un nom pour complément, ce nom est déterminé par le participe, qui redevient alors adjectif; c'est ce qui explique pourquoi, dans l'ancienne langue, le participe avec avoir était variable, même quand le complément suivait; on disait donc : J'ai lue la lettre. Ai-je perdue ma joie? (Tristan) Seignors.je ai veûes vos lettres (\i\iehai'douin). On disait aussi sans faire l'accord: J'ai lu laflettre; mais le plus souvent on plaçait l'accusatif entre l'auxiliaire et le participe: Tai la lettre lue. Cette construction s'est conservée jusqu'au XV1I<= siècle : Jl a par sa valeur vingt provinces conquises (Malh.). Aucun étonnement n'a leur gloire flétrie (Corn.)- Le seul a»iûur de Rome a sa main animée (Id.). // in a droit dans ma chaïahre une boite jetée (Mol.). Il avait dans la terre une somme enfouie (La F. IV, 20). Ils m'ont l'àine et l'esprit et la raison donnée (Id.). La valeur d'Alexandre a la terre conquise (Rac). C'est alors que s'établit la règle moderne qui considère le participe et son auxiliaire actif comme un tout, qui ne change point quand le régime suit. Cette règle a même pris quelquefois un caractère absolu, de sorte qu'il n'est pas rare de trouver le participe invariable même quand le régime précède, surtout si le participe est suivi de son sujet ou d'un qualificatif : Tous les applaudissements qvCont reçu juf'qu'ici mes ouvrages (Corn.). Moïse ne vous a point tiré de captivité et ne vous a pas rendu véritablement libres (Pasc). A peine Esope les eut quitté (La F.). Je ne connais ni vous ni mon image que j'y avais formé ni le caractère de chrétien (Boss.). La fermeté naturelle qu'a eu ce cœur pendant toute sa vie (Mascaron"). Il raconte une autre fois quels applaudissements a eu le discours qu'il a fait (La Br.). Les services qu'on a reçu (M). Les sentiments d'admiration qu'il a eu pour le roi (Fléch.j. Guillaume Penn, qui établit la puissance des quakers en Amérique, et qui les aurait rendu respectables (Volt.). Les électeurs qui déposèrent Veuipereur Venceslqs ne se sont jamais cru supérieurs à un empereur régnant CSlùnl.). Je les ai vu prendre de petits //oisso/tv(Bufï.). Nous sommes peut-être les seuls passagers qu'on ait vu ici (J.-J. R..). Elle s'en est d'abord emparé (Beaum.). Même les écrivains du XIX« siècle ne se sont pas toujours soumis à la règle: Les officiers qui se seraient cru déshonorés (CAv,\l.). Les hommes s'étaient tu devant iui (Mieli.). Xinette est si poltronne! Il l'aura vu pa>!ser (Muss.). C'est une femme qu'il a vu une fois (A. Karr), et il n'est pas rare d'entendredes personnes fort instruites dire: Vous ne savez pas la peine que cela m'a fait, etc.
Il faut reconnaître du reste que cet accord du participe passé avec le régime direct n'a plus de raison d'être aujom^d'hui qu'il n'est plus permis de placer ce régime entre l'auxiliaire et le participe. Aussi longtemps qu'on a pu dire : J'ai
§ 230 EEMARQUES PARTICULIÈRES 519
la lettre lue, l'accord allait de soi, le participe étant dans cette position un véritable adjectif qui, d'après la règle générale (v. § 259), suivait immédiatement le substantif dont il prenait le genre et le nombre. Mais il n'en est plus ainsi dans la construction actuelle, et ce n'est qu'en forçant le sens des mots qu'on réussit à trouver un rapport attributif entre le participe et le régime direct exprimé par le pronom fie ou que) qui précède l'auxiliaire: la lettre, je l'ai lue; la lettre que j'ai lue, alors qu'il est de toute évidence que le participe a perdu ici son caractère de mot indépendant, comme faim dans avoir faim, et froid dans faire froid, et qu"il ne forme plus avec l'auxiliaire avoir qu'une expression verbale indivisible dont les deux termes ne peuvent pas plus être séparés par le pronom relatif ou personnel que et le que par un nom à l'accusatif. Chose remarquable, les grammairiens faisant, contre toute logique,, le participe présent invariable, lui ont enlevé sa qualité d'adjectif pour la donner au participe passé conjugué avec avoir, qui n'y a aucun droit. Partant de cette base fausse, ils ont dû multiplier les règles et les exceptions pour aboutir à des conséquences qui choquent ou l'oreille (comme les misères qu'a souffertes votre père ; elle s'est faite nonne), ou le bon sens (comme Je les ai laissés venir à côté de je les ai fait venir). Nous ne craignons pas de le dire, le temps que l'on emploie dans nos écoles à résoudre ces difficultés grammaticales est un temps perdu ou que l'on pourrait tout au moins employer plus utilement à l'étude de la langue ellemême, qui n'a rien à gagner à ces subtilités ridicules.
Mais les règles sont faites, l'usage les a consacrées et nous ne pouvons rien y changer. Tout ce qu'il nous est permis de faire, c'est de mettre un peu d'ordre dans ce chaos grammatical qu'on appelle l'accord du participe passé conjugué avec avoir. C'est ce que nous avons essayé dans ce § où nous avons posé le principe général, et dans les remarques suivantes où nous en montrons l'application.
h) Remarques particulières.
§ 230 iJ Participe précédé d'un nom de nombre indéfini.
1. Les remarques qui suivent ne concernent que le participe des verbes actifs accompag'nés de Tauxiliaire avoh- et ayant un complément direct qui précède ou qui suit; c'est ce qu'il importe de ne pas oublier.
2. Après un nom de nombre suivi d'un substantif au génitif, le participe s'accorde" toujours avec ce dernier qui peut être représenté devant le verbe par le relatif çwe (§ 214) : Beaucoup de livres que fai lus ne m''ont rien appris. Combien de précautions il a prises. Que d"erreurs n'a-t-on pas signalées dans rjiistoire! — Jouet des cruelles destinées, que de combats il a livrés, que de maux // a soufferts ! (Oliat.) Autant de lois il a faites, autant de sources de prospérité il a ouvertes (Marm.). Combien de pleurs m'eût épargnés cette philosophie que vous traitez de grossière ! {BuvÛi.) ^hùs dans cette phrase: Comhien à vos malheurs ai-je donné de larmes, le participe est invariable, parce que le génitif de larmes est séparé de comhien et placé après le verbe.
On dira cependant, selon le sens : Que d'eau il a répandu par terre! Que d'eaux différentes il a mêlées ensemble! — C'est aussi le sens qui décide de l'accord après un suivi d'un génitif (§ 214) : Un de mes amis que j'ai visité
hier m'a assuré que vous restiez (Bescherelle). Quant à Baijle, on sait que c'est xin des plus grands hommes que la France ait produits (Volt.).
5,' Participe précédé d'un collectif.
3. Après un nom collectif, le participe suit la même règ-le que le verbe et s'accorde, selon le sens, avec le collectif lui-même ou avec son complément, qui peut être représenté par le relatif que (§ 214) : Quel déluge de mcmx n'avait-il pas répandu sur la terre? Quelle quantité de pierres on a tirées de cette carrière?
— Comhien était ç/rande la foula des curieux que ce spectacle avcnt rassemblée. J'ai rencontré une foule de personnes que Je n'ai jxts reconnues. — C'est la moitié des ineuhles qxCon a saisie. // a revendu la moitié des meubles qu'«7 avait achetés.
— Le peu d'affection que vous lui avez témoigné l'a découragé. Le peu f^affection que vous lui avez témoignés lui a rendu le courage. — Admirez cette multitude d'étoiles que la nicdn du Créateur a placée dans le ciel (Bern.). Un grand nombre de spectateurs que la curiosité avait attirés accoururent à Rome (Ségur).
3' Participe précédé du pronom neutre le.
4. Quand le verbe a pour complément direct le pronom neutre le signifiant cela, le participe ne change pas : La chose est plus sérieuse que je ne l'avais pensé (= que je n'avais pensé cela, qu'elle était sérieuse). Mais on écrira en accordant : Cette chose n'est pas telle que vous me Vavez annoncée, parce qu'ici le pronom le n'est pas neutre.
D'après cela on dira, selon le sens: Il a une campagne connne il Va souhaité (= den avoir une), et: Il a une campagne comme il l'a souhaitée (= telle qu'il Ta souhaitée).
4j Participe précédé du neutre en.
5. Quand le participe est précédé du pronom neutre en, il faut distinguer deux cas, selon que en est à l'accusatif ou au génitif (§ f86).
a) En est à Vaccusatif quand il est partitif, mais ce pronom, n'ayant de sa nature ni genre ni nombre, ne saurait en communiquer au participe qui reste toujours invariable : J'ai cueilli des cerises et j'en ai mangé (= j'ai mangé de cela, des cerises). Ces élèves sont paresseux, je n'en ai jJoint vu d'occupés à faire leurs devoirs. Tout le monde m'a, offert des services, et personne ne m'en a rendu (M""" de Maintenon ). Il n'est que trop vrai qu'il y a eu des anthropophages; nous en avons trouvé en Amérique
(Volt.).
Hélas! j'étais a'eugle en mes vœux aujourd'hui;
J'en ai fait contre toi quand j'en ai fait pour lui (Corn.).
QueLiues grammairiens font accorder le participe avec le nom partitif représenté par en quand ce nom est déterminé par
l'un des noms de nombre combien, autant, plus, moins, placé avant le verbe. Voici des exemples où la variabilité du participe est expliquée de cette manière: Hélas! de fotts les jeunes gens qui criaient alors rire Bonaparte ! combien son insatiable ambition en a-t-elle laissés rivre! (Staël) Combien Dieu en a-til exaucés (Mass.). Ils meurent consumés de vieillesse, après avoir causé autant de maux quils en ont soufferts (La Br.). Autant d'ennemis // (/ attaqués, autant il en a vaincus (Dessiaux). Quant aux sottes gens, plus /'en f// connus, moins ;'en ai estimés (Id.). Les sénateurs accunudèrent sur sa tête plus d'honneurs rqu'aucun moHel n'en avait reçus (Ségur).
. . . Combien en a-t-on vus Qui, du soir au malin, sont pauvres devenus (La F.).
Ces exemples n'ont, en effet, rien de choquant, parce que l'accord du participe ne s'y fait pas sentir à l'oreille. Mais il en est autrement quand l'accord amène un participe féminin dont la finale sonne autrement qu'un nuisculin, par ex, : Des fautes, combien fen ai commises ! Alexandre a bâti jtlus de villes cjue les autres vainqueurs de F Asie n'en ont détruites (Volt.), D'ailleurs rien ne justifie ces exceptions à la règle et il vaut mieux laisser le participe invariable : Quant aux gens riches, comhien w'en a-t-on pas vu qui se sont ruinés par les jeux de bourse. Autant de batailles il a livrées, aidant il en a gagné. Il a élevé plus de monuments que d'autres n'en o)d détruit (Ac),
b) En est au génitif quand il ne remplace pas un nom partitif, et alors, comme complément indirect, il ne saurait avoir aucune influence sur le participe, qui peut être précédé d'un complément direct avec lequel il s'accorde, d'après la règle générale: Votre sœur a dit un mensonge et je Ven ai blâmée. Je ne trouvai point le château au-dessous de la descriptiim que son mari m'oi avait faite (Les,), On ne /Mmvait pas se plaindre de son administration, quoiqu'elle ne répondit pas aux espérances qxi'on en avait conçues (J.-J. R,), La renommée que Virgile décrit d'une manière si brillante est fort supérieure à toutes les imit(dions qu'on en a faites (Del,).
5J Participe précédé de plusieurs substantifs.
6. Quand le participe est précédé d'un pronoui se rapportant à plusieurs substantifs ou pronoms liés ou non par une conjonction, l'accord du participe a lieu c.uiformémeut aux règles exposées plus haut (i>^ 2 1 0-220) : Que de sueur d de sang les conquérants ont répandus (Chat,), Quellr joie, quel bonheur vous lui avez procuré! C'est son courage, son intrépidité qu'o/« a récompensée. C'est un château ou une ferme qu'on
a brûlée. C'est sa fille, aum bien que ses fils, qu'il a déshéritée. Cest plus le général que les officiers qu'ow a blâmé. C'est luoitis le (jénéral que les officiers qu'on a blâmés. C'est sa gloire 2)lutôt que le bonheur de la nation qa'/? a ambitionnée.
0' Participe suivi du sujet du verbe avoir.
7. Quand le verbe a pour complément direct le que relatif, le sujet est quelquefois placé après le participe (v. § 257), qui n'en est pas moins variable d'après la règle actuelle : Bien ne jjcut suppléer la joie qu'ont ôtée les remords (Boss.). Une Lacédémonienne se glorifiait des blessures qu'avait reçues son fils en combattant. La froideur qu'acaient témoignée les tribuns déconceriait ses vues (Vertot).
Une peut rien offrir aux yeux de l'univers Que de vieux parchemins qu'oui épargnés les vers (Boil.). Mais cette règle est relativement moderne; elle n"a pas toujours été suivie par les écrivains du XVII'= siècle, comme on Ta vu au § 229, et Voltaire approuvait Corneille d'avoir dit :
Là, par un long récit de toutes les misères Que, durant notre enfance, ont enduré nos pères . . . en faisant remarquer qu'il seiait ridicule de dii'e : les misères qu'ont souffertes nos pères. Qu 'dirait-il pensé des phrases suivantes de nos grammairiens: Les proportions colossales qu'a prises cet ouvrage en font regarder l'achèvement comme douteux. Les lettres qu'a écrites Mme de Sévigné sont presqxie toutes des chefs-d'oiuvre.
1} Participe suivi d'un adjectif ou d'un participe.
8. Le participe passé suivi d'un adjectif, d'un substantif ou d'un autre participe faisant fonction de complément prédicatif est soumis à la règle générale. On écrira donc avec l'accord : On les a crus coupables, parce qu'on les a vus embarrassés (Boniface). Je les ai crus vos rivaux. Je les ai crus intéressés dans cette entreprise. Les premiers hommes ont commencé par aiguiser en forme de haches ces pierres dures ou^on a longtemps crues tombées du ciel.
Voici d'autres exemples : Ma liaine va mourir que j'ai crue immortelle (Corn.). Quel droit vous a rendus maîtres de l'univers? (La F. XI, 7) Il ptassa ^^«r des chemins qu'ow avait crus impraticables (Fén.). Les Perses, adorateurs du soleil, ne souffraient point les idoles, ni les rois qu*o/i y avait faits dieux (Boss.). Le salid de l'état nous a rendus parents (Volt.). Dieu a non seidemefit domié la forme à la poussière de la terre, mais il Va rendue vivante et animée (Buff.).
Cet accord est de règle aujourd'hui ; mais il a été combattu par des grammairiens célèbres, tels que Lancelot au XVII« siècle et Condillac au XVIII«, et l'on trouve beaucoup d'exemples où le participe passé constriiit de cette manière reste invariable. Outre ceux que nous avons déjà cités plus haut (§ 229l nous
mentionnerons les suivants : Il l'a trouvé fort grande et fort jolie (Rac). Combien de fois a-t-elle, en ce lieu, remercié Dieu de l'avoir fait clirétie )ine(Boss.). Je les ai cru tous deux mes fils (Volt.). Vous -m'avez cru guérie (J.-J. R.). Il ne vous a pas fait une belle personne, Afin de mal user des choses qu'il vous donne (Mol.).
8J Participe placé entre deux que.
9. Le participe placé entre un que relatif et la conjonction que est toujours invariable, parce qu'il a pour complément la proposition substantive qui le suit et que le pronom que dépend de cette proposition: Ce so?d des choses que fa i cva (que vous feriez. La proposition substantive peut être ellipsée ou abrégée par l'infinitif; mais, dans l'un et l'autre cas, le participe reste encore invariable : Ce sont des choses que fai cru (qu'il était) utile de faire. Ce sont des choses que fai cru devoir faire (= que je devais faire) (v. ci-après).
Mais le participe placé entre deux (pie est variable lorsqu'il est précédé d'un pronom personnel qui en est le complément direct : Avez-vous reçu la lettre quil nous a prévenus qu'il vous écrirait? C'est votre sœur elle-même que /a/ prévenue (que je me voijais forcé de vous laisser qxirtir seul.
9J Participe suivi d'un infinitif.
10. Quaud un verbe actif est précédé d'un pronom à l'accusatif et suivi immédiatement d'un infinitif, le participe varie ou ne varie pas, selon qu'il a pour complément direct le pronom ou l'infinitif : dans le premier cas. l'accusatif est le sujet, et, dans le second, l'objet de l'infinitif: Cesacteursqne fai vus jouer (=j'ai vu ces acteurs puer), Je les ai entendu applaudir (= j'ai entendu applaudir ces acteurs).
En d'autres termes, il y a accord quand l'infinitif est emploj^é dans un sens actif et qu'il peut se traduire par le participe présent : Voici les dames que fai entendues chanter {= j'ai entendu les dames cJiantant ou qui chantaieut) ; mais le participe reste invariable quand l'infinitif est employé dans un sens passif et qu'on ne peut pas le remplacer par le participe présent : Voici les chansoHs que fai entendu chanter (= j'ai entendu chanter les chansons). On écrira donc, selon le sens: La femme que fai vue qjeindre (sens actif: la femme peignait), et: La femme que fai vu peindre (sens passif: la femme était peinte). Dans ce derniei' cas, la proposition équivaut grammaticalemeut à une phrase où le participe se trouvant entre deux que est invariable : La femme qwQfai vu qu'o;^ peignait.
Voici d'autres exemples à Tappui de la règle : Je les ai vus venir. Je les ai envoyés cueillir des fruits. Voilà le sujet des larmes que tu nous a.^■ vus verser. Les secours que Von vous a
offerts, madame, et que je vous ai vue dédaigner, vous auraient été cependant fort utiles. Vos frères ont fait leur besogne; je la leur ai vu exécuter devant moi. Les secours qu^ils ont implorés et que nous leur avons vu refuser inhumainement les auraient sauvés du danger. Les a-t-on vus marcher parmi vos ennemis? (Rac.) Je Vai vue à genoux consacrer ses fureurs (Id.). Un moment après je les ai entendus descendre précipitammetit{J .-J . R.). L'alliance que Judas avait envoyé demander fut accordée{Boss.). La guerre ne se faisait point autrefois comme nous l'avons vu faire du temps de Louis X/ F (Volt.). Pour être sûr de la vérité, il faut V avoir entendu annoncer d^une manière claire et positive (J.-J. E,.).
Le verbe qui suit voir se met à l'infiuitif s'il exprime l'action : les oiseaux que j'ai vu empailler, et au participe passé s'il marque l'état résultant d'une action accomplie : les oiseaux que j'ai vus empaillés.
a) Quand le participe est suivi de être, il varie ou ne varie pas, selon que le pronom que qui précède est le régime direct du participe ou le sujet du verbe être : Des temples furent élevés, avec le temps, à tous ceux qu'on avait supposés être nés de la divinité (Volt.). — Louis XIV avait dans son âme une partie de la grandeur qu''on avait cru jusqu'alors n'être qu'autour de lui (Thomas).
h) Le participe suivi immédiatement d'un infinitif et précédé de deux compléments directs s'accorde avec le dernier : la lettre que Je les cd vus écrire; dans ce cas, le régime direct énoncé le premier appartient à l'infinitif, et le second au participe.
Comme on peut dire iudifi'éremment la harangue que je les ai entendus prononcer, ou la harangue que je leur ai entendu prononrer, on peut faire aussi varier ou non le participe construit avec les pronoms conjoints des deux premières personnes, selon que l'on considère ces pronoms comme étant à l'accusatif ou au datif: Que de larmes on nous a vus verser ou vu verser. Ce sont les airs que je vous ai entendus -ou entendu chanter.
c) Le participe de faire suivi d'un infinitif est toujours invariable, parce que le verbe faire forme avec son infinitif une expression inséparable : Les plantes que j'ai fait arracher étaioU nuisibles. L'on voit des hommes tomber d'une Jiaute fortune par les mêmes défauts qui les y avaient fait monter (^La Br.). Louis XI fit taire ceux qu'il avait fait si bien parler (Volt.).
Quelques écrivains anciens et modernes ont traité de même le participe vu; Tantôt à son aspect je L'ai vu (Athalie) s'étnouvoir (Rac). Je les ai vu poursuivre à deux un oiseau de proie (BulT.). Les hommes marchent tous au se-
cours [de leur pays, quand les circonstances Vexigent. Le sol qui lésa vu naître, la terre de leurs aïeux, tout se soulève autour d'eux comme un appel au Cûtnbat (Staël). J'avais vingt ans, de la fortune, un mari excellent, des serviteurs fidèles qui m'avaient vu naître (.i. Sandeaii).
d) Le participe de htisser suivi d'un iniînitif est tantôt variable : Oh les a laissés mourir de faim ; tantôt invariable: Je les ai laissé emmener. Le monde vous a laissés rire et pleurer tout seuls (Rac). J'ai commencé à la hâte^ et mon sujet s' étendant sous 7na j^luihe, je Vai laissée aller sans contrainte (J.-J. R.). — Ils étaient punis pour les mairv qu'ils avaient laissé faire sous leur autorité (Fén.). De concert avec lui, elle s'était laissé renfermer poiir se dérober à des poursuites qui alarmaient sa vertu (Les.).
Telle est la règle qu'on suit ordinairement. Toutefois il y a de nombreux exemples où le participe laissé est traité comme fait, c'est-à-dire comme formant une seule idée avec l'infinitif qui suit : Encore ne nous a-t-il laissé partir qu'à la charge que nous Virions voir dans sa tnais m de campagne (Boil.). Elles nous ont laissé prendre cet empire (Mont.).
e) Les verbes devoir. p>ouvoir, vouloir, savoir, oser, construits comme auxiliaires de mode avec un infinitif exprimé ou sousentendu, ont leur participe invariable, parce qu'il a touJQurs pour complément direct l'infinitif qui suit (§ 96) : Ce sont des choses qu'il a osé faire. Je lui ai rendu tous les services que j'ai pu, que j'ai dû, que j'ai voulu (sous-entendu lui rendre). Mais il y a accord, lorsque ces verbes ont le sens actif et qu'il n'y a pas d'infinitif à suppléer, comme dans ces plu'ases : Il m'a payé les sommes qu'il m'a dues. Il veut fortement les choses qu'^7 a une fois voulues, parce que le participe a pour complément direct le que relatif qui précède.
f) Lorsqu'il y a une préposition entre le participe et l'infinitif qui suit, le participe peut de même avoir pour régime direct le pronom qui précède ou l'iufinitif suivant : dans le premier cas, accord ; dans le second, point d'accord : // nous a priés de lui écrire. Il nous a recommandé de lui écrire. Mes parents m'ont donné toute l'éducation que leur fortune leur a permis (de me donner). — L'Europe a reconnu que Pierre le Grand aimait la gloire, et qu'il l'avait mise à faire du bien (Volt.). Partout les rayons perçants de la vérité vont venger la vérité qu'il a négligé de suivre (Fén.). Je liti ai offert ma main qu'elle a refusé d'accepter (Mol.).
Comme il est facultatif de dire : Vous m'avez donné une leçon à étudier, ou: Vous m'avez donné à étudier une leçon, on écrira: J'ai appris la leçon que vous m'avez donnée ou donné à étudier. Voilà les ennemis que la reine a eus à co)nhattre (Boss.). Les forêts, les ravins, les fleuves que nous avons eu à traverser, ont refardé notre marche (Besclierelle).
D'après la remarque sous lett. h), l'accord a toujours lieu, lorsque le participe est précédé de deux régimes directs : Voici les livres qu'il nous a priés de lui prêter. Quels sacrifiées ?7nous a obligés de faire. C'est une démarche qu'il les a contraints de faire. La plante mise en libeHé garde V inclinaison qu'on Va forcée à prendre (J.-J. E..)-
Ainsi, d'après ce qui précède, on écrira selon le sens: Telles sont les mesures que nous avons crues convenables; que nous avons cru convenable de prendre; que nous avons crues devoir réussir.