Verbes neutres
1. Le participe passé des verbes neutres qui se conjuguent avec avoir est toujours invariable : Les beaux jours ont passé rapidement. Je vous envoie les livres que vous avez paru désirer. As-tu vu quelle joie a paru dans ses yeux? (Corn.) Oii la mouche a passé le moucheron demeure (La F.). Mes amis ont parlé, les cœurs sont attendris (Volt.). La justice et la modération de nos ennemis nous ont plus nui que leur valeur (Marm.).
2. Quand les verbes neutres sont employés conmie verbes actifs, le participe s'accorde avec le complément direct, s'il en est précédé : Une vie qu'«7 avait passée à troubler les autres (Fléch.). Elle n'oublie pas tous les dangers qxCil avait courus entre Chargbde et Scglla (Fén.). Il a retrouvé les enfants qu'il avait tant pleures (Besclierelle). L'évêque de Meaux a créé une langue que lui seul a parlée (Chat.). Mais je ne les ai pas vécues, ces années de ma vie (Sardou).
3. Les verbes neutres courir., durer, dormir., parler., régner., vivre, etc., construits avec un accusatif de temps, ont toujours leur participe invariable ; on doit donc écrire sans accord : les deux heures que j'ai couru, la nuit que j'ai couché, etc. Toutes les heures que vous avez dormi, je les ai jiasséesà écrire (Besclierelle). On croirait que ces huit jours me durèrent huit sièdes; j'aurais voulu qu'ils les eussent duré en effet (J.-J. E,.). Que de longs jours d a gémi dans lesjJrisons. Les deuxheures qu'il a parlé nous ont paru bien longues. Que de bien n'a-t-elle pas fait pendant le peu de jours qu'elle a régné (Flécli.). Qui pourrait dire combien de siècles a vécu celui qui a beaucoup senti et médité? (De Meilhan) Les jours qu'on a vécu dans V oisiveté sont perdus. Je regrette les nombreuses années que j'ai vécu sans pouvoir m' instruire (J.-J. R.).
Oui, c'eut moi qui voudrais effacer de ma vie
Les jours que j'ai vécu sans vous avoir servie (Corn.).
§ 231 VERBES XEUTRES 527
Il en est de même du participe des verbes coûter, valoir et peser, construits avec Faccusatif du prix ou de la valeur : les millions que Versailles a coûté, les mille francs que cet ouvrage m'a valu, les cent livres que ce ballot a pesé. Que (F argent et de peine son éducation n'a-t-elle pas coûté ! Je regrette les dix mille fratics que cette maison m'a coûté, parce qu''elle ne les a jamais valu. Cependant l'Académie fait nue exception pour le verbe valoir, dont le participe varie quand il sig-nifie procurer, produire, parce que, dans ce sens, il est actif: Il jouit de la gloire que cette action lui a value. Le verbe peser est également actif quand il signifie, non pas avoir du poids, mais opérer l'action du pesage, au propre et au figuré, et alors son participe varie : Ce marchand a vérifié ces ballots et les a tous pesés.
Beaucoup d'écrivains ont également fait accorder le participe coûté quand il est pris dans le sens figuré: Vous n'avez pan oublié les soiusque vous m'avez coûtés depuis votre enfance (Fén.). Que de soins meut coûtés celte tète si chère! (Rac.) Que de pleurs son départ m aurait coûtés (J.-J. R.). Selon Littré, oune peut considérer ces exemples que comme des licences condamnables en prose et tout au plus permises en poésie. Mais plusieurs grammairiens, comme Boniface et Bescherelle, font toujours varier les participes des verbes coûter et valoir, qu'ils regardent comme actifs, au sens propre comme au sens figuré; ils écrivent donc les cent francs qu'il a coûtés et les pleurs qu'il m'a coûtés ; la somme qu'il a value et la considération qu'il m'a value (Boniface, § 605). Il semble que l'usage actuel donne raison à ces grammairiens.
On écrit sans accord : les deux heures qu'ils o«( couru, la nuit que j'ai couché, les jours qu'il a parlé, tous les moments qu'il a souffert, parce que, dit-on, on sous-entend ici une préposition : les deux heures pendant lesquelles ils ont couru (v. § 303). Cette remarque s'applique même au participe du verbe transitif : De la façon que j'ai dit (et non dite] les choses,, on a dû m'entendre (Wailly). Si cette explication parait plausible pour le participe construit avec que, en est-il de même quand le verbe est précédé du pronom le se rapportant à un accusatif adverbial, comme dans la phrase de Rousseau : j'aurais voulu qu'ils les eussent duré, et ce pronom peut-il être autre chose que le régime direct du verbe? Nouvelle preuve à l'appui de ce que nous avons dit au sujet du peu de solidité de cet édifice de la concordance du participe construit si laborieusement par les grammairiens.
4. Certains verbes qui, d'après le sens, sont transitifs ou intransitifs, ont leur participe variable ou invariable selon que le complément est direct ou indirect : Il nous a aidés de sa bourse. Il nous a aidé à descendre. — Il nous a applaudis quand nous avons parlé. Il nous a applaudi cV avoir agi ainsi. — On nous a commandés pour midi. On nous a commandé de soHir. — U ennemi nous (/ fuis. Le temps nous a fui. — • Il nous a insultés grossièrement. Il nous a insulté j^f son luxe. — Il nous a visés et nous a manques. Le temps nous a manqué. — Ce domestique nous a fidèlement servis. Ce livre nous a bien servi.