C. Participe des verbes réfléchis
1 . Verbes 7'éfiécJiis propres, § 232 1 . Dans les verbes réfléchis propres ou infrans/fifs, le pronom réfléchi n'est objet que pour la forme (^). le verbe conserve toute sa valeur iutransitive et le participe s'accorde avec le snjet^ ou, comme on dit abusivement, avec le pronom réfléchi se, ce qui revient d'ailleurs au même, puisque ce pronom est considéré comme étant toujours le complément direct du verbe.
a) Verbes essentiellement réfléchis : La haine s'est emparée de son âme. Vos craintes se sont évanouies. Elles se sont moquées de vous. Ils se sont repentis de leur lé(jèreté. A ces mois des transports de joie se so)d emparés de mes sens (J.-J. R.)-
A cette catégorie de verbes on joint ordinairement:
1° Certains verbes transitifs qui, comme les verbes accidentellement réfléchis, peuvent s'employer dans la forme active comme dans la forme réfléchie, mais qui, sous cette dernière forme, prennent un sens différent de celui qu'ils ont à l'actif, ce qui les a fait considérer comme des verbes réfléchis essentiels : Ils se sont aperçus de leur erreur. Nombre f/'écrivains se sont attachés à imiter servilement les anciens (Marm.). Ils s'éfcdent attaqués à plus forts qu'eux. Elle we s'' était point attendue à vous voir. Nous ne nous sommes pas encore avisés de mettre au inuillot les petits des chiens ni des cheds (J.-J. R.). Elle s'est louée de votre condude. Ils se sont plaints de vos procédés. Ils se sont servis de mon crédit.
2° Les verbes intransitifs ,s-^ douter, s'échapper, se prévedoir et ceux qui sont composés avec en: Nous nous étions doutés de cette perfidie. Ces criminels se sont échappés de la prison. Elles se sont prévalues de notre simplicité. Elles s'en sont allées sans me voir. Les voleurs se sont enfuis.
b) Verbes accidentellement réfléchis : Elle s'est ennuyée, fâchée, troublée, trompée, etc. A ces mots, J'ai frémi, mon âme s'est troublée (Corn.). Ils se sont abrutis p^r la boisson. La réputation de Jîacine s'est accrue r/c jour en Jour (Volt.). La clé s'est retrouvée. Cette maison s'est louée fort dwr.
(1) L'histoire de la langue prouve toutefois que, dans le principe, le pronom se était réellement l'objet du verbe, car on trouve quelciues exemples de la construction avec l'auxiliaire a l'Oir; Trois fois le list, lors s'a pasmc (Floiie et Blancheflor). Mais Conan s'ahien défendu, {Brut, v. 6140). V. Chabaneau, p. 34. Mais aujourd'hui le pronom se n'a plus cette valeur, du moins dans les verbes réfléchis propres, et il s'est pomé ne peut plus s'analyser, comme on le fait, par il a pâmé soi : être n'est pas mis ici pour avoir, et le verbe rétléchi exprime une action qui reste dans le sujet, il est devenu intransitif.
•§ 233 a VERBES ACTIFS EMPLOYÉS COMME RÉFLÉCHIS 529
Suzanne s'est trouvée i unocenf e(Rest'àiit). Une hifinite' r/'abus s étaient glissés dans Vadininistration (Ac).
2. Verbes actifs employés comme réfléchis. § 233^ 1. Dans les verbes actifs réfléchis, c'est-à-dire employés comme réfléchis, le pronom s^, qui désigne toujours une personne, est le complément réel de Taction, soit direct, soit indirect, l'auxiliaire être est alors mis pour avoir^ et le participe s'accorde avec le mot qui lui sert de complément direct, quand il en est précédé.
a) Le verbe exprime une action qui se réflécliit sur le sujet. En pareil cas, si le verbe n'a pas d'autre régime que se, ce pronom est toujours à l'accusatif, et le participe s'accorde avec lui : Elle s'est blessée. Xoks nous sommes lavés. Elle s'est tuée de désespoir. Ils se soid écorchés dans les broussailles. A quels malheurs ils se sont exposés. A V injuste Athalie iïs se sont tous vendus (Eac.)
Mais le verbe peut avoir deux compléments, l'un de la personne (se) et l'autre de la chose, et alors le participe s'accorde ou ne s'accorde pas, selon que le pronom se est à l'accusatif ou au datif: Elle s'est iDlessée à la tête; se est à l'accusatif, accord. Elle s'est blessé la tête; se est au datif, et le complément direct la tête est placé après, pas d'accord. Ce dernier cas est le plus fréquent : Ils se sont cassé le cou. Ils se sont écorché le visage. Ils se sont découvert la tête. Vons vous êtes frappé l' imagination, etc.
b) Le verbe exprime une action qui ne se réfléchit pas sur le sujet, mais passe à un objet différent du sujet et qui marque l'accusatif de la chose, tandis que s? exprime toujours le datif de la personne. En pareil cas le participe ne s'accorde jamais avec le pronom réfléchi. On écrira donc : Elles se soid procuré des 2'^efsseports cpii n'étaient pas en règle. Elle s'est rappelé les services que vous lui avez rendus. Les anciens, s'étaient figuré que la terre était immobile. Quelques auteurs modernes se sont imaginé qu'ils surpassctient les anciens (Girard). Ils s'étaient persuadé qu'on n'oserait les contredire (Ac). Elle s'est mis dans la tête que vous la détestiez.
Mais le participe deviendra variable si le complément direct exprimant la chose est placé avant le verbe : 1° avec le relatif que : les passeports qu'elles se sont procurés, les choses qu'/7s se sont rappelées, figurées, imaginées, persuadées, mises da7is la tête. etc. A droite à gauche, nos regards p>arcouraient avec plaisir les nondjreuscs demeures que le>< Jiabitaids de la campagne
Ayer, Grammaire comparée. 34
se sont construites sur ces hauteurs (Barth,); — 2° avec le pronom personnel le, la, les : ces choses, ils se les sont rappelées, imaginées, persuadées, etc.; — 3° avec le neutre le: Ils se le so7it tenvL 2^011 r dit.
Le verbe s'arroger, quoique essentiellement réfléchi, suit cette règle : Us se sont arrogé des jmvilèges (Ac). Parmi les privilèges que la noblesse s'était arrogés, la chasse était celui auquel elle tenait le jjIus.
Cette exception est une anomalie qui n'est pas la seule que présente la forme réiléchie ; car tous les verbes actifs employés dans cette forme et marquant une action qui ne se rélléchit pas sur le sujet, tels que se procurer, se figurer, s'imaginer, se persuader, etc., expriment, comme les verbes rëtléchis pioprement dits, une idée intransitive qui exclut la présence d'un complément direct; aussi le peuple, qui a beaucoup plus le sens de la langue que les grammairiens, dit-il : je me rappelle de ce fait ou je m'en rappelle, comme nous disons je m'aperçois de mon erreur, je m'en aperçois. Se rappeler est, en effet, analogue aux verbes transitifs qui, comme s'aperceioir, s'attacher, s'aoiser, etc., sont devenus des verbes essentiellement réfléchis en prenant un sens différent de celui qu'ils ont à l'actif, et se rappeler ne signifie pas plus rappeler à soi que s'apercevoir ne veut dire apercevoir à soi. L'Académie elle-même a, jusqu'à 1877, considéré se persuader comme un verbe intransitif. Au reste, comme nous l'avons déjà fait remarquer (§ 19i), plusieurs de ces verbes actifs réfléchis, comme se proposer, se représenter, se refuser, se retracer, se dire, etc. s'emploient aussi avec le sens intransilif comme verbes essentiellement réfléchis. Comp. Ils se sont proposé un plus noble but, et : Ils se sont proposés pour cet emploi.
2. Les verbes actifs réfléchis employés pour exprimer une idée réciproque ont leur participe invariable ou variable, d'après la même règle : Elles se sont dit de dures vérités, et les dures vérités C{Vi'elles se sont dites. Ils se sont écrit des lettres, et les lettres qu'ils se sont écrites. Quelques-uns de ces verbes peuvent aussi se construire avec se comme complément direct. Comp. Ils se sont accusés mutuellement. Ils se sont accusé réception de leurs lettres. — Ils se sojit cherchés longtemps. Ils se sont cherché ciuerelle. — Ils se sont disputés rivement. Ils se sont disputé le terrain.
Dans les exemples suivants le même verbe s'emploie avec les deux sens, réfléchi ou réciproque : Elles se sont jouées de nous. Elles se sont joué des tours. — Ils se sont payés de raisons. IlssesontpaLyé d'anciennes dettes. — Ils se sont épargnés Vun l'autre. Ils se sont épargné des peines. — Ils se sont persuadés les tins les autres. Ils se sont persuadé tout ce qu'ils ont voulu.
3. Les remarques que nous avons faites plus haut (§ 230) sur l'accord du participe des verbes actifs conjugués avec avoir, s'appliquent aussi aux verbes transitifs employés comme réfléchis :
§ 233'^, 234 VERBES NEUTRES EMPLOYÉS COMJlE RÉFLÉCHIS 531
1) Que de regrets tn fes préparés par cette coupaUe négllgence(J.-J. E.). 2) Quelle foule de privations // s'est imposées pour le bien de ses enfants. Le peu de peine qu'il s'est donnée l'a fatigué. Le peu de peine qu'il s est donné me prouve son indifférence. 3) La chose est plus facile que je me Vêtais imaginé. 4) Cet homme vit de chimères; combien s'en est-d forgé da)is sa lie! Je n'ai pas trouvé Paris au-dessous de l'idée que Je m'en étais faite. 5) Cest la haine et le mépris qu'// s'est attirés dans cette affaire. 6) Voilà les rejjroches que se sont adressés ces amis échauffés par le vin. 7) Ils se so)d faits les complices de ce crime. 8) Ce sont des choses qu'ils se sont imaginé ou qu'Us se so)if persuadé qu'on tolérerait. Ce sont des choses qu'elle s'est imaginé pouvoir faire. 9 ) Elle s'est sentie mourir. Elle s'est senti frapper. Elle s'est vue tomber. Elle est fière de se voir admirée ( Ac). Elle s'est fait mourir. Elle s'est i2iitp)eindre. Elle ne s'est point laissée aller à la paresse. Elle s'est laissé troïnper. J'ai lu les ])oésies qu'Us se sont amusés à comqjoser (^).
3. Verbes neutres employés comme réfléchis. § 233^ Le participe des verbes neutres réfléchis, c'est-à-dire employés comme réfléchis, n'est jamais variable, parce que ces verbes ne peuvent avoir de complément direct, le pronom se étant toujours au datif : Elle s'est nui (= elle a nui à soi) jmr sa mauvaise conduite. Ils se sont nui les uns aux autres. Les événements s'étaient succédé avec rapidité (Ac). Ils se sont plu à me persécuter. Nous nous sommes ri de son embarras. Ils se sont convenu. Il est vrai que lui et moi, nous nous sommes parlé des yeux (Mol.). Les poètes épiques se sont toujours plu à décrire les batailles (Del.).
D. Participe des verbes impersonnels.
La règle générale s'applique même au participe des verbes impersonnels :
a) Participe avec l'auxiliaire être : Il est arrivé des troupes; accord avec le sujet grammatical «7, qui est toujours neutre et invariable. Que de fautes U s'est trouvé dans cet ouvrajje.
b) Participe avec l'auxiliaire avoir : Il a plu. 7/ a fait de grandes chcdeurs; pas d'accord. Construit avec que, le participe reste invariable: Les chaleurs qu'U a fait 07it été excessives; ici le pronom que, quoique à l'accusatif (§ 1(34), n'est pas Tobjet du verbe ; on ne peut pas dire les chcdeurs sont faites.
(1) Une effroyable voix alors s'est fait entendre (Rac).