EMPLOI DE LA NÉGATION NON
2. La négation peut porter sur la proposition entière : Je ne le verrai pas^ ou seulement sur l'un de ses membres : Je ne le verrai -pas avec plaisir. // ne h<At pas de vin entre ses repas. Je n'aime ]M(H les écoliers paresseux.
3. Oui et non s'emploient en dehors de l'interrogation pour mieux marquer l'affirmation ou la négation : Oui, oui, je le ferai. Non, Je n'en ferai rien (Ac). Oui, je la défendrai contre toute rar?née ÇRsic). Non, je ne reçois 2)oint vos funestes adieux (LA.). On les renforce quelquefois au moyeu d'autres adverbes : oui certes, oui vrai ment, oui certaitiement ; non certes, non vraiment, certainement non, etc.
Oui, si et 7ion peuvent remplacer une proposition entière et se construisent alors avec la conjonction que comme la proposition substantive : Je crois que oui. Vous me dites que non, et je dis que si. Je ijage que non. Vous ne ferez donc pas cela? Oh ! que si (Ac). Les uns disent que oui, les autres disent que non (Mol.).
AHicle IL — Emploi de la négation NON. §251
La négation absolue non subsiste en français, mais elle a perdu la faculté de servir de négation au verbe et elle ne s'emploie plus aujourd'hui que dans les cas suivants :
a) Comme négation d'un adjectif qui équivaut dans ce cas aune proposition adjective négative : Les hauts faits qu'on ignore sont bien peu différents des faits non avenus (5.-^. R.). Non s'emploie de cette manière comme préfixe pour former des substantifs et des adjectifs composés (§ 154).
h) Comme négation d'un verbe ellipse, et dans ce cas non est quelquefois suivi de 7Jas(mais non de point) ou plus, jamais. C'est ce qui a lieu :
^ V Quand non sert de réponse négative à une question : Le voulez-vous? Non. Prendrai-je cela? Non pas, s'il vous plaît (Ac).
2"^ Quand non se trouve dans une proposition elliptique qui est jointe immédiatement à une autre proposition coordonnée : IjCS envieux nwurront, mais non jamais Venvie (Mol.). Et que m'importe à moi que Bome souffre ou non ?(Corn.). Enf)i les uns sont contents, les autres non, c^est le monde (Sév.). Mais Bome veut un maitre et non une maîtresse (Rac). On peut être plus fin qu'un autre, mais non pas jjIus fin que tous les autres (LaEoch.).
§ 252 NE AVEC COirPLÉilENT 557
Je crains votre silence et non pas vos injures (Rac). Vous ne le voulez pas^ ni moi non plus.
Non s'emploie devant sans^ loin, pour en changer le sens restrictif : // vécut non sans gloire et meurt en homme libre (Saiirin).
Non se met en tête de la phrase pour renforcer la négation, et alors il peut se redoubler ou se joindre aux adverbes ceHes^ certainement., vraiment : Non, je n^ en sais rien. Non certes, non vraiment, je ne le ferai pas.
Non peut être suivi de que et signilie alors ce n'est pas que: Non que Je veuille à Rome empêcher quelque crime (Corn.).
Dans l'ancienne langue non se joignait au verbe ; le plus souvent il se construisait avec faire remplaçant un verbe précédent; cette constructàbn se rencontre encore dans la langue moderne : Non ferai (Mol.). Non ferai-je (Regnard). A non fait s'opposait si fait, qui est encore en usage. Joint à plus, non peut encore accompagner le verbe : Il ne dort non plus que son père (Rac).
Article III. — Emploi de la négation NE.
A. NE avec complément.
1. Les mots qui complètent la négation ne sont de deux espèces: les uns. comme yjf/s et point., ont perdu leur valeur originelle et sont devenus de simples explétifs, tandis que les autres, tels ç\\Jie personne^ rien, guère., jamais, sont restés significatifs et expriment une idée générale et indéterminée de personne, de chose, de quantité ou de temps, qui sert en même temps, comme pas ou point, à renforcer la négation.
2. Les compléments ordinaires de la négation sont les substantifs pas et jwint employés sans article. Dans l'origine ces mots étaient significatifs et désignaient la plus petite partie d'un tout : Je ne marche pas (= je ne marche im pas). Je ne vois point {= je ne vois un point). Mais jjas et ^^int sont aujourd'hui des mots complètement explétifs, parce qu'ils ont perdu leur signification originelle et qu'ils n'ajoutent rien à la négation : Je n^ écris j)as. Elle ne dort point.
La différence qu'il y a entre pas et pmnt par rapport à l'espace n'est pas moins sensible dans la force négative de ces deux explétifs,
a) Dans la proposition expositive, point nie plus fortement que jpas. On dira également : Il n'a pas d'esprit; il n'a point d'esprit; et on pouiTa dire: Il n'a pas d'esprit ce qu'il en faudrait pour sortir d'un tel embarras; mais quand on dit : Il n'a point d'esjmt, on ne peut rien ajouter. Ainsi ne . . . imint forme une
négation absolue, au lieu que ne... pas, qui n'exclut pas entièrement l'affirmation, laisse la liberté de restreindre, de réserver, et ne nie que par rapport au temps ou aux circomiances. Par cette raison pas vaut mieux que imnt devant les adverbes d'intensité et les noms de nombre : Démosthène 71' est pas si abondant que Cicéron. Vous n'en trouverez pas deux de votre avis. Par la même raison pas convient mieux à quelque chose de passager et d'accidentel, point à quelque chose de permanent et d'habituel: Il ne lit pas, il ne lit pas dans ce moment. // ne lit point, il ne lit jamais (Ac).
Je ne vous réponds pas des volontés d'un père, Mais je ne serai point à d'autre qu'à Valère (Mol.).
h) DïPRs la proposition interrogative, on emploie ne. . . pas ou ne . . .point, selon que l'on attend une réponse affirmative ou négative : N'avez- vous pas été là? N'avez-vous -poinX été là ? (A.Q,.). Ne suis-je pas ton père? et ne me dois-tu pas respect? (Mol.). Ne m'a-t-on point flatté dhme fausse espérance? (Rac). Mais cette distinction n'a pas toujours été observée : Mais, Claudine, n'y a-t-il pas moyen (pie je la puisse entretenir? — Oui, venez avec moi (Mol.). Qu'ai-je fait. Monsieur, pour que vous m'accordiez une telle faveur? — Nêtes-vous point pauvre et délaissé? (Souvestre.)
c) Point se met au lieu de non, soit pour terminer une phi-ase elliptique: Je le croyais mon ami, mais point; soit pour répondre à une interrogation: Lisez-vous ces vers? Point. On ne pourrait employer jms qu'en disant la phrase entière : Je ne les lirai pas (Ac).
On emploie encore comme explétifs les substantifs goutte^ brin et mot sans article, mais seulement dans quelques locutions faites, où ils figurent comme compléments, par ex. : n'y voir, n'y entendre goutte, il n''y en a brin, ne dire mot. Il y avait encore autrefois le mot mie, qui avait le sens de miette : tu ne Vauras mie (Ac), et rien, qui avait le sens de point: Il savaient que il ne feraient rien nul exploit (Villeliardouin). Mais aujourd'hui on ne dit plus : Il n'est rien sage pour : Il n'est pas sage.
Pour donner plus de force à l'expression de nos jugements, nous les accompagnons volontiers d'une comparaison : riche comme Crésus, pauvre comme Job. C'est ce qui a surtout lieu dans les jugements négatifs: Cette maison ne vaut pas icn sou. Ce paquet ne pèse pas wie plume. Vous ne me ferez pa^ reculer d'une sonelle. Dans tous ces cas et autres semblables, l'évaluation d'un objet, premier terme de la comparaison, est présentée comme inférieure à l'évaluation d'uu autre objet de très peu de valeur, d'un très petit poids, d'une très petite dimension, lequel est établi comme second terme de la comparaison : une maison qui ne vaut pas un sou est une maison dont la valeur n'équivaut pas à celle d'un sou. Dans le principe, les substantifs qu'on employait le plus ordinairement comme second terme de comparaison, tels que pas, point, mie et
goutte, conservaient leur valeur propre ; mais l'emploi fréquent qu'on en faisait avec l'adverbe négatif ne finit par les faire considérer comme des mots qui n'étaient que subsidiaires à cet adverbe et qui ne servaient qu'à former avec lui des locutions adverbiales négatives. Ainsi, par ex. : pas de passas, a d'abord été employé pour renforcer une proposition négative dont le verbe exprimait une idée de mouvement. On a pu dire : N'approchez de la distance d'un pas, ou : N'approchez un pas, puis on a supprimé un pour rendre l'expression plus concise et Ton a dit : N'approchez pas, comme on dit: Je ne comprends mot à ce qu'il dit. Pas devint d'un usage si fréquent dans des phrases semblables, que l'on finit par s'en servir comme explétif d'une manière générale et indistinctement dans toutes sortes de propositions négatives, de telle sorte qu'aujourd'hui ne . . . pas ne dit pas autre chose que le latin non et exprime la négation pleine (i). Mais pas a encore conservé quelque chose de sa nature primitive, et ce qui le prouve., c'est qu'il a l'accent tonique et que, quand il est suivi d'un nom partitif, il régit le génitif comme s'il était un véritable substantif: Je ne bois pas devin. On en peut dire tout autant du mot point, qui exprimait à l'origme une idée sensible : L'aveugle ne voit point = il ne' voit pas un point, et qui maintenant s'emploie avec tous les verbes : Il ne pense point. Fas et point ne sont donc pas des adverbes, comme l'enseignent l'Académie et la plupart des grammairiens ; ce sont des substantifs qui s'emploient d'/une manière abstraite et sans article pour renforcer la particule négative ne; mais ils ne peuvent pas exprimer à eux seuls la négation. Cependant les écrivains anciens et même quelques auteurs classiques, surtout parmi les poètes, se permettent de supprimer la particule ne dans l'interrogation: Vient-elle pas de mourir? (Montaigne). Valère est-il pas votre nomfCSlol.). Il aura un pied de nez avec sa jalousie, est-ce pas? (Id.) Voilà pas le coup de langue? (Id.) Savais-je pas qu'enfin ce n'était que grimace? (Id.) Avais-je pas raison? (Id.) Fit-il pas mieux que de se plaindre! (La F. III, II.) Stiis-je pas votre frère? (Rac). Voilà-t-il pas de vos jérémiades? (Volt.). Foj/ez-t'oxs pas s'enfuir les hôtes du bocage? (Del.). Sommes-nous pas d'accord? (xVugier). Dirai i-on pas vraiment qu'on vous traîne au supplice ? (Muss.).
3. Les compléments négatifs de la seconde espèce, qui renforcent la négation tout en conservant leur valeur propre, sont :
a) Le nom de nombre quantitatif guère^ qui signifiait originellement heaucoup (§ 84) et qui n'a pris le sens de peu ou de presque point que parce qu'il va toujours avec ne : On n'aurait guère de plaisir si l'on ne se flattait jamais (La Roch.). Le peuple ne connaît guère dans les riches d'autre vertu que la bienfaisance (Bern.).
h) Les noms de nombre indéfinis nul, aucun., avec les adverbes qui en dérivent nullement, aucunement, et les pronoms indéfinis ^j^/-so;?;/^ (qui peut aussi être remplacé i^sly homme vivant,^ âme vivante), rien, quelconque, cpii que ce soit, quoi que ce soit, qui désignent les ])ersonnes et les choses d'une manière générale et indéterminée: Nul w'a?*rac?e V esprit, hors nous et nos «mis (Mol.). Ils n'y craignaient tous deux aucun, quel qu'il pût être (La F. IX, 17). Il ne prend aucun soin de ses affaires. Je ne lui en veux
(1) V. Diez, II, 448, III, 413 et suiv. ; Chevallet, III, 329 et suiv. ; Schweighàuser, De la Négation dans les langues romanes du midi et du nord de la France.
nullement. Je n'en veux aucunement (Ac). Qui ne plaint personne ne mérite pas qu''on le j)l(à<jHe (Boiste). Je n''y ai trouvé âme vivante (Ac). On ne fait rien rpù vaille dans la colère (Boil.). Il n'est ^^>^rien maître de lui. Il n'y a pouvoir quelconque qui m'obligeât à cela. Je n'y ai trouvé qui que ce soit. Il ne doute de quoi que ce soit (Ac). Pas un a le sens de personne., nul, aucun : Pas un ne le croit. Il n'y a pas un homme qui ose dire cela (Ac).
Rien de moins s'emploie dans les phrases qui ont un sens affirmatif : Il ne faut rien de moins dans le monde qu'une vraie et naïve impudence pour réussir (La Br.). La Phèdre de Racine qu'on dénigrait tant, n'était rien de moins qu'un chef-d'œuvre\'Slnvm.). Il ne penne à rien de moins qu'à vous supplanter (D'Aini)ly). L'exemple cité par l'Académie: Il n'y a rien de moins vrai que celte nouvelle, ne contredit pas la règle, car le sens est: Cette nouvelle est moins vraie que rien (= quoi que ce soit), c'est-à-dire n'est pas vraie. Rien moins s'emploie en général quand la proposition est négative ; c'est ce qui a toujours lieu devant un adjectif prédicatif. Mais, dans les autres cas, il n'est pas rare que rien moins soit affirmatif; c'est le sens général de la phrase qui décide: Il n'est rien moins que sage (Ac). Ma comédie n'est rien moins çue ce que l'on veut qu'elle soit (Mol.). Il ne pense à rien moins qu'à vous supplanter (D'Arnhly). Ceux-ci, renfermés dans leur château, qui était très fort, n'étaient rien moins que disposés à céder aux injonctions de la révolte (Mignet). — Il ne fallut rien moins que la main de Dieu et un miracle visible pour les empêcher d'accabler la Judée (Boss.). Tu ne me demandes rien moins que le secret de l'art (G. Sand). Il ne fallait rien moins que mon habitude du pays pour me diriger dans les ténèbres de cette rigoureuse matinée (Nodier).
c) L'adverbe jamais, qui marque le temps d'une manière tout à fait générale: Nous ne vivons jamais, mais nous espérons de r»'>-f (Pasc). Ne décidons jamais où nous ne voyons goutte (Piro'a). Le mot Jamais peut être remplacé par d'autres déterminations de temps : Je nai ru de ma vie ((u tel Jiounne. Je ne sortirai de trois jours. Je ne veux de trois mois rentrer dan^ la maison (Bac).
Plus, comme adverbe de temps, sert aussi à renforcer la négation : Je ne crains plus que mes passions (Fén.). Mais quand plus ne signifie pas le temps, mais la quantité, la négation ne doit être complétée par pas ; ainsi on dira : Ne pensez plus à lui, mais : Ne pensez pas plus à lui que s'il n'existait pas.
L'ancien français avait encore jà et tuais avec la signification de Jamais : ja n'i plorerai; ne te vont mes sofrir, et en outre ainceioncques: aine ne quistrent Vautrui ; unques ne fut roi plus doté. Jà se trouve encore dans La Fontaine dans le sens de déjà :
Jà ne plaise à votre seigneurie De me prendre en cet état-là (IX, 40). Mais et onc ou onques s'emploient encore aujourd'iiui, mais seulement dans le langage familier ou par plaisanterie : Je n'en puis mais. Je ne vis onc un si méchant homme. C'est le plus méchant homme qui fut onques (.\o.).
4. L'emploi des compléments de la négation donne encore lieu aux remarques suivantes :
a) Les compléments négatifs de la première espèce on explétifs pas et i[)oint ne se joignent pas en général aux compléments de la seconde espèce nnl^ aucun^ personne, rien, etc. On ne dirait plus aujourd'hui avec Malherbe : Jamais pas un de vous ne reverra mon onde, et avec Racine : On ne vei/f pas rien faire ici qui vous déplaise, et déjà du temps de Molière il n'était plus permis de dire avec Martine :
Quand on se fait entendre, on parle toujours bien, Et tous vos biaux dictons ne servent pas de rien,
par la raison qu'en donnait Philaminte :
De pas miv avec rien tu fais la récidive,
Et c'est, comme on t'a dit, trop cVune négative.
Mais^jfts peut très bien se joindre à nid, aucun, personne, rien, jamais, etc., quand ces mots appartiennent à une autre proposition complète ou abrégée et qu'ainsi ils ne se rapportent pas au même verbe que la particule ^^^/s; Je- ne ro/spas que je puisse y prétendre jamais. En cette affaire vous n'avez pas lieu de crai)idre personne (Littrê).
Les grammairiens se trompent donc quand ils prétendent que Molière, dans les phrases suivantes, a commis la même faute que Martine: Il ne faut pas qu'il sache rien de tout ceci. Albert n'est pas un homme A vous refuser rien. Nous n'avons pas envie aussi de rien savoir. Corneille n'est pas à blâmer non plus pour avoir dit : Je n'ai point lieu d'en craindre aucune résistance. ^lais cette phrase-ci du même écrivain: ,fe ne voudrais Tpas conseiller à personne de la tirer en exemple, ne serait plus correcte aujourd'hui, parce que les mots voudrais, conseiller forment une seule expression verbale à laquelle se rapportent également pas et personne.
b) En revanche les compléments négatifs de la seconde espèce, tels que personne, rien, jamais, guère, etc., peuvent très bien se trouver ensemble sans modifier la négation : Je ne le vois plus guère. Je n'en dirai rien à personne. Je n'ai jamais rien refusé à personne. On ne garda plus aucunes mesures (Vertot). Il n'y a 'çihxs gnève entre ce premier et nous que la différence de quelques motsÇL'à^w). Je ne lui écrirai plus de ma vie (Eac).
c) Ces mêmes compléments, à l'exception de nul, qui est toujours négatif, et de guère, qui ne se dit plus qu'avec ne, peuvent aussi se présenter dans des propositions affirmatives où ces mots sont pris dans leur signification première, afiirmative et générale. Ainsi jamais s'emploie sans ne pour signifier en aucun temps au sens afiirmatif, c'est-à-dire en un temps quelconque : Si vous venez jamais me voir, je vous montrerai telle chose (Ac). S'il entre jamais, je veux jamais ne boire (Mol.). Il en est de même de personne, rien, etc. (§ 192). Quant à aucun, qui s'employait autrefois avec le sens positif de quelque on quelqu'un (§ 179), ce mot n'a gardé sa valeur afiirmative qu'au
AVER, Grammaire comparée. 36
pluriel en style archaïque ou badin : Aucuns ou d'aucuns croiront que f en suis amoureux (Ac). Aucuns à coups de pierre poursuivirent le dieu (La F.). D'aucuns aussi mangeaient debout (G. Sand).
Plusieurs avaient la tête trop menue,
Aucuns trop grosse, aucuns même cornue (La F. YI, G).
d) Deux nég-ations pleines ne. . .pas (point) employées dans la même proposition valent nue affirmation : Je ne puis pas ne pas r aimer. Je ne jx) avais pas ne point regarder bientôt Casimir comme le meilleur et le plus sûr de mes amis (G. Sand).
e) Point, jamais.^ nul, nullement., aucun, aucunement, personne, rien, s'emploient quelquefois absolument comme non, et alors ils ne prennent pas ne : Etes-vous fâché? Point. On nous apprend à lire dans des livres, dans des tableaux, dans F algèbre, dans le blason, et point dans les hommes (Bern.). Y consentirez-vous? Jamais. Ulysse entend mieux que nul autre mortel hs lois de Minos (Fén.). Lui céderez-vous vos droits? Nullement (Ac). Quel enfant restera court à cette (piestion? Aucun (J.-J. R.). Son style est ingénieux, jamais recJierché. Y a-t-il rptelqu'un ici? Personne, Je compte cela pour rien. Cieux! a-t-on vu jamais, a-t-on rien vu de tel? (Corn.) Garde-foi bien de lui rien dire de ma flamme (Mol.).
11 en est de même de plus : Plus de larmes, plus de soupirs. Plus de pitié! Chalcas seul règne, seul commande (Eac). Cesse de plus mêler ton intérêt au sien (Corn.).
Pas s'appu3^ant sur un autre mot, surtout sur un adverbe, suffit aussi pour mai'quer la nég-ation : Avez-vous de Vargent? Pas trop (aussi point trop), pas beaucoup (Xç.). Ce fut un oubli et' pas autre cJiose. Vous êtes donc facile à culbuter? Pas tant (que vous pourriez penser (Mol.). Vous croyez cela? Pas du tout. On dit quelquefois du tout avec ellipse àe pas: Ferez-vous cela? Du tout (Ac).
5. Quant à la place qu'occupent les compléments négatifs, il faut remarquer ce qui suit :
a) Les compléments de la première espèce, pas, qmnt, ainsi qu3 ceux qui marquent le temps ou la quantité, Jamais, qjluSj guère, se placent après le verbe simple ou entre l'auxiliaire et le participe ou l'infinitif: Je ne r/.s pas. Il tie réussira jamais. Ne parlo)is plus de cette affaire. Il n'a guère d'argent. — Je n'ai pas ri. Il n'a jamais étudié avec plus de zèle. Il ne q)eut pas qjartir. B n avait guère dormi, mais il était tranquille et comme abattu (G. Sand). Plusieurs conjonctions et adverbes, tels que cependant, pourtant, sûrement, certainement, probablement. presque, seulement, peut-être, même, etc., peuvent, s'ils sont étroitement
§ ^^^ NE SANS C0MPLÉ3IHXT 5(^,3
liés avec la négation être placés avec elle après le verbe auxihaiie : Il ne l « peut-être pas rencontré. - On ne s^ apercevait presque i?r/s qu on parlât à une personne élevée (Boss )
Jcimms se met souvent en tête de la phrase pour faire res-
p^LSf&^'^ '^^^^' «''•' - — '•'■^. '•' '-
Construits avec l'infinitif, les explétifs ^.«, et pom^ suivent immédiatement ne; ils pouvaient en être se'parés autrefois par un pronom conjoint autre que ...- Ne pas répondre serait ^e impoldesse.Ah! je lai trop aimé pour ne le point haïr (Rac ) Il faut qu il se prépare à ne me plus revoir (Volt.) // hddéfen dit de ne jamais se présenter devant lai (Vertot). Je fermai le^ yeux espérant ne pas les ouvrir avant le Jour (MévLée) On peut aussi placer le complément de la nég-ation après l'infinitifmais cette construction est beaucoup moins usitée que l'autre ' Lun m appellera sot de ne me venger pas (Mol.). Peut-on en lé SfA?^ %rr'*7 P^S?(Rac.) Il m'est indifférent de u^écrir^ plus (Mkh ) ' ''"''^''^'^'''''''^ là-dedans, bien décidés à ne penser
Quoi! tu m'aimes assez pour ne te pas venger, Pour ne me punir pas de l'oser outrager (Volt.).
h) Les compléments de la nég-ation qui désignent les mrsonneset \^^ choses précèdent le verbe au nominatif et le suivent aux autres cas : Personne ne le connatt. Pas un seul ne
fï « i?^.'h^ ''r^ /'^^'i '^'ff>'' '^^^rel que Venvie de le parcûire (La Koch.). Il ne se plaît a rien. Dans les formes composées au moyen de verbes auxiliaires de temps ou de mode, ces mots se placent après le participe ou l'infinitif, sauf m,, qui se met comme pas et point, après le verbe auxiliaire : Je n\ii trouvé personne. Farle. N'aide rien dit qui lui puisse déplaire ? (Mol )
NE sans complément.
§ 253 1. On ne renforce pas la négation ne
a) Dans les expressions je n\d garde de, n^impoHe, à Dieu ne plaise, qu a cela ne tienne: En te reprochant ta faute je n'ai garde de desavouer la mienne (Fén.). SHl ^ exige qu^ une visite de mapaH, qu'à cela ne tienne (Ac).
h) Après les interrogatifs cpd et que exprimant un regret ou
2 tZ nî" ^VT ""'^ T '^'^"'''' ■ ^"^ ^'^^^^-^-^^'^ ^^'^^^i^^ tôt! Que ne m est-il permis ! ^
c) Devant que (quoi), quand il est pronom interrogatif • Je ne sais quoi. Je n ai que faire de vos dons (Mol.).
564 DE l'accbxtuatiox § 25-4
d) Avant ou après deux membres liés par ni ou ne. . .ni: R ne boit ni ne mange,. Ni vous ni moi ne le pouvonn.
e) Devant la conjonction que exprimant une restriction (v, § 306 ) : Il rCy a que la prose ou les vers f* (Mol.)
2. La négation simple ne suffit encore avec 'pouvoir^ oser et cesser.^ suivis d'un infinitif: Je ne puis me taire. On n'ose V aborder (Ac). Je n'ai osé aller à Samos (Pén.), On ne cessait de m' admirer (Staël). Mais si l'infinitif manque, pas est indispensable : Je ne p)eux pas. Je n'ose pas. Il ne cesse pas son jeu. On emploie aussi pas si l'on veut nier plus fortement; on dit donc: Je ne pniis voir., ayant mal aux yeux., et : Je ne peux pas voir., étant aveugle.
3. On supprime toujours pxts ou point après le verbe savoir., pris dans le sens ào, pouvoir : Je ne saurais en venir à bout. Qui vit haï de tous ne saurait longtemp)S vivre (Corn.), Mais la suppression n'a pas lieu quand savoir est pris dans son vrai sens : Je ne sais pas l'anglais (Ac).
4. Ne s'emploie encore seul avec d'autres verbes, mais dans le style familier et un peu archaïque : Ne bougez, je remens tout à l'heure (Mol.). Le chien ne bouge (La F.).
Dans l'ancienne langue, la négation ne suffisait avec toute espèce de verbe, et l'on supprimait volontiers la seconde négation : Il est adverty que les Sei'e ne se contentent (Sat. Ménip.). On trouve encore dans les écrivains du X'\1I« siècle des phrases comme celles-ci: De tout temps les chevaux ne sont nés pour les hommes (La F. IV, 13). Torit fut mis en morceaux, un seul n'eti réchappa (Id.). Chose (= rien) n'est ici plus commune (Id.).