‹ Cours de langue française (volume 3)Chapitre 368 sur 427 · Proposition infinitive · texte numérisé non relu

Proposition infinitive

1. Comme proposition abrég-ée, 1'/;?/^/?////" est ordinairement précédé d'une préposition. Il n'exprime pas le mode par luimême; mais il a la valeur de l'un ou de l'autre des modes de la proposition subordonnée, de Vindicatif ou du subjonctif.

La proposition infini tive ne peut remplacer que la proposition conjonctive, soit substantive, soit adverbiale.

2. L'infinitif faisant fonction de proposition substantive peut exprimer, comme la proposition substantive, le sujet logique ou le complément du verbe de la principale.

A. Quand l'infinitif exprime le sujet logicpie de la principale, il est construit avec // ou ce comme sujet g-rammatical. En pareil cas l'infinitif a son sujet propre, qui peut être sous-entendu, et il est ordinairement précédé de la préposition de, sauf avec les verbes impersonnels il faut., il semble, il vaut mieux, il vaut autant, il fait bon, il fait beau : Il me semble encore le voir (= que je le vois). Il faut travailler (= qu'o» travaille). — Il tie vous convient pas de parler. C'est une grande folie de vouloir être sage tout seul (La Rocli.).

B. Quand l'infinitif exprime le complément du verbe de la principale, il est le plus souvent précédé de la préposition de ou à (§ 209) : Ce crime mérite (/'être puni(= qu'on le punisse); mais il peut aussi être seul, et, dans ce cas, son sujet peut être le même que celui de la proposition principale ou en être distinct.

a) Il a le même sujet que la principale quand il est construit avec les verbes qui expriment un acte de la j^ensée, de la parole ou de la volonté, comme croire, penser, espérer, dire, affirmer, déclarer, désirer, préférer, daigner, etc. Avec les verbes de volonté, l'emploi de l'infinitif est de rigueur : Je désire vous parler ; mais après la plupart des autres verbes, on peut emploj^r la proposition complète avec que aussi bien que la proposition abrégée au mo3'en de l'infinitif : Je crois avoir raison, ou : Je crois que j'ai raison.

L'infinitif construit avec un verbe auxiliaire de temps ou de mode [aller, devoir, pouvoir, savoir, vouloir, oser) ne tient pas lieu d'une proposition substantive, parce qu'il exprime une idée inséparable de celle de l'auxiliaire: Je vais hii écrire. Tout doit tendre au bon sens (Boil.). Tout le monde dit d'un fat qu'il est un fat, personne n'ose le lui dire (La Br.).

§ 279 PBOPOSITIOX IXFINITIVE 603

b) L'infinitif a son sujet propre, qui est toujours à l'accusatif, comme complément direct d'un verbe transitif, quand ce verbe est faire ou laisser ou qu"il exprime une perception des sens, comme voir (voici, voilà), prévoir, apercevoir,, observer, regarder, eutendre, ouïr, écouter, sentir, etc.: J'entends V enfant crier (== que l'enfant crie).

Cette construction, qu'on appelle Vaccusatif avec Vinfnitif, présente deux cas, suivant que l'infinitif a ou n'a pas de complément.

P Si l'infinitif est sans régime, son sujet, exprimé par un substantif, peut quelquefois se placer indifféremment avant ou après l'infinitif; mais, quand les deux termes sont d'étendue inégale, le plus long se met le dernier (§ 258) : J'ai entendu l'enfant crier ou crier l'enfant. Laissez venir à moi les petits enfants. Mais f aperçois venir sa mortelle ennemie (Rac). Si f en croyais mon cœur, f enverrais pxûtre toutes mes affaires, et je nien irais à Grignan (Sév.). — Voici (= vois ici) et faire sont toujours suivis de l'infinitif: La phiJosophie fait luire wa. jour nouveau (Volt.). Ce vent a fait tomber cette masure. Voici venir le printemps (Ac). — Quand l'accusatif est un pronom, il prend volontiers place avant le verbe simple : Il s'écoute parler (Ac. ). ())t est meilleur quand on se sent pleurer (Beaum.). Je le fais trembler. On, le voit trembler.

2° Si l'infinitif a un complément, son sujet se met toujours avant : Jai entendu cette femme chanter une romance.

Dans l'un comme dans l'autre cas, le sujet de l'infinitif peut être sous-entendu; mais alors il est au nominatif: J'odends crier (= qu'o» crie). J'entends tonner (= qu'// tonne). Il n'aime pas à voir souffrir (Ac). Jai entendu parler d'une belle science qu'on ap)pelle,je crois, Vastronomie (Volt.).

L'infinitif estquelquefois remplacé, avec une légère diôerence de sens, par le participe ou par une proposition adjective : Il sent ses genoux chancelants (Fén.). La cour me croit errant de rivage en rivage (C. Del.). Ils se disaient envoyés par lui (Ac). Je la vois qui chancelle (M. J. Clién.).

L'ancienne langue, surtout pendant la période de transition duXV« et duXVI« siècles, faisait usage de l'accusatif avec l'infinitif là où nous ne pouvons plus nous en servir aujourd'hui, c'est-à-dire après les verbes déclaratifs, comme dire, penser, croire, etc., et les verbes de volonté, comme vouloir, demander, ordonner, etc. : Chascun esti)nait le roijaiime estre bien content (Comines). Je le soutiendrai estre telle (Maroti. Us demandoient les cloches leur estre rendues (Rab.). Les loix de la conscience, que nous disons naistre de nature, naissent de la cousfwme (Montaigne). Avec, le pronom relatif, comme dans le dernier exemple,, l'accusatif est encore usité de nos jours : Charles était un prince qu'on savait n'avoir jamais manqué à sa parole (Volt.). J'ai supposé vrai ce que je savais avoir pu l'être (J.-J. R.).

604 PROPOSITIONS aÉRONDIVB ET PARTICIPE §§280,281

3. L'infinitif jouant le rôle d'une proposition (tdverhiale est toujours précédé de la préposition qui sert à marquer le rapport particulier exprimé par cette préposition. Il exprime ou Vcoifériorlté par le présent, ou la postériorité par le parfait, par ex. : Je vous verrai avant de lui parler (= avant que je lui parle). Je vous verrai après lui avoir parlé {= après que je lui aurai parlé).

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