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La proposition substantive avec c'est

1. Il y a une espèce particulière de proposition substantive, qui est formée d'une proposition simple dont on a détaché un membre en le faisant précéder de c'est ^ pour le mettre en relief comme prédicat d'une proposition principale, par ex.: C'est Charles qui écrit, au lieu de : Charles écrit.

Le verbe être de la principale a deux sujets : un sujet grammatical, qui précède et est exprimé par le pronom démonstratif ce, et un sujet logique, qui est la proposition subordonnée elle-même qui écrit; ainsi: Qui écrit (c') est Charles, comme: Qui ment est coupable (§ 284).

Cette proposition subordonnée, dont le verbe est toujours à Vindicatif, est donc bien réellement une proposition substantive, quoiqu'elle soit liée au prédicat de la principale par le pronom relatif ou par la conjonction que.

2. On ne peut mettre en relief un membre de la proposition que lorsqu'il est exprimé par un substantif ou un mot remplissant la fonction de substantif, comme le pro?îom,V infinitif et l'adverbe, qui équivaut toujours à un nom précédé d'une préposition.

a) n suit de là qu'on peut construire ou périphraser avec c'est :

1° Le sujet, avec le pronom relatif qui:

Ces^ Charles ... qui a écrit hier une lettre à son père. C'est lui qui me cherche. C'était moi, monsieur , qui faisais le loupgarou (Mol.). Ce sont, dit-il, leurs lois qui m'ont de ce logis rendu mcatre et seigneur (La F. VII, 16). Ce n'est pas le souverain, c'est la loi qui doit régner sur les peuples (Mass.).

2" Le complément direct, avec le pronom relatif que:

Cest une lettre . . . que Charles a écrit hier à son père. C'est lui que je cherche. C'est vous, braves amis, que l'univers contemple (Volt.).

3° Le complément indirect, avec la conjonction que:

C'est à son père . . . que Charles a écrit hier une lettre. C'est à vous, c'est de vous que je parle. 0 rochers escarpés! c'est à vous que Je me plains (F en.). C'est de sa bouche que je le tietis pourtant (Mol.). C'était bien de chansons qu'o/ors il s'agissait (La F. VII, 9). Ce n'est pas de cela qu'// s'agit aujourd'hui (Mol,).

4° Le circonstanciel, avec que comme conjonction :

C'est hier . . . que Charles a écrit une lettre à son père. C'est

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dans vos vertus qu'est votre puissance (Bern.). C'est là que s'' alluma le premier famhean du fjénie européen (Villemain). Ce ne fut e^u'à, l'âge de trente ans que Crébillon composa sa première trayédie (Volt.). Est-ce par intérêt q\x'(m doit faire le bien? (Barth.). C'est du séjour des dieux quo les abeilles viennent (Fén.).

On place quelquefois la proposition subordonnée avant la principale, eu rapportant qui ou (pie. comme pronom relatif, au démonstratif 6'e/w« ou ce. Ainsi, au lieu de: C'est vousqm iiiacez trahi. Cest le temps perdu que je regrette^ on dira : Celui qui m'a trahi., c'est vous. Ce que Je regrette., c'est le temps perdu.

On peut supprimer le ce de la principale et dire : Ce que je regrette est le temps perdu, ou. en intervertissant les deux propositions : Le temps perdu est ce que je regrette.

Quand le verbe de la subordonnée est être, on l'abrège en supprimant le sujet et le verbe : La chose la plus importante de la vie., c'est le choix d'un état.

h) Le prédiad lui-même peut être mis en relief avec que comme conjonction, lorsqu'il est exprimé par un substantif ou un infinitif. Ainsi, au lieu de: V irrogner ie est... une passion ignoble, on dira en mettant c'es^ devant le prédicat : Cest une passion ignoble . . . que Vivrognerie est., et, en supprimant ce dernier est., qui se sous-entend : C\^st une passion ignoble que l'ivrognerie. C'est mentir que de parler ainsi z= J\irh r aitisi est mentir.

Quand le prédicat est un adjectif., on peut aussi le faire ressortir en donnant un substantif à Tadjectif. Ainsi, au lieu de : Le repos après le trarad est agréable, ou dira: Le repos après le travad est iuu> chose agréable, et avec c'est: C'est une chose agréable . . . que le repos après le travail.

c) On peut aussi faire ressortir une proposition entière quand elle a la valeur d'un nom concret ou abstrait comme proposition substantive ou adverbiale, complète ou abrégée (§ 275). Ainsi, au lieu de : Ce que vous dites est étrange. Je vous l'affirme, parce que je le sais, on dira : C'est ce que vous dites... qui est étrange. C'est parce que je le sais... que /V vousVaffrme. Cest quand il sera mort qu'un saura l'apprécier. Est-ce donc pour veiller qu'o^^ se couche à Paris? (Boil.). C'est sans les oublier qu'on quitte ses parents. Le vrai moyen d'être trompé, c'est de se croire plus fin que les autres.

En pareil cas, la proposition subordonnée prend quelquefois la première place et se construit :

1° Avec celui ou ce, quand elle est substantive : Ce qui e^

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étrange^ c'est ce que vous dites. Cette proposition est réduite au seul prédicat, si ce prédicat est un subst-àntif : Le vrai moyen d'être trompé^ c'est de se croire plus fin que les autres (= Ce qui est le vrai mo3"en d'être trompé, c'est . . .)•

2° Avec si quand elle est adverbiale : Si je vous Vaffirine, c'est parce que ou c'est que je le sais. Si je suis triste, c'est que j'en ai sujet (Ac). Que si on a été excité à rire, c'est parce que les sujets y portaient eux-mêmes (Eac).

Nous avons ilif que le ineiuhre de la pioposition simple qu'on met en relief au moyen de c'est ne peut être qu'un substantif ou un mot remplissant la fonction de substantif. En effet, à l'origine, ce membre était toujours remplacé dans la proposition dont il était détaché par un pronom relatif, qui ne peut avoir pour antécédent qu'un substantif ou l'un de ses équivalents, et jamais un verbe ou un adjectif. On disait donc : C'est vous dont on parle. C'est Rome où il demeure. Dans cette construction la proposition subordonnée avait toujours la forme d'une proposition adjective, se rapportant au prédicat de la principale. Aujourd'hui le pronom relatif est encore de règle quand le mot qu'on met en relief est sujet ou complément direct : C'est Charles qui a écrit. C'est une lettre que Charles a écrite. Mais, quand ce mot remplit la fonction de complément indirect ou de circonstanciel, on remplace ordinairement le pronom relatif par la conjonction que, et nous ne dirions plus aujourd'hui comme au XVII^ siècle : C'est à sa table à qui Von rend visite (Mol.). Ce n'est pas de ces sortes de respect dont on vous parle (Id.). Puis-je au inoins croire que ce soit à vous à qui je doive la pensée de cet heureux stratagème? (Id.). C'est à vous, mon esprit, à qui je veux parler (Boil.). C'est là où git la gloire (La Br.). C'eit là où le bât me blesse (Hamilton). Toutefois, même dans ce derniercas, il est permis d'employer le pronom relatif au lieu de la conjonction, lorsque le complément indirect ou circonstanciel est un nom ou pronom, mais à la condition de placer ce dernier immédiatement après c'est au nominatif, et de mettre le pronom relatif au cas régi par le verbe de la proposition subordonnée. On peut dire indifféremment, selon l'Académie :

AVEC LA CONJONCTION Que. AVEC LE PRONOM RELATIF.

C'est à vous que je parle. C'est vous à qui je parle.

C'est à cela que j'ai fait allusion. C'est (ce) à quoi j'ai fait allusion.

C'est de cela que je voulais vous par- C'est ce dont, c'est {ce] de quoi je vou-

1er. lais vous parler.

C'est sur l'ous que le châtiment retom- C'est vous sur qui le châtiment re-

bera. tombera.

C'est pour vous que je travaille. C'est vous pour qui je travaille.

C'est à Rome qu'il demeure. C'est Rome où il demeure.

C'est d'un procès que dépend ma for- C'est un procès d'où dépend ma fortune. ■ tune.

Mais la première manière de s'exprimer est la plus conforme à l'usage actuel delà langue: C'est à vous que je parle, ma sœur (Mol.). C'est sur toi que le fardeau tombe {Lr F.). C'est sur eux qu'il rejette son crime (Boil.). C'est à Rome, mes /ils, que je prétends marcher (Rac..). C'est là que Dieu l'attendait pour foudroyer son orgueil (Boss.). C'est d'eux que j'attends tout (Volt.). Au XVII« et même au XVIII'' siècle on employait volontiers le pronom relatif: Cest vous à qui je parle. C'est vous dont il s'agit. Ce n'est pas le bonheur après quoi je soupire (Mol.). C'est votre illustre mère à qui je veux parler (Rac). C'est vous, mon cher Narbal. pour qui mon cœur s'attendrit (Fén.). Est-ce une tigresse dont il suça les mamelles dans son enfance? {là.). C'est lui dont on se propose ici d'écrire l'histoire (Volt.).

Est-ce Dieu, sont-ce les hommes

Dont les o'.uvres vont éclater? (Rac).

Voici un exemple où les deux constructions sont réunies: Ce n'est pas vous, c'est Vidole A qui cet honneur se rend El que la gloire en est due (La F. V, 14).

Atiicle m. — De la proposition adjective. § 293

1. La proposition adjedive ne remplit d'autre fonction que celle d'un adjectif attributif, et elle est toujours amenée par un pronom relatif conjoint.

2. La proposition adjective s'unit soit à un nom isolé, soit à une proposition entière. Dans îe premier cas, elle est ou bien attribut ive (déterminât] ve), par ex. : Voici un arbre qui fleurit bien (un arbre fleurissant bien), ou bien explicative: Mon ami, qui était sur le point de partir, ne pouvait plus m'écrire (parce qu'il était sur le point de partir). Dans le second cas, elle n'est qu'une simple forme copulative : On essaya de le convaincre, ce qui réussit (et cela réussit) (^). On poui'rait l'appeler proposition adjective impropre.

La proposition adjective impropre a toujours son verbe à Vindicatif, et elle est amenée parc^ qui, ce que, ou par quoi, précédé d'une préposition: Il est mort, ce qui m'afflige beaucoup (et cela m'aflige beaucoup). // fut absous, ce dont personne ne doutait. Il a manqué à son bienfaiteur, en quoi // est doMement coupable (Ac). Qui au lieu de ce qui : Elle fut admonestée, qui est une légère peine {^éY.). On se sert aussi de la forme chose qui: Enfin ils y consentirent, chose qui a étonné tout le monde.

La proposition adjective proprement dite peut s'abréger par le participe présent; la proposition adjective impropre n'est pas susceptible de réduction.

3. La proposition adjective est relative de sa nature ; mais elle peut aussi être amenée par la conjonction que faisant fonction de pronom relatif, et quelquefois on ne voit pas claii'ement si l'on a affaire à la conjonction ou au pronom que. Il existe en effet diverses constructions dans lesquelles que empiète tellement sur le domaine du relatif qu'il pourrait le remplacer partout. Ces constructions sont à peu près les suivantes:

a) Lorsqu'il s'agit d'une idée de temps, la conjonction que remplace le relatif accompagné d'une préposition ou les con-

(1) Diez, Gr. III, 337.

jonctions quum, quod: \° Que pour quum: le jour que cela arrive. Que n'étant pas ici pronom le participe reste invariable: la nuit que f ai couché (et non couchée) (§ 231). 2° Que pour quod: Depuis trois jours que Je ne l'ai vu (v, § 303).

h) Lorsque l'idée pronominale idem accompagne le substantif de la proposition principale auquel se rapporte la proposition subordonnée, ou lorsque cette idée peut être suppléée par l'esprit, la relation s'indique au moyen de la particule que. Il convient de choisir des exemples où le nom est précédé d'une préposition, car, ailleurs la particule que ne pourrait pas être distinguée du pronom que: Me voyait-il de l'œil qu'*7 me voit aujourd'hui (RsiC.). Elle vous remercie tendrement de la manière que vous comprenez sa douleur (Sév.). Je tournai la tête du côté que^:'arteiY la voix (Les.). Pardonnez si je 7ie puis voir les périls qui vous effrayent du même œil que les voit une mère (J.- J. R.). La preuve qu'on a affaire ici à une particule et non pas au pronom que^ c'est que le participe reste invariable : de la façon que fai dit (et non pas dite). Que est ici une particule de conformité qui est immédiatement apparentée au latin quam (^).

Après certains noms exprimant le temps ou la manière, tels que temps, jour, moment, manière, façon, précédés d'une préposition, on peut employer la conjonction que ou le pronom relatif; on dit également bien: au moment oix je parle, ti au moment q\xe je parle; dans le temps que j'étais heureux, et dans le temps où j'' étais heureux; de la manière dont j'ai parlé j et de la manière (\}XQ j'ai parlé. Dans le temps où no\is étions voisins, nous nous voyions tous les jours. Afais à l'instant même où Napoléon décidait son départ, l'hiver devenait terrible (Pli. Ségur). Au moment où il arrivera, j'irai le voir. — Dans le temps qu'i7 fut chassé, Rome se défit aussi de ses tyrans (Boss.). Dès l'instant qu'on le voit, on est surpris (Ac). Au moment que Je le verrai, je lui parlerai de vous (Id.). Du moment que je l'ai aperçu, je l'ai salué (Id.).

Il arriva quau. temps où la chanvre se sème,

Elle vit un manant en couvrir mains sillons (La F. I, 8).

Au moment qu'eue rit Son tour vient, on la trouve (Id. V, 17).

Dans la saison se construit toujours avec où : dans la saison où l'on fauche les prés. Il en est de même de à l'heure : à l'heure où je vous 'parle, sauf dans l'expression à l'heure qu'il est: Cela n'est plus à la mode à l'heure qu'il est (Ac).

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