On emploie le subjonctif
a) Quand l'action est exprimée comme incertaine ou simplement possible ; c'est ce qui a lieu dans les cas suivants :
1° Après une proposition principale qui est négative, soit par la forme, soit par le sens, ou aussi après peu, parce qu'alors il y a défaut de cro3-ance ou de certitude : Ce bloc enfariné ne me dit rien qui vaille (La F. III, 18). L'on n'a guère ru jusqu'à présent un chef-d'œuvre d'espmt qui soit l'ouvrage de ptlusieurs (La Br.). Je n'ai enqiloyé aucune fiction qui ne soit une image sensible de la vérité (Volt.). Je ne vois que nous deux qui soyons raisonnables (Colin d'Harleville). — Trouve-moi un faiseur de fagots qui sache comme moi raisonner des choses (Mol.). Il est aussi difficile de trouver un homme vain qui se croie assez heureux qu'un homme modeste qui se croie trop malheureux (La Br.). Après le rare botdieur de trouver une compagnie qui nous soit bien assortie, l'état le moins malheureux de la vie est sans doute de vivre seul (Bern.). // y a pmt de rois qui sachent chercher la véritable gloire (F en.).
Après il n'y a on peut employer l'indicatif ou le subjonctif,
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selon le sens : Il n'y a point de vice qui w'ait une fausse ressemblance avec la vertu (La Br.). Il n''y a que la loi qui doive jrnnir (Volt.). Il n'y a que les villes littéraires qui puissent vraimetit intéresser (Staël). — Il n'y a qu'une chose qui m'a. choqué, c'est rendrait du foie et du cœur (Mol.). Il n'y eut que moi qui espérai la victoire (Fén.). // 7i'y a que moi qui ne puis mourir (Id.). Il n'y eut que la cour de Rome seule qui le traversa (A^olt.). Quand la principale est négative, on emploie ne dans la subordonnée, si elle est également négative, et dans ce cas la double négation vaut une affirmation : Il n'y a personne dans ce hameau qui ne sache lire, c'est-à-dire, chacun dans ce hameau sait lire; mais si la plirase doit av(jir un sens négatif, on supprime ne dans la subordonnée: Il n'y a personne dans ce hameau qui sache lire, c'est-à-dire, personne 71' y sait lire. L'Etat n'rt rien qui ne soit au-d''Ssous Du mérite éclatant que Von découvre en vous (Mol.). I fêlas.' mon frère, ne parlons point de mu sagesse. Il n'est personne qui n'en manque, au moins une fois en sa vie (Id.). Je ne vois rien ici do7it je ne sois blessée (Rac). Je n'ai point encore rencontré cVhommequi n'eût été trompé dans ses rêves de félicité (Chat.). // est peu de grands hommes qui ne soioif soisibles au plaisir de commander. — Je ne connais personne qui le loue. Il n'est passion qui nuise ])lus que la colère (Montaigne). Que pourrais-je faire qui me donnât un plaisir plus sensible? {F en.). Il est peu d'hommes qui sachent véritablement aimer (Staël).
2° Après une proposition principale qui est interrogative ; c'est toujours le cas quand la proposition adjective se rapporte à un pronom interrogatif : Avez-vous des acteurs et des actrices qui soient capables de faire valoir un ouvrage? (Mol.). T'ai-je fait quelques vaux qui ne inssQnX pour lui? {^'àt). — Q.m. croyezvous qui prenne les clioses à cœur., et qui entreprenne de les examinera fond? (Pasc). Qu'est-ce donc? Qn'a vez-vous qui vous puisse émouvoir? (Mol.). Quelle goutte de sang a-t-il répandue qui «'ait servi à la cause commune? (Fléch.).
Mais on emploie l'indicatif quand le sens est positif: A quoi bon des richesses dont on ne f&it point usage? Veillé- je? et n'ed-ce poiiit mi songe que je vois ? (La F. X, 10).
3° Lorsque la proposition adjective dépend d'une proposition conditio7inelle : Si c'est U7ie chose qui se puisse faire, je ivus en aurai obligation (Ac). S'il y a quelque chose qui me puisse faire corriger de mes 7iégligences, c'est votre facilité à me les pardonner (Boil.). Si c'était la fécondité qui tra.nsform.à,t cette plante, elle devrait donner des fleurs semblables dans l'individu entier (Bern.) ; — ou d'une proposition conjonctive dont le verbe est au subjonc-
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tif : Il semble que ce soit un chat qui vienne de prendre une souris (Mol.).
La proposition conjonctive peut remplir la fonction d'une principale optative : Prenez uneroute opposée avec votre élève ; qu'il croie toujours être le maître, et que ce soit toujours vous qui le soyez (J.-J. R.).
b) Quand l'action est exprimée comme voidiie ou nécessaire, c'est-à-dire comme un but ou une conséquence : J'irai dans une retraite oiije sois tranquille (G. Duvivier). Montrez-moi un chemin qui conduise à la science. Cherche-toi un ami qui te dise franchement la vérité. Ils veident des plaisirs qui ne se fsissent jioint attendre (Mol.). Inventez des ressorts qui puissent m' attacher (Boil.). L'on doit avoir une diction pure et user de termes qui soient propres (La Br.), 77 vous faut des plaisirs qui vous délassent et que vous goûtiez en vous possédant (Fén.). On jugea qu'il valait mieux créer une maf/istrature qui pût empêcher les injustices faites à un plébéien (Mont.). Le moyen le plus sûr d'accréditer une opinion aujn'ès de la frivolité française est d'inventer quelques phrases que tous les sots puissent répéter (D'Alembert). J'étais donc sans rivaux que je dusse redouter (P. L. Courier).
Mais dans ces sorte^ de phrases, on emploierait l'indicatif, si l'idée était positive : J'irai dans une retraite où je serai tranquille. Monlrez-moi le chemin qui conduit à la science.
5. On emploie, selon le sens, le subjonctif ou Vindicatif dans les cas suivants :
a) Lorsque la proposition adjective se rapporte à un superlatif. On se sert en pareil cas du subjonctif pour adoucir ce que le superlatif aurait de trop exclusif ou de trop absolu : C'est le meilleur homme qu'on puisse trouver. C'est bien la moindre chose que je vous doive (Mol.). La plus fode dépense que l'on puisse faire est celle du temps (La Br.). Je suis si coupable envers vous que le mieux que je puisse faire c'est d'avouer sincèrement ma faute (Boil.). Le meilleur usage qu'on puisse faire de son esprit est de s'en défier (Fén.). — Mais on emploie Vindicatif quand la proposition adjective exprime un fait positif, incontestable : Achetez les meilleurs vitis que vous trouverez. C'est le moindre secret qu'il pouvait tious apprendre (Eac). Madame Clôt était bien la vieille la plus grognon que je connus de ma vie{3.-J. R.). jLeplus grand mal que fait un ministre sans probité, c'est le mauvais exemple qu'il donne (Mont.). De ces dames c'est la -pins jeune que je connais (Bon.).
b) Lorsque la proposition adjective se rapporte à un substantif précédé de seul, unique, premier, dernier: C'est la seule place où vous puissiez aspirer (Ac). Le chien est le seul animal dont la fidélité soit à l' éj^reuve (Bniï.). Le présent est l'unique
bien dont Vhomme soit vraiment le maître (J.-J. R.). Néron est le premier empereur qui ait persécuté VEglise (Boss.). — L'amour-joropre est la seule cJ/ose dont on ne vient jamais à bout. Je suis le seul qui vous connais et qui veux vous avertir de vos fautes (Fén.). Cest Tunique fin que Vou doit se j)roposer en écrivant (LaBr.). Ils sont les premiers, sans contredit, qui ont établi ces idées (Volt.), On trouve l'indicatif même après une nég^ation : Ce service n'est pas le seid qu'oti attend de vous (Boss.). Il va de soi que l'on n'emploie pas le subjonctif quand la proposition adjective n'est pas intimement liée au superlatif; c'est ce qui a lieu : 1" quand cette proposition se rapporte au génitif qui dépend du supei"latif : Nourri dans la plm absolue liberté, le plus grand des maux qu'd conçoit est la servitude. Cest la moindre des choses cpœ je lui dois (Boil.); S*' quand le superlatif est mis en relief au moyen de la forme c'est : C'est le plus jeune qui a remporté un prix (Cf.: C'est le plus jeune qui ait remporté un prix, c'est-à-dire : De tons ceux qui ont remporté un prix, celui-là est le plus jeune) ; 3° quand la proposition est explicative : Les monarques les plus puissants, qui sont souvent les plus malheureux, so)d ordinairement les plus enviés du vulgaire; 4" quand le verbe pouvoir n'est pas suivi d'un infinitif : Je fais la meilleure contenance que je puis (Sév.).
B. Proposition explicative. '
1. La proposition adjective explicative est celle qu'on peut retrancher sans nuire au sens de la phrase, parce qu'elle ne restreint point la signification du nom ou pronom auquel elle se rapporte: Chacun a son défaut, où toujours il revient (La F. m, 7).
2. La proposition explicative, dont le verbe est toujours à Vindicatif, a la forme d'une proposition adjective et la valeur:
a) D'une proposition principcde: J'ai un ami qjie j'attends {■= et je l'attends). La mort, qui (= car elle) n'épargne personne, est la véritable égalité.
b) D'une proposition adverbiale, marquant le temps et plus souvent la cause ou aussi la concession : Pierre, qui (= lorsqu'il, comme il) s'amusait dans la forêt, fut surpris par V orage. Cet élevé, qui (= parce qu"il) travaille bien,/(erff rapidement des progrès. Dieu, qui lit dans nos cœurs, contiait nos plus secrètes jiensées. Llii rondelle, qui (=: quoiqu'elle) n'a pour outil que son bec, construit un nid admirable. Mon ami, qui (= quoiqu'il) n'avait jamais tenu une carte, se mit à jouer.
3. La proposition adjective est explicative, quand elle se rapporte :
a) A un nom commun pris dans son acception générale : L'homme, qui pense ^ est lien au-dessus de la bête, qui ne pense pas (comp. L'homme qui pense est un animal dépravé. J.-J. R.)
h) A un nom propre : Tircis, qui V aperçut^ se glisse entre des saules (La F. II, 1).
c) Au pronom démonstratif celui-ci. celui-là. ceci^ cela : Voici plusieurs ouvrages : lisez d'abord céhli-cij qui est très intéressant.
d) A un pronom personnel ou à un nom commun qui est déjà individualisé d'une manière quelconque : Sa femme s'attachait à lui, qui la retenait avec violence (Sév.). Ce jeune homme, qui na que vingt ans, est plein d'avenir. Cependant, même dans ce dernier cas, la proposition est déterminative, quand elle est placée après un nom ou un pronom, non pour le déterminer, mais pour le faire considérer sous le point de vue indiqué par le verbe antérieur : J'entends votre père qui vous appjelle (je l'entends appeler). Je la vois qui s'avance (Corn.). Voyez-vous cette main qui par les airs chemine? (La F. I, 8).
La proposition adjective qui se rapporte à un pronom interrogatif ou indéfini est toujours déterminative (v. les exemples, § 191).
c. Réduction de la proposition adjective.
1. La proposition adjective peut se réduire soit au participe présent, soit au participe passé ou à Tadjectif.
a) La première forme de réduction est double, le participe présent ^m\)\ojé pour abréger la proposition adjective a3'ant un temps parfait corrélatif (§ 210) : 1/ était une vieille ayant (== qui avait) deux chambrières (La F. Y, 6). Etant devenu vieux, on le mit au mordin (Id. VI, 7).
b) La seconde forme de réduction est simple, la proposition abrégée ayant pour prédicat le participe passé d'un verbe passif ou neutre employé sans l'auxiliaire être : Les roses cueillies (= qui sont cueillies) le matin sont fanées le soir. Cet élève, aussitôt rentré à la maison, se met au travail. Au lieu du participe passé, la proposition abrégée peut avoir pour prédicat un adjectif ou un substantif employé sans le verbe être comme une simple apposition (§ 172). Le gui, l'emblème du vil égoïsme, vit aux dépens du chêne.