DE LA PHRASE SURCOMPOSÉE
Article. I. — Phrase surcomposée de subordination. § 310
1 . La phrase surcomposée de subordination est celle qui renferme deux ou plusieurs propositions subordonnées. Ces propositions peuvent être coordonnées entre elles, ou subordonnées l'une à l'autre, ou n'être dans aucun rapport ni de coordination, ni de subordination.
2. Une phrase peut être surcomposée au mo3'en de propositions accessoires de même espèce qui sont coordonnées entre elles, comme dans l'exemple suivant, où deux propositions substantives sont liées par la conjonction copulative et: Aimez qu'ow vous conseille, et non pas qu'o» vous loue.
En pareil cas, si le mot qui amène les propositions accessoires est un pronom relatif ou interrogatif, on le répète ou on ne le répète pas devant chaque proposition subordonnée.
C'est le balancier qui vous gêne, mais qui fait votre sûreté (Flor.). Ainsi ceux qui travaillent, qui expédient, qui font le plus d'affaires, sont ceux qui gouvernent le moins (Fén.) —
L'hypocrisie est un vice privilégié, qui de sa main ferme la bouche à tout le monde et jouit en repos d'une impunité souveraine (Pasc.)
C'est un enfant docile qui aime ses parents et leur obéit.
Si le mot qui lie des propositions subordonnées est une conjonction, il peut se présenter trois cas :
a) La conjonction se répète complètement :
Il faut que je l'enlève ou bien que je périsse (Rac).
S'il est marié et s'il a des enfants, il regarde sa femme comme sa sœur (Chat.).
h) La conjonction ne se répète pas :
Ces deux jeunes gens sont toujours ensemble, parce qu'i'is s'aiment et se conviennent.
c) On emploie souvent la conjonction simple que pour éviter la répétition d'une conjonction adverbiale, comme quandj pendant que, parce que, afin que, comme, à moins que, sans que, etc., et alors le verbe reste au mode demandé par cette dernière : Quand on a marché longtemps et qu'o». est hien fatigué, on aime à se reposer. Quand les arbres sont dégarnis de feuilles et que la terre est covrerte de neige, toute la nature semble attristée. Je le punis quelquefois pour qu'?7 se corrige de ses défauts et que son humeur devienne insensiblemctit plus douce et
jylus égale. Toutefois que, tenant la place de si conditionnel, est toujours suivi du subjonctif : Si je le vois et que je puisse lui parler, je V entrdiendrai de votre affaire. Si les productious de tous les 2)ciy^ étaient les mêmes et qu'?7 y en eût suffisamment partout, les peuples vivraient dans V isolement.
3, Une phrase peut être surcomposée au moyen de propositions accessoires, de même espèce ou d'espèce différente, qui sont subordonnées l'une à l'autre, comme dans l'exemple : Je veux qu'ow m'écoute quand je parle.
Principale : Je veux
Ace. : !'=■" rang : ^tt'oii m'écoute
» Ile » gwand je parle.
La proposition accessoire de 1*" rang qu'on m'écoute est subordonnée à la principale je veux, mais elle subordonne à son tour l'accessoire de 2" rang quand je parle, et devient ainsi principale relative.
Autres exemples : Un consul romain souhaitait que sa maison fût de verre pour que ioid If monde pût voir ce qui s'y ptassait. Socrate demanda à ses amis ^'ils connaissaient un pays où l'on ne mourût pas. Je désire que tu trouves un ami qui te dise la vérité, même quand elle pour r(tit te blesser. Un philosophe ancien voulait que l'on priât à haute voix, afin que chacun pût se convaincre ({w'on ne demandait rien aux dieux dont on eût à rougir. Mais l'amour est un sot qui ne sait ce qu'/Z dit (Mol.). Je vous assure que 7V suis rem que vous soyez unis ensemble (Id,).
Et personne, monsieur, qui se veuille bouger Pour retenir des gens qui se vont égorger (Id.).
Il faut que je lui sois fidèle, en dépit que j'en aie (Id.), Narbal savait que Baléazar ne fut point noyé quand on le jeta dans la mer (Fén.). Voilà, Mentor, ce qui fait que vous m'avez trouvé si vieilli (Id.). L'on est mort avant qu'on ait cqjercu qu'on pouvait mourir (Flécli.).
4. Une phrase peut être surcomposée au moyeu de propositions accessoires, de même ou de différente nature, qui sont indépendantes les unes des autres :
a) Quand elles se rapportent au même mot, mais qu'elles
sont de nature différente : Lorsqu'/Z revint de voyage, il apprit
que son ami venait de mourir.
Principale : il apprit
Accessoire I: Lorsqu'il revint, que son ami était mort.
Autres exemples : Lorsque vous faites Vaumône, que votre main gauche ignore ce que fait votre main droite. Je ne
§ 810 PHEASE SURCOMPOSÉE DE SUBORDINATION 677
croîs pas ce qu'il dit, parce qu'il a Vhahitude de mentir. Quand fai hieti bu et bien mangé, je veux que tout le monde soit soûl dans ma maison (Mol.). Enfin, quand /'«««e bien, j'aime fort que Von m'aime (Id.). Quoiqu'/7 fût toujours en mouvement, dès que sa sœur paraissait .,i\ devenait tranquille (Bern.). Comme il espérait sa délivrance de la paii des puissances coalisées., il ne voulut pas se servir des constitutionnels, parce qu'il aurait fcdlu traiter avec enx (Mignet).
Dans les exemples suivants les propositions accessoires sont de même nature ; mais ce cas ne se présente que lorsque ces propositions sont adjectives : Il est temps que j'arrête une fois pour toutes cette hardiesse que vous prenez de me traiter d'hérétique, qui s'augmente tous le'^ jours (Pasc). J'allai trouver l'homme qui m'avait parlé, lequel me parut dans les mêmes sentiments (Bussy-Eabutin). Ce n'est pas ordinairement la perte réelle que Von fait dans une bataille qui est funeste à un état (Mont.).
b) Lorsqu'elles ne se rapportent pas au même mot, substantif ou verbe: Le navigateur préfère la tempête qui le pousse au calme plat qui l'enchaîne.
Principale: Il préfère la tempête au calme plat
Accessoire I : qui le pousse , qui l'enchaîne.
Autres exemples : L'avare qui se prive pour ses héritiers ressemble à un chien qui tourne la broche pour son maUre. Les personnes dont on parle le moins ne sont pas celles qui ont le moins de mérite. L'enfant qui ment d'habitude n'est pas cru, même quand // dit la vérité. Dans le temps qu'il fait un salon, il ne prévoit pas qu'il faudra faire un escalier convenable (Fén.). Pendant que j'étais dans la foule des spectateurs, j'ai remarqué un homme qui ne témoignait aucun empressement ÇL^.). Après qu' Idoménée eut achevé de raconter ses peines, il demanda à Télémaque et à Mentor leur secours dans la guerre où il se trouvait engagé (Id.). Le petit pays de Jérico, qu'ils envahirent, est un des meilleurs qu'//s possédèrent (Volt.).
Un sot qui ne dit mot ne se distingue pas
Dun savant qui se tait (Mol.).
Rien ne s'est pu passer dont il faille être en peine,
Puisque rien ne le doit défendre de ma haine (Id.).
5. Ces trois sortes de combinaisons peuvent se trouver dans une même phrase de subordination où les propositions accessoires sont réunies soit d'une manière indépendante, soit par coordination ou par subordination, par ex. : Pour que le méchant fût heureux, il faudrait qu'il oubliât qu'il existe un Dieu.
Principale: il faudrait
Accessoire I : Pour qu'il fût heureux, qu'il oubliât
» II: qu'il existe un Dieu.
Autres exemples: Puisque vows le voulez, je vous dirai quelle est tnon opinion sur cette question, et pourquoi je crois que vous étiez dans l'erreur quand vous avez soutenu l'opinion contraire. Si le ciel me donne un avis, il faut qu'il parle un peu plus clairement, s'il veut que y'e V entende (Mol.).
Allez, je ne sais pas, si vous n'étiez ma mère, Ce (jue je vou^ dirais, tant je suis en colère (Id.).
Je ne sais pas, de vrai, quel homme il peut être, s'il faut qu'il nous ait fait cette perfidie (Id.). S'// fallait qu'il en vînt quelque chose à ses oreilles, }6 dirais hautement que tu aurais menti (Id.). Vous savez que Je ne manque jxjint de cœur et que je sais me servir de mon épée quand il le faut (Id.). Qui le pourra entreprendre, si ce n'est un roi philosophe qui sacJie, par l'exemple de sa propre modération, faire honte à tous ceux qui aiment une dépense fastueuse, et encourager les sages, qui seront bien aises d'être autorisés dans une honnête frugalité? (Fén.).
Aiiicle IL — Phrase surcomposée de coordination. § 311
1. La phrase surcomposée de coordination est celle qui est formée par plus de deux propositions dont deux au moins sont des propositions principales.
Quel que soit le nombre des propositions qui entrent dans une phrase surcomposée de coordination, elle ne contient que deux parties qui sont elles-mêmes composées par coordination ou par subordi nation, et qui, par leur réunion, forment une phrase copulative, disjonctive, adversative ou causale.
Toutefois la phrase surcomposée copulative peut avoii' autant de parties qu'elle contient de propositions principales.
a) Phrase copulative : On partit de bon malin : — Vair était calme et le ciel serein (deux paities, dont la seconde est elle-même composée par coordination). Le prodigue déjeune avec l'abondance, — dine avec la pauvreté, — et soupe avec la misère (trois parties, dont chacuneest une proposition simple).
h) Phrase disjonctive : Travaille pendant que tu es jeune, — ou tu devras travailler quand tu seras vieux (dms. parties, dont chacune est composée par suhordinalionj.
c) Phrase adversative : La Turquie est très fertile, et sa situation est admirable ; — mais elle est peu peuplée, et son sol est mal cultivé(àeuj. parties, dont chacune est composée par coordination).
dj Phrase causale : La poule est l'image d'une mère qui se dévoue pour ses enfants: (car) elle conduit ses poussins, les surveille et les protège dans le danger (deux parties, dont la première est composée par subordination et la seconde par coordination).
La phrase surcomposée de coordination peut être formée de deux ou plusieurs propositions coordonnées qui ont sous leur dépendance commune une ou plusieurs propositions accessoires ; c'est ce qui a surtout lieu lorsqu'il y a contraction des propositions principales : Dès qn'îaie fois on -m'aura choqué tant soit 2)eu, je ne pardonnerai jamais et garderai tout doucement une haine irréconciliable (Mol.). Dèsqu'o/? sent qu'on est en colère, il ne faut ni parler ni agir (Mann.). Je me résigne et me dévoue volontiers pour victime, pourvu que je sois la seule (Ségnv). Quoi qu'il en soit, pendant que je me! iirais à ces réflexions, mes yeux achevèrent de se fermer, et je m'endormis profondément (X. de Maistre).
Ainsi, sans que jamais notre amitié décide
Oui de nous deux remplit le plus utile emploi,
Je marcherai pour vous, vous y verrez pour moi (Flor.).
2. La phrase surcomposée de coordination se permute souvent en phrase surcomposée de subordination, par ex. :
Napoléon sortit du Kremlin; il était suivi de quelques lieutenants; l'armée russe n'avait pu lui interdire l'aocés du Kremlin, mais le feu l'en expulsait. = Napoléon, (qui était) suivi de quelques-uns de ses lieutenants, sortit de ce Kremlin dont l'armée russe n'avait pu lui interdire l'accès, ynais d'où le feu V expulsait (Thiers).
3, Chacune des parties d'une phi^ase surcomposée pouvant à son tour être composée par coordination ou par subordination, il serait presque impossible d'indiquer toutes les combinaisons qui peuvent résulter de cet assemblage de propositions principales et accessoires, soit substantives, adjectives ou adverbiales, soit infinitives, participes ou gérondives ; voici cependant quelques-unes de ces combinaisons, telles qu'elles se présentent dans les Fables de La Fontaine :
Mon portrait jusqu'ici ne m'a rien reproché : Mais pour mcm frère l'ours, on ne l'a qu'ébauché; Jamais, s'il me veut croire, il ne se fera pteindre (I, 7). Voyez-vous cette main qui par les airs chemine?
Un jour viendra, qui n'est pas loin, Que ce qu'elle répand sera votre ruine (I, 8). . ... Je vous connais de longtemps, mes amis;
Et tous deux vous pairez l'amende :
Car toi, loup, tu te plains, quoiqu'on ne t'ait rien pris; Et toi, renard, as pris ce que l'on te demande (II, 3).
Dès qu'il voit l'oiseau de Vénus, Il le croit en son pot, et déjà lui fait fête (II, 12). L'âne, s'il eût osé, se fût mis en colère, Encor qu'on le raillât avec juste raison; Car qui pourrait souffrir un âne fanfaron?
Ce n'est pas là leur caractère (II, 19).
Afin qu'il fût plus frais et de meilleur débit,
On lui lia les pieds, on vous le suspendit;
Puis cet homme et son fils le portent comme un lustre (III, 1).
Rien ne te sert d'être fariner- Car, quand tu serais sac, je n'approcherais pas (III, 18). Chacun se dit ami; mais fou qui s'y repose :
Rien n'est plus commun que ce nom,
Rien n'est plus rare que la chose (IV, 17). Il crut que dans son corps elle avait un trésor ; Il la tua, l'ouvrit, et la trouva semblable A celles dont les ceufs ne lui rapportaient rien, S'étant lui-même ôté le plus beau de son bien (V, 13). Nous faisons cas du beau, nous méprisons l'utile;
Et le beau souvent nous détruit (VI, 9). Rien ne sert de courir; il faut partir à point : Le lièvre et lu tortue en sont un témoignage (VI, 10). Le j)orc à s'engraisser coûtera peu de son; Il était, quand je l'eus, de grosseur raisonnable : J'aurai, le revendant, de l'argent bel et bon (VII, 10). Le bien, nous le faisons ; le mal, c'est la Fortune : On a toujours raison, le Destin toujours tort (VII, 14). Quand l'eau courbe un bâton, ma raison U redresse :
La raison décide en maîtresse (VII, 18). Le monde est vieux, dit-on : je le crois ; cependant Il le faut amuser encor comme un enfant (VIII, 4). Il est bon déparier, et meilleur de se taire; Mais tous deux sont mauvais alors qu'ih sont outréa (VIII, 10).
De ces exemples il résulte Que cet art, s'il est vrai, fait tomber dans les maux
Que craint celui qui le consulte ; Mais je l'en justifia, et maintiens qu'il est faux (VIII, 16). Deux pigeons s'aitnaient d'amour tendre : L'un d'eux s'ennuyantau logis, < Fut assez fou pour entreprendre
Un voyage en lointain pays (IX, 2).
Attendez : mon maître marie
Sa fille unique, et vous jugez Qu'étant de noce il faut, malgré moi, que j'engraisse (IX, 10).
Chaque castor agit : commune en est la tâche ; Le vieux y fait marcher le jeune sans relâche; Maint maître d'œuvre y court, et tient haut le bâton (X. 1).
.... Cependant pour salaire Un rustre l'abattait, c'était là soti loyer; Quoiqtie, pendant tout l'an, libéral il rious donne Ou des fleurs au printemps, ou du fruit en automne, L'ombre l'été, l'hiver les plaisirs du foyer (X, 2).