‹ Cours de langue française (volume 3)Chapitre 44 sur 427 · E bref, qui était e ouvert en latin vulgaire, se diphton · texte numérisé non relu

E bref, qui était e ouvert en latin vulgaire, se diphton

(1) On saitfnio c'est l'accusatif lalin qui a fourni en général la forme française des substarjtifs ; c'est (lourquoi, dans les noms latins de la 3' déclinaison, il est convenu d'indi(|uer comme type du mot français le thème du cas oblique qui, dans cette déclinaison, (lilTére ordinairement de celui du cas direct (v. chap. III).

gue en lé : fëbrem fièvre, fël fiel, fërus fier, hëri YâeY^pëdem pied, rëtro rière, pëtra pierre, rëm rien, ifew^^î^ tient, vënit vient, sec?e# sied.

E long^^ qui était (? fermé en latin vulgaire, s'est diphtongue en ei^ qui s'est maintenu devant la liquide n : verhêna verveine, vêna veine, frëmim frein, .^erënus serein, rênes rein. Mais, en général, ei est devenu oi., qui, au XVIP siècle encore, se prononçait ouè. De là sont sortis les deux sons modernes ol, prononcé owa, et ai^ prononcé é ou è : sénim soir, pensum pésum pois* poids, qiiiëfus coi, lëgem loi, stëla p. .sMa étoile, sëta soie, créf/o croi* crois, hëres hoir, mensis mësis mois, ser^^^'re seoir, îu'ffe'/-e veoir* voir; — crëta croie* craie, monëta monnoie* monnaie, thëca toie* taie , alnëtum aunoie* aunaie, flëbilis foible* faible, etc.

E en pos'dlon est ordinairement bref; il se maintient en position latine : testa tête, perdit perd, sëptem sept, lentus lent, prèshyter prestre* prêtre', etc., mais se diphtongue en /een position romane : tëp(i)dus tiède, lëp(o)rem lièvre, hëd{e)ra ierre* lierre, ëh(u)lum hièble.

Le e long en position est rare et ne se présente guère que dans les cas de position romane, où il se maintient toujours : hibérnum hiver (^), clër(i)cus clergé, dëh(i)ta dette.

3. I href s'est fondu en latin vulgaire avec le e long en un seul et même son, le e fermé, qui est devenu en français la diphtongue o/, comme on Fa vu plus haut : bihere boivre* boire, fîdem foi, qidd quoi, nïgrum noir, pîcem poix, sitis soit* soif, via voie, video voi* vois, piper poivre. L'ancienne diphtongue ei s'est conservée devant n : sinus sein, c'est le seul exemple.

I long s'est maintenu partout : amîcus ami, castîgo châtie, mica mie, vesica vessie, pica pie, vita vie, sic si, spina épine, filum û\,junicem génisse, au.dîre ouïr.

I en position est ordinairement bref ; c'était en latin vulgaire un e fermé, qui s'est maintenu en français : episcopum évêque, littera lettre, mitfere mettre, crispa crè^^e^cipjms ce^,cristacrète, capilliis chevel* cheveu, siccus sec, fïnd(e)re fendre, vir(i)dis vert, hirp(i)cem herse, sim(u)lo semble.

I long en position n'est pas fréquent et se maintient toujours : villa ville, millia mille, tristis triste, scriptus écrit, quinque cinq, quindeci m quinze, quintus quint, p7'incipem deprimus-capnt prince.

(l) Souvent un nom français a été formé non pas d'un substantif latin, mais bien de l'adjectif dont ce substantif est le radical : hiver de liibernmn et non de ltiems,joi(r de diurnum et non pas de (lies.

4. 0 hvef, c'est-à-dire ô, avait pris de bonne heure dans le latin vulgaire la forme no^ qui a été commune à toutes les langues romanes. Cette forme no^ que Titalien a conservée, s'est affaiblie en ue en roumain, en espagnol, en provençal et en français, puis en oe en roumain et en français, et enfin oe est devenu oa en roumain et eu en français [}) : fôcum fuo* (it. fuoco) fue* feu, cap-eôlns chevreuil, fôliinn feuille, sôlmni seuil, morltnr meurt, môret meut, nôreni neuf, >yor?/K neuf, cor cœur, rJiôrus chœur, ôjjera œuvre, hôveni bœuf. Les exceptions où ô devient on sont dues le plus souvent à l'analogie, commeprôbat preuve* prouve (§ 8).

0 loïig est le o du latin vulgaire, qui est resté intact jusqu'au XP siècle et a donné en français, comme le o ouvert, le son eu, intermédiaire entre o et ^ (^) : flôrem fleur, nepôtem neveu, plôro pleure, sôlus seul, lahôrem labeur, môta meute, (i])lôrum leur, cnriôi^ns curieux, Imperatôrem enipereeur* empereur, vôdns nœud, ôvnni œuf, vôtum vœu, môres mœurs. Les exceptions, comme fohis tout, wfo voue, etc., ne sont qu'apparentes et rentrent dans une règle générale ou s'expliquent par l'analogie.

0 en position est ordinairement bref et se maintient : inôrtem mort (cf. môri), côsta coste* cùte,2wrfus ])oi% côm(i)fem comte, TÔt(u)lus rôle.

Le 0 long en position est rare et ne se présente guère que dans des cas de position romane où il devient ou : ôr(u)la ourle* (d'où ourlet) crie, cô(n)sfat couste* coûte.

5. U bref s'est fondu en latin vulgaire avec le o long en un seul et même son, le o fermé, qui est devenu eu, comme on vient de le voir ; mais les exemples de u bref accentué sont très rares : gûla gueule, Mjms leu* loup (^).

U long s'est maintenu, mais il a perdu de très bonne heure le son qu'il avait en latin et qu'il a gardé dans les autres lan-

(■■Vv. Schuchardt, I, 324, et Gaston Paris dans la nomania, I, 282. La forme uo ne se trouve que dans Eulalie {buonu, ruovet) et dans Saint-Léger (baon, duol). La foiine ue est restée devant un l mouillé dans cueille, de colHijo, et orgueil.

(2) Dans l'étude sur le o fermé, citée plus haut, M. Gaston Paris a posé commp règle <lu développement du o roman (jue, sauf dans ([uelques cas qui ne sont des anomalies qu'en apparence, le 6 tonique libre est représenté par eu, et leô tonique entravé, c'est-à-dire en position, par ou.

rs) Le vieux français a eu longtemps la forme leu, qui nous est restée dans l'expression ("( la queue leii leu. Cette expression contient une lois, et non pas deux (comme le croit Litlré), la vieille forme leu, en même temps (|u'un leste de l'ancienne syntaxe: c'est proprement à la queue le leu, à la (jueue du loup, et, dans le jeu enfantin auquel elle est empruntée, tous les joueurs à la lile forment la queue du meneur, qui, il est vrai, n'est pas le loup, mais qui le devient s'il laisse gagner celui qui en remplit le rôle. G. Paris, Homania, X. p. 50.

gues romanes pour prendre le son dérivé et intermédiaire entre u et i que le français note de la lettre u : crûdus cru, acûtus aigu, minîitiis menu, scûteni ëcu, gluten glu, niûrusmwYjjejûnusjeûn* (d'où jeun), ciipa cuve, sûsuni p. sursum sus.

U en 'position est ordinairement bref; c'était en latin vulgaire un 0 fermé qui est devenu régulièrement ou : sûrdus sourd, diurnum jour, cursus cours, fûrba tourbe, filrca fourche, cucûrUca pour cucurb/fa coourge* courge, siïrgere soudi'e, ûrsus ours, ciirrif court, rûssus roux, mûsca mouche, lûscus louche, crûsta crouste* croûte, gûtta goutte, glûttus glout* (d'où glouton), rûpta route, iJÛlla poule, //àUa boule, satùUus saoul* soûl, j^ûl^us pouls.

U long en position est rare et se maintient toujours : t-ûstlctis rustre, fûstis fust* fût, de ûsque jusque, pûrgat purge, lûda lutte, jûd(l)cem juge, pfd(i)ceiit puce, et le suffixe ud{})nem dans consuetûdineiH coutume, etc.

6. Le y a été traité tantôt comme un u : hgrsa bourse, crgpia grotte, tantôt comme un i : tytiipanum timbre, mgxa mèche.

7. Les diphtongues étaient peu nombreuses dans le latin classique où elles s'étaient affaissées de diverses manières : des six combinaisons primitives, al, ei, oi, au, eu, ou, deux, et et ou, se sont réduites à de simples voyelles longues, i et u; deux autres se sont resserrées, aiew ae, oi en oe; seules au et eu se sont conservées, la première plus fréquemment que la seconde. Mais ces quatre diphtongues n'étaient déjà plus que de simples monophtongues dans le latin vulgaire.

Ae, qu'à l'origine les Romains prononçaient séparément a-e, ne tarda point à se réduire à e; il en fut de même de oe, et l'on écrivait indifféremment fanniuu et femina. Dès lors, ces deux diphtongues subirent le même sort quee ouvert ou e fermé et devinrent le et ei, oi, ou e eu position : graeca grièche, saeculuiii siècle, balaena baleine, pmeda '^i'oie,quaer(e)ve (\ueYve''' , praestus prêt, coelum ciel, poena peine.

Au, que les Romains prononçaient a-ou, est devenu eu latin vulgaire à et en français o et ou : causa cosa chose, auruui or, daudere clore, pauso pose; aura ore* (d'où orage), thésaurus trésor, paup(e)rem ])OYYe* {imis pauvre), haustare oster* ôter, lauda loue, raucus rou* (d'où enrouer), caulis chou, alauda aloue* (d'où alouette), gah(u)ta gauta joue, et dans quelques mots eu : cauda coue* (d'où couard, propr. qui porte la queue basse) queue, ihiucus pou* peu.

Eu est devenu u dans : rheuma rhume.

0, ai

ié

e, ié

ei, oi

oi

uo =

eu

eu

ou

eu

ou

8. Voici en résumé quelles sont les permutations normales des voj'elles accentuées, considérées séparément selon qu'elles sont : I libres ou isolées. II en position.

a brel' ou long <> = è ë = é

On voit que la diphtongaison, qui a joué un si grand rôle dans la formation du vocalisme français, n'a pas lieu quand la voyelle est en position, sauf pour le o fermé (ô et u), qui donne ou, et pour le e ouvert en position romane, qui devient ie, comme quand il est libre ou isolé.

9. Pour ne pas charger le tableau de ces permutations, nous avons cru devoir négliger les exceptions ; mais il est beaucoup d'anomalies dont nous devons parler, parce qu'elles ne sont qu'apparentes et qu'elles rentrent dans des lois générales.

Il faut d'abord tenir compte de l'action que les liquides nasales exercent sur les voyelles immédiatement précédentes. Nous avons déjà mentionné le fait que le a se change en fd devant n et m^ et que ces deux consonnes maintiennent la diphtongue primitive ei née de e long. Il faut ajoutei' :

a) Que le 0 bref ou long, qu'il soit ou non eu position, se maintient toujours devant n et m : hônns bon, tonus ton, corôna couronne, nôniev nom, Jeôueu/ lion, iiônua nonne, nôm(i)no nomme.

h) Que le u en position, qu'il soit bref ou long, devient toujours o devant n et m, et qu'ainsi s?l;?f a donné 5W?f et non sount^ et pûm(i)cfm est devenu ponce et non punce. Citons d'autres exemples de û en position : columna colonne, siomna somme, cum(u)lo comble, nuiu(e)rus nombre, nng{n)la ongle, rum{i)cen> ronce.

c) Que le e long est demeuré dans quelques mots devant la liquide / ; ceindëJa chandelle, querêla querelle, crucMlis cruel, cela cèle.

Le maintien des voyelles longues devant les liquides peut s'expliquer parla nature même de ces consonnes; comme semi-voyelles, elles servent d'appui aux voyelles qui les précèdent et les protègent dans leui- qualité beaucoup mieux que ne peuvent le faire les aulies consonnes, qui s'élident d'ailleurs bien plus facilement.

10. Il y a ensuite des cas très nombreux où, malgré la position,

la voyelle accentuée se traduit en diplitong-ue, c'est lorsqu'elle est suivie immédiatement d'une gutturale qui s'est vocalisée en i palatal (v. § 38), En pareil cas la voyelle accentuée se combine avec ce / de la manière suivante :

a) Le a donne ai : factus fa?'t, laxo (lacso) laisse, fac(e)re faire, nasc(e)re naistre* naître, frax(i)wis fraisue* frêne, xand/is saint, acrum aigre, mag(i)s mais, maj(o)r maire ^ fra(/{i)lis fraile* frêle, i)lang(e)re plaindre.

h) Le é^, c'est-à-dire è^ aboutit à / par ièl : sëx (secs) sieis* sis* six, Jëctus lit, pëctus pis, confëctus confit, ikspktiun dépit, jyrofectns profit, tëxere tistre, lë<)(e)re lire.

c) Les voyelles ë et î., c'est-à-dire é, aboutissent à éi, oi : dirëctum dreit* droit, fëcf uni toit] sfrîdus étroit, exi)lîc(i)ta exploit, dîg(i)tus deit* doit* doigt, rîg(i)dns roide* (auj. raide).

La diphtongue ei ne se présente plus aujourd'hui que devant la liquide n : s/gmini seing, cingere ceindre, tlugere teindi'e, fingere feindre. VaincreA^ v'tncere, contraindi-e delconstringere sont des anomalies, ainsi que Jangue de Ungua, sangle de cingula, tanche de tinca^ dimanche de dies domin(i)ca (^).

d) Le ï donne également ai : fyig{i)dns froid, et //, d'où / devant n : vig(i))di lundi vint* vingt.

e) Le 0, c'est-à-dire ô, ne reste pas intact, mais devient u et, en se combinant avec le / palatal, donne la diphtongue m/ .• côctus cuit, côq{ue)re cuire.

f) Les voyelles ô et ii, c'est-à-dire o, donnent également ni et non pas oui : côg{i)to cuide, hûxus buis. Il faut excepter les mots où le d = M est maintenu par la présence de la liquide n : ung{e)re oindre, ûnctum oint, pûng{é)re poindre, punctnw point, pûgiius poing ('').

g) Le l'i aboutit régulièrement à ui : fn'icfus fruit, lûc{e)re luire, condûc{e)re conduire.

La vocalisation de la gutturale a souvent lieu même quand la voyelle n'est pas en i)osition, comme dans : hcœa baie, plâga plaie; — dëcevi dieis* dis* dix (it. dieci), Icgo \\*\\^^prëco preie* proie*prie, ^^^(/oneie* noie* nie, .seroseie* soie* scie; — p/fropleie* ploie* plie, lîgo leie* loie* lie, mots dans lesquels la diphtongue ei ou oi s'est simplifiée en / ; — locus lieu, Icuca lieue.

(1) Dans tous ces mots, a a remplacé e à cette époque où on a commencé à se prononcer an; la distinction phonétique perdue, l'ignorance de Tétymologie a remplacé c para dans san(jlc, langue, comme dans sans (de sine). Certains dialectes ont conservé la prononciation primitive (romand : linvua, sin).

(2) U doit être à peine besoin de faire remarquei- que dans poing, comme dans seing, le i représente le g latin qui a été ajouté à ces mots par des clercs qui voulaient rappeler l'étvmologie latine.

On iloit reniartjuer que, devant iiii l mouillé, le i palatal né de la gutturale ne se combine pas avec la voyelle tonique, qui reste voyelle simple. C'est ainsi que ci'ojâiji'ujlo donne (je) caille, auricjiijla oreille, apicfujla abeille, ocfu)lus œil, foetiùci'ujlum [>. foeniculuin fenouil, cuiûcfujla {dïm'mulit de colus) quenouille, verùc(u)lum verrouil* verrou.

1 1 . Tout aussi nombreux sont les exemples où la diphtongue résulte, dans les cas d'hiatus, de l'attraction du l atone par la tonique qui précède (v. § 28).

a) Le a latin a attiré i ou e, et s'est combiné avec lui en al dans : hasio ba/se, halneum bain, placeat plaise, palatlnui palais.

Cette voyelle a donné, comme le é, une autre diphtongue tonique ié dans le suffixe arls, arius, qui est devenu, par l'attraction de l, éh\ puis lér ou yer : primâriiis premier, qiidrtarius quartier, (jnniàriutn grenier, seculârls séculier, singulàris sanglier (à l'origine porc soujlier, de shujularis porcus, propr. porc solitaire)^ scutarius écuyer. Après les consonnes palatales ch, ^, la diphtongue disparaît et ier devient er : bouch-er^ boulang-er, dans l'ancienne langue bouch-ier, boulaufi-ier. Après le l mouillé, qui contient le y, le i est inutile, bien que l'Académie l'ait conservé dans quelques mots (v. le suffixe /e/- au chap. XIII). Les mots en aire comme primaire, séculaire, etc., sont des mots savants.

b) De la même manière le e latin est devenu ie dans : ministërium métier, moiiadërium mostier* moûtier, et dans : tertium tiers, neptia* nièce.

c) Le 0 latin, qu'il soit long ou bref ou en position, a donné tantôt oi : f/lôria gloire, dorinitôrinni dortoir, ebôreus ivoire, tantôt ni par le changement si fréquent de o en h devant i : trôja (tro-ia) truie, côrium cuir, môdius muid, hôdie hui (dans aujourd'hui), podium pui (dans appuyer), ôleum huile, ostrea huître.

d) Le ?t bref a donné ui : plûvia pluie, fàgio fuis, pûteus puits, cûpreuiu* cuivre, sauf devant n, où il est devenu oi : cûneus coin. Le u long aboutit toujours à ui :jûnius juin.

Ici encore il l'aut remarquer que, devant un l mouillé, le i atone ne fait pas diphtongue avec la voyelle accentuée : balalia* bataille, nietallea meaille' maaille' maille (ancienne jtetite monnaie de cuivre), foliiim feuille, spolio dépouille, où i ne seit qu'à mouiller II.

12. Jusqu'ici nous n'avons parlé que de l'influence exercée sur la voyelle accentuée(^) par une gutturale ou un i palatal qui suit la tonique ; mais cette influence se fait encore sentir quand la gutturale ou le i iràlâtal précède médiatement ou immédiate-

(i) Comme ce § ne ti'aite que des voyelles accentuées, nous n'avons rien dit des voyelles atones, bien qu'elles soient soumises à cette même influence de la gutturale ou du i palatal ; cf. bânio baise et basiàre baiser.

§ 25 VOYELLES ACCENTUPiES 57

ment la voyelle latiue. Daus ce cas l'ancieune langue diphtongiiait en ie le é- provenant de a latin; elle disait donc péchié de peccàtum, cherckier de circâre^ forgier de fahricâre, purgier de purgâre^ changier de cambiâre*, haignier de balneâre, travailUer de trabaciddre, veilUerde vig/lûre, cliassier de captiâre^ i)reier depTcâre, chrestiien de chrisflâiiKs, etc. (^). Cette diphtongue a disparu du français proprement dit vers le XIV siècle.

a) Après les palatales ch et g, la réduction de ié en é a toujours lieu dans le français moderne -.péché, cherchet\forgei\pi(rger, changer, etc. Le i tombe même dans les rares cas où lé provenant de a ne répondait pas à une forme d'infinitif ou de participe, et où le é ancien est devenu è : chef, cher, déchet, Jet. Un seul mot, chien de canis, a échappé à cette simplification, qui a aussi atteint, comme on l'a vu plus haut, le suffixe ier de arim.

h) Après H et / mouillés, i de /e tombe également dans l'orthographe, mais non daus la prononciation, puisque c'est avec un l palatal que les consonnes prennent le sou mouillé : baigner, travailler, veiller.

c) Après les linguales t, d et « ((•, ss), le français moderne réduit également à é le ié provenant de la gutturale ou du / palatal : cdlactâre allaiter, cogitâre cuider, basiâre baiser, pretiâre priser, puteàre puiser, captiâre chasser, cuminitiâre couunencer, hirpiciâre herser, calceàre chausser, etc. Dans trois mots, amitié, moitié, pitié, de amicitâtem, medletàtem,p)ietâtem,V?int\ew. ié'd persisté.

d) Dans les mots où /(^' était précédé d'un e provenant de ï ou ë latin, le i consonne sorti de la gutturale a pris la place de ce e et est devenu i voyelle, d'où est résulté un hiatus que Ton évite dans la prononciation par l'intercalation d'un // (i? 23) : plicare pleier* plier, 2i>'ëcare preier* prier, nëgare neier* nier, mots que l'on prononçait plé-icr, pré-lcr, né-ier dans l'ancienne langue et pli-yer, pjri-yer, ni-yer dans la langue actuelle.

e) Dans les mots en ien, comme chrétien, il y a eu intercalation d'un y entre un e provenant de ï et le a tonique : christianus cresteyan*. Dans cette termiuaison eyan, le a suit son évolution naturelle ae, ee, puis ie sous l'influence du yod précédent, d'où par réduction de ei à i, crediien, qui, par la contraction de a en /, est devenu chrétien (^).

II est à remarquer que de cette liiiale ien, qui, eu aiicieu IVauyais, ue dérive de anus que dans (.ertaiues contlitious, la laui,Mie moderne a tiré un suffixe ien, qu'elle applique à tous les radicaux, comme comédien, galérien, etc. (V, le suffixe ien au ch. XIII).

(1) V. sur cette diphtongaison une note publiée par M. Gaston Paris dans la Romunui, IV,122. Cf. mon Introduction à l'étude des dialectes du Pays romand, §§ 26-28.

(2) V. A. Darinsteter, dans la Ronumia, V. 162

58 VOYELLES POSTTONIQUES § 26

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