HISTOIRE DES VOYELLES LATINES
n'empêchait pas les voyelles de conserver en latin leur quantité oriiSfinelle et de modifier dans les langiies romanes leur qualité d'une façon correspondante à cette quantité; que, par exemple, sêx^ Jêx se prononçaient sèx^ léx, que vïrîdem, se \)vo- T\o\i(rm\i vérede ou rér\1e (^); que de la sorte e et o en position devaient donner et ont en effet donné, suivant leur nature, un è ou un é^ un o ou un 6; que î en position n'a pu donnei- que e, tandis que ? en position persistait, etc. Mais il faut ajouter qu'en rè.cle g-énérale les voyelles e et o, i et u en position sont brèves (^), et que conséquemment ce n'est que par exception que e et 0 en position sont représentés par é et d, et i et u en position par i et u.
4. De ce qui précède il résulte que l'accent est, selon l'expression de I)iez, le pivot autour duquel tourne la formation de"? mots dans les langues romanes. C'est pourquoi la quantité en français dépend de la place de l'accent tonique, qu'une syllabe ne peut être longue que si elle est accentuée (§ 18), et que, placées avmit ou après la tonique, les voyelles longues latines deviennent brèves ou même s'assourdissent en e muet, si elles ne disparaissent pas entièrement.
Les voyelles doivent donc être considérées suivant qu'elles sont toniques ou atones; mais, dans chacune de ces classes, il faut distinguer les voyelles en position. Ou dit qu'une voyelle est en position quand elle est suivie de deux consonnes qui ne forment pas une articulation double appelée consonne composée (§ 14). i:')
Il y a lieu de distinguer en outre la position romane de la position latine. La position romane est amenée par l'élision ou la consonnification d'une voyelle, comme dans anima an'ma, d'où le provençal arma., linea linja, d'où le français ligne. Mais en français la position disparaît très souvent, soit que la seconde consonne devienne muette (!:? 16), comme cela a eu lieu à la fin des mots : lard de lardum, lourd de Inridus; soit que le son de la première se fonde avec le son de la voyelle qui pré-
(!) « La position, si elle inodifio la nature de la syllabe, laisse intacte la voyelle qui garde sa quantité et par suite son timbre spécial : sra (cf. le grec hex) se prononce scx; l(''X {cf. l'-r/em) se prononce léx; cl'. despf'Ctum devenant despit et dirrctum devenant droit.. » A. Darnisteter dans Homania, V, \'fi.
(2) V. la remarquable étude sur le o fei'mé publiée par M. Gaston Paris dans la Bomania, X, 55.
(3) Selon M. Gaston Paris, une voyelle est en position quand elle est suivie de deux consonnes antres que;»-, br. tr. dr: devant les groupes <■?• yr.iil (//, et devant ceux dont l'un des éléments est un yotl ou ( consonne, la condition de la voyelle est variable et demande à être étudiée particulièi'ement dans chaciue cas. (M. Paris note par un j non liointé, à l'exemple de M. Luckins, le son qu'on appelle yod, et qui est celui du J allemand dans .faltr. du i ou y français dans pied, allions, yetix, etc. ) Remania, X, 37.
AYEti, Crrammaire comparée. 4
Cède, ce qui arrive quand cette consonne est une des trois liquides «, m ou l : onde de unda, chaud de cal(i)dus, soit enfin que la première consonne disï)araisse entièrement : âme de an(i)riia, hôte de Jiospifem, mois de mensis, froid de frig(i)dus.
Toutefois, lors même que la position latine ou romane est altérée, elle n'en a pas moins pour effet de conserver intacte la voyelle tonique.
Mais, taudis que les voyelles toniques persistent ou se modifient d'après des lois fixes, les voyelles atones sont bien plus sujettes à l'empire du hasard, parce qu'elles n'ont guère (ians les langues romanes qu'une valeur numérique, qu'ici la nature de la lettre importe peu et que c'est surtout son existence même qui est prise en considération. Dans le traitement de ces voyelles, il convient de distinguer celles qui forment un hiatus avec une autre voyelle. Cet hiatus peut être donné déjà par le primitif latin (par ex. cavea)^ ou amené, sur le terrain roman, par la suppression de la consonne médiale (par ex. midare muer), ou enfin être le résultat d'une composition (par ex. cooperire).
1. A bref ou /o?;(/ s'est déprimé en un e fermé, qui est devenu souvent è ouvert (p&trem pA^e, puis père) : adsàfis assez, fàba fève, fabrum fèvre* (conservé dans orfèvre), pâla pelle, clâvem clef, amàre aimer, nmâtus aimé, amâtis aimez, veritâtem vérité C).
Devant les liquides nasales n et m, le a tonique devient ai, qui était originairement une diphtongue : màmis main, àmo aime, fàtnes faim, dâmus*' daim, examen essaim, romànus romain. Devant les liquides pures r et l, a devient ai : dârus clair, âla aile, mais plus souvent e : mare mer, quàlis quel.
A en position latine ou romane persiste toujours : asper aspre* âpre, aHem art, capsa châsse; às(i)nus asne* âne, càm(e)rachâmbre, sàp(i)dus sade* (d'où maussade), sàpiam sapjam sache, càvea cavja cage, p)làtea place, lâr{i)dum lard, brachium bras, c/rcltia grâce.