‹ Cours de langue française (volume 3)Chapitre 93 sur 427 · I.r2 PLAN d'une réforme modérée § CI · texte numérisé non relu

I.r2 PLAN d'une réforme modérée § CI

parmi les réformateurs les plus marquants : au clix-septième siècle, Chiflet, Ménage, l'abbé Dangeau et Richelet; au dix-huitième, Reguier-Desmarais, Buffier, l'abbé Girard, Dumarsais, Duclos, Wailly et Beauzée; et dans notre siècle, Domergue, Volney, Marie, Féline, Erdan, Raoux et Ambroise-Firmin Didot. Mais ces tentatives ont toutes échoué, parce que la plupart ne tenaient pas assez compte, soit de l'étymologie, soit de la flexion et de la dérivation des mots.

Voici, croyons-nous, les améliorations de détail qui auraient le plus de cliance d'être adoptées, parce qu'elles constitueraient, non pas une révohdion^ qui bouleverserait toute notre orthographe, mais une simple évolution^ qui pourrait s'opérer tout naturellement et pour ainsi dire sans secousse.

1° Remplacer y par / dans tous les mots d'origine grecque, où il a le son de cette voyelle ; on écrirait donc amdise, stile, comme l'on écrit amidon, cristui, au lieu de analyse, style, amy- (lon, crystal, et l'on maintiendrait le y comme lettre française avec sa valeur propre de / consonne (= //espagnol, ^allemand), telle ({u'elle s'est conservée en général, sauf après a où y vaut aujourd'hui deux / (§ 53).

2° On a vu (§ 50) que nos accents écrits servent tantôt à noter la prononciation de quelques voyelles, tantôt à indiquer la suppression d'une lettre. Comme l'a déjà fait remarquer B. Jullien, ces prétendus accents et leurs noms sont le résultat d'une confusion tout à fait fâcheuse; ainsi, par eux-mêmes, ce sont de mauvais signes, parce qu'ils ne signifient pas ce qu'ils devraient exprimer; et, de plus, ils ne sont propres qu'à jeter l'indécision et le trouble dans les esprits, parce qu'ils indiquent des choses très différentes. L'emploi de l'accent circonflexe est tout particulièrement abusif; car si ce signe doit indiquer l'allongement de la voyelle, il y a beaucoup de voyelles qui ont l'accent circonflexe, bien qu'elles soient brèves, comme o dans hôjHtal, tandis qu'une foule d'autres ne l'ont pas, lors même qu'elles sont longues, comme le a dans date et le o dans zone. Il serait donc préférable de supprimer partout ce signe et de le remplacer sur le e terminant la syllabe, soit par l'accent aigu^ soit par l'accent grave, suivant les cas(§ 45); on écrirait donc sans accent protêt, comme on ëciii ohjet, mais avec l'accent grave fi-tp, h/hne, et avec l'aigu bêler, entêté. On pourrait peutêtre conserver l'accent circonflexe dans les mots tels que (îcre, Miller, châsse, cocher, côlon. Jeûne, niâtin, pêcher, tâche, mûr, sûr, crû, du, pour les distinguer des homonymes acre, bailler, chasse, cocher, colon, jeune, matin, pêcher, tacJie, mur, s^ur, cru, du.

$ Gl PLAN d'une réforme MODÉRÉE là;*»

3" Supprimer la lettre h partout où elle est inutile, c'est-àdire au commencement des mots, quand elle est muette, et dans les combinaisons ch, ayant le son de c dur, rJuth elph, qu'on remplacerait par /"; on écrirait donc Iver^ arcahnic, crouiquCy rétorique, nibarbe, atlète, métode, alfahet, éjntafe, comme étique, colère, école ^ rapsode, fré^sor, faisan, fanal. fie(/i)te. soufre^ qu'on écrivait autrefois hectique^ cholère, escale, rhapsode, tlirésor, phaisan, phanal, phleijinc, souphre; il n'y aurait d'exception que pour quelques mots où cli sonne comme c dur devant e et i : arcJtéologit', eccJii/iiiosi', iiialaclufe. orchestre.

4" Remplacer partout >■ faible par z et écrire poizon au lieu de poison.

5** Dans les consonnes doubles, il n'y a que la seconde qui se fasse entendre, la première est nulle, excepté quand ce ou //// sont placés devant e ou / (§ 55). Sauf dans ce dernier cas, les doubles consonnes se prononcent comme les consonnes simples, et l'on simplifierait beaucoup l'ortliographe si l'on supprimait toutes celles qui sont nulles, en écrivant, comme dans les premiers temps, acroire, agracer, (dendre, asercir, apehr^ anoncer^ ulaitrr, araser, doner. coiironc, somei, volée, etc. Par cette réforme on rendrait uniforme l'orthographe de tous les verbes en eler et eter : d gèle et // appelé (au lieu de appelle), il achète et il jète Cau lieu de jette).

6" On conserverait le double / pour marquer le son mouillé : palle\}()\\Y paille. On écrirait ainsi /^7/c, où le / est mouillé, et cde (pour ville), où il ne l'est pas.

7° Supprimer dans l'intérieur des mots toutes les consonnes parasites, comme p dans baptiser, compter, etc.

8. On a ^'u plus haut (ij (50) que, pour l'emploi du trait d'union, l'Académie ne suivait aucun système et qu'elle tombait dans les plus étranges contradictions. Pour sortir de ce dédale et simplitier l'orthogi'aiihe des mots composés, il n'y a (lu'un moyen, c'est de les réunir le plus i)ossible en un seul mot. Nous renvoyons pour les détails de cette réforme à rou\Tage de Didot sur l'orthograitlie et à celui de M. Darmsteter sur la formation des mots composés.

0. Substituer s k x dans les noms et les adjectifs qui prennent cette dernière consonne comme marque du i)]uriel; on écrirait donc les bcaus hateaus et non pas les beairs. bateaicx.. On étendrait plus tard cette réforme à tous les mots où la consonne tinale x a la valeur de s, comme dans /V reax, heureux, etc.

10. A ces moditications, que nous avons déjà proposées ailleurs (*), nous croyons devoir en ajouter une autre (lui fera

(1) v. Buisson, Dictioiwairede pédagogie et û' éducation, article orthographe.

154 PLAN d'une RÉFOlîMK MODÉRÉE § 61

dousser les liants cris aux gTammairieus et aux instituteurs attardés, mais qui serait re<;ue avec enthousiasme par la grande masse du public et surtout par les élèves de tout âge etde toute condition; nous voulons parler de l'invariabilité absolue dn participe passé accompagné de l'auxiliaire avoir, par les raisons qui seront indiquées dans la sj'ntaxe (v. cli. xxi).

Nous nous arrêtons; peut-être est-ce déjà trop pour la routine, si puissante partout, mais plus particulièrement sur le terrain (le la grammaire et de l'orthographe. Il faudrait donc ajourner les autres modifications à introduire dans notre système orthographique, comme l'emploi de f cédille pour distinguer les mots terminés en tle et tion qui se prononcent tantôt avec le son de t et tantôt avec le son de s (ineptie, les rations), de l barré et de /J pour mouiller les deux consonnes l et ^i {pale, siùal), etc. (^).

Terminons ce court aperçu sur la réforme de l'oi-thograplie par cette remarque si juste de Firmin Didot :

« Notre vieil alphabet latin, dit-il, peut suffire encore, à l'aide de légers artifices, à transcrire les sons de notre langue; l'Italie, l'Espagne, le Portugal, n'en ont pas d'autre, et il suffit à la prononciation de leurs langues, romanes comme la nôtre. Tout en gardant notre physionomie propre, suivons donc leur exemple et rapprochons du simple et du beau notre écriture que les traces d'une érudition surannée compliquent aussi inutilement pour les lettrés que pour les ignorants. Malgré ces modifications, elle différera encore beaucoup de la simplicité de celle des langues italienne, espagnole et portugaise.

« Dante, le Tasse, Cervantes, Lopez de Yega, Camoëns, n'ont rien perdu à être écrits avec une orthographe plus simple, et le grand C'orneille s'en réjouirait » (-).

(1; V. la note 'i à la fin rie l'ouvraso.

VI) A. Kirmiri Didot, Observations sur ri>riho;ii-iipht' fnnhyiist', \). 96. On sait que Corneille s'est beaucoup préoccupé de rortliogiaplu' (piil voulait légnlaiiser le plus possible.

Page 1