AVANT-PROPOS
Lire à haute voix, cost parler sa lecture; et bien lire, c'est bien parler. Or, pour bien parler, il ne suffit pas de connaitre les règles de la grammaire, il fant de plus avoir une prononciation irréprochable, des inflexions de voix justes et naturelles. La grammaire donno de la correction à la phrase, de la pureté au discours; mais elle s’occupe peu de {a prononciation, et encore moins de l'expression. On aura beau savoir toutes les règles de la syntaxe, si l’on prononce mal les mots, si l'on donne à la phrase des intonations fausses, on ne saura ni bien lire ni bien parler.
Bien lire ct bien parler, c’est cependant un point important de l'éducation ; sans cela, elle est pour ainsi dire incomplète; il y manque la forme, le vernis extériour qui en fait ressortir le mérite, e! lui donne tout son éclat.
La lecture à haute voix est dune «ntile à tous. Elle l'est surtout aux personnes qui sont obligécsde parler en publio, ou qui, par leur position, sont plt:1 spéciale.
memes D conan
mms O mue ment chargées de l'instruction de la jeunesse, commé Le les prêtres, les juges, les magistrats, les députés, les | | avocats, les professeurs, les instituteurs, les religieuses vouces à l'enseignement, les mères de famille, etc. p ‘ C'est du soin que les mères prennent à former nos LE premicrs sons que dépend pour nous une bonne ou une mauvaise prononciation,” dit Quintilien. c
Cependant, malgré toute son importance, l'art de bien lire est négligé, et les bons lecteurs sont plus P
rares que les bons écrivains. Les défauts de langage Li
et de prononciation contractés dans la famille, &e con-
servent sur les bancs de l’école, et même, après avocr u
parcouru toutes les classes d’un cours études com-
jet, les jeunes gens et les jeunes personnes les mieux Fi
doués sous d’autres rapports, sont souvent incapables
do lire d'une manière passable une page des grands 2
prosateurs ou des grands poëtes. Le ton est chantant, de
l'articulation moile, les sons faux, la prononciation
défectueuso et l'expression nulle. Li Ce sont là des défauts graves et qui donnent à * 3
notre lecture canadienne, disons-le franchement, un +
assez pauvro caractère. No scrait-il pas temps que
toutes les personnes chargées d’instruire la jeunesse P :
se missent sérieusement à l’œuvre pour tâcher de les a
faire disparaître ? Ce Ces défauts sont faciles à reconnaitre. Il existe une dd
prononciation française, belle, simple, naturelle, élégante,regardée universellement comme prononciation | modèle, celle qui est également éloignée de tout accent local, soit parisien, soit normand, soit lyonnais, ou autre, Si nous comparons cctte prononciation à la
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mmé vôtre, nous arriverons forcément aux conclusions sui- , les | vantes :
UseR 1° Nous n'articulons pas assez on lisant ou en ete. parlant. Co défaut est surtout sensible lorsque nous : nOS laissons tomber la dernière syllabe du mot, ou le je où dernier mot de la phrase, qui sont, pour ainsi dire, comme l'âme du discours.
Edo 20 Nous donnons mal plusieurs sons de la langue ; Dés par exemple, les voyelles nasales in, an, un, 0n, la diphdus À tonguo oi ot l’é ouvert grave.
si 30 Nous faisons graves la plupart des à aigus, et HER trop graves CCux qui doivent l'être, ane, 4 Nous trainons sur les mots, Nous ne parlons pas tite RO lecture ; nous la chantons.
bi Ajoutez à cela le grasreyement, qui est assez comaudi mun dans certaines localités, et vous aurez une idée ne de nos principaux vices de prononciation.
nee Ces défauts, comme on le voit, ont d'autant plus de portée, qu'ils s'attaquent aux éléments mêmes de la . langue, aux sons: de sorte qu'il y a bien peu de mots nt à gui n’en soient affectés d’une façon ou d’une autre. un Chacun d'eux pris isolément est peu de chose; mais ue par leur nombre et leur fréquent retour, ils enlèven dr à la langue française cette nettoté, cette élégance e Le los cette souplesse qui en font le charme et la beauté Certes, la langue française est belle; mais parlée d > une cette manière, elle ne paraît pas l'être. , élé- Tout le monde doit donc avoir à cœur de faire disatio paraitre ces taches ; ct les instituteurs n'ignorent pas at ue que c’est pour eux un devoir.
inais,
Le Cours de Lecture à Haute Voix qui aujourd’hui a à la est mis à leur disposition, rendra ce travail: plus facile.
Il sera particulièrement utile aux élèves des écoles normales, qui ont l'avantage de recovoir dans ees institutions des leçons spéciales sur les sons fondamentaux de la langue.
Il existe déjà, il est vrai, sur la lecture française et la prononciation, des ouvrages que l’on peut consulter avec profit; muis commo ils sont faits pour d’autres pays, ils répondent à d’autres besoins, et no conviennent pas absolument à nos écoles. Ce qui nous manque, ce n’est pas un livre pour apprendre des choses diverses en lisant, mais un livre pratique pour apprendre à lire, étant donné nos défauts et non pas ceux des autres.
Voilà la lacune que j'ai voulu combler. Par mes seuls moyens, je n'aurais pu le faire; aussi me suis-je adressé à un maître de lecture, et j'ai eu la bonne fortune de rencontrer, dans la personne de M. Morin,
ncien professeur au Conservatoire de Paris, un homme «vré à cette spécialité depuis plus de quarante ans, Il “ait difficile, on le voit, de trouver dans le genre une autorité plus compétente. Le traité de prononciation ue cet éminent professeur m'a servi de puint de départ, et je n’ai rien voulu écrire qui ne fût conformo à son enseignement.
La division que j'ai adoptée est simple et naturelle. Il y a en effet trois degrés à parcourir pour arriver à bien lire: les sons, la prononciation et l'expression.
Les sons ne sont autre chose que les éléments de la langue.
La prononciation apprend à se servir de ces diffé-
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L'expression donne à l'ensemble du discours le mouvement ct la vie,
En cotparant la parole à la peinture, la prononciation est le dessin, et l'expression la couleur.
Telle est la marche que j'ai suivie dans ce travail ; elle me somble dictée par la nature même du langage.
Maintenant, si jo n'ai pas lo mérite d’avoir rempli parfaitement lo cadro que jo m'étais tracé, du moins aurai-je la satisfaction d'avoir jeté quelques jalons sur la route. Plus tard, ils pourront servir à ceux qui voudront faire mivoux,
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