‹ Cours de lecture à haute voix ou Leçons pratiques de lecture française et de prononciation, préparées spécialement pour les écoles canadiennes [microforme]Chapitre 41 sur 75 · ANDRIEUX · texte numérisé non relu

ANDRIEUX

No 32.—Les Catacombes äe Rome

Sous les remparts do Rome ct sous ses vastes plaines, Sont des antres profonds, des voûtes souterrainos, Qui, pendant deux millo ans, creusés par les humains, Donnèrent leurs rochers aux palais des Romains. Avec ses monuments ct sa magnificence,

Rome entière sortit de cet abime immense.

Depuis, loin des regards et du fer dos tyrans, L’iglise cncor naissante y cacha ses enfants, Jusqu'au jour où, du sein (le cette nuit profonde, Triomphante, elle vint donner des lois au monde,

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Et marqua de sa croix los drapeaux des Césars. Jaloux de tout connaître, un jeune amant des arts, L'amour de sos par nts, l'espoir de Ia peinture, Brûlait de visiter cette demeure obscure,

Do notre antique foi vénérable berceau.

Un fil dans une main, et de l’autre un flambeau,

Il entre : il se confio à ces voûtes nombrouses

Qui croisent on tous sens leurs routes ténébreuses, Il aime à voir eo lieu, sa triste majesté,

Ce palais de la nuit, cette sombre cité,

Cos temples où le Christ vit ses premiers fidèles, Et de cos grands tombeaux les ombres éternelles, Dans un coin écarté se présente un réduit, Mystérieux asile où l'espoir le conduit;

IL voit des vases saints et des urnes pieuses,

Des viergos, des martyrs dépouilles précieuses,

Il saisit ce trésor; il veut poursuivro: hélas!

Il a perdu le fil qui conduisait ses pas.

Il cherche, mais en vain: il s’égare, il se trouble; Il s'éloigne, il revient, et sa crainte redouble ;

Il prend tous les chemins que lui montre la pour. Enfin, de route en route, et d'erreur en erreur, Dans les enfoncoments de cette obscure enceinte, Il trouve un vaste espace, effrayant labyrinthe, D'où vingt chemins divers conduisent à l’entour. Lequel choisir ? lequel doit le esuduire au jour ? F1 les consulte tous: il les prend, il los quitte ; L'effroi suspend ses pas, l’eifroi les précipite;

Il appelle : l'écho redouble sa frayeur :

De sinistres pensers viennent glacer son cœur. L’astre heureux qu'il regrette a mesuré dix heures, Depuis qu'il est errant dans ces noires demeures, Co lieu d’offroi, ce lieu d’un silence éternel,

En trois lustres entiers voit à peine un mortel; Et, pour comblé d’effroi, dans cette nuit funesto, Du flambeau qui le guide il voit p'rir le rosto, Craignant que chaque pas, que chaque mouvement, En agitant la flamme en use l'aliment, Quelquefis il s'arrête, ot demeure immobile.

Vaines précautions ! tout soin est inutile; L'heure approche, et déjà son cœur épouvanté Croit de l’affreuse nuit sentir l'obscurité.

[l marcho, il erre encor sous cette voûto sombre, Et le flambeau mourant fume ot s'éteint dans l'ombre, Il gémit; toutefois, d'un souflo haletant,

Lo flamboau ranimé se rallume à l'instant.

Vain espoir! par le fou la ciro consuméo,

Par degrés s'abaissant sur 1n mèche enflammée, Atteint sa main souffrant, et de ses doigts vainous. Les nerfs découragés no le soutiennent plus :

De son bras défaillant enfin la torche tombe,

Et sos derniers rayons ont éclairé sa tomb, L'infortuné déjà voit cent spectres hideux,

Le délire brûlant, le désespoir affreux,

La mort!...non cette mort qui plait à la victoire,

Qui vole avec la foudre, et quo pare la gloire ;

Mais lente, mais horrible, et trainant par la main

La faim qui se déchire et se ronge le sein,

Son sang, à ces pensers, s'arrête dans ses veines.

Et quels regrots touchants viennent aigrir ses peines} Ses parents, ses amis, qu’il ne reverra plus,

Et ces nobles travaux qu'il laissa suspendus ;

Ces travaux qui devaient illustrer sn mémoire,

Qui donnaient le bonheur et promettaient la gloire! Et celle dont l'amour, celle dont le sourig

Fut son plus doux éloge et son plus digne prix! Quelques pleurs de ses yaux coulent à cette image, Versés par le regret, et sichés par la rage, Cependant il espère; il pense quelquefois

Entrovoir des clartés, disti \guer une voix.

Il regarde, il écoute... Hé as! dans l'ombre immense | Il ne voit que la nuit, n'entend que le silence, | Et lo silence ajoute encore à sa terreur.

Alors, de son destin sentant toute l'horreu:

Son cœur tumultueux roule de rêve en rève ;

Il se lève, il retombe, et soudain se relève ;

Se traine quelquefois sur de vieux osséments, De la môrt qu'il veut fuir horribles monumental

abre.

Quand tout À coup son pied trouve un léger obstacle,

Il y porto la main. O surprise ! Ô miracle!

IT sent, il reconnait lo fil qu'il a perdu

Et do joie et d'espoir il tressaille éperdu.

Co fil libératour, il lo baise, il l'adore,

IL s'en assure, il craint qu’il ne s'échappe encore;

Il veut lo suivre, il veut revoir l'éclat u jour;

Jo ne sais quel instinct l'arrêto en ce séjour.

À l'abri du danger, son âme encor tremblante

Veut jouir de ces lieux et de son épouvante.

À leur aspect lugubro, il éprouve en son cœur

Un plaisir agité d’un reste de terreur;

Enfin, tenant en main son conducteur fidèle,

Il part, il vole aux lieux où la clarté l'a pelle,

Dieux! quel ravissement quand il revoit les cieux

Qu'il croyait pour jamais éclipsés à ses youx |

A vec quel doux transport il promène sa vue

Sur leur majostueuse et brillante étendue!

La cité, le hameau, la verdure, les bois,

Semblent s'offrir à lui pour la première fois ;

Et, rempli d'une joie inconnuo et profonde,

Son cœur croit assister au promier jour du monde. Deuriie (l’Imagination).

No 33.—Songe d’Hamiet

Deux fois dans mon sommeil, ami, j'ai vu mon père, Non point le bras levé, respirant la colère;

Mais désolé, mais pâle, et dévorant des pleurs Qu'arrachait de ses yeux l'excès de ses douleurs. J'ai voulu lui parler : plein de l'horreur profonde Qu’'inspirait à mon cœur l’effroi d’un autro monde: Quel est ton sort ? lui dis-je ; apprends-moi quel tableau S’offre à l’hommo étonné dans ce monde nouveau. Croirai-je de ces dieux que la main protectrice

Par d’éternels tourments sur nous s’appesantisse ?

> O mon fils, m'at.il dit, no m'interroge pas;

» Ces leçons du cercueil, ces secrots du trépas,

» Aux profanes mortels doivent être invisibles.

» Quo du ciel sur les rois les arrêts sont torribles !

» Ah! s'il me permettait cet horrible ontrotion,

» La pâlour de mon front passerait sur lo tion.

» Nos mains so sécheraient en touchant la couronno,

» Si nous savions, mon fils, à quel titro il la donno.

» Vivant, du rang suprême on sent mal lo fardoau :

» Mais qu'un scoptre est pesant quand on ontio au tom-

een ere es nées es sorte a rocoossossssemroconesscssss [DOQU Le

ses OhT m'écriai-jo, ombre chère et terrible,

Pourquoi des bords muets de ce monde invisible,

Contident des tombeaux, vienstu m'entretonir,

Moi, qu'avec toi bientôt mes douleurs vont unir ?

Ne laisse point sortir do tes lèvres glacées

Ces hauts secrets des dieux qui troublent nos pensées,

Hélas! pour t'obéir ai-je assez de vertu |

Jo t'écoute en tremblant : ré onds, que me voux:tu ?

» O mon fils, m':-t-il dit, je viens enfin t'apprendre

» Quel sang tu dois verser pour apaiser ma cendre :

» On croit qu'un mal crucl trancha soudain mes jours.

» Ainsi les no'rs complots sont voilés dans les cours.

» Ta mère ! qui l'eût dit? oui, ta mère perfide

» Osa me présenter un poison parricide ;

» L'infime Claudius, du crimo instigatour,

» Fut de ma mort surtout lo complice ot l’auteur, »

Je m'éveille à ces mots. Iélas! mon cher Norceste,

Je me suis élaincé hors de mon lit funesto ;

Plein de l’objet affreux qui troublait mes osprits,

J'ai rempli ce palais d’épouvantables cris.

J'ai couru tout tremblant, faiblo, éperdu, sans suite.

Le spectre, à mes côtés, semblait presser ma fuite.

Cette ombre, ces forfaits, ce récit plein d'horreur

Dans mon cœur expirant jette encore la terreur, Ducis (/amlet).

No 34.—Les dix francs d’Alfred Ceci n’est point un conte, enfants : c'est une histoire,

Comme Îa vérité, simple et facile à croire, Et, rien que d'y songer, qui fait battre le cœur.

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, Oh! je ne serai pas moraliste sévère, Car parfois, comme vons, j'ai besoin qu'on m'éclaire ; Et pour être plus grand, je no suis pas moilleur, PAIN CONS OU AIR nseestenns rurtacan on cé smens ess ssssssssss Alfred était, jo ponse,

Un enfant, tel quo vous, ayant huit À neuf ans.

Bion, bien riche! il avait dans sn bourse dix francs, Dix francs beaux et tout neufs, C'était la récompense Donnée à sa sagosse à 808 potits travaux :

Co qui faisait encore ces dix francs-là plus boaux, Mais l'idée arriva d'en chercher la dépense,

Car c’oût été vilain de les garder toujours :

L'argent qui ne sort pas est sans valour aucune,

Le point ost de savo'r lui donner un bon cours.

On avait fait Alfred maitre do sa fortune :

Tantôt il la voyait on Lean cheval do bois,

Tantôt c'était un livre... Un livre...alors sa mère Souriuit do plaisir, sans l'aider toutefois,

Lui laissant tout l'honneur de ce qu'il allait faire, Sur lo livre son choix à la fin so fixa.

harmant enfant! combien sa mère l'embrasen !

C'est qu'aussi c'était beau, savez-vous ? C’est qu'un livre C’est tout; c’est 1À dedans que l’on apprend à vivre, À devenir un homme, à penser, à Ale:

C'est là, nous, à vos joux qui venons nous mêler,

Là quo nous déposons le travail do notre âmo,

Quand lo Dieu tout-puissant jette en nous cette flamme Qui nous rend 11 candeur, et nous fuit jusqu'à vous, Comme à nos premiers jours, remonter purs ct doux. Vous ne compronez pas, amis?... Mais il faut liro ;

Et plus tard vous saurez co quo j'ai voulu dire ;

Et puis, lorsque vos cœurs seront bien désolés,

Vous ouvrirez un livre ct'screz consolés.

C'était un jour d'hiver, quand la-neiso et le givre

Des arbres effeuill:s b'anchissent les rameaux,

Quand vous, heureux enfants, dans de larges manteaux, Dans de bons gants fourris, dn froi lon vous d. livre: Aifreil courait, joyenx, pour achoter son livre,

Mais voici Lout à coup qu'il s’arrète surpris :

Deux enfants étaient 1, tels, hélas! qu'à Paris Si souvent on en voit sur les pouts do Ia Seine. Dans les bras l'un de l'autre ils étaient enlacés ; L'un de son petit frère, avec sa froide haleine, Cherchait à réchaufter les pauvres doigts glacés : Ils grelottaient bien fort, car lours habits percés, Presqu'à nu, les laissaient étendus sur la pierre. Tournant vers les passants un regard de prière, Ensemble ils répétaient: J'ai graud froid! j'ai grand’. Mais les riches passaient sans leurdonnerde pain. [faim Et leur cœur se gonflait, et puis do grosses larmes Roulaient dans leur paupière etsillonnaient loursein, Certes, vous eussiez pris pitié de leurs alarmes, Et vous ne seriez point passés sur lour chemin, N'est-ce pas, mes amis, sans leur tendre la main, Sans demander pour eux quelque argent À vos mères ? Alfred était témoin de leurs larmes amères :

— Maman, vois donc, dit-il, comme ils sont là tous deux! Ils sont bien malheureux !—Oh oui, bien malheureux! Lui répondit sa mère, attentive et touchée, Saisissant une vielle, auprès de lui muette, Pour charmer l'enfant riche et recevoir de lui Le pain qu'il n'avait pas cbtenu d'aujourd'hui, Il s'efforce de rire, et, dansant, il répète Un de ces airs appris sous le doux ciel natal ; Mais ce rire était triste, et ce chant faisait mal: C'est que rien n’est affreux comme la fointe joie Du mendiant qui chante, à sa misère en proie ; C'est un rire effrayant qui naît dans les douleurs, Et qu’il faut endormir comme on endort vos pleurs. Enfants, vous qui pleurez pour un bruit, pour une ombre Que vous croyez entendre ou voir dans la nuit sombre, Pour un conseil ami que la raison vous doit, Une goutte de sang qui vous rougit le doigt, Que sais-je? un aiguillon d'abeille qui vous frappe, Ou pour un papillon qui de vos mains s'échappe, Voilà des maux cuisants que vous ne saviez pas, Or, vers le petit pauvre, Alfred porta ses pas: — Pourquoi, dit-il, tous deux restez-vous dans la neigo?

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Vous n’avez done point, vous, de maman commo moi ; Qui vous donne du pain, du feu ; qui vous protégo ? —Oh ! nous en avons une aussi, monsiour,— Pourquoi Vous laisso-t-elle aller sans elle ou votre bonne, Les pieds nus sur la terro ? elle n’est done pas bonne, Votre maman à vous ?—Si fait : ello avait faim, Elle nous a donné ce qu’elle avait de pain, Et voilà deux grands jours, hélas | qu'elle ost couchée, Comme il ne restait plus chez nous uno bouchée, Elle nous embrassa, disant : Pauvres petits | Allez et mondiez; et nous sommes sortis, Et nous sommes venus nous coucher sur In pierre Et personne, 6 mon Dieu ! n'entend notre prièro ; Et voilà que bientôt mon frère va mourir!

Car le froid, car la faim nous ont fait tant souffrir! —— Vous n'avez donc pas, vous, roprit Alfred, un père, Qui donne tous les jours de l'or à votre mère! Le pauvre enfant se prit à sanglotor plus fort, « Hélas ! répondit-il, notre père 1... il est mort Il ost mort! et. c'est lui qui nous faisait tous vivro ls» Alfred, pleurant aussi, ne songea plus au livre, Et dans la main du pauvre il glissa ses dix francs. La mère le saisit dans ses bras triomphants, Et lui dit: « Mon Alfred, un livre pour approndre, C'était déjà bion beaut Mais tu m'as fait comprendre, Mon fils, que mieux encore est de donner du pain À ceux qui vont mourir et de froid ot de faim. » - Et moi je dis: Heureux est l'enfant charitable Qui donne à l’indigent le pou qu'il reçoit d’or,

Et qui des miottes de la table, S'il ne peut rien de plus, sait faire aumône encor! Pour quedans votre bourse,amis,quelque argeut tombe, Travaillez donc aussi, soyez sages ot bons ;

Et l’infortuno qui succombe Puisera l'existence et la paix dans vos dons; Et le vieillard qui prie, et dont la tête est nue, Enfants, le bén vieillard ployé sous les douleurs,

A Ovrnten ven 2

Au son de votre voix connuc

Sourira; car c’est vous qui sécherez ses pleurs :

Et celles qu’on rencontre à genoux sur la route, dé Les mères qui n’ont pas de pain pour leurs petits,

Diront: « C’est lo bon Dien, sans doute, Qui vous adrosse à nous, anges du paradis!»

Et leurs petits, surtout ceux qui n’ont plus de pères, Leurs tout petits enfants ne diront plus : « J'ai faim. |

Anges, car vous êtes leurs frères, |

Et le ciel vous a fait pour leur tendre la main.

Léon Guérin.

No 35.—Le Songe d’Athalie

C'était pendant l'horreur d’une profonde nuit ; Ma mère Jézabel devant moi s'est montrée, Comme au jour de sa mort, pompousement parée : Ses malheurs n'avaient point abattu sa fierté : Même elle avait'encor cetéclat emprunté Dont elle eut soin de peindre et d’orner son visage, . Pour réparer des ans l’irréparable outrage :

« Tremble! m'a-telle dit, fille digne de moi ; » Le cruel dieu des Juifs l'emporto aussi sur toi ; » Je te plains de tomber dans sos mains redoutables, » Ma fille.» En achevant ces mots épouvantables, Son ombre vers mon lit a paru se baisser:

Et moi, je lui tendais les maine pour l’embrasser ; ‘ Maïs je n’ai plus trouvé qu'un horrible mélange D'os ot de chair meurtris et trainés dans la fange, Des lambeaux pleins de sang,sæt (les membres affreux Que des chiens dévorants se disputaient entre eux. ….….... Dans ce désordre, à mes YCux $e présente Un jeune enfant couvert d'une robe éclatanto, Tel qu'on voit des Hébreux les prètres revêtus. Sa vue a ranimé mes esprits abattus :

Mais lorsque, revenant de mon trouble funeste, J’admirais sa douceur, son air noble et modeste, J'ai senti tout à Coup un homicide acier Que lo traître en mon sein a plongé tout entier,

De tant d'objets divers le bizarro assemblage

Peut-être du hasard vous parait un Ouvrage :

Moi-même, quelque temps, honteuse de ma peur,

Jo l'ai pris-pour l'effet d’une sombro vapeur.

Maïs de ce souvenir mon âme possédée

À deux fois on dormant revu la même idée ;

Deux fois mos tristes Yeux se sont vu retracer

Co mêmo enfant toujours tont prêt à mo percer.

Lasse enfin des horreurs dont j'étais poursuivie,

J'allais prier Baal de veiller sur ma vie,

Et chercher du repos au pied de ses autels :

Que ne peut la frayeur sur l'esprit des mortel; !

Dans le temple des Juifs un instinet m'a poussée,

Et d’apaiser leur dieu j'ai conçu la pensée ;

J'ai cru que des présents calmeraient son COurrO'x ;

Que ce dieu, quel qu’il soit, en deviendrait plus doux.

Pontife dè Baal, excusez ma faiblesse.

J'entre. Lo peuple fuit; le sacrifice cesse ;

Le grand prêtre vers moi s'élance avec fureur :

Pendant qu'il me parlait, 6 surprise! Ô terreur!

J’ai vu ce même enfant dont je suis menacée,

Tel qu’un songe effrayant l’a peint à ma pensée,

Je l'ai vu; son même air, son même habit de lin,

Sa démarcho, ses yeux, ct tous ses traits enfin :

C’est lui-même. Ii marchait à côté du grand prêtre :

Mais bientôt à ma vue on l’a fait dispa aître.

Voilà quel trouble ici m'oblige à m’arrèter,

Et sur quoi j'ai voulu tous deux vous consulter, Racine.

No 36.—Athalie et Jonas

ATHALIE

Comment vous nommez-vous ?

JOAS8

J'ai nom Eliacin.

ATHALIE

Votre père ?

JOAS

Je suis, dit-on, un orphelin,

Entre les bras de Dieu jeté dès ma naissance, Et qui de mes parents n’eus jamais connaissance.

ATHALIE

Vous êtes sans parents ?

JOAS

Ils m'ont abandonné, ATHALIE.

Comment ? et depuis quand ?

JOAS

Depuis que je suis né.

ATHALIE

Ne sait-on pas au moins quel pays est le vôtre ? JoAS.

Ce temple estimon pays: je n’en connais point d'autre, ATHALIE. :

Où dit-on que le sort vous a fait rencontrer ? JOAS.

Parmi des loups cruels prêts à me dévorer.

. ATHALIE

Qui vous mit dans ce temple ?

JOAS

Une femme inconnue, Qui no dit point son nom, et qu’on n’a point revue. ATHALIE.

Mais de vos premiers ans quelles mains ont pris soin ? JOAS.

Dieu laisse-t-il jainais ses enfants au besoin ?

Aux petits des oiseaux 1l donne leur pâture,

Et sa bonté s'étend sur toute la nature.

Tous les jours jo l’invoque ; et d’un soin paternel

Jl me nourrit des dons offerts sur son autel,

ATHALIE

sHagan !

r'amhon Si VIH VUE SL UOSU }

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tre.

La douceur de sa voix, son enfance, sa grâce, Font insensiblement à mon inimitié Succéder...Je serais sensible à la pitié ?

ATHALIE à Joas et à Josabet Vous sortez?

JOSABET.

Vous avez entendu sa fortune:

Sa présence à la fin pourrait êtro importune,

ATHALIE

Non: rovenez...Quel est tous los jours votre emploi ? JOAS.

J'adore le Seigneur ; on m'explique sa loi ; Dans son livre divin on m'apprond à la lire; Et déjà de ma maïn je commence à l'écrire,

ATHALIE, Que vous dit cette loi ?

JOA8.

Que Diou veut être aimé; Qu'il venge tôt ou tard son saint nom blasphémé; Qu'il est le défenseur de l’orphelin timide ;

Qu'il résiste au superbe, et punit l’homicido.

ATHALIE

J'entends. Mais tout ce peuple enfermé dans ce lieu À quoi s’occupe-{-il ?

JOA8, Il loue, il bénit Dicu.

ATHALIE, Dieu veut-il qu’à toute heure on le prie,on lecontemple? JOA8, Tout profane exercice est banni de son temple, ATHALIE,.

Quels sont donc vos plaisirs ?

à Quelquofois à l'autel

Je présente au grand prêtre ou l’encons ou le sel. J'entends chanter de Dion los grandeurs infinios, Je vois l'ordre pompeux de ses cérémonios.

ATHALIE

Hé quoi! vous n'avez point de passe-temps plus doux ? Je plains le triste sort d'un enfant tel quo vous! Venez dans mon palais, vous y verrez ma gloiro.

JOAS8

Moil des bienfaits de Dieu je perdrais la mémoire? ATIHALIE, Non, je ne vous veux pas contraindre à l'oublier, JOA8.

Vous ne le priez point.

ATHALIF, Vous pourrez le prier, JOAS.

Je verrais cependant en invoquer un autre, ATHALIE, J'ai mon Dieu que je sers: vous servirez le vôtre: Ce sont deux puissants Dioux.

JOAS

Il faut craindre le mien: . Lui seul est Dieu, madame, et le vôtre n'est rien.

ATHALIE, Les plaisirs près de moi vous chercheront en foule. JOAS.

Le bonheur des méchants comme un torrent s'écoule, ATHALIE,

Ces méchants, qui sont-ils? , , . , , , , ,., . . . J'aime à voir comme vous l’instruisez, Enfin, Éliacin, vous avez su mo plaire; Vous n’êtes point sans doute un enfant ordinaire. Vous voyer, je suis reine, et n'ai point d’hériti

mie LA

Lassez 1À cot nabit, quittez ce vil métier:

Jo veux vous faire part de tontos mes richesses, Essayez dès ce jour l'effet de mes promossos :

À ma table, partout, à mes côtés assis,

Jo prétends vous traiter commo mon propre fils,

JOAS

Comme votre fils!

ATHALIE

Oui... Vous vous taises ?

JOA8.

Quel pére

Je quitterais! et pour.

ATHALIE, Ié bien ?

JOAS, Pour quelle mère |

Racine.

No 37.—La chute des fenil »9

De la dépouille de nos bois L'automno avait jonché la terre:

Le bocago était sans mystère, Le rossignol était sans voix.

Triste et mourant, à son aurore, Un jeune malade, à pas lents, Parcourait une fois encore Le bois cher à ses premiers ans:

« Bois que j'aime! adieu... je succombe, » Votre deuil me prédit mon sort ; » Et dans chaque fouille qui tombe » Je vois un présage de mort, »

Fatal oracle d'Epidaure, Tu m'as dit : « Les fouilles des bois À tes youx jauniront encore, Mais c'est pour la dernière fois,

» L'éternel cyprès t’environne :

» Plus pilo que la pâle automne, » Tu t’inclines vers lo tombeau.

» Ta jeunesse sera flétrio » Avant l'horbe «le la prairie,

, » Avant les pampres du coteau,»

Et je meurs! Do lour froide haleine M'ont tcuché les sombres autans:

At j'ai vu, commo une ombre vaine, S'évanouir mon beau printemps.

Tombe, tombe, fouille éphémère!

Voile aux yeux co tristo chemin ; Cache au desespoir de ma mère La place où je serai demain.

Mais, vers la solitaire allée, Si mon amante désolée Voenait pleurer quand le jour fuit, Éveille par ton léger bruit Mon ombre un instant console!

T1 dit, s’éloigne..….et sans retour...

La dernière feuille qui tombo A signalé son dernier jour.

Sous lo chêne on creusa sa tombe...

Mais son amanto ne vint pas Visiter la pierre iscléo :

Et le pâtre de la vallée Troubla seul du bruit de ses pas

Le silence du mausolée.

MriLrkvove.

No 38.—Les chateaux en Espagne

"ln où d'un

Et l’on m'a dit: « Prenes, car c'est là le meilleur. s

Si je gagnais pourtant lo gros lot, quel bonheur!

J'achôterai d'abord une ample seigneurie...

Non, plutôt une bonne et grasse métairie;

ObL oui, dans ce canton: j'aime ce pays-oi ;

Et Justine, d'ailleurs, mo plait beaucoup aussi,

J'aurai donc, à mon tour, des gens À mon service.

Dans le commandement je serai peu novice;

Mais jo ne sorai point dur, insolont, ni fier,

Et mo rappellerai ce quo j'étais hier ;

Ma foi, j'ainio déjà ma forme à la folie,

Moil gros fermier! j'aurai ma basso-conr remplie

Des poules, des poussins que jo verrai courir:

De mes mains chaque jour je prétends les nourrir,

C’est un coup d'œil charmant! ot puis cela rapporte.

Quel plaisir quand, le soir, assis devant ma porte,

J'attendrai 10 retour de mes moutons bôlants,

Que jo verrai de loin revenir à pas lents,

Mes chovaux vigoureux, et mes bellos génisses |

[ls sont nos serviteurs, elles sont nos nourrices,

Et mon petit Victor, sur eon âne monté,

Férmant la marche avec un air do dignité |

Jo serai plus heureux que Monsieur sur un trône.

Je serai riche, riche, et jo forui l'aumône.

Tout bas, sur mon passit6, on 80 dira: « Voilà

Ce bon monsieur Victor, » Cela mo touchera.

Je puis bien m'abu.cr; mais ce n’est pas. sans cause !

Mon projet est au moins fondé sur quélque chose ; (1 chercho.)

Sur un billet, Ju voux revoir ce cher... Eh! mais... Où douce est-il? tantôt encore je l'avais, Depuis quand ce billet est-il done invisible ? Ah! l'aurais je perdu ? Serait-il bien possible ? Mon malheur est certain : me voilà confondu,

(I! crie.)

Quo vais-je dovonir ? Ifélas! j'ai tout perdu !

Cozuin-p'Hancevne

Le" | — 262 — No 39.—Philinte, Alceste

PHILINTE, Qu'est-ce donc ? qu'avez-vous ?

ALOESTE, assis, Laissez-moi, je vous prie.

PHILINTE

Mais, envor, dites-moi, quelle bizarrorio… ALOESTE.

Laissez-moi là, vous dis-je, ot courez vous cacher, PHILINTE,

Mais on entend les gens, au moins, sans se fâcher. ALOESTE,

Moi, je voeux mo fâcher, ot ne veux point entendre, PITILINTE,

Dans vos brusques chagrins je no puis vous Ccompren- Et quoiqu'amis, enfin, je suis tout des promiers, [dre, ALCESTE, se levant brusquement.

Moi, votro amt! rayez cela de vos papiers, J'ai fait jusques ici profession de l'être :

Mais, après co qu'en vous je viens de voir paraitre,

Je vous déclare net que je'ne le suis plus.

Et no voux nulle place en des cœurs corrompus, 4 PHILINTE,

Je suis donc bien coupable, Alceste, à votre compte ?

ALCESTE,. 4 Allez, vous devriez mourir de pure honte ; Une telle action ne saurait s'eXeu-cr, F Et tout homme d'honneur s’en doit scandalisor. |

Je vous vois accabler un homme de caresses, Et témoigner pour lui les dernières tondr'esses ;

prie.

te ?

De protestations, d'offres et de SOMME,

Vous chargez la fureur de vos embrassements $

Et quand je vous demande après quel est cet homme, A poine pouvoz-vous dire commo il se nomme ;

Votro chalour pour lui tombe en vous sépurant,

Et vous mo lo traites, à moi, d'indifférent |

Morbleu ! c'est une choso indigno, lâche, infâme,

Do abaisser ainsi jusqu'à trahir son âme É

Et si pur un malheur, j'en avais fait autant,

Je m'irais, de regret, pondre tout à l'instant.

PHILINTE

Jo ne vois pas, pour moi, quo le cas soit pandenle j Et je vous supplierai d’avoir pour agréablo

Que je me fasse un peu grâco sur votre arrêt,

Et ne me pende pas pour cela, s’il vous plait, ALOESTE.

Que la plaisanterie est do mauvaise grâce | PHILINTE.

Mais, sérieusement, que voulez-vous qu'on fasse ? ALCESTE,

Je veux qu'on soit sincère, et qu’en homme l'honneur On ne lâche aucun mot qui ne parte du cœur.

PHILINTE

Lorsqu'un homme vous vient embrasser avec joie,

Il faut bion lo payer de la même monnoio,

Répondre comme on peut à ses empressements,

Et rendre offre pour offre et serments pour serments,

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