AUGUSTE
Tu me braves, Cinna, tu fais le magnanime.
Et loin de l’excuser, tu couronnes ton crime ; Voyons ei ta constance ira jusques au bout :
Tu sais ce qui l’est dû, tu vois que je sais tout : Fais ton arrêt toi-même, oi choisis tes supplices,
CORNEILLE ([inna)
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Cinna)
No 41,.—Trissotin et Vadins
TRISSOTIN
Vos vors ont des beautés que n’ont point tous les autres, VADIUS.
Les Grâces ot Vénus règnent dans tous les vôtres, TRISSOTIN.
Vous avez le tour libre et le boau choix des mots. VADIUS.
On voit partout chez vous l'ithos et le pathos. TRISSOTIN.
Nous avons vu de vous des églogues d’nn style Qui passe en doux attraits Théocrite ot Virgile.
VADIUS
Vos odes ont un air noble, galant et doux, Qui laisse de bien loin votre Horace après vous.
TRISSOTIN
Est-il rion d’amourenx comme,vos chansonnettes ? VADIUS.
Pout-on rien voir d’égal aux sonnets que vous faites ? TRISSOTIN.
Rien qui soit plus charmant que vos petits rondeaux ? VADIUS.
Rien de si plein d'esprit que tous vos madrigaux ? TRISSOTIN.
Aux ballades surtout vous êtes admirable, VADIUS, St dans les bouts-rimés je vous trouve adorable, TRISSOTIN.
Si la France pouvait connaître votre prix, VADIUS.
Bi le siècle rendait justice aux beaux esprits,
TRISSOTIN
En carrosse doré vous iriez par les rues, VADIUS.
On verrait le publie vous dresser des statues,
(à Trissotin.} Hom! c’est une ballade, et je veux que tout net Vous m'en...
TRISSOTIN à Vadius.
Avez-vous vu certain petit sonnet Sur la fièvro qui tient la princesse Uranio ? VADIUS.
Oui. Hier il mo fut lu dans une compagnie.
TRISSOTIN
Vous en savez l’autour ?
VADIUS
Non; mais je sais fort bien Qu'à no le point flatter, son sonnet ne vaut rien. TRISSOTIN.
Beaucoup de gens pourtant le trouvent admirable. VADIUS.
Cela n'empêche pas qu'il ne soit misérable.
Et, si vous l’avez vu, vous serez de mon goût.
TRISSOTIN
Je sais que là-dessus jo n’en suis point du tout, Et que d’un tel sonnet peu de gens sont capables,
VADIUS
Me préserve le ciel d'en faire de semblables! TRISSOTIN.
Je soutiens qu'on ne peut en faire de meilleur, Et ma grande raison est que j'en suis l’auteur. YADIUS.
Vous ?
ble.
] les,
Ms
TRISSOTIN
Moi.
ADIUS,.
Je ne sais donc comment se fit l'affaire.
TRISSOTIN
C’est qu’on fut malheureux de ne pouvoir vous plaire. VADIUS,
Il faut qu'en écoutant j'aie eu l'esprit distrait,
Ou bien que le lecteur m'ait gâté le sonnet.
Mais laissons se discours, et voyons ma ballade. TRISSOTIN.
La ballade, à mon goût, est une chose fade ;
Ce n'en est plus la mode, elle sent son vieux temps.
VADIUS, [a ballade pourtant charmo beaucoup de gens.
TRISSOTIN, Cela n'empêche pas qu’elle ne me déplaise.
VADIUS
Elle n'en resve pas pour cela plus mauvaise, TRISSOTIN.
Elle a pour les pédants de merveilleux appas. VADIUS.
Cepemd .nt nous voyons qu'elle ne vous plaît pas. TRISSOTIN.
Vous donnez sottement vos qualités aux autres, VADIUS, Fort importinemment vous me jetez les vôtres. TRISSOTIN.
Allez, petit grimaud, barbouilleur de papier. à VADIUS.
Allez, rimeur de balie, Opprobre du métier,
TRISSOTIN
Allez, fripier d'écrits, impudent plagiairo.
VADIUS
Allez, cuistre....….
PHILAMINTE
Hé, messieurs, que prétendez-vous faire ?
TRISSOTIN à Vadus.
Va, va restituer tous les honteux larcins Que réclament sur toi los Grecs ot los Latina.
VADIUS
Va, va-t'on fairs «monde honorable au Parnasse D'avoir fait à tes vers estropier Horace,
TRISSOTIN
Souviens-toi de ton livre, et de son pou de bruit, VADIUS. Ë Et toi, de tor ‘:braire, à l'hôpital réduit, Fu TRISSOTIN.
Ma gloire est établie, en vain tu la déchires. ln VADIUS. 4 Oui, vui, je te renvoio à l’auteur dos satiros, (à TRISSOTIN. k Je t’y renvoie aussi. 3 VADIUS. ;
J'ai le contentement Qu'on voit qu’il m'a traité plus honorablement,. Il me donne, en passant, uno atteinte légère, Parmi plusieurs auteurs qu’au palais on révère ; Mais jamais dans ses vers il ne te laisse en paix, Et l'on t'y voit partout être en butte à ses traits, TRISSOTIN.
C’est par ià que j'y tiens un rang plus honorable. Il te met dans la foule ainsi qu’un miséruble ;
Il croit que c’est assez d’un coup pour t’accabler, Et ne t'a jamais fait l'honneur A redoubier ;
ire ?
CE EST EN ren ee : NE
Mais il m’'attaque à part commo un noblo adversaire, Sur qui tout son effort lui semble nécessaire ;
Et ses coups, contre moi redoublés en tous lieux, Montrent qu'il no se croit jamais victorieux.
VADIUS
Ma plume t’apprendra quel homme je puis être. TRISSOTIN.
Et la mionne saura te faire voir ton maitre.
VADIUS, Jo te défie en vers, prose, grec et latin | TRISSOTIN, Hé bien, nous nous verrons seul à seul chez Barbin | Mozière
No 42.—Petite Violette
FABLE Potite violette, un jour, venait de naîtro Sur lo bord d’un ruisseau, dans un vallon caché, Quand elle dit, mettant lo nez à la fonêtre : Bolle fleur! j'ai le front vers la terre penché...
Qui le saura ? personne; ©! 14, prés de cette o ide,
Qu'est-co que je verrui? ris u tout, —{Et los fieurs Sont faites pour le monde...
C'est done raison d'aller prendro racino ailleurs.
Tout en parlant ainsi, petite violette,
Avec los petits doigts de sa petite main,
Tire sos potits pieds du sol, fuit sa toilette, Et so mot en chemin,
« La montagne, au front bleu, qui dans l'airse dessine Mo conviendrait, dit-elle. A son premier plateau Si jo pouvais attoindre, oh! ce scrait bien beau | Et je verrais du monde un bon morceau !… C’est donc raison d'aller prendre, là-haut, racine.»
1 AS SNS A Avi UE pivaiuiv
Petite violette a, d’un agilo pas,
Gravi le monticule au soleil qui le dore;
Mais, à poine installée, elle n’y trouve pas Son compte; et soupirant encore:
« D'ici l'on ne voit pas grand’chose ; --il me faut tout, Ah... du second plateau, je pourrais, j'imagine,
Voir le monde, et cela, de l’un à l’autre bout.
C'est donc raison d'aller prendre, plus haut, racine.»
Sitôt dit, sitôt fait.— Par l’orago et le vent, Petite violetto enflammée, intrépide, Monte la côte plus rapide ; Le voyage est déjà plus dur qu'auparavant.
Toutefois, la voici bien ou mal arrivant Sur le second plateau, que baigne un lac limpide. Mais, à peine installée: « Ah! dit-elle, d'ici Je n’aperçois lo monde encor qu’en raccourci |
C’est du dernier sommet, qui perco et qui domine Les grands nuages entr'ouverts, Que l’on peut voir tout l'univers !.….
C’est donc raison d'aller y prendre entin racine. »
Et, sans plus réfléchir à rien, Comme sous l’aiguillon d’une voix qui l'appelle, Notre folle, en deux temps, se remet de plus belle À s0n voyago aérien.
La routo est, cotte fois, bien autrement mauvaise; Pour mieux dire, il n’est plus ni routes ni sentiers. Petite violette éprouve un grand malaise :
Ella rotouvnerait sur ses pas volontiers.
Mais elle a comme le vertige, Mais la tête lui tourne ; .… alors Se haussant aux derniers efforts, Par une sorte de prodige Elle arrive, le cœur bien gros, le corps bien las, Sur ce pic, noble but de ses vœux ; —mais hélas! Plus de terre, pas une mousse ; Le sol est un granit aride, où rien ne pousse ;