‹ Cours de lecture à haute voix ou Leçons pratiques de lecture française et de prononciation, préparées spécialement pour les écoles canadiennes [microforme]Chapitre 48 sur 75 · TE PA ANR EU : SR · texte numérisé non relu

TE PA ANR EU : SR

Un vent glacial souffle autour avec fureur, Et l'horizon n’est plus qu'une brumeuso horreur. Petite violette, au bruit des avalanches, Tremble de froid et de terreur Dans toutes ses petites branches ; Elle met sa tête à couvert Sous son potit tablier vert; Ses petites mains s'alourdissent, Sos potits pieds se gonflent, s'engourdissent, | Elle se prend à pleurer. Tout le bleu De sa petite jouo a päli peu à pou; Et ses pleurs, desséchés sur place, Y pendent en lambeaux de glace, Enfin, dans l'ouragan se perd un petit cri :

« Que ne suis-je restéo aux bords où j'ai fleuril»

Petite violette épuisée, et qui souffre Tout ce qu’une fleur peut souffrir,

Se tait, raidit sa tige et roule. et dans un gouffre Elle achève enfin de mourir.

As-tu dans le vallon une calmo chaumine, Trois arbres au soleil ?... C’est tout co qu'il te faut ; Ne cherche pas à t'en ailer plus haut, Tu ne ferais qu'élever ta ruine.

ÉMILE DescHamps,

No 43.—Le Chêne et le Roseau FABLE

Le chêne un jour dit au roseau :

Vous avez bien sujet d’accuser la nature ; Un roitelet pour vous est un pesant fardeau :

Le moindre vent qui d'aventure

Fait rider la face de l'eau,

Vous oblige à baisser la tête ; Cependant que mon front, au Caucase pareil, Non content d'arrêter les rayous du soleil,

Brave l'effort de la témpéête.

Tout vous ést aquilon, tout me somble zéphyr. Encor si vous naissiez à l'abri du feuillage Dont je couvre le voisinage, Vous n’auriez pas tant à souffrir ; Je vous défendrais de l'orage :

Mais vous naissez le plus souvent Sur les humides bords des royaumes du vent.

La nature envers vous me semble bien injuste, Votre compassion, lui répondit l’arbuste, Part d’un bon naturcl; mais quittez ce souci : Les vents me sont moins qu’à vous redoutables f Je plie, et ne romps pas. Vous avez jusqu'ici Contre leurs coups Cpouvantables Résisté sans courber le dos ; Mais attendons la fin. Comme il disait ces mots, Du bout de l'horizon «ccourt avec furio Le plus terrible des enfants Que le nord eût portés jusque-là dans ses flancs, L'arbre tient bon, le roseau plie.

Le vent redouble ses efforts, Et fait si bien qu'il déracino Celui de qui la tête au ciel était voisine, Et dont les pieds touchaient à l'empire des morts. La FOonNTAINg.

No 44,—Le Roi des Aulnes

BALLADE (GŒTHK)

Qui donc passe à cheval dans la nuit et le vent!

C’est le père avec son enfant.

De son bras crispé de tendresse,

Contre sa poitrine il le presse,

Et de la bise il le défend.

—“ Monfils, d’où vient qu’en mon sein tu frissonnes ? ” —# Mon père, là, vois-tu lo roi des aulnes,

‘ Couronne au front, en long manteau ? ”

—( Mon fils, c’est un brouillard sur l’eau.

—“ Viens, cher enfant, suis-moi dans l’ombre ; “ Je t’'apprendrai des jeux sans nombre;

ai de magiques fleurs et des perles encor;

“ Ma mére à do beaux habits d'or." cest ‘ N’entends-tu point, mon père (oh! que tu to dépè- ‘ Ue que le roi : me promet tout bas ?’ —“ Endors-toi, ; r lils, et ne t’agite pas

“C'est le vont qui bruit parmi les fouilles sèches.” —" Veu nvenir, mon bel enfant? oh ! ne crains rien | “ Mes filies, tu verras, to soigneront si bien!

“ La nuit, mes filles blondes

‘ Mènent les molles rondes,

“ Elles te berceront,

“ Danserc !, chanteront 1... ”

—" Mon père, dans les brumos grises

“ Vois ses filles en cercle :ssisest ”

—% Mon fils, mon fils, j'aporçois soulement

‘© Les saules gris aux bords des flots dormant."

—“ Je t'aime, toi. jo suis attiré par ta grâce |

“ Viens, viens donc! un refus pourrait t'être fatal |”

—“ Ah! mon père, mon père! il me >rend...il m'em- ‘ Lo roi des aulnes m’a fait mall” [brasse,

Et lo père frémit et galope plus fort,

Serrant entre ses bras son enfant qui sanglote...

Il touche à son manoir; son manteau s'ouvre et flotte Dans res bras l'enfant était mort

Émice Descnaups

No 45.—Le Château de cartes

Un bon mari, sa femme, et deux jolis enfants, Coulaient en paix leurs jours dans le simple héritage Où, paisibles comme eux, vécurent leurs parents, Ces époux, artageant les doux soins du ménage, Cultivaient leur jardin, recueillaiont leurs moissons ; Et le soir dans l'été, soupant sous lo feuillage,

Dans l'hiver, devant leurs tisons, Us prêchaient à leurs fils la vertu, la sagesse, Leur parlaient du bonheur qu’elles donnent toujours :

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Le père par un conte égayait ses discours, La mère par une caresse.

L'ainé de sec enfants, né grave, studieux, Lisait et méditait sans cesse ; Le cadet, vif, léger, mais plein de gentillesse, Sautait, riait toujours, ne se plaisait qu'aux jeux. Un soir, selon l’usago, à côté de leur père, Assis près d’uno table où s'appuyait la mère, L'aîné lisait Rollin: le cadet, peu soigneux D'apprendre les hauts faits des Romains et des Parthes, Employait tout son art, toutes ses facultés, À joindre, à soutenir par les quatre côtés, Un fragile château do cartes ; Il n’en respirait pas d'attention, de peur.

Tout â,coup voici le lecteur Qui s’interrompt: “ Papa, dit-il, daigne m’instruire Pourquoi certains guerriers sont nommés conquérants, Et d’autres fondateurs d’empire ?

Ces deux noms sont-ils différents ? ” Le père méditait une réponse sage, Lorsque son fils eadet, transporté de plaisir. Après tant de travail, d’avoir pu parvenir À placer son second étage, S'écrie: “il est fini! ” Son frère, muüurmurant, Se fâche, et d’un seul coup détruié son long ouvrage; Et voilà le cadet pleurant.

# Mon fils, répond alors le père, Le fondateur, c’est votre frère, Et vous êtes le conquérant.” FLorIAN,

No 46.—Le Lion et le Moucheron

Va-t’en, chétif insecte, excrément de la terre! C’est en ces mots que le lion Parlait un jour au moucheron.

L'autre lui déclara la guerre.

Penses-tu, lui dit-il, que ion titre de roi

truire 1érants,

1VrAge ;

ORIAN,

Mo fasse peur ni me soucie ?

Un bœuf est plus puissant que toi;

Je le mène à ma fantaisie.

À peine il achevait ces mots,

Que lui-même il sonna la charge,

Fut le trompette et le héros.

Dans l'abord il se met au large ;

Puis prend son temps, fond sur le-cou

Du lion, qu’il rend presqne fou.

Le quadrupède écume, et son œil étincelle :

Il rugit. On se cache, on tremble à l’environ :

Et cette alarme universelle

Est l'ouvrage d’un moucheron.

Un avorton de mouche en cent lieux le harcelle ; Tantôt pique l’échine, et tantôt le museau,

dantôt entre au fond du naseau.

La rage alors se trouve à son faîte montée.

L'invisible ennemi triomphe, et rit de voir Qu'il n'est griffe ni dent en la bête irritée Qui de la mettre en sang ne fasse son devoir. Le malheureux lion se déchire lui-même.

Fait résonner sa queue à l’entour de ses flancs, Bat l’air, qui n’en peut mais ; et sa fureur extrême Le fatigue, l’abat: le voilà sur les dents.

L’insecte, du combat, se retiro avec gloire : Comme il sonna la charge, il sonne la victoire, Va partout l’annoncer, et rencontre en chemin

L’embuscade d’une araignée:

Il ÿ rencontre aussi sa fin.

Quelle chose par là nous peut être enseignée ?

J’en vois deux, dont l’une est qu'entre nos ennemis

Les plus à craindre sont souvent les plus petits;

L'autre, qu'aux grands périls tel a pu se soustraire, Qui périt pour la moindre affaire.

La FONTAINE.

No 47.—Le Loup et l’Agneau

La raison du plus fort est toujours la meilleure : Nous l’allons montrer tont à l'heure.

. Un agneau se désaltérait Dans le courant d'une onde pure.

Un loup survient'à jeun, qui cherchait aventure, Et que la faim en ces lieux attirait.

Qui to rend si hardi de troubler mon breuvage ? Dit cet animal plein de rage :

Tu seras chatié de ta témérité.

Sire, répond l'agneau, que Votre Majesté Ne se mette pas en colère ; Mais plutôt qu’elle considère Que je me vas désaltérant Dans le courant, Plus de vingt pas au-dessous d'elle ; Et quo, par conséquent, nn aucune façon, Je ne puis troubler sa boisson.

Tu la troubles, reprit cette bête cruelle ; Et je sais que de moi tu médis l’an passé.

—Commeni l'aurais-je fait si je n'étais pas né? Reprit l'agneau; je tette encor ma mère.

—$i ce n’est toi, c’est donc ton frère. -— Je n’en ai point.--C’est donc quelqu'un des tiens ; Car vous ne m'épargnez guère, Vous, vos bergers, et vos chiens.

On me l’a dit: il faut que je me venge.

Là-dessus, au fond des forêts Lo loup l'emporte, et puis le mange, Sans autre forme de procès.

La FONTAINE.

No 48.—Le Singe qui montre ia Lanterne magique

Messieurs les beaux esprits, dont la prose et les vers Sont d’un style pompoux et toujours admirable, Mais que l'on n'entend point, écoutez cette fable,

Et tâchez de devenir clairs.

lleure :

xs tions ;

'ONTAINE.

nagique

les vers ble, able,

Un homme qui montrait la lanterne magique Avait nn singe dont les tours Attiraient chez lui grand concours ; Jacqueau (c'était son nom) sur la corde élastique Dansait et voltigeait au mieux, Puis faisait le saut périlleux, Et puis, sur le cordon, sans que rien le soutienno, Le corps droit, fixe ct d’aplomb, Notre Jacqueau fait tout du long L'exercice à la prussienne, Un jour qu’au cabaret son maitre était resté (C'était, je pense, un jour de fête), Notre singe en liberté Veut faire un coup de sa tête.

Il s’en va rassembler les divers animaux Qu'il peut rencontrer dans la ville ; Chiens, chats, poulets, dindons, pourceaux Arrivent bientôt à la file.

— Entrez! entrez! messieurs, criait notre Jacqueau ; C'est ici, c’est ici qu’un spectacle nouveau Vous charmera gratis. Oui, messieurs, à la porto On ne prend point d'argent; je fais tout pour l’hon- À ces mots chaque spectateur [neur.

Va se placer, ot l'on apporte La lanterne magique ; on ferme les volete ; Et, par un discours fait exprès, Jacqueau prépare l'auditoire, Ce morceau, vraiment oratoire, Fit bâiller; mais on applaudit.

Content de son succès, notre singe saisit Un verre peint, qu'il met dans sa lanterne.

11 sait comment on le gouverne, Et crie en le poussant :—Est:il rien de pareil ! Messieurs, vous voyez le soleil, Ses rayons et toute sa gloire.

Voici présentement la lune, et puis l’histoire D'Adam, d’Eve et des animaux...

Voyez, messieurs, comme ils sont beaux !

Voyez la naissance du monde ;

Voyez... Les spectateurs, dans une nuit profonile, Lcarquillaient leurs yeux et ne pouvaient rien voir, L'appartement, le mur, tout était noir,

—Ma foi, disait un chat, de toutes les merveilles Dont il étourdit nos oreilles, Le fait est que je ne vois rien.

—Ni moi non plus suit un chien.

—Moi, disait un dindon, je vos bien quelque chose ; Mais, je ne sais pour quelle cause, Je no distingue pas très bien.

Pendant tout ce discours, le Cicéron moderne, Parlait éloquemment et ne se lassait point.

- Il n'avait oublié qu’un point, C'était d'éclairer sa lanterne.

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