‹ Cours de lecture à haute voix ou Leçons pratiques de lecture française et de prononciation, préparées spécialement pour les écoles canadiennes [microforme]Chapitre 54 sur 75 · O. CRÉMAZIE · texte numérisé non relu

O. CRÉMAZIE

No 55.—Les petits Enfants A M. L’ABBÉ SLILLANT

Car celui d’entre vous tous qui est le plus petit, o’est celui-là qui sora grand, Samwr-Luo, 0. Lx, v. 48.

Bords aimés du Jourdain, Liban siloncieux, Cèdres contemporains de nos premicrs aïeux, Bethsaïde, Emmaüs, lac de Ti ériade,

Votre aspect rajeunit mon cœur vioux et maladol Après quatre-vingts ans ici je me revois ;

Voici les grands palmiers, aussi vorts qu'autrefois, Et le noir térébintho, et les ondes sonores

Où les femmes, le soir, remplissaiont leurs amphores. Et c’est là qu'il s’assit à l'ombre du figuier,

Que sur le roc bruni je le vis s'appuyer ;

C’est là, je me souviens! ”

Ainsi, d’une voix lente, Un vieillard, accablé par la chaleur brûlante, Parlait et s'arrêtait, regardant le pays, Et le lac, et les monts, et les champs de maïs.

Au détour du chemin un figuier séculaire,

Debout sur le penchant d’un coteau circulaire,

D'où les yeux embrassaient un immense horizon, Etendait ses rameaux sur un sombre gazon.

Ces lieux, chers : : vieillard, faisaient dans ga ponsée Vibrer les souvenirs d’une époque effacée ;

Car sous l'arbre aux doux fruits sitôt qu’il arriva,

Fi prononça tout haut le nom de J éhova,

tt, tombant à genoux, frappa du front la terre.

Des enfants qui jouaient dans ce lien solitaire, N'osant à son aspect ni courir ni crier,

Avec étonnement le regardaient prier,

L'un, immobile, fixe et la main entr'ouverte,

A vait laissé tomber une datte encor verte,

Et semblait tout surpris qu’on pût être aussi vieux ; Un autre, plus craintif et non moins curieux, Blotti dans un buisson, passait sous une branche, Comme un fruit déjà mur, sa tête rose et blanche ; Les autres n'avaient point suspendu leurs ébats, Un plus petit riait et lui tendait les bras 3

Car le vieil étranger brillait de bienveillance,

Et d'ailleurs la vieillesse est la sœur de l'enfance.

Or, lentement, un doigt sur les lèvres placé,

Le plus âgé de tous vers lui s’est avancé ;

Un autre à pas furtifs l'a suivi par derrière. Cependant le vieillard, terminant sa prière,

Se relève et s’assied au pied du rocher gris, Regarde les enfants avec un doux souris,

Et doucement leur dit: « Venez, petits farouches, Que je ne chasse pas la gaité de vos bouches ;

En vous voyant joyeux, enfants, il me souvient Que js fus comme vous, et la paix me revient, ”

Les enfants à sa voix reprennent de l'audace Et l'entourent bientôt. L'un d’entre eux, avec grâce:

“Quoi donc, vous, lui dit-il, vous si vieux et si grand, Vous étiez comme nous jeune et toujours courant ? Ces temps-là sont bien loin!

‘Les pères de vos pères Etaient mes compagnons, mes amis et mes frères,

“Mais alors de ces temps il ne vous souvient plus ?

“— Depuis quatre-vingts ans ces jours sont révolus ; Quatre-vingts fois depuis, au soufile de l'automne, Les arbres de ces monts ont jeté leur couronne ; Tandis que j'ai vécu, seul, sous les cèdres verts,

Priant et contemplant Dieu dans son univers.

Pourtant il me souvient qu'autrefois, sous cette ombre, Lorsque j'étais enfant, nous venions en grand nombre. Un jour, sous un soleil chaud comme clui-ci,

Nous jouions comme vous, beaux ot joyeux aussi, Lorsqu'apparut, suivi par une foulo immense,

Un hommo jeune encore; il marchait en silence, Et, lorsque sur la route il s’arrètait parfois

Pour parler à ces gens attentifs à sa VOIX,

La foule s'inelinaié en lui rendant hommage, Comme devant Dieu même ou sa vivante image.

L'an de son manteau brun voulait toucher le bas, L'autre baiser la place où s'imprimaient ses pas; Tous l’entouraient d'amour: c’est qu'aussi sa figure Ray'ounail sous le jour d’une bonté si pure |

Ses grands youx bleus si doux, son sourire sans tiel, Ses longs cheveux dorés comme un rayon de miel,

À nos regards surpris l’entouraient d’auréoles. Quand ses lèvres s’ouvraient pour de saintes paroles, Sa voix alk:it au cœur des peuples abattus:

Et sa beauté, c'était la splendeur des vertus.

Or, cet homme divin, c'était celui qu'on nomme Jésus, qui so disait alors le Fils de l'Homme !

‘“ Que de fois l’avait-on exalté jusqu’au ciel,

Ce prophêto inspiré, ce nouveau Daniel, :

Qui, par Dieu même instruit dans les saints tabernacles, ’arcourait la Judée en semant des miracles ;

Qui disait à l’aveugle : “ Ouvre les yeux et vois!” Au paralysé: Marche!" au sourd : Entends la voix!” Qui commandait aux verts, À l'onde, à l’enfor même, Et réveillait les mors de leur sommeil suprême |

IL s’assit Jà1 Nous tous ardents à l’approcher,

Nous courions; mais la foule obstruait le rocher,

£t chacun s’opposait à nous avec rudesse.

IL nous vit, et, voulant aïller notre faiblesse,

Tourna vers nous ses yeux tendres et triomphants:

‘ Laissez venir à moi tous cos petits enfants: “Ne les empêchez point, dit-il, d'un ton modeste ;

“ Car le royaume saint de mon père céleste

‘“ Est pour tous ces petits qui m’aiment, et pour ceux ‘Qui possèdent un cœur candide et pur comme eux; “ Et du banquet divin nul no sera convive

“S'il n’a point d'un enfant la pureté naïvo.

‘ En vérité, c'est moi, c’est moi qui vous lo dis,

“ Si quelqu'un scandalise un seul de ces petits,

“Il vaudrait mieux pour lui qu'une main meurtrière “ À son cou suspendit une meule de pierre

“ Et qu'au fond de ce lac il fût précipité;

‘© Car il sora maudit pendant l'éternité.

‘“ Mais quiconque en mon nom les accueille et los aime, ( Celui-là mo reçoit ot mo chérit moi-même. ”

“ Ayant ainsi parlé, sur nos fronts réunis

IT étendit'la main et dit: “ Soyez bénisl ”

Et puis me choisissant, lo Rédempteur du monde Couronna d’un baiser ma tête rose et blonde. ”’

Les enfants souriaient au récit du vieillard, Quand des gens du pays | ar hasard, Tandis qu’il annonçait à la troupe docile

Les préceptes divins écrits dans l'Evangile, Avec impatience ils l'avaient écouté ;

Et, lorsqu'il eut fini, d’un ton plein d’âpreté :

“ Que nous veut, dirent-ils, ton Christ et son histoire ? Nos enfants ne sont pas d’un autro Âge, pour croire Aux prodiges menteurs d’un vil crucifié|

‘— Hélas! dit le vieillard, vous l'avez renié : Cepondant, de vos fils n’écartez pas sans cause

La bénédiction que ma main lour impose :

Car la bouche du Christ a placé sur mon front

Un signe que jamais les ars n'effaccront ÿ

Car les vœux d’un vieillard ne sont jamais funestes, Et ma voix peut monter jusqu'aux parvis célestes.”

Mais eux, sans respecter cet homme surhuinain, Arrachaient icurs enfants à sa tremblante main Et de lui s’éloignaient en haussant les épaules.

ceux eux;

rière

ire ?

re

Le vieillard descend't par le chemin des saules, Longeant les bords du lac, lentement, pas à pas, Sans maudiro ces gens qui ne comprenaient pas. C’est qu'il avait appris, par le fils de la femme,

A souffrir sans courroux l'affront le plus infâme ; Et tout vioux qu'il était, pauvre, sans fou ni lieu, Il était grand et fort, car il croyait en Dieu. BLANCHEMAIN.

No 56.—La Moisson des fleurs

Bouton doré, liseron bleu Lis odorant, pivoine rose, Depuis longtemps je vous arrose :

Aujourd’hui tombez pour mon Dieu |

O bonheur! Celui qui nous donne Son grand soleil au firmament, Permet à la main d’une enfant De lui donner une couronne |

Tombez! tombez! puisque demain Dieu traversera le village.

Il faut des fleurs sur son passage, Il n’en faut plus dans le jardin.

Vous, mignonnes, sous un brin d'herbe Ne cachez pas votre blancheur.

Ignorez-vous que le Seigneur

À préféré l’humble au superbe ?

Argentine, le divin Roi

T'a-t-il fait d’un souffle d'ange ?

Quels doigts ont découpé ta frange ?

O marguerite, dis-le moi.

Et puis, demain, si les fidèles, Mes fleurs, vous foulent sous leurs pas, Que vous importe, n'est-ce pas ?

Jésus sait ” “a vous êtes belles.

T1 le sait, Lui qui fait de vous Des étoiles dans la verdure, À la rivière une bordure,

Au bras de l'arbre des bijoux ;

Lui qui, sous une feuille abrite De vos fronts le modeste éclat, Lui qui donne un pied délicat À l'abeille qui vous visite ;

Lui qui, dans votre sen vermeil, Goutte à goutte verse la pluie, Puis, quand vous avez bu, l’essuie Aveo un rayon de soleil.

En son éternelle mémoire

Rien ne s’efface. .. il saura, Lui!

Combien d’aurores auraient lui Sur vos front fanés pour sa gloire.

Mes fleurs, il saura quelles mains Pour lui détachent vos corolles, Quel cœur y verse des paroles, Des baisers pour ses pieds divins.

Car ce Roi, ce maître née Dont la voix fait mugir Ia mer, Passer le vent, luire l'éclair, Celui que tout adore... Il m'aime!

Il m'aime! oh ! que n’ai-je existé Lorsque, dans sa bonté profonde, Il vint pour visiter le monde

Du sein d son éternité!

Lorsque, touché de nos faiblesses, Il allait semant ses leçons, Donnani aux hommes des pardons, Aux petits enfants des caresses

oux Carillon, du haut des tours, Mêle aux parfums de ma couronne

Ta voix qui chanto et qui résonne, Car il est avoo nous toujours,

Son divin regard nous préfère

A la fleur, à l'astre de fou,

Tout l'univers lui dit : Mon Dieu Et nous l’appelons: Notre Père,

Chaque être recoit tour à tour

Les bienfaits que sa main disperse, Mais au fond de mon âme il verse.

Tous les rayons do son amour.

Ab! qu'aucun péché ne la voile!

Qu'elle soit devant le Seigneur Odorante comme une fleur, Lumineuse comme uno étoilel

Roses, tombez! pa demain Dieu traversera le village, Il faut des fleurs sur son passage, Il n’en faut plus dans le jardin.

Mantx JExua.

No 57.—La Mère du Missionnairée

Tu vas partir, André... jusqu'à l’heure dernière, Conserve sur ton front cette céleste ardour, No sois pas contristé des larmes de ta mère ; Si je pleure en ce jour, oh! va, c’est de bonheur.

En les voyant, ces pleurs, ils disaient : Pauvre femme Son amour n’a pas su le retenir, hélas!

Moi, sans lever les yeux, jo disais en mon âme: Taisez-vous ! laissez-moi! vous ne comprenez pas!

Oui, mon âme s'élève en ce moment suprême;

Oui, je me sens heureuse et forte... à mon Sauveur Jo poux donc aujourd’hui donner plus que moi-m°:: | Si je ploure, mon fils, oh! va, c’est de bonheur.

Et Lam la grâce enflamme ia nature; Quand tout petit enfant tu bégayais ioi,

Quand tu n'étais qu'à moi, jamais je te le jure, Ta mère, ô mon André! n’a su t'aimer ainsi.

Va, sans que rien t'arrête, où le Maître t'envoie. Seigneur, c'est tout mon bien : e’cst mon unique enfant; Il fut pendant trente ans mon orguoil et ma joie; Mais vous lo demandes. sa mère vous le rend,

Nul souffle n’a terni sa robe d'innocence ;

Le voilà devant vous, disciple obéissant,

Et plus cher à vos yeux qu'aux jours de son enfance; Il vous donnait son cœur, il vous offre son sang :

Il s'en va. sa présence aujourd'hui m'est ravie; Mais il est tout à vous. je sais qu’il est heureux. Pour vous le conserver j'aurais donné ma vie,

Et son zèle d’apôtre a dépassé mes vœux.

Mon fils, il est au loin des cœurs où l'enfer sème

Le mensonge et la mort ; ils sont bien malheureux... Îls vivent sans amour! et la souffrance même

Vers un Dieu tout-puissant ne sait lover les Joux.

Porte-leur en ton sein la grâce et la prière ; Sois la voix qui console et la main qui guérit, Sois, dans la nuit profonde, un vase de umière, Et que Satan recule au nom de Jésus-Christ.

La fatigue et le froid t’accableront peut-être; Tu souffriras, mon fils... et je n'y serai Er Mais celui que tu sers est un généreux Mritre Et lui-même à nous suivre a atigué ses pre.

En leurs sombres cachots si la haine t'envoie, S'ils dressent leurs bûchers, oh! que mon souvenir No mêlo pas une ombre à ta céleste joie

Si tu meurs pour la foi, si mon fils est martyr,

J'irai, ‘exuunt l'oreille aux paroles humaines, Cache: : :3 !: lieu saint mon trésor glorieux ; Sans étendre plus rien du bruit des choses vaines.

J'irai, les pieds sur terre ot le cœur dans les cieux,

UXs.

En ces peys lointains que ne puis-je te suivre,

Pour l'ho

nneur de mon Dieu m’exiler comme toi!

Que m'importe à présent de mourir ou de vivre ?

Mais vois

.… l'heure s'avance.. 6 Dieu, soutenez-moi !

Qu'une minute encore en mes bras je te tienne Sens battre sur ton sein le cœur qui te chérit.., Puis maintenant laissez uno fommo chrétienne

iser vos pieds sacrés, prêtre de Jésus-Christ!

Mani Jenna.

No 58.—Le Jour des Morts

J'allais par le sentier de mousse,

Et

J’allais; e’était la nuit dos morts,

les vents, devenus moins forts,

Laïssaient parler la cloche douce.

Je

m'arrêtai, car j’entendis,

Au détour même de l'allée Une voix tremblante et voilée Qui murmurait : De profundis.

Quelle est cette voix ? je frissonne;

Mo

n œil cherche de toutes parts,

Mais rien ne s'offre à mes regards :

J'ai beau me détourner, —personne |— Je repris ma route en rêévant

Le

sein plus froid, le front plus blème,

Et mes deux lèvres d’elles-même Prononçaient le verset suivant.

J'achève et la voix continue Par les mots qui viennent après.

Me voilà donc marchant auprès D'une voyageuse inconnue.

Quand la voix sourde finisssait

Sur

un ton que je ne peux rendre,

Ma voix se hâtait de reprendre Le psaume à son autre verset.

JG VO

Et puis, à travers le feuillage,

&is une étoile d'or,

Dont le regard plus doux encor

Sem

blait caresser mon visage,

C'était, dans l’espace éternel,

Le seul rayon qui vint à l’âme, La seule pe et blanche flamme Qui peuplét les déserts du ciel.

Personne &x sentier solitaire :— | Le vent seul y soufflait perfois, Le Et la chevelure des bois Flottait avec grâce et mystère.

Les halliers étaient pleins d’effroi,

Comme ils le sont durant l'automne:

Personne dans les champs, personne

Que ce qui parlait près de moi.

Et tout en gravissant la côte, Le psaume avançait vers sa fin; Et je frissonnais en chemin,

Car la voix devenait plus haute:

Et par delà les bois touffus Qu’une brise légère penche, J’apercevais l'étoile blanche Qui scintillait de plus en plus.

Enfin au bout de la clairière,

À l'endroit même où les ormeaux Sont plus dépouillés de rameaux, J'arrive à la strophe dernière:

C'était près d'un tertre jauni.

La strophe est à peine achevée, Qu'un cri part: “ Ah ! je suis sauvée; “ Mon Rédempteur, soyez béni!"

Et tout rentra dans le silence,

Les hommes comme les esprits;

Et moi dans mon cœur je compris

Que c'était une âme en souffrance.

Je m'éloignai, mes pas moins lourds

Ne faisaient plus sonner la terre:

J'allais disant une prière,

Et la cloche tintait toujours, F

mr À: FAMRS HE fat PÉRAREL

No 59.—Le Chant du Mort

Placez-moi sans bruit dans ma bièrel Près d’ici se trouve ma mèro ;

Elle vous entendrait.……. marchez, m Et cachez-lui jusqu’au bruit de voa pas |

Allons, de ce linceul couvrez moi le visago { Laissez un pen d'espace à mon corps décharné. Surtout no m'ôtez point çct anneau, tendre gage Qu'un soir de ce printemps Elise m'a donné.

Pius doucement clouez ma bière!

Près d'ici se trouve ma mère :

Elle vous entendrait.….. fr Et cachez-lui jusqu’au bruit de vos pas |

L'homme à tort s’épouvanto, et la mort est facilo. C'était la nuit dernière ; un pénible sommeil Avait de ses terreurs lassé mon corps débile, Et j'appelai ma garde au moment du réveil.

Plus doucement clouez ma bière!

Près d'ici repose ma mère !

Elle vous entendrait.….. frappez, frappez plus bas; Et cachez lui jusqu’au bruit de vos pas

Je lui montre du doigt ma lèvre desséchée ; À mon plaintif soupir elle accourut soudain ; Chercha le frais breuvage, et ma tête penchée Aspirait la boisson que me tendait sa main.

Plus doucement clouez ma bière |

Près d'ici repose ma mère É Elle vous entendrait..…...frappez, frappez plus bas: Et cachez-lui jusqu’au bruit de vos pas!

Ma bouche avait déjà pressé los bords du verre,

Quand je sentis mes os d’un froid mortel atteints;

Je sentis se voiler mon humide paupière,

Et loin du jour naissant tournai mes yeux éteints. Plus doucement clouez ma bière

Près d'ici repose ma mère ;

archez plus bas ;

ppez, frappez plus bas;

Elle vous entendrait…..frappez, frappez plus bas: Et cachez-lui jusqa’au bruit de vos pas!

C'était l'heure où lo jour commençait à paraître, Ma lampe ne jetait qu’un éclat incertain ; Et le peuple en chantant passait sous ma fenêtre, Et tout se préparait au travaux du matin.

Plus doucement clouez ma-bière !

Près d'ici repose ma mère ; Elle vous entendrait.…...frappez, frappez plus bas ; Et cachez-lui jusqu’au bruit de vos pas!

Un siècle de pensers remplit alors mon âme :

Une invincible main ferma bientôt mes yeux :

Je me sentis porté sur des ailes de flammo..………. Mon âme, libre enfin, se trouva dans les cieux. Plus doucement cloucz ma bière !

Près d'ici repose ma mèro ; Elle vous entendrait……frappez, frappez plus bas; Æt cachez-lui jusqu’au bruit de vos pas!

Ma mère cependant poussa des cris funestes, Des pleurs et des baïsers couvraïent mon corps glacé; Moi jo pleurais déjà dans les voûtes célestes, Et sur des tœurs-amis mon cœur était pressé,

Plus doucement clouez ma bièro !

Près d'ici repose ma mère ; Elle vous entendrait.….frappez, frappez plus bas; Et cachez lui jusqu’au bruit de vos pasl

Quand on brûlait des morts la dépouille chérie, On ne livrait qu’une ombre à l’horreur du cercueil. Notre cendre dans l’urne avec soin recueillie, Restait près des vivants et consolait le deuil. Doucement soulevez ma bière !

Près d'ici se trouve ma mère ; Elle vous entendrait..…… marchez, marchez plus bas ; Ma mère, adieu! je ne reviendrai pas!

Léon HALÉvy.

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