BALLADE
Dans la fraicheur de l'innocence, À cet âge où, bravant lo sort,
La vie a touto sa puissance,
Un enfant comprend-il la mort ?
Je vis une petite fille Au village, un jour de printemps ; Brune, vivo, fraîche et gentille, Elle avait peut-être huit ane.
Sa grâce simple et naturelle,
Sous son unique vêtement,
L’éclat de sa noire prunelle, Formuient un ensemble charmant,
‘ Frères et sœurs, dis-moi, ma belle, Combien êtes-vous en ces lieux ?
Nous sommes sept,” répondit-elle, En levant sur moi sos grands yeux,
ne
# Demeurez-vous tous en famille ?
Elie compta ses doi:ts en l'air.
‘“ Deux de nous habitent la ville, Deux autres sont purtis sur mer,
‘“ Jeanne et Jean dans lo cirietière Depuis longtemps dorment tous deux ; Avec ma mère, à la chaumièro
Là-bas, je domeure près d'eux.—
‘# Deux de vous habitent la ville, Deux autres sont en mer, fort bien ;...
Muis penses-tu, petite fille,
Qu'à ton compte il ne manque rien ? "
Elle parut un peu surprise.
‘# Nous sommes sept, dit-elle après, Deux de nous (m'’avez-vous comprise ?) Sont couchés sous lo vieux cyprès.—
Cherche à m'expliquer ce mystère.
Toi tu cours, tu vis sûrement,
Mais deux de vous sont dans la terre :
Vous êtes donic cinq seulement ?—
“ Lours petites tombes sont vertes, C’est un vrai plaisir de les voir ; Et de nos fenêtres ouvertes
Vous pouvez les apercevoir.
‘“ Souvent je porte mon ouvrage Auprès de leurs saules déserts ; Là, je travaille sous l’ombrage, Et je leur chante de beaux airs.
‘ Avant de dormir dans ma couche.
J'y vais souvont aussi m’asscoir, Pour voir le soleil qui se couche, Et manger mon repas du soir.
“ Jeanne nous quitta la première ;
= fÿi
Après bien des cris anporflus, eu l’entendit ; dans sa chaumière Un jour eile ne pleura plus.
# On lui fit un lit funéraire,
Et sur un gazon frais et beau, J'allais souvent avec mon frère Jouer autour de son tombeau.
“ Quand la neige couvrit la terre, Nous devions courir et glisser :
Mais sous le cyprès solitaire
Près de Jeanne on vint le placer.
‘ Combien donc êtes-vous, ma bello, Si ces deux-là sont dans les cieux ?— Nous sommes sept en tout, dit-elle Levant de nouveau sos grands yeux.—
“ Mais ils sont à présent des angos, Ils sont morts, ils sont avec Dieu ; Dans le ciel chantant ses louange, À ce monde ils ont dit adiou. ”
Mots perdus ! la petite fille,
Fidèle à son raisonnement
Me répondait d'un air tranquille:
“ Nous sommes sept, oui sept vraiment, ”
FOoNTANEZ.
No 53.—Rome est à Diou ODE Habitat Deus. Vina. (inéid).
La nuït sur le Kiento jetait son voile sombre
Seul, au milieu des siens qui reposaient dans l'ait. Ere, Le vainqueur orgueilleux de son futur destin, Voillait EN sur lo seuil de sa tente,
Accosant et la nuit et l'aurore trop lente
À ramener le lendemain.
um 292 —
# O nuit, hâte ton cours! Demain au Capitole lcole; “ Doit monter triomphant l’heureux vainqueur d'Ar ‘ Demain, Rome éveillée au bruit de mes exploits, “ Rome, le seul palais digne de mes conquêtes, ‘ Va 8e lever superbe avec ses grandes fêtes
‘“ Et ses triomphe d'autrefois.”
Il disait, et déjà plus d’une ombre romaine, Du milieu des débris qui dorment dans la plaine, Se levait devant lui pour voir passer son char, Pour voir si la cité qui n’est plus qu’un fantôme Devait se réveiller, et si l’ancienne Rome
Allait renaître avec César ;
Mais du camp tout à coup les tentes s’agitèrent;
De sinistres clartés sur le héros passèrent ;
Son coursier tressaillit et lui-même il trembla:
Car il vit apparaître au sein de la tempête
Le Pontife romain qui devant sa houlette Arrêtait jadis Attila.
“ Fuis...lui dit le vieillard! Dieu sur les sept collines Peut seul asseoir son trône au milieu des ruines. L'univers est à toi, Rome est à l’Eternel!
Sur ces débris fameux où régna la victoire, Les siècles en passant ont laissé trop de gloire,
Trop de grandeurs pour un mortel.
‘ Fois... Depuis que ces murs, sur leur front séculaire, Portent le nom du Dieu qui lance le tonnerre, La victoire en ces lieux n'ose arrêter ses pas. Malheur à qui, bravant sa foudre toujours prête, Oserait disputer sa sublime conquête
Au Dieu terrible des combats !
‘ Tel, quand sur ses petits la lionne sommeille,
Le roi des animaux près de son antre veille,
LL l'œil en feu, rugissant nuit et jour :
Tel Dieu garde la ville aux saintes catacombes,
Où l'épouse du Christ sur les pieuses tombes ourrit les fruits de son amour.
ne,
collines
culaire,
. “Is vinrent comme toi sur leurs coursiers rapides,
Les terribles enfants de Palus-Méotides :
Leur voix fut la tempête, et leur regard l'éclair :
Ainsi que des rameaux ou des épis fragiles,
Tombaient les hauts remparts et les puissantes villes Devant leurs bataillons de fer.
“Et tous furent brisés sur la ville éternelle. Empire a pu erouler sous leur main criminelle, Et le géant dr Tibre à leurs pieds est tombé; Mais eur ses murs détruits, sur ses palais en poudre, Tous ces fléaux de Dieu, semblables à sa foudre Sont morts du coup qu’ils ont frappé.
“ Ah! ne viens point briser ton char sur ces murailles
Qui de tant de héros ont vu les funérailles |
Rome n’a plus de sceptre, elle n’a qu’un cerceuil.
C’est ici qu’on expie une coupable gloire ;
Ici Bourbon mourut (1), sur son corps la Victoire Entra, veuve, en habit de douil.
“ Ici, sur les débris des sceptres et des trônes, :
Les rois ont en tremblant ineliné leurs couronnes ;
C’est ici qu’à mss pieds vint tomber Attila,
Celui qui met un frein à la mer mugissante
Commande, et quand il veut, la terre obéissante, Elle aussi, doit s'arrêter là.
“ Tu t’arréteras là, quoiqu’à tes pieds tombée
L'Italie ait soumis à ta vaillante épée
Et son sceptre et ses rois attelés à ton char;
Tu t’arrêteras là, quoiqu’armé du tonnerre,
Quoique, saisis d’effroi, les maîtres de la terre Aient pâli devant ton regard |
‘ En vain l'aigle superbe en son vol téméraire Sur le vieux Capitole a retrouvé son aire, Et réveillé la tombe où dort le peuple-roi ;
(1) Bourbon, le fameux connétable, fut atteint d’un coup mortel au moment où ses soldats forgaient les murs de Rome.
En vain, ficr conquérant, enivré do ta gloire, Au monde comme toi trompé par la victoire Tu dis déjà: “ Rome est à moi 1...”
& Home cst à Diou1...Tu poux sous ta main foudroyante
Remuer à ton gré la {orre obéissante ;
Ta peux tout écraser Co ton secptre puissant ;
Mais Dieu seul régnera sur l'antique poussière
Où la mort aux humains d'une voix hante et fière Dit ane Dieu seul est toujours grand,
“ Arrète! il est peur toi des triomphes encoro;
De tes brillants succès tu n'as vu que l'aurore
Si tu «ais aujourd'hui courber ton front guerrier.
Mets la tictoire aux pieds de eelui qui 1: donne:
Un jour tu régneras, et l'éclat de ton trône Eblouira le monde entier.
4 Un jour tn sors grand! Mais ma voix t’importure:
Ah! fuis, car si jamais, séduit par ta fortune,
Tu guidais la Victoire en ve funeste licu,
Près d'un sinistre écueil sur des plages lointaines,
J'ai vu de grands débris... une ton.be... des chaînes, Va-t'eu, mon fils, Rome est à Dicul ”?
“ [1 dit; et quand, lo jour, avec des cris de joie, Comme l'aigle aflamé qui découvro sa proie, Le soldat s'élançait plein d'audace et de feu, Le héros, l'œil en pleurs ot la voix frémissante, Disait, on arrètant l'armée impatiente:
Sortons d'ici. Rome est à Dicul Dusreui..
No 54.—Les Morts
Quand le doux rossignol a quitté les bocages, Quand le ciel gris d'automne, amassant ses nuages, Prépare le linceuil que l'hiver doil jeter
Sur les char ps refroidis, il est un jour austère,
Où nos cœurs, oubliant les vains soins de la terre, Sur coux qui ne sont plus aiment à méditer.
yante
o, ines,
ŒEUIL.
C'est le jour où les morts abandonnant leurs tombes, Comme on voit s'envoler de joyeures colombes, S'échappent un instant de lours froides prisons; En nous apparaissant, ils n’ont rien qui repousse; Leur aspect est rêveur et leur figure est douce, Et leur œil fixe ct creux n’a pas de trahisons.
Quand ils viennent ainsi, quand leur regard contemple
La foule qui pour eux implore dans le temple
La clémence du ciel, un éclair de bonheur,
Pareil au pur rayon qui brille sur l’opale, 4 Vient errer un instant sur leur front calme et pâle,
Et dans leur cœur glacé verse un peu de chaleur,
Tous les élus du cial, toutes les Âmes saintes,
Qui portent leur fardeau sans murmure et sans plaintes Et marchent tout le jour sous le regard de Dieu, Dorment toute la nuit sous la garde des anges,
Sans quo leur œil troublé de visions étranges Aperçoive en rêvant des abîmes de feu;
Tous ceux dont le cœur pur n’écoute sur la terre Que les échos du ciel, qui rendent moins amère La douloureuse voie où l’homme doit marcher, Et, des biens d’ici-bas reconnaissant le vide,
Déroulent leur vertu comme un tapis splendide,
Et marchent sur le mal sans jamais le toucher;
Quand les hôtes plaintifs de la cité pleurante,
Qu'en un rêve sublime entrevit le vieux Dante, Paraissent parmi nous en ce jour solennel,
Ce n’est que pour ceux-là. Seuls ils peuvent entendre Les secrets de la tombe. Eux souls savent comprendre Ces pâles mendiants qui demandent le ciel.
Les cantiques sacrés du barde de Solyme, Accompagnant de Job la tristesse sublime, Au fond du sanctuaire éclatent en sanglots ;
Dé la onn de l'airain plein Aa somb na nlanmAae AU i1U DU U à euiz oui ; JIVLLL UV EVA res ni CET
Jette son glas funèbre et demande des larmes Pour les spectrss errasts, nombreux comme les flots.
Donnez done en ce jour, où l'église pleurantr. Fait entendre pour eux une plainte touchante, Pour calmer vos regrets, peut-Stre vos remords, Donnez, du souvenir ressuscitant la flamme,
Une fleur à la tombe, une prière à l'âme,
Ces doux parfums du ciel qui consolent les morts.
Priez pour vos amis, priez pour votre mère,
Qui vous fit d’heureux jours dans cette vie amère, Pour les parts de vos cœurs dormant dans les tombeaux. Hélas ! tous ces objets de vos jeunes tendresges
Dans leur étroit cercueil n’ont plus d’autres caresses Que les baisers du ver qui dévore leurs os,
Priez pour l'exilé, qui, loin de sa patrio, Expira sans entendre une parole amie;
Isolé dans sa vie, isolé dans ga mort, Personne ne viendra donner une Drière, L’aumône d'une larme à la terre trangère | Qui pense à l'inconnu qui sous la terre dort ?
Priez encor pour ceux dont les âmes blessées,
Ici-bas n'ont connu que les sombres pensées
Qui font les jours sans joie et les nuits sans sorimeil ; Pour ceux qui, chaque soir, bénissant l'existence, N'ont trouvé, le matin, au lieu de l'espérance,
À lours rêves dorés qu'un horrible réveil.
Ah! pour ces parias de la famille humaine,
Qui, lourdement chargés de leur fardeau de poine, Ont monté jusqu’au bout l'échelle do douleur, Que votre cœur touché vienne donner l’obole D'un pieux souvenir, d’une sainte parole,
Qui découvre à leurs yeux la face du Seigneur.
Apportez ce tribut de prières et de larmes,
Afin qu’en ce moment terrible et plein d'alarmes, Où de vos jours le terme enfin sera venu,
Votro nom, répété par la r'econuAissan ce,
De ceux dont vous aurez abrégé la souflrance,
En arrivaut là haut, ne soit pas inconnu,
Et nrenant co tribut, un ange aux blanches ailos, Avant de le porter aux sphères étornolles,
Le dépose un instant sur les tombeaux amis ;
Et les mourantes fleurs du sombre cimotièro,
Se ranimant soudain au vent do la prièro,
Versent tous leurs parfums sur les morts endormis.