‹ Cours de législation gouvernementaleChapitre 11 sur 39 · COU K S · texte numérisé non relu

COU K S

Aucune loi ne pouvait être plus injuste, et plus contraire par conséquent aux intérêts du gouvernement.

Celte loi était injuste, en ce qu’il est du droit de tout homme de quitter un pays, quand les lois ou les usages de ce pays ne lui conviennent pas. Elle était injuste, en ce que toute peinedoit être proportionnée au délit, et que c’est révolter l’humanité que de prononcer la peine de mort quand cette mort n’est pas indispensable.

Cette loi était contraire aux intérêts du gouvernement , en ce que forcer un homme à vivre sous des lois qu’il n’aime pas , c’est l’engager à violer ces lois, c’est l’engager k porter par là le coup le plus funeste à l’existence de la société et du gouvernement. ----- - - -

En outre» au moment oit le pouvoir législatif avait le plus grand besoin de se rapprocher du pouvoir exécutif, cette loi venait encore les séparer en frappant dans la personne de ses amis le roi, le roi déjà aigri par des humiliations toujours dangereuses et jamais nécessaires.

Pour gouverner il faut de l’énergie et de la prudence', mais insulter un roi, fût-il à terre, e’est de la lâcheté, et non de l'énergie cl de la prudence.

Les émigrés conspiraient. Eh! quelle crainte pouvaient inspirer quelques hommes conspirant à l’étranger contre toute une nation? L’Assemblée était donc bien faible pour avoir si facilement peur, car des mesures de rigueur n’indiquent que de la faiblesse de la part de celui qui les prend.

Mais les émigrés s’assemblaient en

coims

armes aux frontières, et troublaient la tranquillité du pays.

Alors ils étaient véritablement h craindre, alors il fallait demander aux puissances étrangères leur éloignement du point qu’ils occupaient, et déclarer l*i guerre aux puissances si

elles n’obtempéraient pas sur-le-champ

à cette demande.

Voilà ce qu’il (allait faire, car un gouvernement doit toujours agir avec force, énergie, mais non nvee brutalité. La brutalité tue. La brutalité n’est que l’arme de l'impuissance.

Et pour que l’on ne m’accuse pas de proposer après coup des choses alors impraticables, ce que j appelle des projets creux, brillans en dehors, vides eu dedans, qui ne laissent rien sous la dent quand on a brisé l’enveloppe qui les entoure, je dis que tout ce que

DE LEGISLATION GOUVERNEMENTALE. ■jS

j’ai indiqué, l’Assemblée législative pouvait le faire.

Car, en supposant qu’elle n’eût pas d’armée, elle n’avait qu’à faire un appel au pays, et à fins tant même elle eût eu toute la nation sous les armes, parce que toute nation et surtout la France est toujours prête à se lever en masse pour la défense d’une cause qu’elle sent être juste et sainte; et les puissances étrangères auraient cédé avant d’en venir aux mains, parce que tout prince craint d’engager la lutte, et tremble lorsqu’il se trouve face û face avec un peuple déterminé, prêt à attaquer vigoureusement et à se défendre avec vaillance.

Tout gouvernement est donc inébranlable lorsqu’il prend la loi pour base de sa conduite, la justice pour base des lois qu’il crée ; mais s’il fait

une loi injuste, cette seule loi suffit pour amener sa perte, car faire une loi injuste, c’est faire une loi contre les intérêts du peuple, puisque la loi n’est autre chose que la spécification de ces intérêts; faire une loi contre les intérêts du peuple, c’est amener tôt ou tard le peuple à enfreindre cette loi, et une fois que le peuple a appris à ne plus respecter un membre, il cesse de respecter te corps. Le corps entier partage à ses yeux la réprobation qu’a méritée le membre; après avoir sauté ô pieds joints par-dessus la loi mauvaise, il saule aussi par-dessus toutes les autres, dès lors il y a annihilation du pouvoir, qui n’est autre chose que l’organe de la loi, et le gouvernement n’existe plus. Ainsi il suffit d’une seule mauvaise loi pour amener la ruine du gouvernement le plus fort; et si je dis

cela, si j’appelle l’attention sur celte vérité importante, c’esl parce que je comprends l'influence des lois, c’est parce que je les chéris, c’est parce que je serai toujours prêt à donner ma vie pour les défendre. Aimer les lois faiblement, c’est ne pas les aimer assez, cl c’est être leur plus cruel ennemi que d’avoir pour elles de l'indifférence ; aussi voudrais-je porter dans toutes les âmes la vive conviction qui m’éclaire.

Mais si j’ai de l’enthousiasme, je n’ai pas de fanatisme; si j’aime les lois, mon amour n’est pas une ardeur aveugle et insensée, c’est parce que je comprends toute leur importance que je ne veux pas qu’il s'introduise une seule loi mauvaise parmi elles , c’est parce que je veux leur exécution pleine et entière que je repousse une loi qui doit être violée dans l’avenir.

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