‹ Cours de législation gouvernementaleChapitre 19 sur 39 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Ce que le prétendant pouvait Sure

Pour prouver que le prétendant avait F infériorité de l'intelligence , il suffit de prouver qu’en tout il est beaucoup plus facile d’attaquer que de déféndre, d’acquérir que de conserver, qu’il ne faut pas enfin, pour renverser un gouvernement, la. centième partie

COURS

des talens nécessaires pour se consolider à sa place et s’y maintenir.

Et pour prouver cette véritéil suffit d’exposer la situation relative des deux partis, de celui qui attaque et de celui qui défend. Je prie donc que l’ou examine attentivement les raison nemens qui vont suivre.

Celui qui attaque n’étant plus à la tête des affaires peut n agir que selon sa fantaisie; il observe.

Celui qui défend étant à la tête des affaires est obligé d’agir toujours.

Un gouvernement est un corps dans une activité continuelle. S’il s’arrête un moment, il meurt.

Ainsi, l’un observé, l’autre agit.

Or, celui qui agit tou jours est tou jours en risque de faillir, et comme un corps en mouvementn’est jamais aussi solide qu’un corps dans l’immobilité,

on peut certilier que sa position réelle u’est jamais aussi sûre ni aussi brillante quelle peut le paraître.

Celui qui observe ne peut faillir, puisqu’il ne fait riçn , et sa sûreté est dans son inaction même.

Celui qui agit toujours, Liesse Sans cesse des amours propres, des amitiés exigeantes, des ambitions qu’il rencontre.

Celui qui observe ne blesse personne, puisqu’il ne peut rien donner, rien refuser, et il augmente ses forces eu accueillant les méeonteus.

Celui qui agit toujours, ou ne fait rien de grand, et alors il s’attire le mépris, ou il fait de grandes choses, et alors il s’attire l’envie ; et je ne sais lequel de ces deux adversaires est le plus redoutable,

1 12 COURS

Gelai qui observe sc grossit encore de toutes ces inimitiés.

Celui qui agit toujours, trouve un obstacle très grand dans l'esprit de l’homme qui n’est jamais satisfait de ce qu’il a.

Celui qui observe trouve un auxiliaire puissant dans ce même esprit de l’homme qui désire toujours ce qu’il n’a pas.

Celui qui agit toujours së fatigue et s’use par sa marche , se fatigue et s’use par les obstacles qu’il est continuellement obligé de vaincre.

Celui qui observe voit sa force -s'accroître. encore par le repôs.

Celui qui agit toujours est soumis aux lois de l'humanité, èt ne peut faire autrement que de commettre tic temps eu temps quelques fautes, soit

par fatigue, imprudence de lui -môme ou de ceux qu’il emploie.

Celui qui observe s’avance pourproliler de ces fautes, puis fait halte, et se repose.

Celui qui agit toujours ne peut être froid, car l'action échauffe, et un homme échauffé ne voit plus aussi juste qu'un homme de sang-froid.

Celui qui observe jouit de tout le calme et de toute la présence d’esprit nécessaires pour proliterdes passions de son antagoniste, car toute passion chez l’homme est un fil qui le lie et le rend esclave de celui qui s’en empare.

Enfin celui qui agit toujours ne peut contempler toujours. L’action exclut la contemplation, et c’est ce qui achève de le perdre. II ne peut apercevoir à leur naissance les pièges que lui tend

1 l4 COtlBS

goo ennemi, et c’est à leur naissance que les maux sont redoutables. C’est quand la voie d’eau est imperceptible qu’elle trompe la sécurité commune , et assure la ruine de l’équipage.

Quand le danger est devenu visible, alors il est développé, fort et puissant; on ne peut plus le combattre, ou s’il est encore temps de le combattre, on ne peut plus le faire qu’en luttant, et la lutte est toujours périlleuse, car il faut y employer une partie de ses forces, et alors l’observateur change de rôle. JJ s'est reposé, l’antre s’est fatigué. 11 s’est fortifié, l’autre s’est affaibli.

Profitant donc de la lutte qu’est obligé de livrer son adversaire, et qui diminue encore sa puissance , il l’attaque, le renyerse et l'écrase.

Ainsi il a opposé l’babiJeté à la force.

11 s’est fortifié peu à peu , est devenu

dt: législation gouvernemental.^ i j 5 le plus fort et a remporté la victoire.

On voit tlono ce que pouvait faire le prétendant et combien la position d’un prétendant oÛl’e d’avantages.

Pour lui ja première chance de succès est dans ee mot : Attendre.

La seconde dans l’adresse qu’il met à s emparer des positions que l’ennemi néglige, et à n’attaquer cet ennemi que quand il 11 a plus qu’à paraître pour décider la victoire.

Voici ce que doit faire un prétendant.

A-'oici ce que doit craindre un gouvernement qui 11 est pas héréditaire; mais, comme je l'ai déjà dit, les dangers ne sont rien pour qui a les moyens de vaincre, et si j’ai découvert la plaie, si je l’ai sondée profondément, si je n’ai pas craint d’enlever au vif toutes les chairs environnantes qui pouvaient

] 16 ^. COURS DE LÉGISL. GOÜVERN.

* Hp

en cacher une partie, c’est afin qu’elle apparût tout entière à la vue* et qu il fût plus facile ainsi de la guérir.

En indiquant plus loin ce qui fait la force d’un gouvernement, je montrerai donc comment il peut se mettre à l’abri de toutes les attaques et les ren dre vaines.

Page 1