‹ Cours de législation gouvernementaleChapitre 2 sur 39 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Cause» de» révolution»,

Quand, près des côtes de laGuinée, les navigateurs aperçoivent une trombe s’élever de la mer, avec quelques coups de fusil ils la dissipent aisément ; mais s’ils laissent & ce terrible météore le temps de se former, il tourne avec rapidité, lance des étincelles bleuâtres , s’approche avec un bruit

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plus pour le rompre.

Ce n’est donc pas quand un malheur est venu qu’il faut chercher à le combattre. II est trop fort et trop puissant alors : il vous accable.

Le détourner, empêcher qu’il n’arrive, c’est le seul moyen de s en garantir.

Mais si un mal peut être vaincu à sa naissance, est-ce assez de le vaincre?

Le vaincre, c 7 est éteindre une lampe.

Une lampe éteinte se rallume; un mal vaincu revient toujours, et la lutte alors est éternelle.

11 ne faut donc pas le vaincre, il faut.le détruire.

Pour le détruire, il faut ruiner les principes de sa vie, car c’est ainsi que l’on détruit toute chose. Pour tarir un

épouvantable , renverse et brise tout, et des coups de cauon ne suffisent

DE LEGISLATfOîï GODV'EESE MF. K T ALE. 7

ruisseau, *e’est sa source qu’il faut tarir. Pour détruire les révolutions , c’est la cause des révolutions qu'il faut détruire. Tant qu’on se contentera de couper l’arbre sans arracher la racine, il reviendra toujours des branches.

Mais quelle est la cause des révolutions ? Réside-t-elle dans la forme des gouvernemens? Une révolution vientelle quand on vit sous une république; et quand on vit sous une monarchie, une révolution ne peut-elle plus venir?

Dire cela, c’est accuser le corps quand la tête est coupable; car ce n’est pas parce qu’un vaisseau porte tel ou tel nora qu il échappe a l’orage, c’est parce qu’il possède un habile pilote qui sait fuir les rescifs, prévoir les vents et les temps. Avec un pilote peu instruit ou peu sage, le meilleur vais-

corn s

seau trouvera sa ruine meme au milieu du port.

Chaque chose ici-bas a ses lois, ses lois qui conservent son existence lorsqu’elle s’y conforme, et qui la brisent lorsqu’elle refuse de leur obéir.

Pour gouverner, il y a des lois invariables comme pour conduire un navire. Ignorer ces lois, ou ne pas s’y soumettre, e’est ne pas connaître les rescifs, ou aller volontairement au devant du naufrage.

L’ignorance de ces lois, ou l’incapacité de s’en servir, voilà ia cause des révolutions.

Bien n’est éternel dans ce monde, et pour qu’une chose existe il faut qu’on la soutienne sans cesse. Pourquoi notre corps vit-il P parce qu’il renferme une âme, L’âme s’éeliappe-t-elle, le corps tombe et se décompose. Qu’est-

DE LÉCIS1.ATIOIT GOOVEtlî)EMF.NTAT.E. 5

ce donc qu’un gouvernement sans gouvernails habiles? tin corps privé de son âme. Seul dans la nature ce corps estil impérissable? non; et cependant plus que tout autre corps, nu gouvernement a des chances de mort. Dans quelque pays qu’il soit, de quelque nature qu’il soit , il a des ennemis. Ces ennemis veulent sa perte , l’entourent, l’attaquent, le pressent à chaque instant, de toutes parts. Comment un tel corps peut-il résister s'il ne contient personne eu état de le défendre?

Sa force, c ? est la capacité de ceux qui sont à sa tête! Un gouvernement c’est le cheval de Troie., fort quand il porte d’invincibles guerriers dans ses flancs; quand il est vide, masse inerte et impuissante.

Ainsi c'est une erreur de dire : telle forme de gouvernement est la meilleure

COURS

et par conséquent elle est solide et durable.

Un gouvernement n’est solide que quand ceux qui T administrent sont versés dans.* la science et possèdent une connaissance profonde des lois qui régissent les États. 11 n’est durable que quand ce sont toujours des hommes habiles qui se succèdent et le dirigent.

Mais la foule superstitieuse et ignorante s’attache à la forme, sans voir le fond. Lorsqu’elle sou lire, au lieu d’attribuer son malheur à la mauvaise administration des hommes» elle l’attribue ii la vicieuse construction des choses, et ne croit plus dès lors à la félicité que sous une autre forme de gouvernement.

Soufire-t-elle sous une monarchie 3 elle dit : c’est la faute delà monarchie !

DE LEGISLATION GOUVERNEMENTALE» 1 l

malheureuse sous une république, elle s’écrie : c’est la république qui en est cause; et si elle était conduite avec sagesse et prudence par un despote, elle n’hésiterait pas à dire que le despotisme est le meilleur de tous les gouvernemeitj.

Mous, nous n’adoptons pas une si funeste erreur! L’abîme des révolutions a été creusé par IIgnorance; nous demanderons à la science qu’elle nous en lire; et comme la cause des révolutions est rincapaeiié de ceux qui gouvernent, c’est lit la semence du mal que nous empêcherons de germer.

C’est celte incapacité que nous essaierons de détruire.

Pour la détruire que faut-il faire?

Promulguer et faire connaître à tous les lois qui régissent les gouvernemens.

1 2 COüllS DE I.KGISE. GOUVEHJfc

Le corps, l’eu semble de ces lois, c’est la législation gouvernementale.

Celte législation diffère de toutes les autres eu ce que, universelle etinvariable, elle est la même pour tous les pays et dans tous les temps.

Maintenant tjuc, sous une monarchie constitutionnelle c’est la nation qui gouverne, pour empêcher à l’avenir toute révolution , pour conserver son repos , ses biens, pour conserver le fruit de ses travaux, que la nation entière apprenne et étudie les lois qu’il faut que tout gouvernement suive lorsqu’il veut rendre son pouvoir durable.

Combien iJ est nécessaire de coi maître les lois qui régissent les gouvernement

science

Lorsque autrefois la I'"rance vivait sous une monarchie absolue, lorsque le monarque seul gouvernait sans que la nation fût instruite tle sa .gestion, sans qu’elle eût le d il importait on naître meuve n

COURS

n’était utile qu’au souverain, ou au petit nombre chargé (l’ administrer le royaume en son nom. Cependant telle est l’importance de cette science pour ceux qui gouvernent, que lorsqu’ils sont privés de cette lumière, chaque pas qu’ils fout les conduit vers la mort.

Aussi, à peine lé petit nombre et le monarque eurent-ils négligé d éclairer leur marche en l’apprenant et eu se conformant à ses règles, que le gouvernement périt et que la monarchie s’écroula. Des mains d’un seul la conduite de l’État passa aux mains de tous. Maintenant c’est la France qui se gouverne elle-même, et puisque toute la Frauce prend part au gouvernement, la science du gouvernement intéresse donc toute la France.. Si la France la néglige, le pouvoir tombera de ses mains, comme il est tombé des mains

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du monarque, comme il tombera de toutes les mains inhabiles et faillies, et comme la monarchie en tombant a écrasé le monarque, le gouvernement national en tombant écrasera la nation et l'ensevelira sous ses fautes.

Maintenant que la France éclairée , intelligente, se livre avec ardeur à l’étude de toutes les sciences, négligerat-e!Iç la science la plus utile pour elle, celle qui peut seule lui assurer la possession de toutes les autres. Nédteera-

t-eile la science de qui dépend la conservation de ses biens, et le salut de tous?

Législation gouvernement ale. Objet de cet ouvrage,

La fia que se propose tout gouvernement est la conservation de son existence.

Un gouvernement ne peut exister que quand il sait deux choses : acquérir, conserver.

Je dis acquérir, parce que pour savoir conserver il faut être enétatd’ac-

COURS

quérir. Toute chose s’use avec le temps»

et pour la maintenir au même point»

il faut pouvoir y ajouter sans cesse.

Quiconque est incapable d’acquérir, est incapable de conserver.

Bien gouverner, c'est donc savoir conserver, autrement dit c'est savoir tenir un État dans un équilibre parfait en proportionnant continuellement sa hauteur et sa base.

Les lois qui régissent les gouvernemeus sont donc les lois d apres lesquelles on conserve.

Mais qui peut fairë connaître ces lois ?

L’expérience, c’est-à-dire l’histoire.

Or, nulle histoire n’est plus propre à ce but que celle de la révolution française.

Faire voir d’après celle histoire les lois qui régissent les gouvernemens,

DE I/ÉCIS1ATION GODYEHN EMEUT A LE • If)

en extraire le code propre à chaque espèce de gouvernement, rendre ainsi l’opinion publique apte à diriger habilement les alla ires du pays, à éviter les malheurs dans lesquels on tombe toujours lorsque l’on marche dans l ’obscurité, sans méthode et sans ordre, tel est le travail que j’ai la hardiesse d'entreprendre.

Dans ce travail, il est indispensable d’apporter tout le sang-froid nécessaire aux découvertes, et d’écarter toute passion étrangère 4 la science.

Porter un jugement impartial sur des évènemens que l’esprit de parti défigure encore, repousser d’une main ferme toutes les sympathies, toutes les antipathies du pays, pour approcher le scalpel de blessures encore cntr’ou»

vertes, c’est, je le sens, amasser contre soi des obstacles presque insurmou-

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tables; c’est tenter une chose d’une difficulté immense, et cette immensité n’échappe pas à ma vue ; mais je vois aussi de quelle utilité ce travail peut être pour tous les hommes qui ont besoin de tranquillité et de paix, et cette idée me donnera les forces et le génie qui me manquent. Alors inspiré par la vérité et la justice, encouragé par tous ceux qui savent comprendre une idée grande et généreuse, soutenu par les acclamations de tout ce qui veut l’ordre et la paix, de tout cc qui aime encore et chérit la France., je tirerai de leurs tombeaux les divers gouvernemens qui se sont succédé depuis Louis XVI jusqu’il nos jours, je développerai les prineipes de leur existence, les principes de leur mort ; je formulerai d’après cela les causes-qui fout vivre un gouvernement, les causes qui le

DE I^GISLATION, GOUVERNEMENTALE. 21

fout mourir, je ferai en quelque sorte l’anatomie de celte partie deTliisloire; et comme c’est en disséquant les cadavres des hommes que les médecins apprennent à conserver l’existence des particuliers, c’est en disséquant les cadavres des goliverneniens que les Français apprendront à assurer l’avenir et la prospérité de la France.

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