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CHAPITRE XVn

Importance de i^ustruclion des peuples FdfyljvKiiiclit ait\ gouvcrncincns-

Les passions en aveuglant l’hommë P entraînent vers ce qui lui est le pluS pernicieux, et il ne peut être averti du danger qü’il court que par sâ raison.

L’instruction est ce qui développe la raison chez l’homme et lui apprend à

ne se pas laisser aveugler par ses passions.

Développer la raison d’un peuple, c’est mettre en ses mains la lumière qui doit le conduire au bonheur.

Mais quand un peuple est heureux, son gouvernement est heureux, car ils forment tous les deux un seul et même corps. Un membre ne peut pas souffrir sans faire souffrir la tête , et réciproquement, quand le corps est libre de toute souffrance, la tête se trouve aussi libre et heureuse.

En outre, si un peuple a des besoins, un gouvernement a des besoins aussi. S’il faut à un peuple un gouvernement qui contente ses besoins, il faut à un gouvernement un peuple qui contente ses besoins aussi; et comme un gouvernement ne peut contenter les besoius du peuple que quand il est

assez éclairé pour les comprendre, un peuple ne peut non plus contenter les besoins d’un gouvernement que quand il est assez instruit pour savoir quels sont ces besoins.

11 faut au peuple de la paix, de la tranquillité, de l’ordre, de la.justice.

Au gouvernement il faut de la confiance , comme puissance morale et comme puissance matérielle, de l’argent pour payer une armée qui entretienne la paix, pour payer des tribunaux qui entretiennent l’ordre et la tranquillité en rendant la justice. 11 faut donc que le peuple donne confiance et argent au gouvernement, qui lui rend ces dons au centuple et sous une autre forme. C’est un échange continuel, et c’est lui-même que le peuple sert en payant; mais s'il est plongé dans l’ignorance, il ne peut comprendre cette

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transformation , il se figure qu’en lui demandant sa confiance et son argent ou le tyrannise, il refuse de les donner * il ruine le gouvernement.

Tout gouvernement a donc intérêt à <:e que le peuple soit éclairé.

Des lumières du peuple résulte un autre avantage et un avantage inappréciable pour ceux qui se trouvent à la tète d’un État.

Uu gouvernement n’est, solide et durable que quand il satisfait aux besoins dit peuple; niais il peut se tromper sur ces besoins, parce q u'avec toute la science possible, on ne peut sentir exactement ce qu'éprouvent les autres, et que le plus grand génie a besoin, s’il ne veut se tromper » du conseil et de Y expérience du plus grand nombre.

JLo peuple au contraire, lui, ne peut se tromper sur ses propres besoins quand

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il est éclairé. Si le gouvernement sé trompe, il avertit lé gouvernement de son erreur, et le gouvernement averti peut alors sortir du mauvais chemin qu’il allait prendre et qui l’aurait con* duit a sa perte. Cédant à l’opinion pu-*blique, il peut rentrer dans le bon chemin qui n’est autre clidso pour lui que de contenter toujours lcplus grand nombre des gouvernés.

Mais si le peuple n’pst pas instruit, quelques hommes ge servant de leur nom, de leur réputation ou de leur éloquence, peuvent exploiter ses passions dans leur propre intérêt, et afin de proliler de ses erreurs. Quelques hommes peuvent l’égarer et rengager à entraver sans cesse la marche du gouvernement. Alors non seulement le gouvernement a la peine de briser cês entravés, mais il est en outre privé dç

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l’avantage d’être averti lorsqu’il se trompe. Comme il est plus occupé, il est plus exposé à se tromper; prendil un sentier faux, il le continue parce que dans un semblable sentier la déviation est tellement insensible qu’on ne peut s’en apercevoir soi-même, qu’il faut être averti de son erreur; et comme le peuple n’est ni assez calme, ni assez éclairé pour 1 avertir, il continue jusqu’au ^iout ce sentier, arrive au pied du précipice, y tombe, et il y a alors ruine du gouvernement, ruine du peuple lui-même.

Si le peuple et le gouvernement sont éclairés tous deux au contraire, tous deux ils se guident , se soutiennent mutuellement, et s’assurent de la sorte une félicité durable, car les intérêts d’un peuple et de son gouvernement sont exactement les mêmes. Leur ac-

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tion l'un sur l’autre est réciproque, leur réunion c’est leur vie, et quand par ignorance ils se séparent, le corps tombe d’un côté , la tête de l’autre. Il y a mort pour tous les deux.

Voilà ce que l'instruction seule peut faire comprendre. L’instruction des peuples est donc la base la plus sûre de la durée des gouvernemens. L’instruction c’est le lien qui les lie ; le gouvernement c’est la tête ; le peuple c’est le corps ; l’instruction c’est l’âme.

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