XVI II
M'"s de Mainlenon, d'après ses lettres et dans l'hisloire. Son influence littéraire, politique et religieuse. Sa place parmi les femmes célèbres du xviii<= siècle.
(Ariège. — 'Brevet supérieur. — Aspirantes, 1888.)
« Les femmes, dit M™<^ de Maintenon, ne savent jamais qu'à demi, et le peu qu'elles savent les rend communément fières, dédaigneuses, causeuses et dégoûtées des choses solides, c'està-dire de l'ouvrage des mains, des soins du ménage, des devoirs de leur état. » Expliquer et apprécier ce jugement. Vous parait-il fondé ? ne pourrait-il pas s'appliquer à beaucoup de jeunes filles d'aujourd'hui?
(Cantal. — Brevet supérieur. —Aspirantes, 1888.)
Discuter et apprécier ce jugement de M. Gréard snr M™"^ de Maintenon : « C'est à une certaine distance de son cœur que nous laisse sa correspondance. On ne résiste pas au prestige de cette raison ornée, de ce bon sens fin, pénétrant, enjoué, tant qu'on a le livre en mains; le livre fermé, le prestige s'efface, et de cette nourriture si solide et si agréable il reste comme un arrière-goût un peu âpre. »
(Lot. — Brevet supérieur. — Aspirantes, juillet 1889.)
En tète des cahiers distribués aux demoiselles de Saint-Cyr M'"" de Maintenon avait fait écrire : « C'est un mauvais caractère que celui de grand parleur; » et plus loin : « On raille souvent des jeunes filles sur leur timidité, maison les en estime davantage. » Rapprochez ces deux jugements et dites ce que vous en pensez.
(Haute- Vienne. Brevet élémentaire. Aspirantes, oct. 1889. Alger. Brevet supérieur. Aspirantes, 1890.)
jVImc ({q Maintenon a dit : « C'est le propre d'un bon cœur et d'un bon esprit de chercher à faire plaisir et à se rendre utile. » Commentez ces paroles, et faites connaître dans quelle mesure elles peuvent trouver leur application dans les diverses circonstances de lia vie.
(Alger. — Brevet ÉLÉMENTAIRE. — Aspirantes, 1887.)
Développer cette pensée de M™« de Maintenon: « En quelque condition que soit une fille, le goût de l'ouvrage lui est nécessaire. »
(Seine, Puy-de-Dôme, Marne. — Brevet élémentaire. Aspirantes, 188G et 1887.)
M'"'' de Maintenon dit, dans ses Lettres, en parlant des élèves de Saint-Cyr ; « On doit moins songer à orner leur esprit qu'à former leur raison. » Montaigne voulait de même qu'on eût plutôt la tête bien faite que bien pleine. Expliquer et apprécier ce conseil,
(Somme. — Brevet supérieur. — Aspirantes, 1887.)
L'idéal d'une jeune fille d'après M^^^ de Maintenon.
(Haut-Rhin. — Brevet supérieur. — Aspirantes, 1890.)
Quel était le but de M™<= de Maintenon en fondant Saint-Cyr? Donner une idée du système d'éducation qu'elle y avait organisé.
ICher. — Brevet supérieur. — Aspirantes, 1890.)
En lisant, avec la directrice de votre école, rinstniction générale que M™<' de Maintenon adresse aux dames de Saint-Louis, vous avez relevé cette remarque : « Une jeune lille qui sait mille choses par cœur brille plus en compagnie et satisfait plus ses proches, que celle dont on a pris soin seulement de former le jugement, qui sait se taire, qui est modeste et retenue et qui ne paraît jamais pressée de montrer son esprit. » Si votre directrice vous demandait de tracer le portrait de ces deux jeunes filles et de dire à laquelle vous voudriez ressembler, en donnant les motifs de votre préférence, que répondriez-vous?
(Haute- Vienne. — Brevet supérieur.
Aspirantes, 1890.)
Que pensez-vous de cette maxime d'éducation : u Épuisez la raison et la douceur avant d'en venir à la rigueur. » (M™<' de Maintenon.)
(Indre-et-Loire. — Brevet supéaieur.
Aspirantes, 1891.)
M™^' de Maintenon a dit : « Écoutez toujours et ne parlez guère ; » et ailleurs : « Parler pour se réjouir honnêtement n'est pas inutile. » Vous ferez voir la justesse de chacun de ces conseils. Vous montrerez comment ils se précisent l'un l'autre.
(Dordogne. — Brevet supérieur. — Aspirantes, 1891.)
« La douceur est la vertu de noire sexe. Il faut laisser aux hommes le courage et la bravoure de se laisser tuer de sangfroid : mais ce qui nous convient, c'est l'honnêteté, la modestie, la douceur et la timidité. »
Dites en quoi consistent les vertus que M""" de Maintenon
recommande dans ces lignes aux demoiselles de Saint-Cjr, et montrez par quels moyens une institutrice peut les inspirer à ses élèves.
(Cantal. — Brevet supérieur. — Aspirantes, 1891.)
Expliquer ce mot de M""" de Maintenon : « Les femmes font les maisons et les défont. »
(Bouches-du-Rhône. — Brevet élémentaire.
Aspirantes, 1888.)
« Le plus grand de tous les plaisirs est d'en pouvoir faire, » a dit M"'" de Maintenon.
Que signifie cette pensée? Développez-la en la rapprochant de cette autre parole d'un moraliste : « On ne fait son bonheur qu'en s'occupant de celui des autres. »
Donnez des exemples empruntés particulièrement à la vie de famille.
(Finistère. — Aspirantes, 1894.)
Voltaire écrivait en 1726 : « Le but de la vie humaine, c'est l'action. » — M™" de Maintenon avait déjà dit, à propos de Saint-Cyr : « Notre institut n'est pas fait pour la prière, mais pour l'action. »
Commenter ces deux pensées au point de vue moral et au point de vue pédagogique.
(Kure. — Aspirants, 1893.)
SAINT-SÏMON
(lG7:j-17tio)
Saint-Simon pendant le règne de Louis XIV. — Naissance et niarîai^e. — L'arnièe et la eonr.
Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon, a pris soin de nous informer kii-mème qu'il naqniL à Paris, dans la nuit du 15 au 16 janvier lG7o, de Claude, duc de Saint-Simon, pair de France, et de sa seconde femme Charlotte de l'Aubépine, qu'il avait épousée à soixante-neuf ans, ayant quarante-deux ans de plus qu'elle. Ce fut le seul fruit de celte union tardive. 11 eut pour parrain Louis XIV; pour marraine, la reine Marie-Thérèse.
Cette maison des Saint-Simon remontait au moins au xiv'' siècle, époque où Mathieu de Rouvroy, d'une maison non moins ancienne, épousa Marguerite de Saint-Simon, dont il prit le nom en même temps que les armes. Mais il n'est pas aussi si^r qu'elle sorte, comme Saint-Simon l'affirme, du sang de Charlemagne par les comtes de Vermandois, et des rois d'Italie ^ Ce qui est certain, c'est que la fortune de la famille date seulement de Louis XIII, qui resta, même après sa mort, le roi, le dieu des Saint-Simon. C'est Louis XIII qui, en lG3o, fît un duc et pair de Claude de Saint-Simon, l'un de ses pages, père de noire historien. Par quels services éclatants ce gentilhomme de vingt-sept ans méritait-il la plus haute dignité à laquelle pût aspirer la noblesse de France? Tallemant des Réaux nous l'apprend : Claude de Saint-Simon, quand il portait le cor du roi, grand chasseur, le lui rendait sans avoir bavé dedans. L'auteur des Mémoires précise gravement un autre titre de son père : celui-ci avait imaginé, chaque fois qu'il présentait un
l.« Nous sortons du sang de Charleniagne,au moins par une femme, sans contestation aucune. »
cheval au roi, de tourner le cheval la tête à la croupe de celui que le roi quittait, et le roi pouvait ainsi sauter de l'un sur l'autre sans mettre pied à terre. Ces mérites sont d'ordre rare, il faut l'avouer, mais non pas au point de justifier le dédain que le fils de ce parvenu professera parfois pour la noblesse des autres, et la « honte » qui l'étouffera quand le roi fera de Villars, par exemple, un duc et pair, un égal des Saint-Simon.
L'instruction du jeune Louis semble n'avoir pas été poussée très loin. On dit qu'il préférait l'histoire au latin. Lui-même, au début de ses Mémoires, écrira : « Le goût est né comme avec moi pour la lecture et pour l'histoire. » A quinze ans (1690), il composait une relation des obsèques de la dauphine, où l'on peut deviner ce qu'il sera, car le récit a du mouvement, et, d'autre part, les moindres détails du cérémonial consacré y usurpent, au premier plan, une place disproportionnée.
Comme tous les gentilshommes qui ne voulaient pas déplaire au roi, il prend de bonne heure du service et s'enrôle dans les mousquetaires (1691). Il fut un soldat courageux, mais peu zélé. Au siège de Namur, à la bataille de JNerwinde, il se signala, mais ses yeux regardaient plus souvent encore du côté de la cour que du côté de l'ennemi. Son père mourut en 1692, et il hérita de ses gouvernements. Pour affermir son crédit et préparer son avenir, il résolut d'épouser... le duc de Beauvilliers : c'est du moins sous cette forme ingénue et flatteuse qu'il présenta sa demande à ce ministre, un des rares grands seigneurs qui eussent la confiance entière du roi. Oui, c'est M. de Beauvilliers, c'est M™"^ de Beauvilliers qu'il voulait épouser; il le leur dit, et, longtemps après, le redit au lecteur. Quant à leurs huit filles, il ne les avait jamais vues. L'aînée préféra entrer en religion; la seconde était contrefaite, la troisième n'avait guère que treize ans; elle échappa, comme sa sœur, à Saint-Simon, et pour le môme motif. Les cinq autres étaient toutes jeunes. Mais les Beauvilliers le traitèrent désormais avec autant d'affection que s'il eût été leur gendre. Son second et véritable beau-père fut le maréchal duc de Lorges, neveu de Turenne. Mais Lorges avait épousé la fille du financier Frémont, parti de très bas. « Elle avait fait oublier ce qu'elle était née, » dit Saint-Simon : pour qu'il l'ait oublié, lui, il faut que cette bellemère ait eu bien de la distinction et bien de la bonté. Sa fille aînée, celle que Saint-Simon épousa (1695), unissait à une grâce et à une majesté naturelle un « sens exquis et juste en tout )>, et Saint-Simon, qui trace d'elle un portrait délicieux, ne cessa
pas un moment de sa vie de goûter « rinestimable prix de cette perle unique». — « Ce fut celle avec qui j'espérai le bonheur de ma vie, qui depuis l'a fait uniquement et tout entier. »
Cette union «intime, parfaite, sans lacune, et si pleinement réciproque », n'émoussa pas en lui le goût de l'observation, d'une observation facilement satirique. En 1G94, au camp de Gimsheim, il jette déjà sur le papier les notes qui seront plus lard la matière des Mémoires. Le ton de ces notes était si vif qu'il en conçut quelques scrupules. On a une fort curieuse lettre de lui, adressée à M. de Rancé, abbé de la Trappe. Rancé avait longtemps vécu dans le monde, où il avait connu familièrement le père de Saint-Simon, et, après la mort du père, il reporta son amitié sur le fils : « Il m'aima comme son propre enfant, et je le respectai avec la même tendresse que si je l'eusse été. » La Trappe n'est pas fort éloignée de la Ferté-Vidame, beau domaine acquis par Claude de Saint-Simon, et où il semblait à son fils qu'un reste de seigneurie palpitait encore*. Celui-ci avait fait quelques retraites sous la direction de Rancé. 11 est donc naturel qu'il l'ail pris pour confident de ses scrupules chrétiens.
Il faut, Monsieur, que je sois bien convaincu que vous avez pour moi une bonté extrême pour oser prendre la liberté que je fais en vous envoyant par la voie de M. du Charmel les papiers dont j'eus l'honneur de vous parler en mon dernier voyage, lorsque vous me permîtes de le faire. Je vous dis lors qu'il y avait déjà quelque temps que je travaillais à des espèces de mémoires de ma vie, qui comprenaient tout ce qui a un rapport particulier à moi, et aussi un peu en général et superficiellement une espèce de relation des événements en ces temps, principalement des choses de la cour; et comme je m'y suis proposé une exacte vérité, aussi m'y suis-je lâché à la dire bonne et mauvaise, toute telle qu'elle m'a semblé sur les uns et sur les autres, songeant à satisfaire mes inclinations et passions en tout ce que la vérité m'a permis de dire, attendu que, travaillant pour moi et bien peu des miens pendant ma vie, et ])our qui voudra après ma mort, je ne me suis arrêté à ménager personne par aucune considération ; mais voyant cette espèce d'ouvrage, qui va grossissant tous li-'s jours, avec quelque complaisance de le laisser après moi, et aussi ne voulant point être exposé aux scrupules qui me convieraient à la lin de ma vie de les brûler, comme c'avait été mon premier projet, et même plus lot, à cause de tout ce qu'il y a contre la réputation de mille gens, et cela d'autant plus irréparablement que la vérité s'y rencontre tout entière et que la passion n'a fait qu'animer le style, je me suis résolu à vous en importuner de quelques morceaux pour vous supplier par iceux de juger de la pièce et de me vouloir prescrire une règle pour dire toujours la vérité sans ))losser
1. La Forté-Vidamp est situoo entre Chartres et Dreui : le château en a été reconstruit, mais le parc est encore enserre dans ses quatorze kilomètres de murs. M. Boissier, chez qui on en peut lire une description précise, observe que Saint- Simon n'a pas été louché par les beautés de la nature. On n'en est pas surpris.
ma conscience, et pour me donner de salutaires conseils sur la manière que j'aurai à tenir en écrivant des choses qui mè touchent particulièrement et plus sensiblement que les autres. J'ai donc choisi la relation de notre procès contre MM. de Luxembourg père et fds, qui aproduitdès rencontres qui m'ont touché de presque toutes les plus vives passions d'une manière auLant ou plus sensible que je l'aie été dans ma vie, et qui est exprimé en un style qui le fait bien remarquer. C'est, je crois, tout ce qu'il y a de plus Apre et de plus amer en mes Mhnoires, mais, au moins, y ai-je tâché d'être fidèle à la plus exacte vérité...
Saint-Simon est là déjà presque tout entier : le procès des Luxembourg est un procès de préséance. Il y joignait deux portraits, dont celui de d'Aguesseau. On ne sait ce que Rancé lui répondit. L'abbé de la Trappe devait mourir, d'ailleurs, l'année suivante.
Il est difficile de faire marcher de front le service militaire, les soins d'une fortune à faire à la cour et la besogne d'un historien. Saint-Simon donna en 1702 sa démission de mestre de camp de cavalerie. L'armée telle que Louvois l'avait réformée n'était pas faite pour le retenir longtemps. Mais, d'autre part, la cour, telle que la voulait Louis XIV, n'était pas faite pour le fixer. C'est le 6 mai 1682 que le roi établit sa résidence à fancienne résidence de chasse de son père, devenue le palais magnifique, mais incomplet, de Versailles'. Saint-Simon est sévère pour « ce chef-d'œuvre si ruineux et de si mauvais goût », où le roi s'est plu à tyranniser la nature, à la dompter, à force d'art et de trésors. Versailles est pour lui « le plus triste et le plus ingrat de tous les lieux ». C'est que « la cour fut un autre manège de la politique du despotisme » : toute la noblesse de France s'y absorba et s'y énerva en se domestiquant. Le ressort de l'honneur, qui était l'àme de l'aristocratie d'autrefois, s'y fausse, et c'est l'âpre ambition des honneurs qui le remplace. Bouftlers, le héros de Lille, embrassait les genoux du roi parce qu'il avait reçu de lui les grandes entrées. Sauf exception, le pouvoir était aux mains des hommes nouveaux, et Saint-Simon haïssait de toute son âme ce règne de vile bourgeoisie. « En face du roi, il fut maître de lui dès le début el le jugea. » Le roi, de son côté, se montra réservé, défiant même à l'égard de cet ironique observateur et de ce disputeur éternel, qui ne savait pas tenir sa langue. Mais tous deux furent condamnés à vivre vingt- quatre ans dans ces
1. Cf. Dussieux, le Château de Versailles, histoire et description; Versailles, Bernard, ISSl, in-S".
rapports de « malveillance polie* ». Enfin, M™'^ de Maintenon trouvait le jeune duc un peu bien « glorieux », et Saint-Simon devinait sa sourde iiostiiité, qu'il lui rendra au centuple. Cependant, il grossissait la cour du tyran; il négociait, pour lui plaire, le mariage du duc de Berry avec une fille du régent, et recevait en récompense pour M™° de Saint-Simon la charge de dame d'honneur de la nouvelle duchesse. Saint-Simon, il faut le dire, ne se résigna pas sans répugnance à cet honneur asservissant, mais qui n'était pas sans compensation : car une pension de vingt mille livres y était attachée, et aussi ce logement à la cour, tant envié des courtisans. C'est en 1710 que Saint-Simon devint courtisan malgré lui. En arrière des cinq pièces qui composaient son logement, beaucoup moins commode que son hôtel de Versailles, il avait son cabinet, ou, comme il le dit, sa « boutique ». L'air de la cour est amollissant : tout en critiquant un peu tout, mais avec prudence, Saint-Simon écrivait telle lettre au roi, oi^i il demandait la charge de capitaine des gardes près de la « personne sacrée » de Louis. Il croit mériter cette faveur par trente-six ans d'un attachement continuel, d'un dévouement entier et d'une affection vraie; mais il attendra l'effet des bontés royales avec une résignation parfaite, content d'avance de tout, pourvu qu'il puisse plaire à son maître. Cette requête fut vaine : ^i elle eùl été exaucée, nous n'aurions probablement pas les Mémoires de Saint-Simon. Mais sa destinée voulait qu'il ne fût pas en faveur, sans être tout à fait en disgrâce. Disgracié, il n'eût été qu'un pamphlétaire; satisfait, il eût gardé le silence. Pour parler, il devait rester indépendant ; pour être un historien, il devait pouvoir amasser à son aise la matière de son histoire, et il n'eût pas trouvé ailleurs un second Versailles.
Saiiit-Siiiion sons l:i résPix"** f^t le rè;ïiic do Louis XV. — Ses idées politiques. — Sa vieillesse. — Ses « Méuioii-es ».
A la lin du règne de Louis XIV, Saint-Simon avait vu briller à ses yeux des espérances inattendues. La mort du grand dauphin avait fait du duc de Bourgogne l'héritier du trône ; l'élève