‹ Cours de littérature à l'usage des divers examens (volume 2)Chapitre 128 sur 186 · Gandar, Bossuet orateur, l · texte numérisé non relu

Gandar, Bossuet orateur, l

ci est inquiétée dès 1693 sans qu'il songe à s'écarter d'elle. Il est vrai que M™'= de Maintenon n'a pas rompu avec. elle encore ni, par conséquent, avec Fénelon, qui reçoit même, en 1095, l'archevêché de Cambrai. Mais on se demande en vain quel intérêt Fénelon pouvait avoir, après les conférences d'issy (1696), à déclarer la guerre à Bossuet, si puissant à la cour. Pendant et après ces conférences , les deux prélats avaient semblé en complet accord; mais le désaccord latent éclata lorsque Bossuet publia son Instruction sur les états d'oraison (1697). Loin d'y donner son approbation, Fénelon y répliqua par VEx- }tlieatio7ides maximes des saints, livre indigne de lui, il faut le reconnaître, et dont Saint-Simon n'a pas tort de critiquer le style confus. Jusque-là, c'est du côté de Bossuet que nous inclinons. Mais voici que l'autorité royale intervient dans la controverse : Fénelon est exilé dans son archevêché de Cambrai; on lui refuse l'autorisation d'aller plaider sa cause à Rome, où il se fait représenter par l'abbé de Chantérac, dévoué, mais qui doit lutter contre les intrigues de l'abbé Bossuet, neveu de l'évêque de Meaux et véritable ambassadeur ecclésiastique de la cour. Des lettres hautaines, menaçantes, du roi appuyaient l'implacable envoyé et pressaient, exigeaient un dénouement contraire à Fénelon. Bossuet lui-même s'etTorçait de hâter la solution d'une affaire où, à ses yeux, il y allait de la foi, en lançant sa Et'/rt^ton sur le quiétisme ; mais Fénelon, plus heureux, cette fois, dans sa réplique, ramenait l'opinion de son côté par sa Réponse à la Relation de M. de Meaux. Après bien des hésitations, en 1699, la cour de Borne se décidait à condamner les Maximes des saints, mais se refusait à englober dans cette condamnation les divers écrits polémiques de Fénelon. La politique plus encore que la religion avait triomphé. D'avance, Fénelon s'était déclaré prêt à se soumettre, tout en regrettant qu'on n'agît point envers lui « avec l'équité, la honne foi et la charité chrétienne qu'on doit à un confrère ' ». L'auteur de l'épigramme attribuée par la Beaumelle à Racine l'avait compris :

Dans ce combat où deux prélats de France

Semblent chercher la -vérité,

L'un dit qu'on détruit l'espérance,

L'autre que c'est la charité :

C'est la foi qui se perd, et personne n'y pense.

i. Lettre ;i Beauvilliers, 26 août 1697.

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Sa soumission fut immédiate et absolue. Mais de cette querelle une chose sortait plus atteinte que le quiétisme : c'était l'orthodoxie elle-même. Fénelon le sentait bien, lorsqu'il disait à Bossuet : «Nous sommes, vous et moi, l'objet de la dérision des impies, et nous faisons gémir tous les gens de bien. »

Le « Traité de l'exisfence de Dieu ».

Si l'on voulait se convaincre à quel point l'esprit d'un Fénelon diffère de l'esprit d'un Bossuet, on n'aurait qu'àlire successivement le Traité de l'existence de Dieu et la Comiaissance de Dieu et de soi-même. La comparaison a été souvent esquissée, et d'ordinaire par des admirateurs exclusifs de Bossuet.

Bossuet suit Descartes dans son beau traité de. la Conatissaiice de Dieu et de soi-même, ouvrage tout cartésien par ses principes et par son titre même. - II y donne la même détinition de la philosophie, et y comprend de même les sciences ; il distingue dans nos sensations les ph «nom^nes de l'esprit et ceux du corps ; il assigne la môme origine à nos idées, et trouve dans l'entendement des idées supérieures aux idées sensibles; il donne la même preuve de l'existence de Dieu; il reconnaît, comme Descartes, la souveraineté de la raison dans toutes les opérations de l'esprit, dans l'appréciation du vrai et du faux, dans la conduite de la vie.

Fénelon, avec moins d'indépendance que Bossuet, abrège ou développe Descartes. Son Traité de l'Existence de Dieu Tepvoia'dlcs principales vérités de la métaphysique cartésienne, à laquelle il mêle des ornements agréables, afin d'intéresser l'imagination à des vérités de raison i.

Mais le livre de Fénelon, outre son charme, a sa valeur propre, et il en faut croire Leibnitz, qui écrivait à Grimarest en 1712 : « J'ai lu avec plaisir le beau livre de M. de Cambrai sur l'existence de Dieu ; il est fort propre à toucher les esprits, et je voudrais qu'il fit un ouvrage semblable sur l'immortalité de l'àme. )) Leibnitz ne connaissait que la première partie du traité, qui venait de paraître, sans doute à l'insu de Fénelon. C'est en 1718 seulement que l'ouvrage entier fut publié, parles soins de Ramsay. Si l'on en croit l'éditeur, qui avait longtemps vécu dans la familiarité de Fénelon, ce serait un fragment d'un grand ouvrage entrepris par Fénelon dès sa jeunesse et jamais achevé. La grâce et l'inexpérience de la jeunesse se trahissent, en

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