‹ Cours de littérature à l'usage des divers examens (volume 2)Chapitre 127 sur 186 · C. de Litt. — FÉNELON · texte numérisé non relu

C. de Litt. — FÉNELON

ques ressemblances de détail : par exemple, le goût pour les arts, auxquels il emprunte plus d'une heureuse comparaison; mais, ici encore, s'il loue Raphaël, Carrache, Poussin, c'est qu'ils ont peint « d'après nature »; s'il comprend mal le style gothique, c'est qu'il ne lui semble pas assez naturel :

On a reconnu que les beautés du discours ressemblent à celles de Tarchitecture : les ouvrages les plushardis et les plus façonnés du gothique ne sont pas les meilleurs. Une faut admettre dans un édifice aucune partie destinée au seul ornement ; mais, visant toujours aux belles proportions, on doit tourner en ornement toutes les parties nécessaires à soutenir un édifice. Ainsi on retranche d'un discours tous les ornements affectés qui ne servent ni à démêler ce qui est obscur, ni à peindre vivement ce qu'on veut mettre devant les yeux, ni à prouver une vérité par divers tours sensibles, ni à remuer les passions, qui sont les seuls ressorts capables d'intéresser et de persuader Tauditeur ; car la passion est l'àme de la parole.

Dans la Lettre à l'Académie, Fénelon, qui se répète volontiers, ne fera que développer les mêmes principes, quelquefois dans les mêmes termes.

La controverse snr le qiiiétisiiie. — Bossuet et Fénclou.

Huit ans après avoir été nonimé précepteur du duc de Bourgogne, deux ans après avoir été reçu à l'Académie, Fénelon vit se déchaîner contre lui un orage que son courage et son habileté ne purent conjurer, et qui relégua au fond de la province le brillant abbé de cour. On a déjà rencontré et jugé la querelle du quiétisme ^ et l'on n'y reviendra que pour rappeler sommairement le rôle qu'y joua Fénelon.

Depuis longtemps il était connu, aimé de Bossuet. Quand l'éducation du duc de Bourgogne lui fut confiée, Bossuet écrivait à la marquise de Laval, cousine de Fénelon : « Enfin, Madame, nous ne perdrons pas M. l'abbé de Fénelon; vous pourrez en jouir, et moi, quoique provincial, je m'échapperai quelquefois pour aller l'embrasser. « Au fond, pourtant, tout les séparait : même alors qu'ils étaient d'accord sur la doctrine, ils ne l'étaient pas sur la méthode de persuasion ou de réfutation. Le

1. Voir le premier fascicule de iJoss»?/, où les deux adversaires sont comparés. Voir surtout la Bibliographie de Bossuet, à la fin de ce fascicule.

FENELON 27

3 mars 1G92, Fénelon remerciait Bossuet de l'envoi d'un mémoire sur les ouvraees du docteur du Pin, parent de Racine : tout en l'approuvant, il se demandait si, en « un petit endroit», Bossuet n'était pas allé « un peu au delà des paroles de l'auteur ». (( J"ai été ravi, disait-il, de voir la vigueur mesurée du vieux docteur et du vieux évèque. Je m'imaginais vous voir en calotte à oreilles, tenant M. du Pin, comme un aigle tient dans ses serres un faible épervier. » Lui-même allait bientôt sentir les serres de l'aigle.

« Le quiétisme, écrit Voltaire ', était une folie qui passa par / la tête périgourdine de Fénelon, mais une folie pardonnable, une folie d'un cœur tendre et qui devint même parfois héroïque en lui. » Avec son goût obstiné pour l'idéal, Fénelon devait embrasser avec ardeur une doctrine qui élève l'àme dans les régions de la contemplation pure, fort au-dessus des pratiques souvent machinales qui sont la seule religion du vulgaire ; avec sa sensibilité passionnée et délicate, il était d'avance acquis au « pur amour ». Il y avait en lui, et il le montra bien dans cette querelle, un mystique plus ou moins naïf, et un novateur plus ou moins inconscient de ses audaces, un diplomate et un chevalier. « C'était sainte Thérèse, et c'était don Quichotte, » dit Michelet. Fénelon écrira, il est vrai, dans les Lettres spirituelles : « Quelque respect et quelque admiration que j'aie pour sainte Thérèse, je n'aurais jamais voulu donner au public tout ce qu'elle a écrit. » Mais qu'on lise so» Panégyrique de sainte Thérèse en regard du même panégyrique composé par Bossuet, on verra combien Fénelon s'abandonne davantage, évite moins les écueils du sujet, va plus résolument chercher les traits qui peuvent troubler le cœur, et plus facile- ment anéantit la volonté dans l'extase-. Aussi fut-il vite conquis lorsqu'il rencontra sur son chemin cette sainte Thérèse équivoque, M™"^ Guyon, qui réduisait la religion presque tout entière à Yoraison, acte d'amour silencieux, substitué à toutes les prières précises et à tous les actes personnels. «Leur esprit se plut l'un à l'autre, dit Saint-Simon : leur sublime s'amalgama. »

L'ironie est ici facile, et Fénelon semble s'y être exposé de gaieté de cœur. Mais il n'est pas interdit non plus de louer son désintéressement et sa lidélité à la cause de M™« Guyon. Celle-

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