‹ Cours de littérature à l'usage des divers examens (volume 2)Chapitre 139 sur 186 · C. de Lilt. — FÉNELON {Éduc. des filles · texte numérisé non relu

C. de Lilt. — FÉNELON {Éduc. des filles

2 COUBS DE LITTERATURE

femme, et femme savante, un peu pédante quelquefois, malgré le sérieux de son esprit et la générosité de son âme. Un peu suspecte aussi, dans sa propre cause, est Louise Labé, la belle cordière lyonnaise, qui, dans une lettre à son amie Clémence de Bourges, en tête du recueil de ses œuvres, s'applaudit que « les sévères lois des hommes n'empêchent plus les femmes de s'appliquer aux sciences et disciplines » , et prie les vertueuses damesd'élever un peu leurs esprits au-dessus de leurs quenouilles et fuseaux, pour se rendre dignes, sinon de commander, du moins d'être les dignes compagnes de ceux qui commandent. Mais, avec Louise Labé, nous atteignons déjà le xvi" siècle.

Dans la première partie de ce xvi'= siècle, l'Espagnol Vives (1492-1540), successivement professeur à Oxford et à Louvain, évêque de Valence, pose assez nettement la question, mais ne la résout pas, dans son Institution de la femme chrétienne, dédiée à Catherine d'Aragon, femme de Henri VIII, dont il éleva la fille.

Je suis d'avis qu'il faut soigner l'éducation des jeunes filles plus qu'on ne le pense généralement. Bien des gens se méfient de la femme instruite, disant qu'elle joint à la malice naturelle les ressources d'un savoir dangereux. Mais, à ce prix, il faut se méfier aussi bien des hommes cliez qui un naturel mauvais se doul)le d'un savoir dangereux. La science que je voudrais voir répandue dans l'humanité tout entière est sobre et modeste ; elle forme l'ùme pt rend meilleur, bien loin d'exciter les passions mauvaises ou de donner les moyens de les satisfaire. Tels sont, pour parler de la femme, les préceptes (le conduite et les exemples de vertu: si les connaître est mauvais, je ne vois pas en quoi les ignorer peut être bon. Quoi donc 1 vous voulez que votre fille soit savante pour le mal et ignorante du bicni ?

Sur le rôle de la mère, à la fois mère, nourrice, institutrice, Vives ne trouve pas de paroles moins fermes, caria mère, qui donne à ses enfants les premières leçons, est toute-puissante, il le montre, pour le bien comme pour le maL

Comme Vives, Érasme est partisan d'une science sobre et modeste pour les femmes, et se place surtout au point de vue moral des eifets dangereux de la science -. 11 est vrai que ce Voltaire du xvi" siècle traite, dans une de ses boutades, la femme d'animal inepte et ridicule, divertissant d'ailleurs et agréable. « De même qu'un singe, dit-il, est toujours un singe, une femme,

1. De institutione fcminas christ ianx. Voyez P. Souipiet, les Scrirains pédagogues du seizième siècle; Delagrave.

2. Voyez Rousselot, Histoire de l'cducation des femmes, Delagrave.

([uelquerôle qu'elle joue, est toujours femme, c'est-à-dire sotte et folle. » Mais, dans ses Colloques, il s'égaye aux dépens de ceux qui soutiennent que les livres font perdre aux femmes le peu qu'elles ont de cervelle. Dans un de ces dialogues, c'est la femme qui a l'avantage.

ANTHRONICS.

Pouï moi, je ne voudrais pas ûtre le mari d'une femme savante.

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