‹ Cours de littérature à l'usage des divers examens (volume 2)Chapitre 140 sur 186 · MAGDALA · texte numérisé non relu

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Et moi, je m'applaudis d'avoir un mari qui ne vous ressemble pas. Car, pour savante que je suis, il m'est plus cher, et je l'en aime davantage.

On sait que c'est à peine si Montaigne a daigné toucher en se jouant à ce problème, qui n'en était même pas un pour lui ; car s'il glorifiait volontiers l'énergique vertu de la femme antique, il se faisait une bien médiocre idée du rôle de la femme moderne, et se bornait à répéter l'arrêt méprisant de ce duc de lîretagne dont le Clirysale des Femmes savarites n'est que le plagiaire :

Nos pt're> sur ce point étaient gens bien sensés. Qui disaient qu'une femme en sait toujours assez Quand la capacité de son esprit se hausse A connailre un pourpoint d'avec un haut-de-chausse '.

Il est vrai qu'à considérer le détail, toute comparaison ne serait pas impossible entre Montaigne et Fénelon. C'est presque exclusivement au point de vue de l'éducation, de l'utilité morale et pratique de la vie, que tous deux se placent : la dignité de la science, aimée pour elle-même, leur échappe. Mais combien moins utilitaire est Fénelon! combien plus élevé dans sa conception du rôle de la femme et de la vie morale ! Leurs méthodes d'instruction sont également riantes et indirectes, excluent trop l'effort direct et personnel; mais celles de Montaigne aboutissent à faire des âmes épicuriennes et peu soucieuses du devoir; celles do Fénelon façonnent des âmes sans assez de nerf encore, mais des âmes chrétiennes enfin. C'est que pour faire des âmes il faut en avoir une : Montaigne n'a qu'un esprit critique et M'ptique, qui dédaigne ou qui raille, mais qui n'aime pas.

Les disciples de Montaigne, comme Charron, exagèrent encore SI défiance de la femme. Bodin n'est pas plus favorable. Pen-

I. Voyez le passage do Montaigne (I, i'i) ù in On do notre édition du Vlnsti/it- ' des enfants.

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dant presque tout le xvii^ siècle même, ces défiances persistent. Comme les philosophes du xvi^ siècle, mais en se plaçant à un point de vue différent, les moralistes religieux du xvn" n'admettent pas, ne conçoivent même pas l'égalité des sexes devant l'instruction, « C'est aux femmes, dit Malebranche, à décider des modes, à juger de la langue, à discerner le bon air et les belles manières. Elles ont plus de science, d'habileté et de finesse que les hommes sur ces choses. Tout ce qui dépend du goCitest de leur ressort; mais, pour l'ordinaire, elles sont incapables de pénéti'er des vérités un peu difficiles à découvrir. » iMalebranche est encore un philosophe plus qu'un théologien. Bossuet est le théologien pur; c'est au nom de rhumiliié chrétienne qu'il repousse l'idée d'une instruction approfondie pour les femmes.

Que si elles se sentent dans l'cspril quelque avantage plus considérable, combien les \'0)t-on empressées h le faire éclater dans leurs entretiens! Et quel parait leur triomphe, lorsqu'elles s'imaginent charmer tout le monde! C'est la raison pour laquelle, si je ne me trompe, on les exclut des sciences ; parce que, quand elles pourraient les acquérir, elles auraient troi> de peine à les porter; de sorte que, si on leur défend cette application, ce n'est pas tant, à, mon avis, dans la crainte d'engager leur esprit h une entreprise trop haute, que dans celle d'exposer leur humilité à une épreuve trop dangereuse'.

M''° de Scudcry,qui se peint elle-même dans son GrandCyriis sous le nom de Sapho, avait essayé pourtant de distinguer entre la savante et la pédante.

Encore que Sapho sache presque tout ce qu'on peut savoir, elle ne fait p ourtant point la savante... Comme il n'y arien de plus aimable ni de plus charmant qu'une femme qui s'est donné la peine d'orner son esprit de mille agréables ctinnaissances, quand elle en sait bien user, il n'y a rien aussi de s i ridicule ni de si ennuyeux qu'une femme sottement savante... Je ne sache rien de plus injurieux à notre sexe que de dire qu'une femme n'est point o bligée de rien apprendre. Si cela est, je voudrais donc en même temps qu'on lui défendit de parier et qu'on ne lui apprit point à écrire, car, si elle doit écrire et parler, il faut qu'on lui permette toutes les choses qui peuvent lui éclairer fespril, lui former le jugement et lui apprendre à bien parler et à bien écrire, sérieusement, y a-l-il rien de jjIus bizarre que de voir comment on agit d'ordinaire en l'éducation des femmes? On ne veut pas qu'elles soient coquettes, et on leur permet pourtant d'apprendre soigneusement tout ce qui est propre à la galanterie, sans leur permettre de savoir rien qui puisse fortifier leur vertu ni occuper leur esprit... Vu la manière dont il y a des dames qui passent leur temps, on dirait qu'on leur a défendu d'avoir de la raison et du bon sens, et qu'elles ne sont au monde que pour dormir, pour être grasses, pour être belles, pour ne rien faire et pour ne dire que des sot-

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