‹ Cours de littérature à l'usage des divers examens (volume 2)Chapitre 155 sur 186 · SECOND POINT · texte numérisé non relu

SECOND POINT

Les princes qui deviennent pasteurs peuvent être très utiles à l'Église, pourvu qu'ils se dévouent au ministère en esprit d'humilité, de patience et de prière.

L'humilité, qui est si nécessaire k tout ministre des autels, est encore plus nécessaire à ceux que leur haute naissance tente de s'élever au-dessus du reste des hommes...

Souvenez-vous que la dignité temporelle ne vous est donnée que pour la spirituelle. C'est pour autoriser le pasteur des âmes que la dignité électorale a été jointe dans l'Empire à celle de l'archevêque de Cologne. C'est pour lui faciliter les fonctions pastorales, et pour affermir l'Église catholique, qu'on a attaché à son ministère d'humilité cette puissance si éclatante...

Les grands princes qui prennent, pour ainsi dire, l'Église sans se donner h elle sont pour elle de grands fardeaux et non des appuis. Hélas ! que ne coùlent-ils point à l'Eglise ! ils ne paissent point le troupeau, c'est du troupeau qu'ils se paissent eux-mêmes. Le prix des péchés du peuple, les dons consacrés, ne peuvent suffire à leur faste et à leur ambition. Qu'est-ce que l'Église ne souffre pas d'eux ! quelles plaies ne font-ils pas à sa discipline ! Il faut que tous les canons tombent devant eux ; tout plie sous leur grandeur. Les dispenses dont ils abusent apprennent à d'autres à énerver les saintes lois: ils rougissent d'être pasteurs et pères; ils ne veulent être que princes et maîtres...

Ce long extrait d'ua sermon peu connu était peut-être né-

cessairepour en marquer la place à part dans l'œuvre de Fénelon. Tandis que Bossuet, vingt-six ans auparavant, dans son sermon de VUnilé de l'Êijlise, plaidait la cause des rois très chrétiens et des « libertés de l'Église gallicane » en face de l'Église romaine, c'est la suprématie de l'Église romaine que Fénelon, moins gallican qu'ultramontain, semble vouloir faire peser sur la tète de tous les princes. On trouve, d'ailleurs, dans ce discours autre chose que l'exposition d'une doctrine un peu absolue : la manière oratoire de Fénelon, cette succession de tableaux et d'exemples, l'idée qu'il se fait des devoirs paternels des princes envers « les peuples », surtout envers les petits; les cris de l'àme : « 0 pasteurs, loin de vous tout cœur rétréci ! Élargissez, élargissez vos entrailles ! » les vues morales souvent fixes ou profondes S tout porte bien la marque du même esprit et du même cœur, mais avec un accent plus mâle ici que de coutume.

Si vous ne voulez qu'intimider les hommes et les réduire à faire certaines actions extérieures, levez le glaive; chacun tremble, vous êtes obéi. Voilîi une exacte police, mais non pas une Sincère religion. Si les hommes ne font que trembler, les démons tremblent autant qu'eux, et haïssent Dieu. Plus vous userez de rigueur et de contrainte, plus vous courrez risque de n'établir qu'un amour-propre masqué et trompeur... Pour faire aimer, il faut entrer au fond des cœurs; il faut en avoir la clef; il faut en remuer tous les ressorts ; il faut persuader et faire vouloir le bien, de manière qu'on le

1. i( Il faut sans doute être docflo pour bien obéir; mais il faut être encore plus docile pour bien commander. La sagesse de l'homme ne se trouve que dans la docilité. 11 faut qu'il apprenne sans cesse pour enseigner... On ne trouve la vérité qu'en approfondissant avec patience. Malheur au présomptueux qui se llatte jusqu'à croire qu'il la pénètre (l'abord '. Il ne faut pas moins se défier de ses propres préjugés que des déguisements des parties. Il faut craindre de se tromper, croire facilement qu'on se trouqie, et n'avoir jamais de honte d'avouer qu'on a été trompé. L'élévation, loin de garantir de la tromperie, est précisément ce qui y expose le plus; car plus on est élevé, plus on attire les trompeurs en excitant leur avidité, leur ambition et leur llatterio. Mépriser le conseil d'autrui, c'est porter au dedans de soi le plus téméraire île tous les conseils. Ne sentir pas son besoin, c'est être sans ressource. Le sage, au contraire, agrandit sa sagesse de toute celle qu'il recueille en autrui. Il apprend de tous, pour les instruire tous; il se nioutre supérieur à tous et à lui-même par cette simplicité. 11 irait jusqu'aux extrémités de la terre chercher un ami fidèle et désintéressé qui aurait le courage de lui montrer ses fautes. Il n'ignore pas que les inférieurs connaissent mieux le détail que lui, parce qu'ils le voient de plus près, et qu'on le leur déguise moins... La correction ressemble à certains remèdes que l'on compose de quelque poison : il ne faut s'en servir qu'à l'extrémité, et qu'en les tempérant avec beaucoup de précaution. La correction révolte secrètement jus(|u'aui derniers restes de l'orgueil; elle laisse au cœur une plaie secrète qui s'envenime facilement. Le bon pasteur préfère autant qu'il le peut une douce insinuation; il y ajoute l'exemple, la patience, la prière, les soins paternels. Ces remèdes sont moins prompts, il est vrai ; mais ils sont d un meilleur usage. Le grand art, dans la conduite des âmes, est de vous faire aimer pour faire aimer Dieu, et de gagner la confiance pour parvenir à la persuasion. "

veuille librement et indépendamment de la crainte servile. La force peut-elle persuader les hommes? peut-elle leur faire vouloir ce qu'ils no veulent pas? Ne voit-on pas que les derniers hommes du peuple ne croient ni ne veulent pointtoujoursauç^rédesplus puissants princes? Chacun se tait, chacun souffre, chacun se déguise, chacun agit et paraît vouloir, chacun flatte, chacun applaudit: mais on ne croit et on n'aime point ; au contraire, on hait d'autant plus qu'on supporte plus impatiemment la contrainte qui réduit à faire semblant d'aimer. Nulle puissance humaine ne peut forcer le retranchement impénétrable de la liberté d'un cœur.

Plus célèbre et plus fénelonien, pour ainsi dire, est le sermon prêché pour la fête de l'Epiphanie, le 6 janvier 1685, en présence des ambassadeurs de Siam. Fénelon est plus jeune; le souvenir encore récent de ses premiers élans apostoliques, lorsqu'il rêvait d'aller évangéliser l'Orient, la présence d'envoyés de cet Orient qui semble venir de lui-même à la civilisation et à la foi, le lieu même où il parle, donnent à son éloquence quelque chose de poétique et d'inspiré. Une sorte de vision d'un avenir heureux pour le monde nouveau, funeste à l'ancien monde, lui fournit sa division, qui est d'une clarté saisissante :

Mais je sens mon cœur ému au dedans de moi-même ; il est partagé entre la joie et la douleur. Le ministère de ces hommes apostoliques et la vocation de ces peuples est le triomphe de la religion: mais c'est peut-être aussi l'effet d'une secrète réprobation qui pend sur nos têtes. Peut-être sera-ce sur nos ruines que ces peuples s'élèveront, comme les gentils s'élevèrent sur celles des Juifs à la naissance de l'Eglise. Voici une œuvre que Dieu fait pour glorifier son Évangile : mais n'est-ce point pour le transférer? Il faudrait n'aimer point le Seigneur Jésus, pour n'aimer pas son ouvrage ; mais il faudrait s'oublier soi-même, pour n'en trembler pas. Réjouissons-nous donc au Seigneur, mes frères, au Seigneur qui donne gloire à son nom ; mais réjouissons-nous avec tremblement. Voilà les deux pensées qui rempliront ce discours.

Le tableau des progrès de la foi dans le nouveau monde occupe toute la première partie, qui est comme illuminée de soleil. C'est là que se trouve le mot souvent cité : « L'homme s'agite, mais Dieu le mène. » L'allégresse de l'âme se communique au style, mais ne sait pas se contenir, et le mouvement oratoire dégénère en mouvement lyrique.

Que reste-t-il? Peuples des extrémités de l'Orient, votre heure est venue... Qui sont ceux-ci qui volent comme les nuées? Vents, portez-les sur vos ailes! Que le Midi, que l'Orient, que les îles inconnues les attendent et les regardent en silence venir de loin ! Qu'ils sont beaux les pieds de ces hommes qu'on voit venir du haut des montagnes apporter la paix, annoncer les biens éternels, prêcher le salut et dire : « O Sion, ton Dieu régnera sur toi!... »

Peuples qui les vîtes venir, quelle fut d'abord votre surprise, et qui peut la représenter?... Nations ensevelies dans l'ombre de la mort, quelle lumière sur vos têtes !

A qui doit-on, mes frères, cette gloire et cette bénédiction de nos jours? A la compagnie de Jésus...

O Ciel, conservez à jamais la source d'une grâce si abondante... Frappe, cruel Japon. Empire de la Chine, tu ne pourras fermer tes portes...

La seconde partie du discours est grave et triste : à mesure que la lumière gagne l'Orient de proche en proche, l'ombre sur l'Occident se fait de jour en jour plus épaisse. Moraliste plus encore que théologien, Fénelon s'attache à caractériser l'invasion d'un orgueil, d'un égoïsme qui font dédaigner les vertus des ancêtres, le débordement du luxe et de la corruption. Lieu commun facile et complaisant? Non, mais pressentiment mystérieux, inquiétude presque prophétique d'un siècle nouveau que le siècle finissant déjà prépare. Il n'y a peut-être pas, dans tout ce grand xvii^ siècle dont on vante la sérénité, de page où la clairvoyance émue d'un orateur chrétien touche plus profondément notre âme. Bossuet saisit toutes les occasions qui s'offrent à lui de foudroyer les libertins, mais il y a des ruines prochaines sur lesquelles il ne peut pas ou ne veut pas arrêter ses regards. Ici, non seulement la catastrophe est prévue, mais il semble qu'on entend comme le bruit sourd de l'écroulement déjà commencé, comme le prélude de l'âge destructeur de la Régence.

I/orgueil a rompu ses digues et inondé la terre; toutes les conditions sont confondues; le faste s'appelle politesse, la plus folle vanité une bienséance : les insensés entraînent les sages et les rendent semblables à eux ; la mode, si ruineuse par son inconstance et par ses excès capricieux, est une loi tyrannique à laquelle on sacrifie toutes les autres ; le dernier des devoirs est celui de payer ses dettes. Les prédicateurs n'osent plus parler pour les pauvres, à la vue d'une foule de créanciers dont les clameurs montent jusqu'au ciel. Ainsi la justice fait taire la charité; mais la justice elle-même n'est plus écoutée... Sous prétexte de se polir, on s'est amolli pour la volupté, et endurci contre la vertu et contre l'honneur. On invente chaque jour et à l'infini de nouvelles nécessités pour autoriser les passions les plus odieuses. Ce qui était d'un faste scandaleux dans les conditions les plus élevées, il y a quarante ans, est devenu une bienséance pour les plus médiocres. Détestable raffinement de nos jours! monstre de nos mœurs! La misère et le luxe augmentent comme de concert... On ne connaît plus d'autre prudence que la dissimulation, plus de règle des amitiés que l'intérêt, plus de bienfaits qui puissent attacher à une personne dès qu'on la trouve ou inutile ou ennuyeuse. Les hommes, gâtés jusque dans la moelle des us par les ébranlements et les enchantements des plaisirs violents et raffinés, ne trouvent plus qu'une douceur fade dans les consolations d'une vie innocente ; ils tombent dans les langueurs mortelles do l'ennui, dès qu'ils ne sont plus animés par la fureur de quelque passion. Est-

ce donc là être chrétien? Allons, allons dans d'autres terres, où nous ne soyons plus réduits à voir de tels disciples de Jésus-Christ! O Évangile! est-ce \k que vous enseignez? O foi chrétienne, vengez-vous ! laissez une éternelle nuit sur la face de la terre, de celte terre couverte d'un déluge d'iniquité...

Une sagesse vaine et intempérante, une curiosité superbe et effrénée emporte les esprits. Le Nord ne cesse d'enfanter de nouveau.^i monstres d'erreur : parmi ces ruines de l'ancienne foi, tout tombe, tout tombe comme par morceaux. Des hommes profanes et téméraires ont franchi les bornes, et ont appris à douter de tout. C'est ce que nous entendons tous les jours ; un liruil sourd d'impiété rient frapper nos oreilles, et nous en avons le cœur déchiré. Après s'être corrompus dans ce qu'ils connaissent, ils blasphèment enfin ce (ju'ils ignorent. Prodige réservé à nos jours ! l'instruction augmente, et la foi dimintie. La parole de Dieu, autrefois si féconde, deviendrait stérile, si l'impiété l'osait. Mais elle tremble sous I^ouis, et, comme Salomon, il la dissipe de son regard.

Élait-ce un appel à l'autorité vengeresse du « Salomon » chrétien? Ce qui est certain c'est que, quelques mois après, l'édit de Nantes était révoqué. Mais ce qui nous émeut ici, ce n'est pas le conflit de la religion orthodoxe et de l'hérésie (on en trouverait chez Bossuet bien d'autres échos, et plus retentissants) : c'est le trouble du pi^être qui prévoit, qui prophétise en termes d'une précision terrible, non seulement l'orage, mais le cataclysme final : « 0 Dieu! que vois-je?où sommes-nous? Le jour de la ruine est prodie, et les temps se hâtent d'arriver. » Par là Fénelon, si inférieur à Bossuet par l'ensemble du génie oratoire, se relève singulièrement. Non, sans doute, il n'est pas un Père de l'Église. « Bossuet, a dit M. Feugère, se pénètre de l'Écriture, Bourdaloue s'en autorise, Fénelon s'en inspire. » Il est certain que Fénelon a dans son éloquence quelque chose de plus individuel, s'oublie moins soi-même, en un mot réalise moins complètement l'idéal du prédicateur chrétien. En revanche, s'il n'est pas l'homme des temps nouveaux, si d'avance, au contraire, il en dénonce l'esprit tout profane, par son intelligence du temps où il vit, par sa divination du temps qui va venir, par son anxiété même, il est plus près de nous.

BIBLIOGRAPHIE

TEXTES

d. Delzous (Hachette), Despois (Delagrave), Fougère (Delalaiii), .1. Girard (Delalain), Legouëz (Garnier).

LIVRES

ÉLETz (De). — Jugements hisloriqueset littéraires: iû-S", Périsse, 1840 ;

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ViLLEMAiN. — Discours et Mélanges littéraires ; Didier, in-8o, nouv. éd.,

JUGEMENTS

Ses Dialogues sur l'éloquence et sa Lettre à l'Académie renferment les principes les plus sains sur Fart d'émouvoir et d»? persuader. Il y parle de cet art en orateur et en philosophe ; des rhéteurs qui n'étaient ni l'un ni l'autre l'attaquèrent et ne le réfutèrent pas : ils n'avaient étudié qu'Aristote, qu'ils n'entendaient guère, et il avait étudié la nature, qui ne trompe jamais.

D'Alembert, Éloge de Fénelon.

Nous n'avons point de meilleur livre didactique, pour les prédicateurs, que les Dialogues de Fénelon sur l'éloquence de la chaire. Toutes les règles de l'art y sont fondées sur le bon sens, sur le bon goût et sur la nature.

Maury, Notes sur l'Éloge de Fénelon.

Fénelon avait beaucoup réfléchi sur Fart oratoire et sur Féloquence de la chaire; et ses études, à cet égard, se retrouvent dans trois dialogues à la manière de Platon, remplis de raisonnements empruntés à ce philosophe, et surtout écrits avec une grâce qui semble lui avoir été dérobée. Nous n'avons dans notre langue aucun traité de Fart oratoire qui renferme plusd'idées saines, iugénieuses et neuves, une impartialité plus sévère et plus hardie dans les jugements. Le style en est simple, agréable, varié, éloquent à propos, et mêlé de cet enjouement délicat dont les anciens savent tempérer la sévérité didactique. Cette production appartient à la jeunesse de Fénelon; et l'on y sent partout ce goût exquis de simplicité, cet amour pour le beau simple qui fait le caractère inimitable de ses écrits.

ViLLEMAiN, Discours et Mélanges littéraires; Perrin.

La méthode prescrite et suivie par Féaelon de parler d'abondance et sans avoir rien écrit; cette méthode d'improviser un sermon, qui n'est praticable que pour un génie aussi facile que le sien, ne pouvait, même avec un pareil génie, produire des chefs-d'œuvre d'éloquence chrétienne.

De Féletz, Mélanges, t. III,

Les Dialogues sont une imitation du Gorgias de Platon, et Fénelon s'est heureusement inspiré de cette méthode de Socrate amenant peu à peu son interlocuteur, par la douce insinuation de la logique familière, à se dépouiller de ses préjugés et à se laisser surprendre en quelque sorte par la vérité. De la même façon que Socrate tire de Gorgias, par mille adresses de discours, l'aveu qu'il n'est qu'un sophiste, Fénelon fait revenir l'interlocuteur de son admiration pour la méchante éloquence ; mais cette imitation est si naturelle, et les raisons que donne Fénelon sont si propres à l'objet qu'il traite et au génie de notre pays, qu'on peut regarder ces Dialogues comme un des ouvrages de critique les plus originaux dans notre langue.

NisARD, Histoire de la littérature française, t. III; Didot.

Les Dialogues sur l'éloquence, sans être un traité de rhétorique méthodiquement composé, contiennent tous les préceptes de l'art, appuyés sur les principes des maîtres de l'antiquité et des Pères de l'Église, Platon, Cicéron, saint Augustin. Les interlocuteurs ne sont pas des dialecticiens de métier, ils suivent la libre allure de leur pensée ; mais ils se reportent sans cesse à leur point de départ : les défauts de l'éloquence mondaine et pervertie des prédicateurs contemporains; et jamais ils ne perdent de vue leur but : la nécessité de revenir à l'explication simple et efficace de l'Évangile. Fénelon ne veut même pas que l'orateur songe à être agréable; il ne doit rien dire que de profitable. Au terme plaire de la définition antique, il substitue le mot peindre, réduisant tout le plaisir de l'éloquence

au charme utile d'une description saisissante par son exactitude. Pour tracer ces règles, Fénelon laisse lui-même, comme il le demande à l'orateur qu'il se propose de former, sa bouche parler selon l'abondance de son cœur. « J'aime ta prose, disait Voltaire en parlant du style du C'jgne de Cambrai, encore qu'un peu traînante. » La forme coupée du dialogue donne à la prose de Fénelon plus de vivacité; et là où sa phrase se déploie, elle a les grâces naturelles, la moelleuse ampleur et l'onclion du genre d'éloquence simple et touchant dont l'aimable écrivain appelle et voudrait préparer le retour.

GnÉARD, Précis de littérature; Masson.

Cet ouvrage, malgré sa réputation, est loin d'avoir l'intérêt et l'agrément de la Lettre à VAcadémie. D'abord, la forme du dialogue, il faut le reconnaître, malgré l'exemple qu'a donné Platon, est loin d'être favorable. Elle est longue, froide et monotone; presque personne n'y a réussi. Les trois personnages de Fénelon, A, B, C, sont des anonymes froids et sans couleur. C ne sert presque à rien; B est un naïf qui est étonné de tout. En réalité, c'est A qui parle tout seul, et qui serait plus intéressant s'il était réellement seul et qu'il eût condensé tout ce qu'il a à dire. L'interlocuteur ne sert qu'à faire quelques objections qu'un auteur peut tout aussi bien se faire à lui-même s'il le veut. Le fond de la doctrine, emprunté à Platon, est d'ailleurs très solide. Elle revient à dire qu'il ne faut pas parler pour parler, plaire pour plaire, mais parler et plaire pour persuader, et persuader la vérité et le bien-.

Janet, Fénelon; Hachette.

LETTRES

Les Dialogues sur Véloquence, de Fénelon, sont, dit-on, un souvenir du carême de 1684, pendant lequel, réunis à Meaux, près de Bossuet, les abbés Fénelon et Fieurv prêchaient tour à tour, sans autre préparation que la prière. Bossuet avait terminé alors l'éducation du dauphin, et le soin de son diocèse le prenait tout entier. Nous savons qu'il prodiguait à ses ouailles les homélies touchantes, mais nous savons aussi qu'il avait connu et connaissait encore une éloquence plus majestueuse. Lui aussi, il avait souvent critiqué, surtout dans le sermon sur la Parole do, Bleu, la frivole éloquence des prédicateurs mondains, et y avait opposé la sobre éloquence des apôtres et des Pères, nourrie de la lecture des livres saints; mais, plus que Fénelon, il comprenait qu'à des temps différents ne pouvait convenir la même éloquence. Les Dialogues devaient donc à la fois l'intéresser vivement et l'étonner, peut-être l'inquiéter un peu. On suppose qu'il écrit à Fénelon pour lui témoigner son admiration sincère et pour lui soumettre aussi ses doutes.

Après un début tiré des souvenirs qui leur sont communs, il approuvera la doctrine générale des Dialogues, et la définition de l'éloquence, destinée à persuader la vérité et la vertu. Mais il n'approuvera pas sans réserve des théories comme celle de l'homélie familière et improvisée. Il opposera à cet idéal séduisant, mais dangereux, l'idéal de l'éloquence sacrée selon Bossuet.

Dans une seconde partie, on insistera surtout sur le second dialogue, où Bourdaloue, sans être nommé, est pris vivement à partie : « Il est très capable de convaincre, dit Fénelon; mais je ne connais guère de prédicateur qui persuade et qui louche moins. Il n'a rien d'aifectueux, de sensible... Je conclus que c'est un grand homme qui n'est point orateur. » Plus loin, Fénelon attaque les divisions du sermon, qui auraient le double désavantage d'établir un ordre arbitraire et de nuire à la progression; par suite, à l'effet du discours. Bossuet justifiera Bourdaloue sans accuser Fénelon.'

En concluant il rendra hommage à l'éloquence, païenne ou chrétienne, des anciens orateurs. Mais il se refusera à croire que tout soit « barbarie » dans l'âge de saint Bernard et de Gerson, comme à reconnaître que tous les prédicateurs du xvii« siècle soient des successeurs si dégénérés de ces grands hommes.

Lettre de Bourdaloue à F-énelon sur le même sujet.

Il s'est reconnu dans le second Dialogue, et il accepte de bonne grâce quelques-unes des critiques que Fénelon lui adresse.

Mais il ne souscrit pas de même aux critiques dirigées contre l'emploi des divisions dans le sermon ; il en démontrera la nécessité.

Autant que Fénelon il admire les homélies des Pères ; mais il ne s'agit plus de convertir les infidèles, il s'agit d'affermir les fidèles dans une foi souvent chancelante; les élans du cœur ont dû céder la place à l'autorité de la raison.

En 1727, dans ses Observatirms, adressées à Rollin, qui avait loué les Dialogues sur l'éloquence {Traité des éludes, t. II, l.IV, ch. i«% art. 1, § 3 ; ch. ii, art. 2, § 1), un professeur renommé du temps, Giberl, avait émis des doutes sur l'authenticité de cette œuvre toujours attribuée à Fénelon. Rollin lui répondit, et Gibert dut abandonner sa conjecture. On fera la réponse dans laquelle Rollin démontre qu'on retrouve la pensée et le style de Fénelon à chaque pas dans les Dialogues.

DISSERTATIONS ET LEÇONS

Montrer ce qui, dans les Dialogues sur l'éloquence de Fénelon, caractérise surtout son génie et le goût du temps.

(Paris. — Leçon d'agrégation, 1871.)

Fénelon, dans son Sermon pour la fête de l'Epiphanie, est-il resté fidèle à ses doctrines sur l'éloquence de la chaire? (Paris. — Leçon d'agrégation, 187o.)

La rhétorique de Fénelon, d'après les Dialogues sur l'éloquence. (Paris. — Leçon d'agrégation, 1886.)

Examen de l'opinion de Fénelon sur l'usage de la mémoire dans la prédication.

(Paris. — Licence es lettres, oct. 1859.)

Apprécier et expliquer ce jugement de Villemain, qui, parlant des Dialogues sur l'éloquence de Fénelon, dit : « Le style en est simple, agréahle, varié, éloquent à propos, et mêlé de cet enjouement délicat dont les anciens savent tempérer la sévérité didactique. »

(Aix. — Devoir d'agrégation, 1883.)

Apprécier les jugements portés par Fénelon sur les orateurs C. de Litt. — FÉNELO.N [Dialog, sur l'cloq.). 3

du XYii"^ siècle et en particulier sur Bourdaloue dans les Dialogiies.

(Professorat des écoles normales. — Aspirantes. Leçon, 1894.)

Indiquer, d'après les Dialogues sur l'éloquence et la Lettt'e à l'Académie, quelles étaient les idées de Fénelon sur l'art oratoire.

(Seine. — Brevet supérieur. — Aspirantes, 1878.)

Que pensez-vous de ce jugement d'un critique contemporain* sur les Dialogues et la Lettre à l'Académie. « Ce sont les délassements d'un homme d'infiniment d'esprit, mais de moins de goût peut-être, j'entends du goût peu sûr, et qui ne m'a pas Fair d'attacher lui-même une grande importance aux jolies choses qu'il nous dit »?

Comparer les idées de Bossuet, de Fénelon et de la Bruyère sur l'éloquence de la chaire.

Tracer le portrait de l'orateur idéal d'après Fénelon, en rapprochant les Dialogues et la Lettre à l'Académie.

« La poésie ne diflfère de la simple éloquence qu'en ce qu'elle peint avec enthousiasme. » [Dialogues sur l'éloquence.) Définir l'enthousiasme différent de l'éloquence et de la poésie.

Étudier les passages des Dialogues I et III relatifs aux éloges

1. M. Bruneticre, l'Évolution des genres, t. I", p. 143, Hachetle.

funèbres et aux panégyriques, en se demandant si la doctrine de Fénelon s'applique à Bossuet.

Marquer par un exemple précis la différence entre un sermon de Bossuet et un sermon de Fénelon.

Platon et Fénelon. Dans quelle mesure l'idéal de l'orateur dans les Dialogues est-il platonicien?

Villofranche-(le-Uoueigue. — J. Bardoux, impr.

Histoire da « Téléinaquc ».

Parmi les œuvres si complexes de Fénelon, aucune n'est plus complexe que le Télémaqite. On conçoit sans peine quel étonnement causa aux contemporains le livre dont la première partie fut imprimée en 1G99, chez la veuve de Claude Barbin, sous ce titre : Suite du quatrième livre de l'Odyssée, ou les Aventures de Télcmaque. fils d'Ulysse. 11 était anonyme; car cette publication, due à l'infidélité d'un domestique, avait di\ surprendre l'auteur lui-même, peu suspect d'impatience à faire éditer ses œuvres. D'ailleurs, le moment eût été mal choisi pour se faire honneur d'un pareil ouvrage ; c'est en cette même année que les Maximes des saints étaient condamnées par la cour de Rome et que Fénelon, relégué dans son archevêché de Cambrai, devait se soumettre., La publication du Télcmaque n'était pas faite pour alléger sa disgrâce. Avant que l'impression en fût terminée, on sut que le livre était de lui, et on fit saisir l'édition imparfaite.

Dire du mal du Télémaque et de son auteur, ce fut alors une manière de faire sa cour. Selon Saint-Simon, le maréchal de Noailles, qui avait épousé une nièce de M™'' de Maintenon, disait tout haut qu'il fallait être ennemi de la personne du roi pour avoir composé le Télémaque : c'est qu'il voulaitremplacer près du roi le duc de Beauvilliers, ami de Fénelon. M°^^ de Maintenon n"essa\'ait pas de défendre son ancien directeur spirituel. Dix-sept ans après, à M™" de Caylus, qui lui offrait le livre réédité, elle répondait sèchement : « Je ne me soucie point de lire Télémaque. >' La prévention fut si tenace que de iîoze, successeur de Fénelon à l'Académie, garda le silence sur l'ouvrage

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