C. de Litt. — FKNF.LON {Télémaque
compromettant. Pour Bossuel, il avait à peine eu besoin d'y jeter les yeux pour le frapper d'un de ces arrêts pontificaux dont il semble qu'on ne se relève pas.
Le samedi soir (23 janvier 1700), Bossuct étant à Versailles, il fiit fort parlé de Télémaquc. Dès qu'il parut et qu'il en eut vu le premier tome, il le jugea écrit d'un style efféminé et poétique, outré dans toutes ses peintures, la figure poussée au delà des bornes de la prose et en termes tout poétiques. Tant de discours amoureux, tant de descriptions galantes, une femme qui ouvre la scène par une tendresse déclarée et qui soutient ce sentiment jusqu'au bout, et le reste du même genre, lui fit dire que cet ouvrage était indigne non seulement d'unévêque, maisd'unprêtreetd'unchrétien... Voilàceque M. deMeaux pensa de ce roman dès le commencement, car ce fut là d'abord le caractère de ce livre à Paris et à la cour, et on ne se le demandait que sous ce nom : le roman de M. de Camhruij '.
Il écrivait à son neveu, l'abbé Bossuel, l'ambassadeur ecclésiastique de la cour à Rome contre Fénelon : « La cabale admire le Tfc'le'»*«g»c; le reste du monde le trouve peu sérieux et peu digne d'un prêtre^. » Il est vrai qu'il connaissait seulement les premiers livres, les plus romanesques; mais, plus tard, quand il put lire ceux qui suivent, il ne les condamna pas avec une sévérité moindre, car il y voyait une censure couverte du gouvernement du roi et- de ses ministres. Ce qui choquait Bossu et devait ravir les mécontents. En dépit de la saisie des exemplaires inachevés, des manuscrits avaient couru. Le libraire Adrien Moetjens, de la Haye, en lit paraître dès 1699 une rédaction fort peu exacte et peu correcte, dont le succès fui inouï. C'est seulement en 1717, après la mort de Fénelon, que le marquis de Fénelon, son neveu, fit paraître la première édition authentique et complète du Télémaqiie.
Dès lors les raisons qui avaient mis en défiance les hommes du xvii° siècle furent précisément celles qui éveillèrent et entretinrent l'enthousiasme plus ou moins artificiel des hommes du xvui". Le cardinal Maury reproche à Bossuel de n'avoir pas compris l'œuvre la plus semblable aux chefs-d'œuvre des anciens. Mais, outre que Bossuet trouvait un grand creux au fond de toutes ces fictions païennes, il ne voulait, il ne pouvait voir que deux choses dans le Télémaque : c'était un roman écrit par un évêque; c'était, au moins en apparence, une satire écrite par un sujet. Roman et satire, au contraire, devaient plaire au