Histoire (les membres de l'Acaih'mir, t
Ce fcrand et aimable génie paye encore aujourd'hui les efforts qu'il fit, il y a plus d'un siècle, pour le bonheur des rois, encore plus que pour celui des peuples. L'oreille superbe de l'autorité redoute encore la pénétrante douceur des vérités prononcées par cette Minerve envoyée sous la figure de Mentor, et peu s'en faut que dans les cours Fénelon- ne passe pour un républicain 1 .
De nos jours, le Tclémaqiie a été jugé avec une sérénité plus impartiale. Et comme Tenthousiasme excessif appelle l'excessif dénigrement, comme le poème épique et didactique à la fois de Fénelon avait vieilli par plus d'un côté, l'ennui a succédé à l'admiration et n'a pas tardé à éveiller la raillerie. Ce n'est que lentement qu'on est revenu à une appréciation plus mesurée desbeautés durables d'une œuvre dont les contemporains avaient trop admiré peut-être les beautés passagères. Il est arrivé un peu à chacun de nous ce qui est arrivé à un critique grave et candide de notre tetiips. Télémaqiie l'a d'abord ennuyé. Le rôle de Mentor surtout lui semblait froid.
c'est souvent la sagesse incréée. Minerve, qui parle par sa bouche ; n'est-ce pas quelquefois le gouverneur, le précepteur, je dirais presque la nourrice et la bonne d'enfants?... Il n'y a .aucune illusion à se faire. Mentor, c'est Minerve; Minerve, c'est Fénelon en personne, représentant la sagesse de Dieu. Jamais l'idée du gouverneur n'a été élevée plus haut. Télémaque n'a pas un désir, pas une pensée secrète qu'il ne doive faire connaître à Mentor. Quand il aime Anliope, il le cache à tout le monde, si ce n'est à Mentor. Au camp des alliés, Télémaque commande à tous les rois, même au vieux Nestor et à Philoctète, l'ami d'Hercule. Tout le monde lui cède; il a quelque chose de divin. ~ Sa sagesse, son éloquence, son courage, mettent à ses pieds princes et soldats, amis et ennemis. C'est un homme et plus qu'un homme. Revenu à Salente et devant Mentor, ce n'est plus qu'un enfant. Il rougit, il tremble. Le gouverneur reprend son terrible ascendant; le vainqueur d'Adraste redevient l'élève modeste et soumis qui attend pour parler la permission de son maître. Quand on a lu le livre jusqu'au bout, il reste un grand doute dans l'esprit, malgré les précautions habiles de l'auteur, qui semble avoir prévu l'objection : que deviendra un prince ainsi élevé? Sera-t-il jamais autre chose qu'un enfant aimable et docile? Minerve n'a-t-elle pas tort de remonter au ciel? Télémaque roi aura tant besoin d'un premier ministre ! Le duc de Bourgogne aurait été plus heureux : Fénelon restait sur la terre.
Puis là même il découvre une sorte d'intérêt tout relatif, un intérêt historique et pédagogique.
On aime n entrevoir, derrière le léger voile qui les cache, Fénelon et son élève. L'Emile de J.-J. Rousseau est un ouvrage purement romanesque, on le sent trop; le Télémaque rappelle jour par jour, îieure par heure, la longue lutte de Fénelon contre les défauts naturels du jeune prince, contre ses im^