‹ Cours de littérature à l'usage des divers examens (volume 2)Chapitre 39 sur 186 · I. Voir la p;ige 17 du f.ascicule sur les Sernirnis · texte numérisé non relu

I. Voir la p;ige 17 du f.ascicule sur les Sernirnis

LES ORAISONS FUiNEBllES T

descendre, et de monter à sa place, et que rien ne pouvait soutenir la beauté du spectacle et la perfection de la musique que la force de son éloquence. Ma tille, ce jeune homme a commencé en tremblant, tout le monde tremblait aussi; il a débuté par un accent provençal : il est de Marseille; il s'appelle Léné. Mais, en sériant de son trouble, il est entré dans un chemin si lumineux, il a si bien établi son discours, il a donné au défunt des louanges si mesurées, il a passé par tous les endroils délicats avec tant d'adresse, il a si bien mis dans tout son jour tout ce qui pourait être admiré, il a fait des ■traits d'éloquence et des coups de maître si à propos et de si bonne grâce, que tout le monde, je dis tout le monde sans exception, s'en est écrié, et chacun était charmé d'une action si parfaite et si achevée. C'est un homme de vingt-huit ans, intime ami de M. de Tulle, qui l'emmène avec lui dans son diocèse. Nous le voulions nommer le chevalier Mascaron ; mais je crois qu'il surpassera sonainé. Pour la musique, c'est une chose qu'on ne peut expliquer. Baptiste (LuUy) avait fait un dernier effort de toute la musique du roi. Ce beau ilisercre y était augmenté : il y eut un Libéra où tous les yeux étaient pleins de larmes. Je ne crois point qu'il y ait une autre musique dans le ciel. Il y avait beaucoup de prélats. J'ai dit h (iuitaud tout l)as : « Si c'était l'oraison funèbre de quelqu'un qui fût vivant, il n'y manquerait pas. » Cette folie a fait rire Guitaud sans aucun respect [lour la pompe funèbre.

C'est dans ce décor et dans ce milieu plus solennel qu'éditîant que Bossuet lui-même avait plus d'une fois déjà pris la parole, moins pour célébrer les grands de la terre que pour tirer de l'éloge de quelques-uns une leçon pour tous. Ses débuts dans l'oraison funèbre avaient été plus modestes. A Metz, en 1036 et i6o8, il avait dit les vertus obscures et paisibles del'abliesse Yolande de Monlerbyel de l'ancien échevin Henride Gornay. C'est par abus peut-être qu'on qualifie d'oraison funèbre cette « courte exhortation » où Bossuet s'efTorce « de ramasser en peu de paroles des vérités très considérables », à savoir, principalement qu'il faut apprendre à se servir si heureusement de la mort qu'elle nous obtienne l'immortalité. Yolande de Monlerby est restée abbesse jusqu'à l'âge de quatre-vingt-dix ans, toujours active, toujours patiente, également éloignée de la rigueur farouche et de la trop molle indulgence, préservée jusqu'au bout de tout penchant à la médisance et à l'avarice. Mais de quelques traits à peine indiqués on ne saurait composer un caractère bien net et bien vivant; le trait dominant, le seul original à peu près, c'est le grand âge de la prudente abbesse, et c'est aussi la source d'un développement, disproportionné avec l'étendue totale du discours, sur les avantages ou les inconvénients d'une longue vie. Maisl'exorde ade l'ampleur; le vrai Bossuet s'y fait entendre déjà, et déjà y exprime avec force l'idée qu'il se fait d'un discours si hautement instructif, où d'autres ne voient qu'un discours d'apparat.

Quand l'Église ouvre la bouche des prédicateurs dans les funérailles de ses enfants, ce n'est pas pour accroître la pompe du deuil ]>ar des plaintes étudiées ni pour satisfaire l'ambition des vivants par de vains éloges des morts. La première de ces deux choses est trop indigne de sa fermeté, et l'autre trop contraire à sa modestie. Elle se propose un objet plus noble dans la solennité des discours funèbres: elle ordonne que ses ministres, dans les derniers devoirs que l'on rend aux morts, fassent contempler à leurs auditeurs la commune condition de tous les mortels, afin que la pensée de la mort leur donne un saint dégoût de la vie présente, et que la vanité humaine rougisse en regardant le terme fatal que la Providence divine a donné à ses espérances trompeuses.

Il tient à nous en prévenir aussi dès le début de l'oraison funèbre de Henri de (lornay ; il est résolu à rejeter loin de son esprit « toutes les considérations profanes et les bassesses honteuses de la tlalterie », indignes du lieu ot^i il parle et du ministère sacré qu'il exerce, pour proposer au public « trois ou quatre réflexions tirées des principes du christianisme », celle-ci eu première lijUMie : « Quelque apparente inégalité que la fortune ait mise entre nous, la nature n'a pas voulu qu'il y eClt grande différence d'un homme à un autre. » Ce dessein, annoncé sans ménagements, a pu surprendre quelques-uns des auditeurs de Bossuet, de ceux surtout qui appartenaient à cette noble famille lorraine des Gornay, illustrée jadis par un martyr, saint Livier. Bossuet tient sa promesse et ne craint pas de s'attaquer de front au préjugé de la noblesse : « Pour mettre à couvert la faiblesse commune de la naissance, chacun tâche d'attirer sur elle toute la gloire de ses ancêtres, et la rendre plus éclatante par cette lumière empruntée. Ainsi l'on a trouvé le moyen de distinguer les naissances illustres d'avec les naissances viles et vulgaires, et de mettre une ditférence inOnie entre le sang noble et le roturier, comme s'il n'avait pas les mêmes qualités, et n'était pas composé des mêmes éléments. » Ici encore l'orateur appuie un peu lourdement; il ne se contente pas d'affirmer que Henri de Gornay « a toujours méprisé les vanteries ridicules, dont il arrive assez ordinaiiement que la noblesse étourdit le monde » ; it disserte sur la noblesse, et l'on sent qu'il veut orner et amplifier un sujet ingrat. Mais, si l'éloge proprement dit est et devait être faible, l'expression des grandes idées morales ne l'est pas, et tel passage de ce brouillon si imparfait a mérité de passer, presque entier, dans l'oraison funèbre de Madame :

Il y a beaucou]) de raison de nous comparer à des eaux courantes comme fait l'Écriture sainte. Car do même que, quelque inégalité qui paraisse dans le eours des rivières qui arrosent la surface de la terre, elles ont toutes cela de

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commun, qu'elles viennent d'une petite origine; que dans le progrès de leur course elles roulent leurs flots en bas par une chute continuelle, et qu'elles vont enlin perdre leurs noms avec leurs eaux dans le sein immense de l'Océan, oii l'on ne distingue point le Rhin, ni le Danube, ni ces autres fleuves renommés d'avec les rivières les plus inconnues : ainsi tous les hommes commencent par les mêmes infirmités. Dans le progrès de leur âge. les années se poussent les unes les autres comme des flots : leur vie roule et descend sans cesse à la mort par sa pesanteur naturelle; et enfin après avoir fait, ainsi que les fleuves, un peu plus de bruit les uns que les autres, ils vont tous se confondre dans ce gouffre infini du néant, où l'on ne trouve plus ni rois, ni princes, ni capitaines, ni tous ces autres augustes noms qui nous séjjarent les uns des autres, mais la corruption et les vers, la cendre et la pourriture qui nous égalent.

Si roii mel à part ces deux oraisons, ou plulôl ces deux sommaires d'oraisons funèbres, on verra que la première des véritables oraisons funèbres de Bossuet est celle du P. Bourgoinir (1668), demandée à Bossuet par la congrégation de l'Oratoire, dont le P. Bourgoing fat directeur pendant vingt ans. Ici encore, sans doute, Bossuet ampIiOe sa matière et agrandit son personnage. « Ce n'est pas sous ce radieux aspect, dit M. Jacquinet, que les confrères du P. Bourgoing, jugeant en lui l'orateur, nous l'ont représenté. Les hommages qu'ils rendent à son talent nous donnent l'idée d'un génie plus rassis, d'un mérite plus modeste. » Mais le sujet prêtait davantage à l'éloquence d'un Bossuet. Il n'avait pas à marcher parmi ces « écueils » dont il parle avec un effroi si sincère dans un exorde fameux'.

Grâce à la miséricorde divine, le révérend père Bourgoing, supérieur général de la congrégation de l'Oratoire, a vécu de telle sorte que je n'ai point à craindre aujourd'hui de pareilles difficultés. Pour orner une telle vie, je n'ai pas besoin d'emprunter les fausses couleurs de la rhétorique, et encore moins les détours de la flatterie. Ce n'est pas ici de ces discours où l'on ne parle qu'eu tremblant, où il faut plutôt passer avec adresse que s'arrêter avec assurance, où la prudence et la discrétion tiennent toujours en contrainte l'amour de la vérité. Je n'ai rien ni à taire ni à déguiser; et si la simplicité vénérable d'un prêtre de Jésus-Christ, ennemie du faste et de l'éclat, ne présente pas à nos yeux de ces actions pompeuses qui éblouissent les hommes, son zèle, son innocence, sa piété éminente, nous donneront des pensées plus dignes de cette chaire. Les autels ne se plaindront pas que leur sacrifice soit interrompu par un entretien profane : au contraire, celui que j'ai à vous faire vous proposera de si saints exemples, qu'il méritera de faire partie d'une cérémonie si sacrée, et qu'il ne sera pas une interruption, mais plutôt une continuation du mystère.

Puis, selon le mot de saint Grégoire de Nazianze, cité par Bossuet, « il était prêtre avant même que d'être prêtre », et ce

I. Voyez le début de cet exortlc, page li du fascicule sur les Sermons.

mol — qui s'appliquerait si bien à Bossuel lui-même — donne l'esprit et le ton du discours consacré par un prêtre à un prêtre.

11 était prêtre de l'Oratoire, et l'occasion s'otïre naturellement à Bossuet de caractériser avec sympathie celte congrégation nouvelle où l'on obéit sans dépendre, où l'on gouverne sans commander, où toute l'autorité est dans la douceur, où le respect s'entretient sans le secours de la crainte. Enfin, il était prédicateur : nouvelle occasion de définir, pour ainsi dire, après le prêtre, le prédicateur en soi, et de blâmer des prédicateurs profanes et fleuris qui croient avoir fait tout leur devoir quand ils ont chatouillé les oreilles du bruit de leurs périodes mesurées et de leurs figures superficielles'. Tout ce premier point est excellemment développé. Le second ofire aux modernes un intérêt plus restreint, mais on aurait tort de le négliger, car le futur historien des Variations de l'Église prolestante et même (\a Discours sur l'histoire universelle y laisse entrevoir quelquesunes de ses larges vues sur l'unité de l'Église : u Un Dieu, un ('hrist, un évêcpie... Un Dieu, principe de l'unité; un Christ, métliateur de l'unité; un évêque marquant et représentant en la singularité de sa charge le mystère de l'unité de l'Église. »

L'oraison funèbre du P. lîourgoing n'élait pas destinée à voir le jour. Au conli'aire, celle de Mcolas Cornet (1063), grand maître de la maison de Navarre, fut imprimée en 1698. Il est vrai qu'au témoignage de l'abbé Ledieu, Bossuet n'y reconnut pas son œuvre. INousy reconnaissons, nous, sinon le discours môme qu'il avait prononcé (il n'avait eu que huit jours pour le pré- |)arer), du moins un fond de pensées et de sentiments qui lui appartiennent bien en propre. C'est dans la maison de Navarre que Bossuet avait achevé ses études ; il le rappelle dans l'exorde avec reconnaissance et discrétion. Mais Nicolas Cornet avait été aussi syndic de la faculté de théologie au moment où commençaient les persécutions contre le jansénisme, et c'est lui qui avait dénoncé les cinq propositions. l£n rappelant la vie de ce « docteur de l'ancieime marque », Bossuet ne pouvait passer sous silence le rôle que son ancien maître avait joué dans ces graves circonstances; mais, entre les jansénistes et les jésuites, il n'était pas aisé de garder une attitude qui fût à la fois nette

1. Voyez ce passage à la p. Il du premier fast-ieule. A côlé de ces amples diveloppeiiients, je note un trait plaisant, chose rare chez Bossuet ailleurs que dans les écrits de polémique : " Mes frères, faites pénitence, tandis que ce médecin n'est pas encore à vos côtes, vous donnant des jours et heures qui ne sont point en sa liuissABce, et toi(Joa?-s pt'ét à p/iilosopiter admirablement de la maladie après la mort. »

et prutlenle : RossueL, loin d'esquiver hi cUtYiciiIté, l'aborde de front, avec une sincérité habile.

Deux maladies dangereuses ont affligé en nos jours le corps de l'Église : il a pris à quelques docteurs une malheureuse et inhumaine complaisance, une pitié meurtrière, qui leur a fait porter des coussins sous les coudes des pécheurs, chercher des couvertures à leurs passions, pour condescendre à leur vanité, et flatter leur ignorance affectée. Quelques autres, non moins extrêmes, ont tenu les consciences captives sous des rigueurs très injustes : ils ne peuvent supporter aucune faiblesse, ils traînent toujours l'enfer après eux, et ne fulminent que des anathèmes. L'ennemi de notre salut se sert également des uns et des autres, employant la facilité de ceux-là pour rendre le vice aimable, et la sévérité de ceux-ci pour rendre la vertu odieuse...

Certes, je ne vois rien dans le monde qui soit plus à charge à l'Église que ces esprits vainement subtils, qui réduisent tout l'Évangile en problèmes, qui forment des incidents sur l'exécution de ses préceptes, Qui fatiguent les casuisles par des consultations infinies : ceux-là ne travaillent, en vérité, qu'à nous envelopper la règle des mœurs... ^Liis que dirai-je de ceux qui détruisent, par un autre excès, l'esprit de la piété, qui trouvent partout des crimes nouveaux, et accaldent la faiblesse hamaine en ajoutant au joug que Dieu nous impose? Qui ne voit que cette rigueur enfle la présomption, nourrit le dédain, entretient un chagrin .-uperbe, et un esprit de fastueuse singularité; fait paraître la vertu trop pesante, rÉvangileexcessif,le christianisme impossible?...

Vous, docteurs relâchés, puisque l'Évangile est un joug, ne le rendez pas si facile : de peur que si vous êtes chargés de son poids, vos passions indomptées ne le secouent trop facilement; et qu'ayant rejeté le joug, nous ne marchions indociles, superbes, indisciplinés, au gré de nos désirs impétueu^. Vous aussi, docteurs trop austères, puisque l'Évangile doit être léger, n'entreprenez pns il'accroître son poids : n'y ajoutez rien de vous-mêmes, ou par faste, ou par caprice, ou par ignorance. Lorsque ce Maître commande, s'il charge d'une main, il soutient de l'autre : ainsi tout ce qu'il impose est léger; mais tout ce i|ue les hommes y mêlent est insupportable.

Vous voyez donc, chrétiens, que, pour trouver la règle des mœurs, il faut tenir le milieu entre les deux extrémités; et c'est pourquoi l'oracle toujours sage nous avertit de ne nous détourner jamais ni à la droite ni à la gauche. Ceux-là se détournent à la gauche, qui penchent du côté du vice, et favorisent le parti de la corruption; mais ceux qui mettent la vertu trop haut, à qui toutes les faiblesses paraissent des crimes horribles, ou qui, des conseils lie perfection, font la loi commune de tous les fidèles, ne doivent pas se vanter d'aller droitement, sous prétexte qu'ils semblent chercher une régularité plus scrupuleuse. Car l'Écriture nous apprend que si l'on peut se détourner en allant à gauche, on peut aussi s'égarer du côté de la droite, c'est-à-dire eu s'avancant à la perfection, en ca])tivant les âmes infirmes sous des rigueurs trop extrêmes. 11 faut marcher au milieu...

C'est malgré lui que cet homme modeste et pacifique a été contraint de se signaler parmi les troubles de l'Eglise. « Mais un docteur ne peut passe taire dans la cause de la foi. » Nicolas ('omet vit que la nouvelle école, celle des jansénistes, en s'emparant des doctrines de saint .Augustin sur la grâce, et en les poussant à leurs e.\trêmes conséquences, n'allait à rien moins

qu'à ruiner insensiblement la liberté de l'homme; il n'iiésila pas à combattre ces « grands liommes, éloquents, hardis, décisifs, esprits forts et lumineux, mais plus capables de pousser les choses à rextrémilé que de tenir le raisonnement sur le penchant, et plus propres à commettre ensemlde les vérités chrétiennes qu'à les réduire à leur unité naturelle '>. Bossuet glisse sur ce qui est poiu' lui une véritable guerre civile, mais il appelle de ses vœux la paix de l'Eglise, une paix etlective, unf paix éternelle- Ces deux dernières oraisons funèbres avaient été prononcées à Paris, à l'église de l'Oratoire et au collège de Navarre. Le 20 janvier 1607, aux Carmélites de la rue du Bouloi, devant l'archevêque Hardouin de Péréfixe et de nombreux évêques, Bossuet prononçait la première de ses grandes oraisons funèbres, et la seule qui ne nous ait pas été conservée, celle de la reine mère. Anne d'Autriche seml)le lui avoir toujours montré une bienveillance pailiculière, et Bossuet dut s'en souvenir avec émotion. « Son discours, dit Ledieu, fui il'aulant plus touchant qu'il était lui-même plus [lénétré de douleur de la perte qu'il avait faite. >' Mais nous sommes réduits à nous contenter du témoignage de Ledieu : le manuscrit même n'a pas été retrouvé. Il faudra des sollicitations puissantes pourdéciderBossuet à ne plus dérober au public les grandes oraisons funèbres qui voni suivre, de 1069 à 1687, de Henriette de Fi-ance à Condé.

I II I/(»i>:iisoii 9'iiiiMiro après lEossiict.

De l'oraison funèbre d'Yolande de Monterhy à celle de Condé, il y a un intervalle de trente et un ans. Mais de Henri de Ciorna\ à Louis de Bourbon, quelle distance morale! Lorsque, dans la péroraison de l'oraison de Condé, Bossuet annonçait son intention de consacrer désormais à ses seules ouailles les restes d'une ardeur qui n'était pas si près de s'éteindre qu'il le dit, voulait-il, comme on a pu le croire, échapper à l'embarras de eertains panégyriques? ou plutôt, avec son sûr instinct de la grandeur et de l'harmonie, ne sentait-il pas qu'il y avait une suprême convenance à ne plus louer personne après Condé? D'autres se chargèrent de célébrer les vertus de Harlay de Champvallon. En annonçant à -M""^ de Sévigné la mort de cet

archevêque de Paris, M™'' de Coulanges écrivait (12 août 1691)) : " Il s'agit maintenant de trouver quelqu'un qui se charge de l'oraison funèbre du mort; on prétend qu'il n'y a que deux petites bagatt'lles qui rendent cet ouvrage difficile : c'est la vie et la mort. « Le P. Gaillard fut cet audacieux panégyriste, et M'"'' de Coulanges écrivait encore (16 sept.) : « 11 a imaginé de faire un sermon sur la mort au milieu de la cérémonie, de tourner tout en morale, d'éviter les louanges et la satire, qui sont deux écueils bien dangereux. Tout le prélude des oraisons funèbres n'y sera point; il se jettera sur les auditeurs pour les exhorter; il parlera de la surprise de la mort, peu du mort, et puis Dieu vous conduise à la vie éternelle. »

La fausseté de ce genre, lorsqu'il n'est pas soutenu par la gloire du héros et par le génie de l'orateur, éclatait de plus en plus à tous les yeux*. Combien de grands sujets s'offrirent désormais même aux grands orateurs? Pour un Louis XIV, qui lui arracliait l'exorde partout cité : « Dieu seul est grand, » Massillon avait à pleurer éloquemment un prince de Conti (1709), un dauphin (1711), ou, plus tard. Madame, mère du Régent (1723). Au début de l'oraison funèbre de Villeroi, archevêque de Lyon, il se plaignait qu'on mèlàt à la pensée du tombeau le souvenir de mille événements profanes. Liossuet "■lui-même n'eut dans le P. de la Rue qu'un très insuftîsant panégyriste.

On devine ce que l'oraison funèbre devint en plein xvni" siècle. C'est tout au plus si l'on cite, sans y aller voir, les oraisons funèbres du cardinal Fleury et du maréchal de IJelIe-lsle par Je P. de Neuville; celles de Marie Leczinska, du dauphin, fils de Louis XV, et de Louis XV lui-même, par l'abbé de Boismont : quelques-uns des éloges funèbres écrits par celui-ci étaient prononcés devant l'Académie française, ce qui suffit à en indiquer le cai-actère. Peut-être faut-il faire une honorable exception en faveur des oraisons de J.-B. de Beauvais, évêque de Senez, et dont la principale est celle de ce même Louis XV, relativement indépendante et hardie. C'est là que se trouve la phrase que devait s'approprier Mirabeau, sur ce silence des peuples qui est la leçon des rois.

Dirons-nous qu'il y eut une sorte de renaissance de l'oraison funèbre au xi\« siècle avec Frayssinous et Lacordaire? Mais le nom de ce dernier est le seul qui surnage, et, parmi ses éloges funèbres, c'est à peine si l'on se souvient de l'éloge d'O'Connel,

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