Vojez lu Bruyère, cli. xv (De la Chaire), IS et
où l'orateur calholique n'a pas craint de rendre hommage à la religion protestante. Kn revanche, on lit encore quelques heaux passages de l'oraison funèbre de Drouot (Nancy, 1847), parce que Lacordaire y fait revivre l'enfance studieuse de ce fils du peuple, la jeunesse héroïque de ce soldat, la vieillesse désintéressée et sereine de ce chrétien. Sans prétendre comparer à Hossuet un orateur et un écrivain inégal, nous ne croyons pas la fln de ce beau discours indigne de clore cette étude sommaire sur les précurseurs et les successeurs de Bossuet dans l'oraison funèbre.
Puissent ces leçons nous servir! Puisse notre génération, incertaine encore dans ses voies, apprendre de vous la simi)licité, la pauvreté, le désintéressement! Puisse-t-elle, sur vos traces, demander très peu au monde pour son bonheur, et beaucoup à Dieu! Kt vous qui avez nourri ce grand homme, vieille terre de France et de Lorraine, conservez-en avec respect tout ce que l'éternité n'a pu vous ravir encore, jusqu'au jour où votre poudre, sanctifiée par la sienne, enteiulra la voix de Dieu, et où le général Drouot nous apparaîtra tel que nous le connûmes, soldat sans tache, capitaine habile et intrépide, ami lidèie de son prince, serviteur ardent et désintéressé de la patrie, solitaire stoïquo, chrétien sincère, humble, chaste, aimant les pauvres jusqu'à se faire pauvre lui-même; l'homme enfin le plus rare, sinon le plus accompli, que le xixi" siècle ait présenté au monde dans la première moitié de son âge et de sa vocation.
BIBLIOGRAPHIE
TEXTES
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JUGEMENTS
Bossuet s'était donné aux oraisons funèbres, genre d'élo- ([uence qui demande de l'imagination, et une grandeur majestueuse qui tient un peu à la poésie, dont il faut toujours emprunter quelque chose, quoique avec discrétion, quand on tend au sublime.
. Voltaire, Siècle de Louis XIV, cli. xxxii.
Jamais les rois ont-ils reçu de pareilles leçons? jamais la jiliilosophie s'exprima-t-elle avec autant d'indépendance? Le diadème n'est rien aux yeux de l'orateur; par lui le pauvre est égal au monarque, et le potentat le plus absolu du globe est obligé de s'entendre dire devant des milliers de témoins que ses grandeurs ne sont que vanité, que sa puissance n'est que songe, et qu'il n'est lui-même que poussière. Trois choses se succèdent continuellement dans les discours de Bossuet : le trait de génie ou d'éloquence; la citation, enfin la réflexion ou le coup d'œil d'aigle sui' les causes de l'événement rapporté. Souvent aussi cette lumière de l'Église porte la clarté dans les discussions de la plus haute métaphysique ou de la théologie la plus sublime; rien ne lui est ténèbres. L'évêque de Meaux a créé une langue que lui seul a parlée, où souvent le terme le plus simple et l'idée la plus relevée, l'expression la plus commune et l'image la plus terrible, servent, comme dans l'Écrilure, à se donner des dimensions énormes et frappantes.
Chateaubria.xd, Gdnie du christianisme.
in
L'oraison funèbre, telle que Bossuet l'a pratiquée, n'existait pas avant lui, elle ne se retrouve plus après lui; il l'a épuisée tout entière. L'oraison funèbre de Bossuet est nécessairement composée d'éléments divers. Il y a une part obligée de pané-
l^^rique : il faut faire l'éloge du mort. La France tout entière est là en la personne de ses plus illustres représentants, attendant qu'on re7ide les derniers honneurs h ce grand mort, qui a été l'un de ses chefs, un pasteur des hommes. La solennité est faite pour lui. C'est le dernier hommage que cette brillante société lui puisse offrir. Mais Bossuet croirait faire un acte indigne de son ministère si son discours n'était que cela. Cet éloge doit être moralement profitable. Et sur ce point il y aura nécessaii'ement une part d'enseignement, pour laquelle il se renconti'e avec les modèles anciens, avec les panégyristes, les moralistes, les auteurs d'épîtres consolatoires. Mais il y met autre chose encore. Ce moraliste doit se distinguer des moralistes anciens. Il doit être avant tout un moraliste chrétien. Hossuet a été le premier, — et c'est là ce qui constitue sa grande originalité, et c'est ce qu'autrefois on ne marquait pas assez en parlant do lui, parce qu'on l'étudiait surtout au point de vue littéraire, et qu'on voyait surtout en lui un écrivain (ce qu'il n'a pas voulu être), et pas assez un docteur et un prêtre chrétien et niellant au service de sa foi une admirable éloquence, — il a été le premier qui se soit bien rendu compte qu'autre chose devait être un éloge funèbre, autre chose une oraison funèbre. 11 a été le premier à sentir que celle-ci ne devait pas être l'éloge emphatique d'un grand personnage mort, éloge et emphase d'autant plus déplorables qu'ils se trouvaient dans la bouche d'un prêtre et dans la chaire de vérité; qu'elle ne devait être qu'une autre forme de l'enseignement religieux, sa forme la plus haute et la plus saisissante. C'est une espèce de sermon, mais un sermon vivant, pour ainsi dire, un sermon en action, un sermon qui n'est pas seulement doctrinal, un sermon qui n'est pas seulement un conseil, une leçon, mais où tout est vie, où tout est sentimeni, où tout est passion, et où à chaque instant la vérité générale est appuyée d'un exemple particulier et de l'exemple le plus éclatant possible, où l'orateur n'est plus seul à parler, où les faits, les hommes, les livres saints et les Pères de l'Église, où la vie et la mort prennent la parole et prêchent tour à tour.
NiSARD, Histoire de la lUk'raiurc franraise; Didol.
Les oraisons funèbres, dont pendant longtemps l'opinion des gens du monde a fait le plus glorieux titre de Bossuet à l'élo-
LES OKAISONS FUNÈBRES 19
quence, sont sans doute écrites dans un admirable langage; mais ce qui leur a valu ce succèsclassique, c'est précisément un mérite littéraire et une habileté de panégyriste qui, lorsqu'on y réfléchit sérieusement, ne sont pas toujours en parfaite harmonie avec la chaire de vérité. Peut-être lui-même en jugeaitil ainsi : on ne voit pas qu'il ait jamais recherché l'occasion de prononcer des oraisons funèbres.
De Barante, Éhules ÏUtvraire^ et historiques ; Didier.
De grands exemples, de grandes fortunes, sont l'aliment nécessaire de l'oraison funèbre. Faute d'une matière suffisante, la rhétorique s'y glisse. Bossuet échappe à ce danger par l'importance des personnages qui sont le sujet de ses discours, et aussi parla gravité d'une parole toujours purement chrétienne. Si parfois, dans le tableau qu'il retrace de la vie de ses héros, il ménage la vanité inquiète des familles et l'impérieux orgueil de la cour, la vérité reprend tous ses droits dans la leçon qu'il tire du spectacle de leur mort. Plus il les élève aux yeux des hommes, plus il les abaisse sous la main de Dieu ; et leur grandeur devient, pour ceux-là mêmes qui s'en faisaient gloire, un avertissement et une menace...
« Faire voir dans une mort la mort et le néant de toutes les grandeurs humaines, » tel est, sous la pompe de l'éloge, le fond sévère de ces fêtes funèbres. Mais ce fond unique, l'orateur le revêt des couleurs les plus variées. Des six grandes Oraisons, aucune ne se ressemble par la disposition et par la nature du développement. Avec la même souplesse d'intelligence qui lui avait ouvert tous les accès de l'histoire, Bossuet va droit au cœur de ses divers sujets, apportant aux questions de politique, de droit, de casuistique religieuse ou de morale humaine qu'ils soulèvent, les lumières du sens le plus droit. Et sa vigoureuse imagination, nourrie de la plus pure moelle de l'Écriture et de l'antiquité, polie par un travail assidu et par l'habitude incessante de la parole devant une cour éprise du beau langage jusqu'en présence de la mort, répand sur tous les sujets des trésors d'éloquence et de poésie.
Gréard, Précis de littérature; Masson.