‹ Cours de littérature à l'usage des divers examens (volume 2)Chapitre 52 sur 186 · Jean Sobieski, vainqueur des Turcs · texte numérisé non relu

Jean Sobieski, vainqueur des Turcs

veilleuses de la grâce en elle. « En cet état, chrétiens, où la foi même est perdue, c'est-à-dire où le fondement est renversé, que restait-il à notre princesse?... Il restait la souveraine inisère el la souveraine miséricorde. Il restait ce secret regard d'une Providence miséricordieuse, qui la voulait rappeler des extrémités de la terre... Le miracle qu'elle attendait est arrivé : elle croiL elle qui jugeait la foi impossible. Dieu la change par une lumière soudaine et par un songe qui lient de i'exiase... Qui donc ne s'écrierait, à un si soudain changement : << Le doigt de Dieu est ici? » La suite ne permet pas d'en douter, et l'opération de la grâce se reconnaît dans ses fruits. »

L'idée de la Providence dominait les oraisons funèbres antérieures de Bossuet; l'idée delà grâce y est ici, pour la preiBière fois, étroitement associée, précisément pai'ce que, pour la première fois, c'est une véritable conversion qui fait le fond du discours. De là, dans l'oraison d'Anne de Gonzague, quelque chose de plus dramatique, nous ne disons pas seulemeni que dans celle de la dévote Marie-Thérèse, mais que dans celle de Henriette de France, où l'intérêt dramatique est à l'extérieur, dans la révolution d'Angleterre, non, comme ici, dans les révolutions d'une âme. Et c'est parce qu'il est de son sujet de faire passer devant nos yeux, comme on dirait aujourd'hui, les états d'âme successifs de la princesse palatine, que Bossuet est un biographe si hardiment précis, un psyciiologue si curieusement pénétrant. Quelle bonne fortune ce serait pour les modernes, avides de ces détails, si beaucoup de ces âmes du xvu" siècle — plus compliquées qu'on ne croit — leur étaient ouvertes par un moraliste tel que Bossuet! Ce qu'il convient pourtant d'admirer surtout ici, ce n'est ni la clairvoyance du pur moraliste, ni le coloris du peintre et du poète, mais l'art sans arLilice de l'orateur chrétien, qui fait tout servir au triomphe final de la vérité. Chateaubriand croyait lire une page extraite du livre idyllique de RutliJ, quand il lisait tout le début de cette première partie : « Jamais plante ne fut cultivée avec plus de soin, ni ne se vit plus tôt couronnée de fleurs et de fruits, que la princesse Anne... » Là, en effet, et plus loin, on pourrait recueillir, si l'on y tenait, certains traits qui ne dépareraient pas une idylle même biblique, par exemple le charmant portrait de l'abbesse d'Avenai, Bénédicte de Gonzague, la jeune sœur de l'ambitieuse Marie et de l'inquiète

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