‹ Cours de littérature à l'usage des divers examens (volume 2)Chapitre 53 sur 186 · Génie du clwistianisme, IIF, v · texte numérisé non relu

Génie du clwistianisme, IIF, v

• «RAISCX FUNEBRE BASSE DE GOXZAGUE 1"

As.h-z. La vie reliaeuse, telle que Bassaet la peint, est bien aimalle dans son austère douceur et sa pars mj-stiqoe. Mais voici qui n'a plus rien, ce semble, de ridylle, et qui touche presque à la saiire indignée :

Bèjâ Œ la comptait parmi les princesses qui araient condiût cette «élètort-

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esse Anne. EUe eut pa reDoncer à sa liberté, si an Itd eût permis de la sentir;

; il etit falin la conduire, et non pas la précipiter dans le bien.

Combien le ton a changé! Le moraliste profane se serait ittardé à ses analyses; le moraliste chrétien, le prêtre, ren- :ontre srtr son chemin., dénonce et condamne le scandale des vocations imposées. Dès l'oradson funèbre de Nicolas Cornet, il n'avait pas craint de se prendre à cette « jeunesse emportée, qui n'a, de toutes les qualités nécessaires, que des désirs violents pour s'élever aux charges ecclésiastiques, sans considérer -i elle pourra s'acquitter des obligations qui sont attachées à ces dignités i>. Longtemps après, dans le quatrième sermon pour le jour de Pâques, c'est très directement et très Tixement qn'il s'attaquait à cette •■ jeunesse imprudente », areagles qui demandent à conduire des aveugles, sentinelles endormies qui laissent entrer Fennemi dans la place. Pourquoi renouveler ici ces protestations généreuses? C'est que si Bénédicte, par une ( merveille de la grâce >^ malgré une vocation si peu régulière, devint le modèle des abbesses, Anne, d'humeur plus indépendante, se cabra, pour ainsi dire, devant la vie de renoncement où l'on prétendait la « précipiter ». L'abbaye d'Aven ai, malgré ?on > air plus libre «, ne la réconcilia pas « avec les desseins de Faremoustier >>, dont sa jeune tête avait rejeté le joug. Bientût libre, et par la mort de son père et par celle de sa jeune sœur,

elle vit le monde, elle en fut vue; vous savez tout le poison sulitil qui entre dans un jeune cœur avec ces pensées ». Sur celte entrée brillante et impétueuse d'Anne de Gonzague dans îa vie mondaine, Bossuet n'en dit pas et n'en pouvait dire davantage: il n'en dit guère plus sur son mariage; en revanche.

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il insiste — avec quelle audacieuse énergie! — sur ce dangereux état d'une jeune veuve, qui est regardé alors, il l'affirme, « comme un état désirable oi., affranchi de tout joug, on n'a plus à contenter que soi-même... Combien en devrait-on pleurer comme mortes, de ces veuves jeunes et riantes, que le monde trouve si heureuses ' ! » C'est que la Palatine touche alors à la grande crise, ou, pour employer le langage religieux, à la grande « tentation » de sa vie. Dès lors, les péripéties se succèdent : « Pour la plonger enlièrement dans l'amour du monde, il fallait ce dernier malheur : quoi? la faveur de la cour! » Pourquoi cette cour qui « veut toujours unir les plaisirs avec les affaires » est-elle jugée si sévèrement ici^ par un homme qui si longtemps y a vécu? On peut détacher ce morceau sur la cour et le comparer à telle page de la Bruyère; et le morceau vaut beaucoup par lui-même, mais il vaut surtout parce que, dans la pensée de l'orateur, il doit marquer un pas de plus de la princesse vers l'incrédulité frivole, car son « génie » est M également propre aux divertissements et aux affaires », c'està-dire à ce que la cour estime uniquement, d'où il suit qu'elle charmera et sera charmée.

Elle-même, cette cour traverse une crise, celle de la Fronde : d'où un nouveau développement sur la Fronde, dirigé toujours dans le même sens et visant au même but. On a vu déjà à quelle conclusion religieuse générale aboutissait ce développement : à cette idée générale, les desseins de Dieu sur la France, est subordonnée l'idée plus particulière des desseins de Dieu sur la princesse. Aussi Bossuet ne caractérise-t-il que par des traits rapides, mais admirablement nets et justes, le rôle de la princesse pendant les troubles civils. Comment elle sut avoir la confiance de tous les partis, habile et sincère à la fois, quelle fut son attitude en particulier vis-à-vis de Mazarin, qu'elle avait à soutenir non seulement contre la malignité de ses ennemis, mais M contre ses propres frayeurs », il le voit et le fait voir en raccourci avec une exactitude d'informations et une sûreté de coup d'oeil qui n'est pas dépassée par les témoins de ces événements, par M™^ de Molteville, par Retz. Celui-ci, qui négocia si souvent avec la princesse, admirait en elle un esprit qui sait « se fixer», qualité rare chez les politiques, et particulièrement

1. M">" de Sévigné écrit à Bussy, 12 juillet 109Û : « Pour les jeunes veuves, elles ne sont guère à plaindre : elles seront bien heureuses d'être leurs maîtresses ou de changer de maîtres. »

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