‹ Cours de littérature à l'usage des divers examens (volume 2)Chapitre 79 sur 186 · Lettre à l'abbé Gobelin, 13 sept · texte numérisé non relu

Lettre à l'abbé Gobelin, 13 sept

très serré et très habile, moins loyal peut-être qu'habile, que joua M™^ de Maintenon de 1675 à 1683. Mais tout à ses yeux élait justirié par la mission qu'elle s'était donnée : en détachant le roi de M'"*^ de Montespan, le ramener à la reine. Elle y réussit à moitié : la reine, habituée à se contenter de peu, lui dut ses dernières joies conjugales; mais la reine mourut en 1683, et devant la marquise, plus troublée que satisfaite, s'ouvrit un avenir que certainement elle n'avait pu prévoir, que probablement elle n'avait pas souhaité. En s'appliquanl à faire le salut du roi, elle avait fait sa propre fortune. C'est en 1684, croit-on, qu'un mariage secret unit à Louis XIV la veuve du cul-de-jatte Scarron, la hlle du faux monnayeur d'Aubigné.

Plus de trente ans elle régna, sans avoir le titre de reine. Mais ce régne, nous le verrons, eut ses déboires et ses tristesses, dont la moins cruelle ne fut pas l'emprisonnement du duc du Maine, impliqué dans la conspiration de Cellamare. Moins âgé qu'elle, Louis XIV mourut avant elle, et lui enjoignit, l'avant-veille de sa mort, de se retirer dans cette maison de Saint-Cyr, dont la fondation et la direction la consolaient de tout. Elle lui obéit, et, dans sa situation, non pas fausse, mais officiellement non reconnue, elle ne pouvait pas ne pas lui obéir. Quatre ans elle lui survécut, puisqu'elle ne mourut que le 15 avril 1719, l'année des Lettres persanes. Le xyu!" siècle ne fut pas indulgent à sa mémoire. Pendant qu'elle vécut, ou plutôt qu'elle se survécut à elle-même dans ces dernières années, elle semble ne plus être pour les uns qu'un objet d'admiration, — au sens latin du mot, — comme débris auguste d'un âge disparu; pour les autres, qu'un objet de colère, qu'ils rendaient responsable des tristes événements dont elle avait été elle-même le témoin attristé. Quand le czar Pierre le Grand visita la France, il voulut voir celle dont l'histoire avait tous les caractères d'une légende, et M™" de Maintenon a raconté gaiement comment il la vit.

Le czar est arrivé à sept heures, et s'est assis au chevet de mon lit. (Elle s'était, selon l'usage, couchée pour le recevoir.) Il m'a fait demander si j'étais malade; j"ai répondu que oui. Il m'a fait demander ce que c'était que mon mal; j'ai répondu : » Une grande vieillesse avec un tempérament assez faible, » 11 ne savait que me dire, et son truchement ne paraissait pas m'entendre. Sa visite a été fort courte... J'oubliais de vous dire que le czar a fait un peu ouvrir le pied de mon lit pour me voir; vous croyez bien qu'il en aura été satisfait'.

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