‹ Cours de littérature à l'usage des divers examens (volume 2)Chapitre 78 sur 186 · C. de Litt. — M'"'; de .Muxtenon et St-Simon · texte numérisé non relu

C. de Litt. — M'"'; de .Muxtenon et St-Simon

2 COURS DE LITTEIUÏURE

d'avoir été embrassée que deux fois par sa mère, et seulement au front.

Après un voyage à la Martinique, pendant lequel la jeune Françoise, malade et considérée comme morte, faillit être jetée . à la mer, elle perdit son père (1647), puis sa mère (1650). Avant la mort de celle-ci, elle avait été recueillie par sa tante jyjmo (je Villelte, qu'elle aima toujours tendrement, puis par une autre tante. M™'' de Neuillant, dont le souvenir ne lui resta pas aussi cher. Pendant ces années d'une jeunesse sans indépendance et le plus souvent sans gaieté, sa religion ne fut guère moins incertaine que sa vie : catholique de naissance,, elle fut tour à tour protestante avec M'"'^ de Villelte, puis catholique de nouveau avec M™" de Neuillant. Quand elle rejoignit sa mère à Paris, ce fut pour la voir mourir./Seule désormais, belle et pauvre, elle n'échappa aux humiliations et aux périls de la misère que par un mariage héroïque avec le poète burlesque Scarron, beaucoup plus âgé qu'elle et infirme (1632). Dans ce milieu de mœurs faciles, elle se fit respecter. Mais à la mort de Scarron (1660) elle se retrouva pauvre, vécut dans deux couvents en pensionnaire libre, qui fréquentait au dehors les d'Albret, les d'Heudicourt, reçut de la reine mère une pension de deux mille livres, se mêla davantage au monde, mais sans jamais en être la prisonnière, mérita enfin l'éloge du chevalier de Méré, un connaisseur délicat, qui la jugeait » douce, reconnaissante, secrète, fidèle, modeste, intelligente... » M'"'' de Sévigné, meilleur juge encore, si peu indulgente pour toutes les femmes qui ne sont pas M™° de Grignan, ne ménage pas les éloges à M'"'^ Scarron: « Nous soupons tous les soirs avec M™° Scarron : elle a l'esprit aimable et merveilleusement droit... M'^'= Scarron, qui soupe ici tous les soirs et dont la compagnie est délicieuse, s'amuse et se joue avec votre fille... Elle est habillée m.odestement et magnifiquement, comme une femme qui passe sa vie avec des personnes de qualité; elle est aimable, belle, bonne et négligée: on cause fort bien avec elle'. »

Mais quand M™*^ de Sévigné fait d'elle cet éloge sans réserve, M'"'^ Scarron s'achemine lentement à de plus hautes destinées. En 1669, elle a consenti à se charger de l'éducation des enfants de M™'= de Montespan et du roi. Il est vrai que pour le faire elle a exigé un ordre formel du roi; mais il semble

1, Letires des i3 janv. et 26 févr. 1672, 4 déc. 1673.

5IADAME DE JlALNTE-NOiN 3

bien qu'elle Tail fait sans scrupule. « Le poste n'avait rien qui, pour le temps, pût blesser la délicatesse, )> et assurément « elle était loin de penser qu'après Dieu M'"^ de Montespan dût être la première cause de sa belle fortune* ». Ses qualités sérieuses et discrètes l'avaient désignée pour une fonction aussi difficile, qui la prit tout entière, non sans quelques compensations et consolations toutefois. Un sentiment nouveau s'éveilla en elle. « Vous savez, écrit-elle longtemps après-, que j'ai le malheur de connaître les sentiments des mères. » La gouvernante, en effet, aima en mère ces enfants qui n'étaient pas les siens, et principalement l'aîné, le duc du Maine : « C'est la plus jolie créature du monde, et qui surprend vingt fois le jour par son esprit... Je ne puis lui savoir les moindres peines sans souffrir pour le moins autant'. « Mais la ^T-aie mère, M°^ de Montespan, n'était pas faite pour lui plaire de même. Le roi lui-même plaisantait sur « le badinage des Mortemari «, quand la favorite « attelait six souris à un petit chariot de filigrane, et s'en faisait mordre ses belles mains ^ ». A la frivolité elle joignait la sécheresse moqueuse : « Elle est incapable d'amitié, et je ne puis m'en passer; elle ne saurait trouver en moi les oppositions qu'elle 3" trouve sans me haîr^. » La patience et l'adresse que M™^ Scarron dut déployer alors ne ramenèrent pas à elle M™^ de Montespan, mais lentement lui conquirent l'estime, puis la sympathie de Louis XIV, d'abord peu favorable. En 1675, elle reçut de lui en toute propriété la terre et le marquisat de Maintenon, et la marquise de Maintenon, dès lors, rejeta dans l'ombre la veuve Scarron, sauf pour les malveillants qui aimeront encore à feuilleter parfois, selon l'expression de M™^ de Sévigné, ce « premier tome » d'une vie peu banale. En 1680, quand l'éducation des princes futlerminée, elle fut nommée dame d'atour de la dauphine.

Mais comment pouvait- elle espérer s'élever plus haut? Il était inouï déjà que dans cette lutte sourde qui se poursuivit entre elle et sa '^ protectrice » M™<^ de Montespan, elle eût su prendre dès le début et garder jusqu'à la fin l'avantage : il y avait fallu ce qu'un de ses admirateurs appelle « un manège consommé ». Quelques-uns ont jugé plus sévèrement ce jeu

1. Gréard, l'Education des femmes par les femmes. i. Lettre à M"' de Csylus, 18 avril 1717.

3. Lettres à l'abbé Gobelin, 7 sept. 1677, et i M. de MontchevreuiL 2 sept. lôSi.

Page 1