Gréard, Education des femmes pai- les femmes
coup là-dessus. » Jeune, elle avait saisi toutes les occasions qui s'offraient à elle d'enseigner quelque chose à quelqu'un. A mesure qu'elle avança en âge, cette inclination devint une passion, et l'on ne songe plus à M'^'= de Maintenon sans songer en même temps à Saint-Gyr. C'est à Saint-Cyr qu'était son cœur, non à Versailles. Et peut-être n'a-t-elle supporté jusqu'au bout Versailles que parce que Saint-Cyr était là tout près. Louis XIV lui devait cette compensation pour l'ennui qu'il lui infligeait; elle la prit très large, et peu à peu cette existence à cJ^f' devint pour elle la vi-aie, presque l'unique existence.
Les érudits peuvent trouver quelque intérêt à l'étude des origines de Saint-Cyr : elle ne nous intéresse ici que parce qu'elle nous montre avec quelle ténacité M"^'' de Maintenon poursuit son dessein, le précise peu à peu et l'élargit. Comment la maison que dirigeait à Montmorency une Ursuline, M™<= de Brinon, fut jugée propre à servir ce dessein (1G80), et fut transformée, puis transportée à Rueil (1682); comment la maison de Rueil, devenue insuffisante elle-même, fut transportée à son tour à Noisy (1684); comment enfin Sainl-Cyr fut bâti à grands frais (1683) pour recevoir deux cent cinquante jeunes flUes nobles et pauvres, il sufflt de le rappeler en quelques mots. Ce qui importe davantage, c'est de marquer dans quel esprit la nouvelle maison fut créée. Louis XIV voulait qu'elle n'eût « rien qui sentît le monastère ni par les pratiques extérieures, ni par l'habit, ni par les offices, ni par la vie, qui devait être active, mais aisée et commode, sans austérités )^.
On a dit que ce fut le premier essai de sécularisation de l'enseignement en France. Cela n'est vrai que du premier Saint- Cyr, de celui qui répondit plus ou moins exactement à ces intentions de Louis XIV. D'ailleurs, il ne convient ni d'amoindrir ni d'exagérer le mérite de M^^ de Maintenon, en ce qui concerne la nouveauté de l'entreprise. Ce qui est bien d'elle, c'est la réalisation de l'idée d'une instruction, et surtout d'une éducation à donner aux femmes, en dehors de l'inslruclion religieuse. Sans remonter jusqu'à Christine de Pisan, qui, réfutant les adversaires de l'inslruclion des femmes, démontrait que la science, loin de corrompre les mœurs, les amende et les anoblit, ni même à Louise Labé, qui se place déjà au point de vue moral le plus élevé', on sait que, même au xvn° siècle,
1. Dans sa lettre à Clémence de Bourges, elle exhorte les vertueuses clames à élever un peu leurs esprits par-dessus leurs quenouilles et Cuseauï, se souvenant que, si elles ne sont pus faites pour commander, elles ne doivent pas « estre des-