Lettre îi M">= duPérou, 4 août 171L
question), serait puéril. Mais, en lui accordant, après d'autres qui s'y connaissent, ce beau nom d'institutrice, n'y attachons pas toute la plénitude de sens qu'il emporte aujourd'hui, et disons non pas qu'elle a été une institutrice accomplie, mais qu'elle a eu, comme on disait alors, d'excellentes « parties » de l'institutrice.
La raison àme de rédiicatîoii. — La pari faite à la sensibilité es! -elle suffisante? — Fond pessimiste du sjstèuie.
« Il faut, disait M'^" de Maintenon, réjouir leur éducation et diversifier leur instruction. » « Quelle excellente pédagogie dans ces deux mots! » s'écrie Saint-Marc Girardin. Mais nous avons vu comment M'"<= de Maintenon savait « diversifier leur instruction ». Voyons comment elle a su « réjouir leur éducation ».
Un mot est écrit presque à chaque page des Entretiens de ^Ime de Maintenon et des dames de Saint-Cyr : c'est le mot de raison. La raison, au sens où elle l'entend, n'est pas cette faculté supérieure qu'étudient les philosophes ; c'est plutôt un sens pratique qui règle notre conduite, nous apprendra nous défier de tout ce qui est excessif, et nous met en garde contre les ridicules aussi bien que contre les passions. C'est la modération, la tempérance des anciens, mais éclairée par le christianisme. Si elle ne les contenait dans leurs justes bornes, les qualités les meilleures risqueraient de se tourner en défauts. 11 ne faut donc pas la confondre avec la raison raisonnante, dont elle peut d'ailleurs emprunter le secours. Faute d'avoir pris ce mot de «raison » dans le sens où elle le prenait ellemême, quelques critiques ont au moins exagéré le caractère uniformément et sèchement raisonnal)le de sa doctrine, car, ici, elle aune doctrine, et elle y reste fidèle. Elle a écrit une conversation pour prouver « que la raison trouve toujours sa place et fait du bien partout ». Mais de quelle raison s'agit-il? Ecoulons les interlocutrices :
Odii.le. — La i-aison a quelque chose de bien si'rieux et d'opposé aux plaisirs.
Marci^li.e. — N'est-ce point qu'on la- confond avec la sévérité?
Adélaïde. — Oui, c'est cela même, oii s'en fait une idée triste, et rien n'est plus aimable que la raison.
EoPHEOsiNE. — Ne trouvez-vous ]ioint que les personnes qui raisonnent continuellement sont ennuyeuses?
Adélaïde. — Si elles raisonnent continuellement, elles ne sont pas raisonnables, car il ne faut pas toujours raisonner.
Éléonorb. — Pourquoi? Et qu'est-ce qu'elles peuvent mettre de meilleur dans le commerce ?
Adélaïde. — De la complaisance, de la joie, du badinage, du silence, de la condescendance, de l'attention aux autres.
Marcelle. — Vous donnez une agréable idée de la raison avec de tels accompagnements.
Adélaïde. — Je ne crois pas la raison toujours hérissée, sévère, critique; elle met tout à sa place, elle veut que les enfants jouent, que la jeunesse se divertisse innocemment, que la vieillesse cherche des relâchements...
Dans son enthousiasme pour la veiiu, Adélaïde la- met audessus de tout, même — qui l'eût cru? — de la piété, car « la piélé ferait beaucoup plus de bien si elle était réglée par la raison. La piété peut prendre le change, la raison ne le prend jamais ; la piété peut être indiscrète, la raison ne le peut être ». Toutes les vertus en général dépendent d'elle, ayant toutes besoin de la raison « pour agir à propos et pour ne prendre nulle extrémité ». Elle a donc aussi parfois son lyrisme, cette froide personne; un lyrisme à la Boileau : « Aimez donc la raison, » la raison seule! « Pour moi, tant que je vous verrai, je ne vous paillerai que de raison. » Mais on est rassuré, car la raison qu'elle vante ne peut pas ne pas être aimable. Ce sont là choses inséparables pour elle : « Adieu, mes enfants, dit-elle à la classe rouge (1701), devenez bien raisonnables, et je vous assure que vous serez fort aimables. » En ce sens, raison aimable, aimaiile vertu, ne font qu'un.
Mais à côté de la raison vertu il y a la raison démonstration et dialectique, moins séduisante peut-être et d'un emploi moins fréquent dans la pédagogie au moins enfantine. C'est aller bien loin que d'écrire : « 11 faut parler à une fille de sept ans aussi raisonnablement qu'à une de vingt ans'. » Mais l'excès n'est ici que dans la forme, et l'on doit entendre : Il faut parler raison même aux enfants, caries plus petits, s'ils ne comprennent pas combien la raison est raisonnable, sentent du moins combien elle est aimable, et la suivent parce qu'on la leur fait aimer. M™" de Maintenon n'entre pas dans ces nuances, et formule, comme on l'a souvent observé, un principe hautement, exclusivement rationnel, fondement de sa pédagogie tout entière :