C. fie Litt. — ."Miuc DE .AI.vi^iTE.NO.N ct St-Simo.n
de l'élouffer dans le cœur de la jeunesse, et, quoiqu'il ne faille pas le proposer tout seul pour motif de leur conduite, il ne faut aussi l'attaquer ni le détruire quand on le trouve en elles; il est seulement bon de leur imposer des motifs de piété quand on les en voit susceptibles; mais, si elles ont le malheur de ne pas se rendre par la crainte d'offenser Dieu, il est bon, du moins, qu'elles craignent la perte de leur réputation, et qu'elles soient jalouses de la conserver comme je l'étais de la mienne. La piété rectifie ensuite ce qu'il y a de défectueux dans ce motif, et c'est toujours avoir gagné que d'avoir par là évité de faire parler de soi.
Ainsi, accord de la piélé et de l'amour de la répulalion, s'il se peut; sinon, amour de la réputation en attendant la piété. Cela est fort bien combiné: mais que devient dans tout cela ridée du devoir? Le sentiment de l'honneur, si élevé qu'il puisse être, en liendra-t-illa place? et l'amour de la réputation n'a-t-il pas quelque chose d'un peu bien sec et raide quand il ne s'y joint pas l'amour du bien? Telle vie, telle morale ; la vie de M™*^ de Maintenon n'a pas été assez hautement désintéressée pour que sa morale soit la pure morale du devoir.
De môme, c'est dans une intention excellente qu'elle rappelle dans quelle sujétion continuelle elle-même a vécu et vit encore, puisque à la cour elle ne peut ni manger ni se coucher quand il lui plaît. Elle veut que les demoiselles de Saint-Cyr excellent « dans l'art merveilleux de savoir se vaincre soi-même, et de plier à toutes mains* ». Savoir se contraindre, c'est pour elle le grand mérite, elle le dit et le répète; mais elle s'attire cette question, plus ingénue que malicieuse, d'une demoiselle : « Vous n'agissez donc jamais naturellement? » Voilà, faite par une enfant, la critique de cette pédagogie et de celte morale : la Raison y préside en souveraine absolue; mais, quand elle a dicté ses arrêts, la Nature revendique ses droits méconnus. Que devient la volonté? Il semble qu'elle n'ait plus à s'exercer, puisque toutes ses démarches sont réglées à l'avance. Que devient surtout la sensibilité? II est exagéré, sans doute, de soutenir quauciine part n'est faite, dans ce système, aux sentiments du cœur. Entre la raison et le cœur il n'y a pas nécessairement opposition, il y a plutôt alliance naturelle et facile. On peut prouver que dans l'enseignement de M'^'^ de Maintenon cette alliance est parfois réalisée ; mais elle ne l'est pas assez souvent. Tel pédagogue sans parti pris, qui commence par justilier M™*^ de Maintenon d'avoir entièrement sacrifié le cœur à la raison, achève son plaidoyer en vive critique :