IX, 306; XII
— Portraits liltéraires ; Garnier, in-12, t. ler, 88, 89, 90, 91, 104. Sarcey(Fr.). ~ Chroniques dramatiques du journal le Temps, 11, 18
et 23 août, 6 oct. 1873, et passim.
Taine. — Nouveaux Essais de critique et d'histoire; Hachette, 1880, ia-12; p. 195, 196.
T.M'nANEL. — Le Théâtre de Saint-Cyr; Baudry et Cerf, iu-S».
Yoi-TAiRE. — Discours sur la lra<)rdie. — Les Guèhres. — Discours historiqiie et critique. — Lettre à Scipion Maffci. — Dictionnaire philosophique, Akt dramatique. — Notes sur Olympie.
JUGEMENTS
Des personnes de bon goût me l'avaient fort vantée^ mais on ne peut mettre de la proportion entre le mérite de cette pièce et les louanges; le courage de l'auteur est encore plus digne d'admiration que sa lumière, sa délicatesse et son admirable I aient pour les vers. L'Écriture y brille partout, et d'une manière à se faire respecter par ceux qui ne respectent rien. C'est partout la vérité qui touche et qui plait; c'est elle qui attendrit et qui arrache les larmes de ceux mêmes qui s'appliquent à les retenir. On est encore plus instruit que remué, mais on est remué jusqu'à ne pouvoir dissimuler les mouvements de son cœur.
Du Guet, lettre écrite après une lecture d'Athalie chez le marquis de Chandenier,
■nII
La France se glorifie d'Athalie; c'est le chef-d'œuvre de notre théâtre... Athalie est peut-être le chef-d'œuvre de l'esprit humain. Trouver le secret de faire en France une tragédie intéressante sans amour, oser faire parler un enfant sur le théâtre et lui prêter des réponses dont la candeur et la simplicité nous tirent des larmes, n'avoir presque pour acteurs principaux qu'une vieille femme et un prêtre, remuer le cœur pendant cinq actes avec ces faibles moyens, se soutenir surtout (et c'est là le grand art) par une diction toujours pure, toujours naturelle et auguste, souvent sublime, c'est là ce qui n'a été donné qu'à Racine, et qu'on ne reverra probablement jamais.
Voltaire, Lettre àScipionMaffei, et Discours historique et critique.
Avant de dire un dernier adieu à la poésie et au monde, il déploya toutes ses forces dans Athalie. C'est non seulement son
Fi't COURS DE LlTTHllATUIŒ
ouvrage le plus parfait, mais c'est encore, à mon avis, parmi les tragédies françaises, celle qui, libre de toute manière, s'approche le plus du grand style de la tragédie grecque. Le clux-ur mfrme, à l'exception près des différences qu'exigent la musique et l'ordonnance théâtrale des modernes, y est conçu dans le sens des anciens. Le lieu de la scène, le temple de Jérusalem, y donne à l'action la solennité auguste d'un grand événement public. L'intérêt de la curiosité, l'émotion et la terreur se succèdent tour à tour et prennent une force toujours croissante; la simplicité la plus sévère y est jointe à une riche variété, {{uelquefois à une grâce séduisante, plus souvent à une majestueuse grandeur, et l'esprit des prophètes y donne au génii' ])oétique un essor jusqu'alors inconnu. Le sens général de toute la pièce est celui que doit avoir tout drame religieux sur la terre, le combat de la vertu et du vice; dans le ciel, l'œil vigilant de celte Providence qui, du centre rayonnant d'une gloire inaccessible, décide du sort des mortels. Un souffle unique, un souflle divin anime toute la tragédie, et celte inspiration véritablement pieuse atteste la sincérité des sentiments du poète autant que sa vie tout entière.
ScHLEGEL, Cours de liltéralure dramatique, IL
Ilacine, dans Athalie, ne peut être comparé à personne; c'est l'œuvre le plus parfait du génie inspiré par la religion.
Chateaubriand, Génie du christianisme.
Athalie est la meilleure poétique du théâtre, et l'on n'a plus besoin de celle d'Aristote. Si les règles de l'art dramatique pouvaient se perdre, on les retrouverait dans cette tragédie.
Geoffroy, Coui's de littérature dramatique.
Athalie, c'est Racine toatentier.il revivra éternellement dans cette œuvre, qui place son auteur, non seulement au rang des poètes, mais au rang des prophètes bibliques. Il n'y a point de parallèle, selon nous, possible, entre Athalie et aucun des
drames, antiques ou modernes, d'aucun théâtre profane. Sophocle, Euripide, fénèque, Goethe, Schiller, Shakespeare lui-même, cèdent à jamais la première place à celte œuvre. Pourquoi? c'est que leurs tragédies ne sont que des œuvres d'art, et que celle de Racine est une inspi-ranon de foi. Ils sont des poètes profanes; mais Racine est ici un poète sacré.
Lamartine, Cows de littérature, entretien XIV.
VU
Celui qui a dit ; Les Français n'ont pas la tête épique, a dit une chose juste et fine; si même il eût dit les modernes, le mot spirituel eût été'un mot profond. 11 est incontestable cependant qu'il y a surtout du génie épique dans cette prodigieuse Athalie, si haute et si simplement sublime, que le siècle royal ne l'a su comprendre.
^ V. Hugo, Préface de Cromwell.
Athalie est surtout une œuvre merveilleuse d'ensemble. C'est l'éloge, je le sais, qu'il faut donner à presque toutes les pièces de Racine; mais l'éloge s'applique ici dans une inconcevable rigueur. Depuis le premier vers d' Athalie jusqu'au dernier, le solennel mis en dehors et en action, le solennel éternel, articulé dès la première rime, vous saisit et ne vous laisse plus. Rien de faible, rien qui relâche ni qui, un seul instant, détourne; la variation n'est que celle d'un point d'orgue immense où le tlot majestueux monte plus ou moins, mais où il n'est pas un moment du ton qui ne concoure à la majesté souveraine et infinie. Le temple juif vu par l'œil chrétien, le culte juif attendri par l'idée chrétienne si abondamment semée aux détails de la pièce, et qui se dévoile en face à ce moment, voilà bien le sens à' Athalie. Athalie, comme art, égaie tout. Quand le christianisme passerait, Athalie resterait belle de la même beauté, parce qu'elle suppose tout son ordre religieux et le crée nécessairement. Athalie est belle comme ITE'/ipe roi, avec le vrai Dieu de plus.
Sainte-Beuve, Port-Royal, VI; Hachette
A toute sa conception première du théâtre Racine, dans
1,6 COURS DE LlTTEllATL'KE
Athalle, a ajouté toute son âme d'homme m\\v, tout ce que quatorze ans de vie de famille, de vie pieuse et de méditation liltéraiie avaient mis en lui. Il a fait entrer dans son dessein poétique Dieu, la famille et Fart grec... La P'atalité céleste domine le théâtre d'Lschyle et de Sophocle. Pourquoi la Providence divine ne planerait-elle point sur le théâtre français? Il faut, au tiiéàtre, que tout s'enchaîne et se dénoue naturellement, c'est-à-dire par des moyens humains, et cependant il est possible [Polyeucte en est la preuve) qu'au-dessus de ces moyens humains on sente une force supérieure, qui sera sensible, en elfet, si les personnages du drazne en reconnaissent dans leurs actes l'influence obscure, et le déclarent. Faguet, les Grands Mailres du dix-septième siècle -^ Lecéne.
Athalie n"a absolument rien des étroitesses, des timidités ou des fadeurs d'un ouviage de piété et d'édification. Ce drame religieux, ce drame tout chrétien (la révolution qui en fait le sujet est conduite par Dieu et prépare la venue du Christ, et ainsi .4 </«fl//ç nous olfre le même intérêt, pour le moins, que VOrestie ou YiiEd'qje à Colone olîrait aux anciens Grecs), est en même temps le plus beau, le plus humainement vrai et le plus hardi des drames politiques. La clairvoyance du poète et sa liberté d'observation, sinon sa liberté d'esprit, y sont admirables. Un dramaturge incroyant, traitant le même sujet, n'eût pas mis dans son œuvre le grand souffle de foi intrépide ni la piété si tendre dont la tragédie de Racine est tour à tour animée ; mais, à coup sûr, il n'eût pu concevoir les caractères de Joad, d'Athalie, d'Abner et de Mathan avec plus de vérité.
Que si votre « état d'àme » vous permet de voir et d'aimer dans Athalie quelque chose de plus que l'exemplaire le plus parfait du drame historique, votre plaisir et votre émotion seront alors sans mesure. J'ai connu l'autre soir, je l'avoue, cettejoie suprême. La « tragédie chrétienne » m'a tout autant remué que le drame humain. Même les chœurs d'Athalie, ces chœurs calomniés, que Ion dit inférieurs à ceux d'Esther et d'une langue un peu indigente dans sa fluidité, m'ont paru simplement délicieux... Et comme la douceur virginale et presque trop innocente de ces cantiques enveloppe singulièrement de ses mousselines et de ses écharpes molles le drame véhément et formidable! Et vovez l'harmonie secrète de tout
ceci. Ces jeunes Israélites que conduit, si j'ose dire, la claquette de sœur Josabeth, ce sont déjà des jeunes filles ciirétiennes; d'avance, elles'ont celle beauté mystique, cette nuance parliciilière d'innocence et de piété que, seul, rendra possible l'avénement de Celui dont le grand prêtre Joad prépare les voies... Jules Lemaître, feuilleton dramatique des Débats, 12 juin 1892.
LETTRES ET DIALOGUES
Lellre de Boiloau à ArnauUl sur]' Alhnlic de Racine.
(Besançon. — Baccalauréat, novembre I880.)
Boileau écrit à Racine pour le consoler de la froideur avec laquelle on avait accueilli Athalie.
(Bordeaux et Paris. — Baccalauréat, juillet 1882 el juillet 1891.)
Racine s'exagère l'insuccès d'une pièce qui est son chefd'œuvre et dont le roi lui-même a témoigné être ravi. Qu'importe d'ailleurs ? Ce n'est pas pour plaire au public qu'il a fait Athalie.
Passant rapidement en revue le théâtre de Racine, Boileau montrera comment il s'y est élevé par degrés jusqu'à la perfection, comment Andromaque a fait oublier ses premiers essais, comment Britanniciis a désarmé les censeurs d'Aiidromaqiie, comment enfin Eslhci' et Athalie sont le glorieux couronnement d'une œuvre qui a pu changer de caractère, mais dont on ne saurait mécoimaître l'admirable unité.
Que Racine reprenne donc confiance ; qu'il soit fier des drames sacrés où revit l'esprit de l'Écriture, sans renier, par un scrupule excessif de piété, les drames profanes qui les ont précédés. L'admiration de la postérité ne distinguera pas entre eux.
Boileau vient de lire le manuscrit d' Athalie; il remercie Racine de lui avoir communiqué cette œuvre et lui déclare qu'elle est, à son avis, la plus parfaite de ses tragédies. Il justifie son jugement par l'examen de l'œuvre en elle-même et par des comparaisons avec plusieurs autres pièces de Racine.
(Aisne. — Brevet supérieur. — Aspii-antes, 1891.1
Lettre de Racine à Boileau pour lui annoncer son intention d'écrire «Athalien. — Il lui dira d'abord avec quels sentimenls il a relu, vieux déjà, Vion d"Euripide, qui depuis longtemps lui était bien connu, à quel point l'ont touché la situation incertaine, les aventures, l'aimable caractère de cet orphelin, consacré au service de la divinité. Jeune autrefois, ami plus familier des Muses profanes, avec quelle ardeur passionnée il se serait efForcé de marcher sur les traces du poète tragique qui excelle dans la peinture des caractères, dans l'analyse des divers mouvements du cœur !
Mais que vaut l'art des hommes lorsque Dieu en est absent ? Quelle*différence entre le Dieu unique et vrai des chrétiens, et cet Apollon, souillé de nos vices les plus honteux, divinité odieuse et risible qu'Ion, son prêtre et son fils à la fois, accuse et bafoue sans crainte !
Les livres sacrés des Juifs ont traité le même sujet, mais avec d'autres couleurs; ils ont peint aussi la vie tour à tour malheureuse et fortunée d'un enfant royal; mais au-dessus des personnages humains on voit s'y dresser Jéhovah, toujours présent.
Si ce Dieu daigne seconder une ambition peut-être trop audacieuse, Racine se réserve pour sa vieillesse une grande œuvre à accomplir: laissant de côté les fables païennes, dont il a trop longtemps charmé les oreilles des profanes, il fera revivre les vaines fureurs d'Athalie, les pieux combats des lévites, le triomphe de Dieu remporté par des prêtres et par des enfants.
M'"'' du Defîand avait coutume de dire que le seul ouvrage qu'elle voudrait avoir fait, parce qu'il lui paraissait atteindre la perfection, c'était Athalie. On suppose un dialogue sur ce sujet entre elle et d'Alembert, dont l'esprit un peu froidement scientifique comprenait mal certaines choses; ou une lettre à Horace Walpole, qui, étranger, entrait mal dans les raisons de cette admiration unique.
DISSERTATIONS ET LEÇONS
Étudier 17on d'Euripide dans ses analogies avec YAthaHeàe
Racine.
(Paris. — Leçon d'agrét.ation, l8i)6.)
Exposer par quelles qualités Alhulie est plus parfaite qiif Vhèdre.
(Paris. — Leçon d'agrégation, 186G.)
Apprécier, en les appliquant à Alhalie, ces vers de Hoileau :
De la foi d'un chrétien les mystères terribles D'ornements égayés ne sont pas susceptibles.
(Paris. — Leçon d'agrégation, 1874.)
Caractères distinctifs des genre épique, lyrique, dramatique ; qu'ils se trouvent quelquefois associés dans une même composition.
(Paris. — Licence es lettres, juillet 1872.)
Commenter l'interrogatoire de Joas par Athalie, et terminer par un rapprochement avec celui d'Ion par Creuse dans Yîoa d'Euripide.
(Leçon d'agrégation. — Enseignement spécial, 1887.)
Rechercher ce que Racine, auteur à' Athalie, doit à Corneille, j auteur de Pohjeucte.
(Paris. — Licence es lettres, janvier 1888.)
Par quelles raisons peut-on expliquer l'injustice du public envers Athalie?
(Caen. Devoir de licemce, 1888. — Fontenay-aux-Roses. Devoir de littérature.)
Les représentations d'A</i«/ie à Versailles en 1691 avaient eu peu de succès : « Mon père, écrit Louis Racine, étonné de voir sa pièce s'éteindre presque dans l'obscurité, s'imaginait avoir manqué son sujet. » M™^ de Maintenon soutint que Racine n'a rien fait de plus beau. Cette opinion de M™'' de Maintenon estelle fondée?
(Douai. — Baccalauréat, juillet 1885.)
Pourquoi dit-on qniithalie est le chef-d'œuvre de Racine?
^BACCALAURÉAT DE l'enseigkeuent SPÉCIAL. — Paris, 1882.)
Expliquer pour quelles raisons la tragédie à' Athalie, tombé'e, dès le début, dans le discrédit, jouit ensuite de la faveur de la postérité et occupe un des premiers rangs dans le répertoire classique.
(Vaucluse. — Brevet supérieur, oct. 1889. — Aspirantes.)
Comparer les caractères d'Agiippine et d'Âthalie. (Finistère et Eure. — Brevet supérieur. — Aspirantes, 1891.
Parmi les quatre pièces de Racine, Anclromaque,BrUannims, C. do Litt. — RACINE [Athalie). 4
/es Plaideurs, Alhalie, quelle esl celle que vous préférez, el pourquoi?
(Vendée et Vaucluse. — Brevet siu'Éimelr. Aspirantes, 1891.)
xm
Comparer dans le Brilannieits et YAthalie de Racine les caractères de Narcisse el de Matlian, personnages attachés l'un et l'autre à la personne souveraine, et instigateurs des résolutions criminelles.
Vous mettrez en relief les mobiles différents qui les font agir.
(Alpes-Maritimes. — Brevet supérieur. —Aspirantes, 1891.)
Juger la prédiction de Joad au point de vue du merveilleux biblique et de l'action dramatique.
Les rôles d'enfant au théâtre; trouvez-vous celui de Joas naturel et dramatique?
Dans son Discours sur la tragMie, Voltaire rapporte cette opinion de lord Cornsburj- sur Athalie : « Si on ne joue ])oinlAthalie à Londres, c'est qu'il n'y a point assez d'action pour nous; c'est que tout s'y passe en longs discours, c'est que les quatre premiers actes entiers sont des préparatifs; c'est que Josahetli et Mathan sont des personnages peu agissants; c'est que Lgrand mérite de cet ouvrage consiste dans l'extrême simplicité et dans l'élégance noble du style. » Que pensez-vous de ce jugement?
Comparer les personnages d'Aman et de Malhan.
Étudier les chœurs d' Athalie dans leurs rapports avec l'action,
et dire dans qu*?le mesure sont justifiées les critiques qu'on a dirigées contre eux.
Préciser ce que l'Écriture offrait à Racine auteur d\ithalie, ce qu'il a imité, ce qu'il a créé.
On a souvent critiqué el raillé le caractère d'Abner. Ne vous paraît-il pas vrai par ses faiblesses mêmes? Que pensez-vous et de la vérité psychologique de cette peinture et de la valeur morale de ce caractère ?
Villefranehe-(le-Rouergue. — .1. Barcloux impr.
timUlINU LJ
PQ " Hémon, Félix
101 Cours de littératiare