‹ Cours de littérature à l'usage des divers examens (volume 3)Chapitre 11 sur 106 · DISCOURS · texte numérisé non relu

DISCOURS

Discours prononcé par le directeur de l'Académie française à la réception de M. Racine (12 janvier 1673). — Le dii'ecteur se félicite d'avoir à recevoir un aussi illustre écrivain, et il félicite en même temps la compagnie du choix qu'elle a fail.

Il rappelle les succès éclatants de Racine au théâtre jusqu'à Mitliridate, qui fut joué à cette époque.

11 caractérise d'une manière générale le talent de Racine, et le compare discrètement à Corneille. On n'oubliera pas que Corneille vivait encore et faisait partie de l'Académie.

Il rappellera par quelques traits en quel état se trouvait la scène française lorsque Corneille commença à travailler pour elle. Quel désordre! quelle irrégularité! Nul goût, nulle connaissance des vraies beautés du théâtre; les auteurs aussi ignorants que les spectateurs; la plupart des sujets extravagants et dénués de vraisemblance; point de mœurs, point de caractères; la diction encore plus vicieuse que Faction; en un mot, toutes les règles de l'art, celles même de l'honnêteté et de la bienséance, partout violées.

A ce tableau il opposera celui du théâtre tel que l'ont fait ses deux illustres confrères, M. Corneille et M. Racine.

Il louera principalement Racine de son goût pour les anciens et de l'heureux emploi qu'il a fail de leurs beautés, particulièrement dans Britannicus.

11 l'invitera à puiser maintenant chez les Grecs, à la source même de la poésie, et dans les livres saints, où il trouvera plus d'un grand sujet qu'il pourrait sans sacrilège adapter à la scène, en la remplissant de la majesté de Dieu.

Il terminera son discours, suivant l'usage, par l'éloge du roi, protecteur de l'Académie. On se rappellera que Louis XIV était alors dans tout l'éclat de son règne. Il venait de conquérir la Hollande en deux mois l'année précédente, et déjà il avait conquis la Flandre en 1668.

(Concours oéxéral, 1870.)

L'écIalanL succès de M'dhridute avait ouvert à Racine les jiortes de l'Académie française. Il y fut reçu le 12 juillet 1673, v.n même temps que Fiéchier. A son remerciement, qui fut court et à peine entendu, le directeur en exercice répondit, selon l'usage, par l'éloge du récipiendaire et l'appréciation de ses ouvrages.

On fera ce discours. (Il est inutile d'y faire entrer les éloges accoutumés du roi, du fondateur de l'Académie.)

Besançon. — Licence es letthes. — Session de juillet 1885.)

Dans son discours de réception à l'Académie (1G!)I), Fontenelle, neveu de Corneille, ennemi de Racine, déclarait, avec une intention maligne qui sembla déplacée, que le nom du grand Corneille « efface tous les autres noms ». On supposera que le directeur de l'Académie lui répond en rendant justice à Racine, sans diminuer Corneille, et l'on n'oubliera pas que l'année 1601 est l'année où Aihalic fut représentée pour la première fois.

LETTRES ET DIALOGUES

Vers la fin de l'année 166."J, Nicole, auteur des Essais de mo rate, ayant écrit, dans une des Visionnaires, lettres dirigées contre Desmarets de Saint-Sorlin, que les auteurs de pièces de théâtre étaient des empoisonneurs publics, non du corps, mais des âmes, Racine, qui avait déjà fait représenler les Frèi'cs ennemis et Alexandre, sentit vivement cette attaque, et s'en vengea par une lettre fort piquante, où ses anciens maîtres de Port-Royal étaient cruellement raillés. A défaut de Nicole, qui garda le silence', deux de ses amis, MM. Dubois et Barbier d'Aucourt, répliquèrent. Racine voulait continuer cette polémique par une lettre plus poignante encore et plus spirituelle que la première-. Il la montra à Boileau, qui lui conseilla de ne point la publier, parce que, disait-il, si elle faisait briller son esprit, elle ferait tort à son cœur. Racine suivit le conseil de Despréaux, et on sait que plus tard il composa, pour honorer les instituteurs de sa jeunesse, l'histoire de Port-Royal-

On supposera que Boileau, soit dans une lettre, soit dans un entretien, développe les raisons qui doivent décider Racine à supprimer cette diatribe. 11 tirera ses premiers arguments ilu respect et de la reconnaissance qu'un élève doit toujours conserver à ses maîtres. 11 ajoutera que Corneille ne s'est pas senti blessé par le passage de Nicole; que la seule réponse digne du poète serait de prouver par ses œuvres que la peinture du cœur humain peut devenir morale sans cesser d'être dramatique.

(GoNCOcRs DE l'École normale, 1849.)

Lettre de Racine à la Fontaine. — En 1661, Racine, âgé de vingt-deux ans , était à Uzès chez un de ses oncles , génové-

1. Cependant l'édition hollandaise des /ma^tuaH-es (1067) donne les réfutations de Barbier d'Aucourt et de Dubois, précédées d'un avertissement de Nicole fort dur pour Racine.

2. Cette lettre a été écrite; on l'a retrouvée dans les papiers du docteur Ellies du Pin, cousin de Racine.

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